<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Insecte Nuisible &#187; post-moderne</title>
	<atom:link href="http://insecte-nuisible.com/tag/post-moderne/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://insecte-nuisible.com</link>
	<description>Le cinéma qui grouille</description>
	<lastBuildDate>Thu, 17 Jun 2010 20:19:21 +0000</lastBuildDate>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=abc</generator>
		<item>
		<title>À propos de Endless Eight, à propos de son manque d&#8217;humanité surtout</title>
		<link>http://insecte-nuisible.com/endless-eight/</link>
		<comments>http://insecte-nuisible.com/endless-eight/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 01 Nov 2009 22:14:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[animation]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma japonais]]></category>
		<category><![CDATA[post-moderne]]></category>
		<category><![CDATA[répétition]]></category>
		<category><![CDATA[série télé]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://insecte-nuisible.com/?p=803</guid>
		<description><![CDATA[En voulant se la jouer petit malin, Endless Eight se plante sur toute la ligne, n’ayant sans doute pas saisi l’opportunité de réaliser quelque chose d’aussi ambitieux que la première saison de La Mélancolie... Il ne pourra alors que se réfugier dans des justifications boiteuses, qui ne seront au mieux que des notes d’intentions (au pire de la mauvaise foi) mais qui en aucun cas caractéristiques du produit fini.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>&lt; Insérer ici la citation de Pierre Michon (si je dis pas de connerie) que je retrouve pas et qui dit qu’une vérité répétée deux fois devient un mensonge ; je me demande ce qu’il penserait d’une histoire répétée huit fois, si pourrait s’y créer un peu de vérité. &gt;</p></blockquote>
<p>Ces derniers jours je me suis enfin collé devant la deuxième saison de <strong>La Mélancolie de Suzumiya Haruhi </strong>; ou pour être plus précis l’arc, inclus dans la deuxième saison, intitulé <strong>Endless Eight</strong>. Un arc assez bizarre dans son genre, quoique pas forcément réussi, un peu <em>fail </em>même, comme dirait l’autre ; j’aurais l’occasion d’y revenir, mais paradoxalement la composante étrange de la chose ne fait que rendre plus évident son conformisme, et du coup la planter. C’est assez croustillant comme expérience, et justifie mon envie d’écrire ce petit texte qui ne devrait vraisemblablement trouver sa place nulle part, trop gros pour le blog et trop rapide pour une chronique normale (finalement non en fait, j’ai fait plus long que prévu), et de toute façon pas vraiment une « critique » en bonne et due forme, avec par dessus le marché un titre pas du tout canonique comme il faut rien ne va plus ma petite dame !<br />
(mais alors que les MAJ se font de plus en plus rares vous n’allez surtout pas bouder)</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/endless-eight-1.jpg" alt="" /></p>
<p>Pourtant l’idée – les personnages sont pris dans une boucle temporelle et du coup les huit épisodes racontent tous la même chose – est rigolote comme tout et avait d’emblée emporté mon adhésion quand j’en avais entendu parler la première fois ; c’était au moment où une partie de la <em>fan-base </em>commençait à s’emporter et à crier au foutage de gueule, ce qui est ma foi réjouissant. Car, à la suite d’une série ayant remporté un franc succès et développé de grandes attentes, il y a un coté <em>pounk </em>dans cet arc : c’est un peu comme si les créateurs voulait tester la ténacité et/ou l’entêtement de leurs fans en leur proposant le truc le plus imbitable possible ! Pensez donc, dans cette épisode Haruhi entraîne ses acolytes dans tout une batterie d’activités qu’elle considère comme typiques et indispensables à toutes bonnes vacances d’été (piscine, chasse aux insectes, feux d’artifices,&#8230;), autant dire qu’il se passe à peu près que dalle, et par dessus le marché on nous l’impose huit fois de suite ! Épatant. Tous aussi épatant est le fait qu’ils aient réussit à convaincre les producteurs de financer cette chose, car il ne s’agit pas exactement du même épisode rediffusé huit fois, mais du même épisode redessiné huit fois (si les actions sont grosso modo les mêmes, les décors, habits, plans, etc, changent), ce qui coûte même pas moins cher ! Non, sérieux, ces types ont de quoi être les héros de bon nombre de marketeux cyniques.<br />
Donc je disais que l’idée me plaisait bien. Tout d’abord car j’aime les idées à la con, et que c’est définitivement une idée à la con. Ensuite car, après son propos post-moderno-référenciel, le sel de la première saison venait déjà d’une bizarrerie de structure – les épisodes furent programmés dans le désordre, ce qui déplace totalement les éventuels suspenses et questionnements, un truc qu’ici on aime beaucoup. A ce sujet, à l’occasion de la deuxième saison la première fut rediffusée en même temps en respectant cette fois scrupuleusement la chronologie, avec donc les nouveaux épisodes s’intercalant aux anciens ! (vous comprendrez peut-être mieux grâce au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Suzumiya_Haruhi_no_y%C5%AButsu#.C3.89pisodes">rékapépête sur Wikipédia</a>) Une très jolie idée encore une fois, mais ne nous concernant pas aujourd’hui, les huit <strong>Endless Eight</strong> étant diffusés les un à la suite des autres, comme un bloc (forcément, ils se déroulent en même temps).</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/endless-eight-2.jpg" alt="" /></p>
