Trois films d’Im Kwon-Taek

En voilà un article qu’il est bien et que grâce à lui je vais recevoir des insultes et des commentaires « c’est scandaleux qu’en tapant “Im Kwon-Taek” sur google on tombe direct sur ce genre d’article stupide et mal écrit et que son auteur il y comprend que dalle » ; joie !
C’est vrai que Im Kwon-Taek (dont, même pas honte, je n’avais vu, je crois, que Ivre de femmes et de peinture, film pas transcendant mais intéressant) étant un réalisateur connu (et un des plus prolifiques réalisateurs coréens, ce qui lui vaut un hommage au cours de cette rétrospective) ça m’embête de ne faire qu’une petite note expéditive sur ses films, j’aurais aimé approfondir un peu sur les films. Mais que voulez-vous, quand on se tape trois films à la suite il est difficile de vraiment tout développer, d’autant plus lorsque le réalisateur ne met pas du sien et que ses films ne nous laissent pas de grand souvenir. Mais sait-on jamais, un jour peut-être aurez-vous droit à une dissection en règle du Chant de la fidèle Choun-Hyang… Elle n’a qu’à bien se tenir.

Le Chant de la fidèle Choun-Hyang (2000)

Ça tombe bien puisque c’est justement par celui là qu’on commence : Le Chant de la fidèle Choun-Hyang, film très pénible, histoire d’amour entre un noble et une fille de courtisane racontée à la manière du pansori (chant traditionnel avec un chanteur, qui déclame plutôt qu’il ne chante, accompagné d’un tambour). Malheureusement pour les deux tourtereaux le jeune homme doit partir à Séoul et ne peut y amener sa belle (car elle n’est pas noble et qu’il ne pourrait alors plus passer les concours de haut fonctionnaire) qui reste dans sa province en proie à la concupiscence du nouveau gouverneur de la province. Qui se fait salement éconduire par la fidèle épouse et finit par la jeter en prison et la condamner à mort.
Soyons franc, le film m’a mis la tête comme une pastèque à cause du chant pansori qui l’accompagne. J’étais donc pas dans de bonnes dispositions pour l’accueillir. Mais, en faisant abstraction de cette encombrante voix-off traditionnelle, qu’en reste-t-il ? Le fait est que l’ensemble est emprunt d’une telle artificialité, pour ne pas dire « grandiloquent avec un balai dans le fondement », qu’aucune émotion sincère et sensible ne s’en dégage. Et ressemble davantage à une compilation de cartes postales folkloriques qu’à un film. Célébrer le patrimoine culturel et s’en inspirer ne se réduit pas à plaquer un diaporama sur un chant traditionnel, non mais sans blague (cf Kitano et son Dolls inspiré du théâtre bunraku). Cela dit, ça doit plaire à ceux à la recherche de l’exotique Corée traditionnelle en costume avec des histoires d’amours entre nobles.

La Mère porteuse (1986)

Rebelote avec La Mère porteuse, qui a le mérite de ne pas avoir de pansori en fond sonore ce qui nous permet de nous focaliser sur les défauts plus généraux de la mise en scène de Im Kwon-Taek. Je suis connu pour ne pas être client du cinéma classique, mais là c’est pire : cadrage impersonnel et totalement désincarné, réalisation dans son ensemble très prout prout, asthmatique du montage à défaut d’être totalement analphabète de l’image. Sauve quand même le film du naufrage une histoire intéressante, suivant une jeune fille qui sert de mère porteuse pour un couple de nobles dont la femme est stérile et qui doivent malgré tout prolonger la lignée pour honorer les ancêtres. Malheureusement Im en fait principalement une collection (voulue sarcastique) de superstitions et autres remèdes de grand-mère sensés apporter fertilité et héritier mâle mais qui ne font que souffrir les pauvres reproductrices et autres allusions au culte des ancêtres qui fonde la société coréenne traditionnelle. C’est bien rigolo de se moquer des ignares mais ça m’évoque surtout un type qui dans 150 ans réaliserait un film à charge sur George W. Bush (« You never know what your history is going to be like until long after you’re gone. », G.B. 5 mai 2006). En montrer l’absurdité n’est pas une mauvaise chose. Mais il n’en est pas de même de ne faire que ça du film ou presque, en traitant par exemple par dessus la jambe les questions humaines (alors que le personnage ne demande justement que ça !), en particulier l’histoire d’amour entre le maître et la mère porteuse qui là ne se résume qu’à une partie de jambes en l’air.
(l’honnêteté me force à admettre qu’ayant vu La Mère porteuse directement à la suite du Chant de la fidèle Choun-Hyang, j’étais un tantinet énervé en entrant dans la salle, craignant le pire : il est probable que l’agacement devant l’académisme sans relief de l’oeuvre ait pris le pas sur le soulagement de tomber en fin de compte sur un film nettement moins balourd)
(tant que j’y suis, sur le même sujet la deuxième partie du Rouet de Lee Doo-Yong m’a semblé plus convaincant)

