Vampire Girl vs. Frankenstein Girl (Nishimura Yoshihiro & Tomomatsu Naoyuki, 2009)

Puisqu’on sait que l’amateur de cinéma est un être primaire plébiscitant les plaisirs simples et bas du front, aujourd’hui nous allons parler de film débile avec du sang qui gicle. L’occasion faisant le larron, ce fut la projection à l’absurde séance de samedi dernier d’un double programme dédié à Nishimura Yoshihiro, avec ses deux films Tokyo Gore Police et le tout nouveau Vampire Girl vs Frankenstein Girl. S’il est bel et bien réal de ces deux films, c’est principalement en tant que directeur des effets spéciaux que Nishimura a fait sa réputation (à tel point que bon nombre, à tord, ne font absolument pas attention au nom du réal dès que le film est estampillé « Nishimura touch »). D’ailleurs le bonhomme n’est pas inconnu des lecteurs de ce blog, puisqu’il travaille sur les films de Sono Sion depuis Suicide Club, ou encore a confectionné les excellents costumes et maquillages de Meatball Machine.
C’est véritablement avec The Machine Girl (Iguchi Noboru, 2008) que la hype s’installe : le film, sans doute aidé par le fait qu’il s’agisse d’une co-prod ricaine, fait l’objet d’un méga buzz sur le net. Idem des films qui suivirent. Bref, ça plane pour lui, la Nikkatsu vient même de créer un label pour les films de son « équipe » (au sens large), un truc qui s’appellera Sushi Typhoon où on nous annonce  des types comme Sono Sion ou Miike Takashi. On attend de voir, le premier film étant à priori largement moins bandant puisqu’aux manettes se trouve Chiba Seiji, scénariste de Death Trance (et là on se pose la question : y avait-il vraiment un scénariste à Death Trance ? waouh).
Mais retour à nos moutons : Vampire Girl vs Frankenstein Girl était fort alléchant, ne serait-ce parce que le titre est rigolo mais également parce que le précédent film de Nishimura (Tokyo Gore Police donc) est pour l’instant le seul de la série a vraiment avoir de la gueule. Je mets de coté Meatball Machine (vous savez tout le bien que j’en pense) qui, s’il m’arrive souvent de faire l’amalgame moi même, et plus ancien et n’a pas du tout été produit dans les mêmes conditions. Donc si vous avez l’occase de voir Tokyo Gore Police, sauter dessus : c’est mis en scène avec les panards, peut-être même pire que ça, mais c’est d’une générosité rare pour ce qui est de la barbaque et du port-nawak.

« vampire girl vs frankenstein girl », c’est bien beau tout ça, mais il faut trouver un prétexte (le premier venu fera l’affaire) pour faire s’affronter les deux créatures. Ça se passe donc dans un lycée, la nouvelle s’amourache du seul beau gosse de la classe, celui que justement convoite la starlette locale, fille du proviseur et sorte de sukeban gothic lolita. Mais il s’avère que la nouvelle est une vampire ! Et que par l’intermédiaire d’un chocolat de Saint Valentin piégé elle amorce la transformation du bellâtre. Et ça, forcément, l’autre nana n’aime pas ça. Après s’être lamentablement vautrée du toit du lycée, elle est ressuscitée par son père (derrière le timide et poltron proviseur cache en réalité un docteur fou psychopathe aimant se fringuer comme un samouraï de kabuki et faire mumuse avec des morceaux de cadavre) et son assistante l’infirmière nymphomane : c’est donc augmentée des poignets blindés de la lauréate du concours d’automutilation du lycée et des mollets d’une ganjuro se rêvant Usain Bolt qu’elle est back with a vengeance. Le combat peut commencer !

Ça a l’air cool comme ça, mais en fait non. En premier lieu parce que, malgré une première scène évoquant le meilleur de Tokyo Gore Police, dans Vampire Girl vs Frankenstein Girl le ratio gore/débilité est inversé : on est du coup davantage dans une sorte de comédie plus ou moins parodique que dans un film gorasse. Et le problème c’est que si parfois ça fait mouche, d’autant plus que c’est outrancier en fait, c’est souvent assez chiant. On se croirait alors dans un drama bas de gamme. L’intention parodique est palpable, mais cette intention n’est pas une garantie : l’autodérision ça va bien un temps, mais faire exprès de réaliser un film pourri, quand la nullité n’est pas transcendée par ailleurs, n’a jamais rien donné de potable. Le nanar volontaire c’est bien (c’est ce qu’est Tokyo Gore Police), mais attention à ne pas tomber dans le navet (ce que sont The Machine Girl ou encore Samourai Princess, et dans une moindre mesure ce Vampire Girl vs Frankenstein Girl).

