Trois films de Bae Chang-Ho

Pour finir cette série d’articles, la rétrospective rendait également un hommage à Bae Chang-Ho (배창호), réalisateur que je suppose important (c’est bien tout le problème de faire confiance à un programmateur, les réalisateurs mis en avant sont-ils réellement importants pour la cinématographie coréenne, ou sont-il parachutés ici sans vraie raison ?) mais dont comme d’habitude je n’ai sans doute jamais entendu parler !

Bonjour Dieu (1988)

J’ai tout d’abord vu Bonjour Dieu, un film léger et pas particulièrement marquant, mais plutôt sympa. J’ai eu quand même peur au début, puisque le personnage principal est handicapé (disons qu’il a quelques troubles de motricité et boite donc bizarrement, qu’il a quelques problèmes de prononciation et que même s’il connaît la poésie il n’est pas super futé)(il cumule quoi), pas que j’ai quoi que ce soit contre les handicapés mais par contre j’ai une dent contre les films qui font pleurer avec ce genre de procédés douteux (« je suis un homme tronc aveugle et cancéreux et ma femme est en train de mourir de leucémie foudroyante au terme d’une longue agonie mais je m’accroche et je veux toujours y croire avec dignité face à l’injustice du monde »). Mais comme on verra par la suite cela ne sera finalement pas le cas, hallelujah !
Un beau jour notre jeune homme trompe la vigilance parentale et décide de se rendre à Kyongju pour y peindre l’observatoire astronomique. Il commence par se tromper de bus, échoue je ne sais où, où il finit par rencontrer un poète un peu à l’ouest qui décide de l’accompagner dans son périple. En chemin ils rencontreront une femme enceinte jusqu’aux yeux qui part accoucher chez sa mère mais qui finalement va elle aussi le suivre. Voilà donc nos trois compères au coeur d’une sorte de road movie au ton légèrement humoristique.
Reste que le film est loin d’être une leçon de mise en scène et vous savez que ce genre de chose m’agace, c’est plus fort que moi. Je ne développerai donc pas davantage, sinon je vais vite scrogneuhgneuhiser. On va donc positiver en soulignant le ton très agréable du film. En remarquant également que s’il faudrait interdire les scènes d’accouchement au cinéma (quand je serai ministre de la culture), celle présente dans ce film est assez chouette et un peu nawak, et passerait presque pour l’exception qui confirme la règle.

Le Rêve (1990)

Deuxième film vu, Le Rêve, pas du tout dans le même genre et ma foi bonne surprise. Bon, c’est vrai qu’on se serait passé du « twist » final annoncé dans le titre, « twist » qui a beau puiser son origine dans une légende (ou un texte traditionnel)(ou un truc du genre) n’en est pas moins aussi artificiel qu’inutile. Ça a aussi un petit goût de « ne convoite pas la femme de ton prochain, surtout si t’es un moine et que c’est un chevalier » puisqu’en le rendant fantasme il désamorce le tragique pour ne garder que la morale.
Un moine tombe donc amoureux d’une noble promise à un chevalier, l’enlève et s’enfuit avec elle. Au début tout ce passe bien, grâce aux bijoux vendus par la femme ils arrivent à créer une teinturerie prospère, il ont deux beaux enfants et même si la femme s’oublie parfois dans les bras du comptable on peut dire que tout va bien. Mais un jour le fiancé bafoué retrouve leur trace, les obligeant à fuir. Commence alors une succession d’errances, le couple tombant à chaque étape dans une déchéance encore plus grande.
Première remarque, et ça fait du bien, Le Rêve est nettement mieux mis en scène que Bonjour Dieu (dont on dira qu’il est très fonctionnel) : on a droit à des beaux plans bien composés mais aussi à une photo loin d’être dégueulasse ! Sur le deuxième point, considéré l’état de la copie, pas toute neuve, je serai bien embêté de parler de sa finesse mais les différentes parties du film font l’objet d’un traitement particulier et, sans qu’on atteigne un extrême de caractérisation, force est de constater que dans son film Bae Chang-Ho effectue un vrai travail d’ambiance grâce à la photo. Cela dit le plus appréciable est, vous commencez à savoir que c’est une chose que j’aime bien, la manière dont les plans (relativement longs) sont découpés, faisant s’y succéder sans coupe plusieurs compositions – parfois même (première arrivée de la famille de la femme dans le temple) cette transition en plan séquence est le lieu d’une ellipse temporelle, ce qui est toujours joli.
Il faut cependant admettre que d’un point de vue narratif le film s’oublie parfois un peu, les transitions entre les différentes parties (chaque pas en avant dans la déchéance) sont pour certaines amorcées d’étrange façon. Mais rien de bien grave.
D’autant plus que le film développe une imagerie assez classe, que j’ai rarement vue dans ce genre de film (en Corée du moins). Entre autres j’aime beaucoup le charnier où les vieux vont mourir au milieu des squelettes ou encore le village de lépreuses (c’est toujours chouette les villages de lépreux), sans oublier le chevalier vengeur qui, parallèlement à l’homme qu’il poursuit, se détruit lui aussi totalement.

Les Gens du quartier Ko-Bang (1982)

Dernier film vu à la rétrospective, Les Gens du quartier Ko-Bang, premier film du réalisateur au titre trompeur, puisque plus qu’un portrait des habitants du quartier (quartier très pauvre, limite bidonville) le film ne sera que celui de quelques uns : une femme, son mari et l’enfant qu’elle a eu d’un premier mariage, à l’heure où justement le père du petit réapparaît après plusieurs années en prison.
Un film plutôt sympa d’ailleurs, bien foutu du moins ; même si en fin de compte l’histoire vaut ce qu’elle vaut et que cela ne me touche pas plus que ça.
Au niveau mise en scène on trouve aussi dans ce premier film certaines des bonnes choses qu’on verra par la suite dans Le Rêve et qu’on ne verra pas dans Bonjour Dieu. Certes, sur certains points c’est assez kitch – ahah, le bruitage de la bagarre qui évoque immédiatement les bisseries hongkongaises devant lesquelles on s’abrutissait quand on était môme ! (et toujours maintenant en fait) – mais dans l’ensemble c’est maîtrisé.
Mais c’est d’un point de vue narratif que le film fonctionne vraiment. Un premier temps en mêlant différents niveaux de ton, entre comédie et drame, avec finesse (les passages entre le père et l’enfant sonnent très juste). Mais à mon sens le plus concluant est la manière avec laquelle, usant d’une série de flash-back, Bae Chang-Ho explore le passé du couple, fournissant bien entendu les informations factuelles sur ce qui s’est passé mais aussi incarnant par la répétition (le type est libéré, puis retourne en taule, etc…) l’exaspération de la femme face aux incarcérations successives de son mari, et qui malgré le fait qu’elle l’aime (c’est beau, hein ?) décide de se tirer parce que trop c’est trop.
Par contre les scènes de cauchemar du second mari jurent un peu et auraient mérité d’être mieux imbriquées à la trame générale car ainsi, avec une au début une à la fin, cela tombe comme un cheveu sur la soupe. C’est tout le problème du dosage dans un film aux personnages principaux multiples, il faut équilibrer leurs participations et ne pas les délaisser trop longtemps (la révélation sur le second mari me semble aussi un peu incongrue, mais bon),… enfin, je chipote, parce qu’il y aurait eu de plus désagréables manières de clore cette rétrospective.

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