Le Ticket (1986)

Mais Im Kwon-Taek ce n’est pas que des films en costumes chiants, même si la programmation ne le mettait pas particulièrement en évidence (quatre ou cinq films « folkloriques » sur six !). Était donc également projeté Le Ticket, film contemporain dressant le portrait de livreuses de café dans une ville portuaire. Par « livreuses », comprenez que si effectivement vous commandez un café, vous pouvez également passer un bout de temps avec la femme qui vous l’apporte. Débarquent donc dans cette ville trois jeunes filles, dont on va un peu suivre le parcours. Mais on va également découvrir le passé tourmenté de leur patronne.
Ralala, Im Kwon-Taek et ses sujets qui pourraient (pourquoi pas ?) être intéressants, qui ne sont parfois pas mal écrit – même si je ne peux m’empêcher de penser qu’il veut trop en faire, trop de personnages, trop de petites entames de pistes narratives qui ne seront pas exploitées,… et que finalement ses films n’ont pas la portée qu’ils pourraient avoir – mais surtout mis en scène avec des moufles ! Bon, ok, j’exagère, car Im n’est pas totalement manchot et il ne fait pas de fautes de goût flagrantes. Ici et là pointent même parfois quelques plans assez chouettes (le femme qui avance sur les filets, cadrée au ras du sol en plongée), mais tout cela manque d’audace ! De personnalité ! Scrogneugneuh !
Cent films pour en arriver là ? Scandaleux !

Étaient également projetés Ivre de femmes et de peinture (plutôt regardable donc, souffrant d’un certain nombre des suscités défauts mais intéressant dans son propos sur l’art) ainsi que Chronique du Roi Yon-San et La Fille du feu (pas vus).

§ 4 commentaires sur “Trois films d’Im Kwon-Taek”

  • Gilles says:

    De toute façon, plus de la moitié de la filmo de Im Kwon-Taek est à jeter. Si on enlève tous les films de propagande qu’il a fait sous la dictature, on a plus grand chose à se mettre sous la dent. Et pour le reste, il a un talent certain pour que les histoires les plus intéressantes qu’il racontent deviennent subitement chiantes quand elles passent à l’écran.

  • Carth says:

    J’ai presque chialé en sortant de la projection de “La Chanteuse de Pansori” au MK2 Hautefeuille, séance du dimanche à 11h du mat (faut en faire des efforts quand on habite dans le 91! ^^). Ce film tue la gueule quoi. Son dernier est aussi très classique mais très beau et j’avoue avoir pris mon pieds lors de sa 3ème vision (oui, voir 3 fois un Im Kwon-Taek, il faut en avoir). Pour La Fille du Feu, c’est l’effet inverse. Ce film est purement et simplement pénible du début à la fin (rah, ces fameux films coréens nont restaurés, bourrés d’émulsions, avec des couleurs toutes moisies et des sous-titres tremblottants mal écris…!)

  • Epikt says:

    Arf, si le film est bon je me fous un peu qu’il soit présenté dans une copie un peu dégueue. Mieux vaut ça que l’inverse.

  • Carth says:

    Oui idem (cf Les Promesses de la Chair de Kim Ki-Young par exemple), mais ici, le film est pénible pour ce qu’il est…tout simplement.

À propos de ce texte