<p>Bref, huit fois le même épisode – ou presque.<br />
Passé l’enthousiasme « oué trop trop coule comme c’est trop bien rigolo comme ça le fait trop », on reprend un peu ses esprits : après tout, tout le monde est capable d’imaginer un truc débile qui tient pas debout, le seul mérite de l’équipe de <strong>La Mélancolie&#8230;</strong> est d’avoir assumé sa connerie et d’avoir réussi à convaincre quelqu’un de mettre de l’argent dans leur projet. Mais ensuite encore faut-il en faire quelque chose, histoire que ça ressemble ne serait-ce qu’un tout petit peu à de l’art, et pas à une bouse de vache lancée sur un car de CRS.<br />
Et après trois secondes de réflexion on réalise que, même si on leur a fait confiance à priori, les types d’<strong>Endless Eight</strong> fonçaient droit dans le mur, à moins d’être des génies géniaux.<br />
J’ai peu d’imagination (en tout cas j’aime le faire croire) et je vois pas trop de manières de relever (révéler ?) l’intérêt du procédé – qui sinon sonnerait comme un artifice, sans sens. La première, c’est d’en faire une oeuvre de scénario ; et dans ce cas précis fondé sur la répétition, sur la révélation finale du dernier épisode, l’action permettant de sortir de la boucle temporelle. C’est un peu <em>light </em>malheureusement, et contraint à sortir quelque chose d’absolument énorme, qui à la fois remettrait tous en perspective mais aussi intégrerait et justifierait formellement (pas seulement sur le fond !) le procédé en boucle. C’est visiblement l’option qui a été choisie, mais sans cette ambition : soit les scénaristes ont joué la solution de facilité, soit celle du je-m’en-foutisme. Car le final est juste ridicule. A vrai dire, ne montrer que des boucles qui échouent (et donc masquer la révélation), même si carrément <em>fuck you all</em> et achevant d’énerver les fans, aurait été plus intéressante que cette fin en mousse.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/endless-eight-3.jpg" alt="" /></p>
<p>Reste une deuxième solution, celle que j’aurais aimé voir venir et que j’aurais choisis d’emprunter (<em>disclaimer </em>: voilà qu’encore une fois je refais le film à la place du réal ! c’est mal, je sais, en plus c’est prétentieux, j&#8217;en connais même qui disent que je passe à coté des oeuvres, mais je peux pas m’en empêcher !), qui révèle sans doute mes penchants formalistes et humanistes (non, ce n’est pas incompatible, au contraire même) : faire de cette structure scénaristique verrouillée et répétitive une pure oeuvre de mise en scène, dont le but serait bien évidemment de révéler un peu l’humanité des personnages, de briser leur carapace. Une histoire à première vue vide comme celle d’<strong>Endless Eight</strong> (les activités proposées par Haruhi sont tout ce qu’il y a de plus banales) est même le lieu privilégié de ce genre d’entreprise, puisque débarrassé des parasites scénaristiques (suspense et cie ; du coup la révélation finale n’aurait même pas été nécessaire, sans pour autant que cela relève du foutage de gueule) on peut se concentrer sur les nuances, les paradoxes,&#8230; bref tout ce qui fait qu’un personnage existe un peu au delà de son image ; et même prendre son temps puisqu’ici on peut s’y reprendre à huit fois, avec toutes les variations imaginables. En un mot comme en mille, creuser sous la surface banale (et/ou extraordinaire, voir le paragraphe juste après) et révéler une authentique sensibilité. Tout un programme.<br />
Le procédé aurait été d’autant plus intéressant dans cette série que, vous devez vous en souvenir si vous avez vu la première saison, Haruhi a constitué sa brigade d’individus « exceptionnels » (voyageurs temporels, humains aux pouvoirs spéciaux, méga conscience psychique de la mort,&#8230;) et/ou, suivant la manière dont on les regarde, stéréotypées (<em>magical-girl</em>, icône <em>moe </em>à l’<em>oppai </em>plus grosse que la cervelle, clone mutique de la désormais culte Ayanami Rei (dans <strong>Evangelion</strong>, pour les ignares), beau gosse ténébreux,&#8230;) ; bref un point de vue humaniste aurait été d’autant plus intéressant qu’il aurait pris à rebrousse-poil le parti pris de la première saison, qui fonctionnait sur les archétypes.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/endless-eight-4.jpg" alt="" /></p>
