Twenty (Shin Jeong-Gyun, 2000)

Et c’est reparti pour un nouveau film coréen pas connu ! Shin Jeong-Gyun, réalisateur dont j’ai jamais entendu parlé, a quand même réussi l’exploit d’avoir caser deux films (ses deux seuls en fait) dans ma petite présélection : Twenty donc, et aussi The Bucher’s Wife (réalisé un an avant) qui lui aussi avait l’air cool. Alors me suis-je trompé dans mon choix ? En tout cas je l’espère, car malgré une bonne gueule vu de loin et une entame intéressante, Twenty est finalement bien décevant.

Vingt, c’est l’âge de Myung-Ju lorsqu’elle se rend compte qu’elle a gâché sa vie. Dépucelée debout contre la paroi d’un tunnel routier par un biker quelconque à un âge pas très avancé, depuis elle enchaîne les amants avec lesquels elle entretient des relations on ne peut plus superficielles et dépourvue de tout réel sentiment. Un jour elle est séduite par Seon-Ho (il a un coupé Hyundai, forcément le petit copain du moment ne fait pas le poids sur son scooter customisé) avec qui elle trouve un peu de stabilité. Seon-Ho veut être réalisateur de cinéma (le nouveau Steven Spielberg, qu’il dit) et bien entendu Myung-Ju en sera la vedette (radical pour chopper). Ce qui ne lui dit pas, c’est que le film en question est un porno. Ce qu’il ne prévoit pas non plus, c’est que la mère de la jeune fille rentrera plus tôt que prévu à la maison, interrompant le tournage.

Vingt, c’est aussi le nombre de minutes intéressantes dans le film, et cela correspond à peu de chose près à ce que je viens de vous raconter. Désabusé autant qu’empli d’innocence, ce premier quart d’heure laisse augurer du meilleur pour la suite. La réalisation n’y a rien d’extraordinaire, mais reste assez maîtrisée, dans le genre sèche et sans beaucoup de fioritures. Si on prend en compte le double handicap tournage en mini-DV et copie DVD pas vraiment glop, l’image est même assez belle. Alors certes, le noir et blanc (utilisé durant les quinze premières minutes environ, à l’exception des deux premières scènes, qui sont en fait un flash-forward et un flash-back) remplit son rôle de cache-misère de façon convaincante. Mais c’est pas de ma faute, j’aime le noir et blanc, cela renforce la nature subjective et artificielle du film. Forcément, on n’est pas ici en présence d’un noir et blanc travaillé – comme il peut l’être dans des films comme The Barber des frères Coen ou encore Eureka de Aoyama Shinji – mais dans le cas de films un peu fauchés, l’usage du noir et blanc accentue le coté brutos. Et dans le cas de Twenty (de son entame) c’est tout à fait adéquat.
On y parle donc beaucoup de cul, pas beaucoup d’amour (sauf pour manipuler l’autre), et parfois même de façon très amusante, autant que finalement pertinente. Comme dans une des premières scènes, dans laquelle – après avoir confessé ne pas avoir mangé durant trois jours après avoir vu son vagin pour la première fois ! – Myung-Ju et une copine (détail intéressant, c’est la seule fille à qui elle parlera de tout le film, comme si tout le reste de sa vie n’était définie que par sa relation avec les hommes), discutent de l’utilité de ce sexe qu’elles s’accordent pour trouver disgracieux : si la seconde est quelque peu dégoûtée qu’un bébé puisse en sortir, la première lui réplique « ça sert aussi à baiser ». Hop ! Quelques secondes et voilà que, sans besoin d’en dire beaucoup et ni de s’appesantir davantage, Myung-Ju fait un petit doigt d’honneur au rôle de génitrice que lui réserve la société traditionnelle. J’aime les punkettes (même si pour le coup elle est pas punk pour un won et au contraire se fera salement exploiter par les hommes).

Puis ça se gâte quand même. Déjà ça repasse à la couleur, et sans véritable intérêt – en fait si, il y a une belle ellipse temporelle, mais ce n’est pas une raison. Myung-Ju retrouve Seon-Ho qui s’était fait la malle depuis, et celui-ci la pistonne auprès d’un réalisateur de pub de lingerie (« tu veux être modèle ? » qu’il lui demande) qui s’empresse de violer la jeune femme sous prétexte de lui faire passer une audition. Elle fini par tomber enceinte, et ses deux amants faisant les morts elle décide d’avorter. Et c’est là que se fini la première histoire. La seconde est celle de Dong-Woo, un homme complexé par la taille de son sexe et qui rêve de rencontrer une vierge qui ne pourrait pas faire la comparaison (il a pourtant une copine plutôt jolie et amoureuse, même si un peu hystérique sur les bords). Un jour il rencontre Myung-Ju et est séduit par sa timidité (« elle est vierge, j’en suis sûr ! »). Et quand il arrive à la mettre dans son lit, il est convaincu d’avoir enfin trouvé sa pigeonne – sans se douter une seconde que le sang que perd la jeune fille ne vient pas de la perte de son hymen mais d’un avortement pas encore tout à fait cicatrisé !
On commence à voir apparaître les premiers signes de déliquescence avant la fin de la première partie, avec une scène de cul sans intérêt ni maîtrise (les scènes précédentes étaient pourtant assez honnêtes), qui n’a visiblement d’autre objet que de justifier la classification « érotique » du film, et en effet cette scène n’a rien à envier au soft-porn le moins inspiré (musique ridicule incluse). Quand à l’histoire du mec, je dirais pas qu’elle est chiante, mais un peu quand même. La narration, qui tenait pourtant la route dans le premier quart d’heure, fini de s’essouffler et le rythme avec.
Je vous passe les détails de la troisième partie (trente minutes chacune, avec une régularité de métronome, à se demander si ce ne sont pas trois épisodes télé assemblés) qui voit les deux tourtereaux emménager ensemble, Dong-Woo partir pour un séminaire et rentrer pour découvrir qu’entre temps sa compagne a été abusée par un peu tout le monde (un pote à lui, l’ex de la jeune fille et le réalisateur de pub) et le tout devant l’objectif d’une caméra, s’il vous plait. Je vous passe aussi la séance de vaudeville où tous les amants se pointent justement le jour où Dong-Woo rentre (en avance) à la maison, et que les cinq s’improvisent un déjeuner fort embarrassant pour la jeune femme. Pourquoi je vous raconte tout le film vous me demanderez ? Simplement si vouliez à tout prix le regarder, rien ne vous empêchera d’apprécier les vingt premières minutes, mais par la suite vous ne regretterez pas le moins du monde de céder devant l’irrépressible envie de dormir qui vous assaillira. Car Twenty souffre de toute évidence d’un gros problème du point de vue de son écriture, tout d’abord trop inégale entre ses trois parties. Ensuite se dispersant trop, tant dans ses personnages que dans les styles : ça peut être intéressant, mais ça manque ici de cohérence comme de talent. On lui accordera quand même l’exploit de faire paraître le double à un film d’à peine une heure trente.
Ainsi, les quinze premières minutes auraient fait un court-métrage plutôt chouette. Un peu développée, la première demi-heure auraient pu donner un long métrage tout ce qui a de plus honnête (ou telle quelle, un moyen métrage très correct). Mais avec à peu de chose près une heure de trop, Twenty est finalement d’un grand et profond ennui.

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