Ten Nights of Dream (omnibus Nikkatsu, 2006) #2

Après une période entachée de fainéantise aigue et de festival de dodo, on retourne à nos moutons avec la suite et fin de ma critique de l’omnibus Ten Nights of Dream, avec les cinq derniers épisodes (et y a du beau linge !). Si vous ne savez pas ce dont je parle, si vous avez raté un épisode et/ou si vous arrivez par google, ne faites pas un pas de plus sans avoir lu la première partie !

Passion (Matsuo Suzuki)

On reprend donc notre périple avec Passion de Matsuo Suzuki, un des films les plus réussis et surprenants du programme. Décidément Matsuo est un cinéaste à suivre (je vous avais déjà rapidement parlé du plutôt joli Welcome to the quiet Room) même si il ne semble pour l’instant ne pas lâcher la bride dans ses longs métrages. Du coup, il est plus intéressant sur un format court (Yoru no shitasaki, extrait de Female, est vraiment excellent).
Les premiers plans de Passion, sur lesquels se greffent le générique, m’ont fait penser à un chanbara des années 60 : déjà c’est du noir et blanc, et le lettrage au pinceau semble très référentiel,… et comme trois types qui courent dans une forêt ne me semblent pas forcément incongrus dans le genre… mais les types ne sont pas en train de fuir des samouraïs (quelle idée ! mais j’avoue que c’est la première que j’ai eu) mais se vont assister à une démonstration de sculpture. La suite ne dépareillerait pas dans Funky Forest, puisque cette démonstration prend des chemins de traverses : non seulement le maître sculpteur semble sortir d’un film punk de Ishii Sogo, mais il se livre à une performance de danse (oui oui, grâce à une technique spéciale de la mort il sculpte en dansant) à mi chemin entre un mime robotique et un kata. La plus grande partie du film est constitué de cette danse, pleine de petits bruits bizarres et commentée par des spectateurs enthousiastes.

Loneliness (Amano Yoshitaka & Kawahara Masaaki)

Le film suivant est le seul de Ten Nights of Dream réalisé en animation, co-réalisé par Kawahara Masaaki, illustre inconnu, et Amano Yoshitaka, dessinateur hyper méga célèbre (Vampire Hunter D et tout ça).
Du coup je vais surtout parler de technique (le film se distinguant surtout sur l’esthétique je ne suis pas trop à coté de la plaque) qui me laisse un sentiment mitigé. Toutefois, ça doit être un des rares films en images de synthèse 3D dont j’apprécie, malgré tout, le rendu. Son principal défaut, c’est une certaine grossièreté du design – ça fait parfois penser à une cinématique temps réel d’un jeu vidéo. Mais les lumières et les couleurs sont splendides, approchant de temps à autre de l’aquarelle, une sensation aquatique en tout cas, en fin de compte assez proche du travail traditionnel de Amano. Mais je reste convaincu que le même film en 2D aurait pu être mieux (j’aime pas la 3D), plus graphique notamment (par exemple, à la manière de l’anime Mononoke)(un truc produit par la Toei, rien à avoir avec le papa de Totoro).
Sinon dans le fond, bah… c’est un peu nian-nian ; mais c’est zouli.

Imagination (Yamashita Nobuhiro)

Le réalisateur du segment suivant n’est pas inconnu des lecteurs de ce blog (roudoudjou ! c’est le réal de Linda Linda Linda !!!), mais pas forcément celui à qui on penserait le premier pour un omnibus autour du rêve. Au contraire, dans le genre cinéaste réaliste, Yamashita se pose là !
C’est donc un Yamashita totalement inconnu que me donnent à voir les premiers plans de ce film, dans une veine stricte de cinéma de l’imaginaire, avec abstraction, surimpressions et composition d’image, etc… Yamashita retourne toutefois rapidement dans un terrain familier, le Japon rural, puisque la suite montre des gamins qui pêchent dans une rizière. Ouf, serait-on tenté de se dire, c’est bien le même bonhomme ! Il se trouve quand même qu’un de ces gamins pêche un ver de terre géant, qu’il le baptise Riki et qu’il essaye de persuader sa mère de l’adopter. Tout ça à travers la mise en scène typique du réalisateur, longs plans d’ensemble, dans un souci très naturaliste. On se pince un peu pour se convaincre qu’on ne rêve pas, car c’est ma foi assez surprenant – et d’autant plus intéressant quand on connaît le réalisateur et qu’on le voit s’éclater comme un gosse dans un domaine qui lui est à priori totalement étranger.
En fait, de tous les films de Ten Nigths of Dream est le plus wateufeuk, puisqu’il change encore une fois de direction (une scène à nouveau plus abstraite, mais qui intègre tout de même des éléments très tangibles, « basiques » même), puis une fois encore (on y retrouve le brave Natsume à prise avec la page blanche, et qui se fait moquer en le confondant avec son confrère Mori Ogai)(une nouvelle scène incompréhensible), avant un final bien nawak.

Family Love (Nishikawa Miwa)

Seule véritable déception avec ce film (le Shimizu Takashi était déjà pas extra, mais je m’y étais préparé), dont j’arrive pas à voir ce qu’il peut bien vouloir dire. Pas parce que, à l’image du Yamashita, il est hermétique à force d’exubérance, simplement qu’il raconte rien. On y suit une femme qui va prier toute la nuit pour son mari parti à la guerre, elle fait donc des aller-retour entre l’autel et la porte en tapant des mains et en posant des petits cailloux. Avec en parallèle quelques séquence la montrant avec son mari, lorsqu’elle essaye de le dissuader de partir, et de son mari sur le front (ou au bordel !). Rien de bien spécial donc, on peine même à voir ce qui justifie sa présence dans l’antho.
On se rassure comme on peut en remarquant que c’est réalisé de manière pas dégueulasse.

Egoism (Yamaguchi Yudai)

Le dernier film du lot est à nouveau un truc bizarre, sans doute trop d’ailleurs. L’histoire d’un gars retrouvé à moitié mort (il a un oeil qui pendouille et la cervelle à l’air libre) qui explique comment il en est arrivé là, lui qui est le plus beau gosse de la ville devant qui se pâment toutes les femmes : en fait il est un serial killer tuant toutes les femmes laides, mais est un jour tombé dans le piège maléfique d’une femme qui le force à manger du porc de la chair humaine et qui se transforme en cochon pour l’affronter sur un ring !
Donc oui, c’est du n’importe quoi. Ça commence pourtant pas si mal, avec un peu de décalage, de la surprise, rien de bien fin mais ça passe parce que c’est décalé. Malheureusement ça tourne parfois au grand n’importe quoi avec humour scato débile, ce qui plombe l’ambiance – dans la filmo de Yamaguchi on est bien plus proche du Bahut des tordus que de Meatball Machine ! Enfin bon, ça reste fun, et a l’avantage de clore ce programme de manière décomplexée et dynamique.

(et non, pas de conclusion, pas envie)

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