Niveau mise en scène c’est du niveau de Tokyo Gore Police, c’est à dire assez indigent. Ça coupe dans en dépit du bon sens, c’est filmé à la va-comme-j’te-pousse avec de temps à autre l’idée d’un plan qui déchire – un plan qui sera intégré au pied de biche dans le reste, sans vraiment être amené. En fait, en tant que metteur en scène, Nishimura me fait penser à un gamin avec des gommettes : il colle ça de manière à ce que ça veuille à peu près dire quelque chose, mais il n’y a presque aucune volonté d’écriture (ou, ce qui est fort possible, il écrit vraiment mal). Certes, c’est pas le seul dans ce cas. Mais c’est ici flagrant, d’autant plus que ce genre de film se fait volontiers par dessus la jambe : on a deux trois délires, on filme ça dans la bonne humeur et on essaye de les coller les uns à la suite des autres. Même chose en regardant le film dans son ensemble. Il n’y a quasiment aucune narration, c’est du marabout-bout-de-ficelle : il se passe ça, puis il se passe ça, ensuite on a qu’à dire que ça. Ce qui explique que ces films paraissent en général plus longs qu’ils ne le sont vraiment. Mais alors que ça passe pas mal dans Tokyo Gore Police, parce qu’il envoie du pâté, ici cela se ressent beaucoup plus. On peut même dire que ça plombe carrément le film.

Autre truc qui plombe le film, plus grave : on a vraiment l’impression d’un film paresseux et fait à l’arrache sans grand soin. Tokyo Gore Police était certes (cinématographiquement parlant) un film de branquignol, mais il y avait un vrai travail sur les scènes gore, avec de superbes effets spéciaux et maquillages, très peu de numérique. Il y avait donc un coté bricolo ludique vraiment agréable, et le plaisir simple de la peinture rouge qui éclabousse. Ce qui choque dans Vampire Girl vs Frankenstein Girl c’est l’abus d’effets spéciaux numériques. Quel gâchis ! D’autant plus que Nishimura est une bête en maquillage ! Résultat des courses, c’est souvent très laid et même pas plaisant.
C’est à ce demander s’il n’y a pas là une histoire de budget, une manière de faire les films à moindre frais (mine de rien, un film comme Tokyo Gore Police a du coûter cher). Ce qui, si ça devait se généraliser, est mauvais signe pour l’avenir de la franchise. On est en effet à deux doigts de tomber dans le film d’exploitation pure bâclé s’appuyant sur la réussite des films initiaux avec de moins en moins de soin, d’envie et d’idée. D’autant plus à craindre qu’on a affaire à des produits « Japan extreme » parfaitement calibrés pour l’export – sous-entendu visant un marché où l’exotisme et l’exubérance de l’idée est plus importante que le film lui même (comment sinon expliquer l’intérêt porté par certains à une purge soporifique comme The Machine Girl ?).
Puisque le sujet se présente à moi, il convient de préciser que les films post-Machine Girl sont des co-productions avec les USA, si ce n’est même davantage destiné à l’export qu’à l’archipel (où il arrive que les films sortent après les sorties étrangères !). Ceux qui y chercheront une quelconque authenticité du Z nippon se mettront alors le doigt dans l’oeil bien profond : ils n’y trouveront que le miroir de nos fantasmes d’occidentaux sur un Japon par essence déviant, dans des films au potentiel « culte » parfaitement calibré. Ce qui n’est ni un bien ni un mal d’ailleurs, mais autant ne pas prendre les vessies pour des lanternes : ce genre de film n’est pas vraiment représentatif de ce que peuvent être le bis, Z et autres V-cinema japonais.

