Truth or Dare (Kim Gi-Yeong, 2000)

De ma petite sélection de films coréens pas connus, Truth or dare est le premier à rentrer incontestablement dans la très convoitée catégorie « gros navet où y a vraiment rien à sauver ». Aller, j’avoue, c’est le pire du lot – ce qui empêche pas de lire jusqu’au bout, hein ?

En deux mots, la star du rock pour midinettes prépubères Cho Ha-Rok est retrouvé mort dans sa voiture, et tout porte à croire que c’est par overdose. L’alerte est donnée par Da-Hae, la présidente du fan-club, qui avoue l’avoir tué parce que le chanteur l’a violée. Mais l’inspecteur chargé de l’affaire est convaincu qu’elle ment et cache quelque chose. Et là ça commence à être compliqué, le zélé fonctionnaire de police se retrouvant face au nombreux témoignages contradictoires de la part de tous les témoins et personnes impliquées, membres du fan-club, agent de la star et autres.
Là, j’ai commencé à avoir mal, sentant venir à plein nez le thriller psychologico-policier, avec confrontations de témoins plus retors les uns que les autres, ayant tous quelque chose à cacher, et qui commence à hanter l’enquêteur qui finit par en faire une « affaire personnelle ». Gagné ! On a même droit au coup de l’inspecteur qui tombe sous le charme de la gamine, et qui en passant commence à éprouver des doutes sur sa relation avec sa fille – rien de sexuel, je vous rassure (quoique) mais des questions fondamentales comme « me cache-t-elle quelque chose ? », « prend-elle de la drogue ? », « a-t-elle déjà perdu son pucelage ? »,… enfin, vous voyez. Rien que du déjà vu cinquante fois, d’autant plus que le film enfile les « passages obligés » du genre avec la finesse d’un char Leclerc et sans leur apporter la plus petite once de personnalité.
Bizarre, car le film étant visiblement inspiré de faits réels (je viens de découvrir ça, après avoir vu le film) : le meurtre d’un certain Kim Seong-Jae du groupe Deux (un petit tour sur YouTube confirme mes craintes : un groupe de « hip-hop » pour adolescentes des plus fadasses, mais visiblement culte) qui aurait marqué tout le pays. Diantre ! Tout ça pour dire que partant d’un fait réel qui l’a à priori marqué, le scénariste aurait pu en tirer quelque chose de plus crédible. Quelque chose de crédible par contre dans ce film, c’est le comportement des fans, qui paraîtra peut-être étrange à toute personne normalement constituée, mais qui n’étonnera pas une seconde qui a un peu goûté du milieu de la pop coréenne. Les collègues de Da-Hae s’emploient donc à dépenser leur abonnement SMS pour faire monter leur idole dans les charts, à menacer leurs camarades de classe pour qu’elles créent des comptes sur les forums pour lui adresser des messages de soutien bidons (note culturelle du jour : en Corée il est souvent nécessaire de fournir son numéro d’indentité pour s’inscrire sur les sites, difficile donc de créer des comptes multiples), à dévaliser les magasins de disques le jour de la sortie de l’album pour créer l’événement, ce genre de conneries quoi, et surtout d’aller sur les plateaux télé pour hurler comme des hystériques et se crêper le chignon avec les fans d’en face. Même pas exagéré.

Le film est par contre pétri d’incohérences, en particulier dans les comportements des personnages, dont la psychologie a visiblement fait l’objet d’une grande attention. Les techniques d’interrogatoire elles aussi laissent songeur – un exemple, le gars qui agite la preuve devant les yeux de la gamine « on a retrouvé tes cheveux sur le lieu du crime ! ahah ! »  alors que ça fait depuis le début qu’elle a avoué le meurtre ! Le tout donne vraiment l’impression d’une succession de situation types puisées dans le « manuel du parfait petit film policier à intrigue tordue » et intégrée à la va-vite dans une trame scénaristique déjà faiblarde – sérieux, le mobile du meurtre, qu’on découvre bien entendu véritablement à la toute fin, alors que l’affaire est classée, est d’une bêtise assez édifiante.
Et comme si ça ne suffisait pas, la mise en scène (car j’en ai toujours pas dit un mot) est aux abonnés absents. Sans personnalité, sans point de vue, sans inventivité et sans relief, et encore aggravée par un recadrage à la hache qui sanctionne un cadre qui dès l’origine ne devait pas être bien inspiré. Les acteurs, menés par une pseudo Kim Min-Sun au rabais, varient quand à eux entre le potable et le totalement fade. Vous n’irez pas vous plaindre que je vous ai pas prévenus.

Juste histoire de décourager les plus téméraires, un mot du DVD, qui est à ma connaissance le seul dispo (si vous en connaissez un autre, faites moi signe) et d’une qualité über-médiocre. Outre le recadrage de 1.85 à 1.33 déjà évoqué, l’image est dégueulasse, le son encore pire (certains passages sont même inaudibles à cause de sa saturation) et le sous-titrage à priori pas glorieux. Rien de bien étonnant lors que le film terminé, au cour du générique, il devient évident que cette copie est en fait réalisée à partir d’un passage télé ! Perso, j’adore (au moins on a pas le logo de la chaîne en haut à droite de l’écran pendant tout le film, parce que j’ai déjà vu ça). Et, les curieux seront contents d’apprendre que le jour en question le programme de deuxième partie de soirée c’était Scream 3.

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