Passées tous les reproches que je pourrais lui faire (et par là même mon conseil de passer votre chemin, à moins d’être un complétiste), il est intéressant de voir combien avec tous ces films Nishimura est en train de construire une sorte de mythologie personnelle, ou plutôt un registre de figures typiques et récurrentes. Même si comme toujours on se demande où se situe la frontière entre mythe et recyclage, et où commence l’auto-citation lourdingue.
Ainsi, sa fascination pour l’automutilation et les cutters est de notoriété publique. On trouve aussi un certain nombre de personnages secondaires récurrents. Je pense entre autres aux stéréotypes d’étrangers (le chef indien, l’africain attardé, le chinois à moustache,…) qui apparaissent régulièrement avec plus ou moins de variations. Certains personnages ont également droit à leur petit film rien qu’à eux, généralement présentés en bonus sur les DVDs – que le court métrage bonus développe un personnage secondaire (comme c’est le cas de ceux accompagnant Tokyo Gore Police) ou qu’au contraire un personnage de bonus se voit accorder un place dans un long (l’écolière suicidaire avec son cutter géant à la place du bras apparaît à l’origine dans le court Reject of Death de Yamaguchi Yudai). Au delà des personnages, il recycle aussi les mutations qu’il leur faire subir : la transformation finale du docteur maboule (visage explosé et lance-flamme nasal) ressemble par exemple étrangement à celle de l’hôtesse du club SM dans ce spin-off de Tokyo Gore Police dont j’ai oublié le nom.
D’une manière générale, il y a dans ses films un mix de débilité profonde, de détournement des archétypes de culture populaire et de bizarrerie gore qui n’appartient à personne d’autre. A voir dans quelle mesure ce genre de petit truc rigolo au début deviendra chiant à la longue, mais pour l’heure cela confère à ses films une sorte d’unité d’univers qui fait qu’on a plaisir à s’y plonger.

Ce qui n’empêchera pas Vampire Girl vs Frankenstein Girl d’être un film poussif, entre quelques bonnes idées (références rigolotes à Re-Animator). Regardez le trailer plutôt que le film : comme pour The Machine Girl, il concentre toutes les scènes cools en oubliant le vide qui les lie (comme quoi c’est pas toujours un crime de ne mettre que les scènes d’action dans une bande annonce).
Espérons quand même qu’il ne donne pas le « la » des productions suivantes : moins de générosité gore, des scènes bouche trou à rallonge, des effets numériques inutiles et laids,… est-ce cela l’avenir des films de Nishimura, et d’une manière générale des prod Sushi Typhoon ? Espérons que non.
(vous avez vu cette conclusion toute pourrite ? j’ai honte et il y a de quoi)

§ 10 commentaires sur “Vampire Girl vs. Frankenstein Girl (Nishimura Yoshihiro & Tomomatsu Naoyuki, 2009)”

  • Guillaume says:

    Sushi Prod s’annonce vraiment mal (je suis néanmoins curieux de voir l’eventuel apport de Sono Sion). Quant à Nishimura, j’ai surtout l’impression qu’il tourne pour tester en live ses idées et qu’il se cherche encore sans réellement réclamer une légitimité.

  • Martin says:

    Très bonne chro’, mais une question subsiste: y a d’la culotte?
    Le film ne fait que 85 min et à l’air rempli de trous d’air, je milite pour le format pink 1heure tout rond! :)

  • Epikt says:

    Nan, y a pas de culotte. C’est pas trop le trip de Nishimura en fait.
    Pour de la culotte dans un film du même genre, il y a ‘Shyness Machine Girl’ (de Iguchi).

  • Oli says:

    dommage mais prévisible…je le verrai quand même (le film sort le 26 février en dvd au Japon)…mais bon… Sinon je suis plutôt d’accord avec tout ce qui a été écrit ci-dessus. Après les éditeurs occidentaux essaient de refourguer ces titres à la vente mais, à mon sens, ce genre de spectacle ne prend tout son sens qu’au tarif locatif.

  • Epikt says:

    Le problème c’est qu’en France la location est morte. Et comme la VOD ne décolle pas…

  • Caixão says:

    ooooh, dommage… je commence à croire que les bons films parmis les films rigolores japonnais sont l’exception en fait :(

  • mk says:

    La VOD ne décolle pas à cause des prix. Même raison pour laquelle la location est morte.
    Au JP, la location marche d’enfer. Je loue trop de films au Jp. Et pareil, je regarde trop de VOD aux US.
    Tiens, tu bet combien que l’e-book va se casser insta la gueule en France aussi ? :p

  • Martin says:

    ça coute combien une loc’ au Japon?

  • Oli says:

    Martin : une loc’ au meilleur prix, c’est entre 110 et 310 yens (suivant s’il s’agit d’une nouveauté ou pas, si tu loues pour la soirée seulement ou pour une journée entière)

  • Martin says:

    ok merci (à la bourre ^^)

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