<p>Cette idée pleine de promesses que je me faisais de la manière dont la chose aurait pu s’agencer fut malheureusement bien révélatrice des défauts de <strong>Endless Eight</strong>. Des défauts ma foi très courants, et il est possible que les fans du genre ne s’en soit pas offusqués plus que cela puisqu’il ne s’agit finalement rien de moins que des défauts classiques des séries animées jap. En gros ce que je suis en train de vous dire c’est que non content de ne pas être exceptionnel, <strong>Endless Eight</strong> nous rappelle constamment qu’il n’est malgré son apparente originalité qu’un anime lambda, donc mauvais.<br />
Car comment voulez-vous, même avec la meilleure volonté du monde, donner un peu de vie (et ne parlons même pas d’humanité) à des personnages lorsque la mise en scène est fadasse mais surtout quand ils sont <em>designés </em>et animés à la truelle, et ne s’expriment que grâce à des doubleurs cabotins ? <strong>Endless Eight</strong> est un N-ième anime, non seulement à la mise en scène en mode automatique mais surtout aux personnages à la rigidité de marionnettes, faisant ridiculement « hun ! » pour lourdement montrer leur surprise (simple exemple) et autres codes du genre totalement artificiels, prévisibles et laids, qui n’ont jamais conféré la moindre once de réalisme (ce dont on a le droit de se foutre) ou de substance (ce qui est nettement plus gênant). Mince, même le plus mauvais acteur du monde fait vivre son personnage avec plus de réussite.<br />
Je n’ai plus un souvenir très précis de la première saison, mais même si c’était du même niveau cela ne posait pas véritablement problème, l’enjeu étant alors principalement narratif et référentiel (d’où l’intérêt de personnages archétypaux). Mais <strong>Endless Eight</strong> abandonne ces options (enfin, l’enjeu référentiel principalement)(quand au procédé répétitif, narratif donc, comme je l’ai déjà dit il ne se suffit pas à lui même) qui permettait au spectateur de <strong>La Mélancolie&#8230;</strong> de passer outre ses éventuelles faiblesses.<br />
Alors quand on a des attentes comme les miennes on est forcément déçu, désespérant de ressentir une étincelle de présence dans ces grossiers pantins. Et je vous assure qu’au bout de huit fois, on a eu le temps de se faire la réflexion.<br />
On a aussi le temps de se lancer dans toutes sortes d’hypothèses farfelues, comme celle qui voudrait que, à la manière de la première saison réfléchissant sur les archétypes (entre autres) cet arc illustrerait la répétitivité de ce type de séries, que ce soit d’aventure, de romances,&#8230; ou celles plus proches du quotidien et du vide banal mis en scène dans <strong>Endless Eight</strong>. Ou alors le fait que, telle que sa confection s’est industriellement structurée depuis Tezuka et cie, la série d’animation est fondamentalement un art(isanat) de la réutilisation, donc de la répétition.<br />
Si fond du truc grosso-modo c’est « les gars, vous regardez de la merde », j’approuve et applaudis de toutes mes tentacules, mais une démonstration par l’exemple est-elle nécessaire ? Est-elle même crédible ? Une chose est certaine, <strong>La Mélancolie&#8230;</strong> transcendait la simple dénonciation (loin d’être nouvelle de toute façon), ce que jamais ne réussit <strong>Endless Eight</strong>, ne serait-ce qu’un peu. Pour cela il aurait fallu que&#8230; attendez, je vais pas me mettre à tourner en boucle moi aussi, relisez ci-dessus si vous ne voyez pas ce que je veux dire.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/endless-eight-5.jpg" alt="" /></p>
<p>En fin de compte, en voulant se la jouer petit malin, <strong>Endless Eight</strong> se plante sur toute la ligne, n’ayant sans doute pas saisi l’opportunité de réaliser quelque chose d’aussi ambitieux que la première saison de <strong>La Mélancolie&#8230;</strong> – que cela soit en persistant dans la même voie (oeuvre de scénario) ou en la prenant à contre-pied (oeuvre de mise en scène) – il ne pourra alors que se réfugier dans des justifications boiteuses, qui ne seront au mieux que des notes d’intentions (au pire de la mauvaise foi) mais qui en aucun cas caractéristiques du produit fini.<br />
On ira même jusqu’à trouver ça dommage.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss></wfw:commentRss>
		<slash:comments>4</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Chambardements #5 : Démons et Post-Modernisme</title>
		<link>http://insecte-nuisible.com/chambardements-5-demons-et-post-modernisme/</link>
		<comments>http://insecte-nuisible.com/chambardements-5-demons-et-post-modernisme/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 17 Jul 2008 15:33:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[chanbara]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma japonais]]></category>
		<category><![CDATA[Ishii Sogo]]></category>
		<category><![CDATA[Kitano Takeshi]]></category>
		<category><![CDATA[Miike Takashi]]></category>
		<category><![CDATA[post-moderne]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://insecte-nuisible.com/?p=430</guid>
		<description><![CDATA[Présentation de trois films de sabre contemporains : Gojoe (Ishii Sogo, 2000), Zatoichi (Kitano Takeshi, 2003) et Izo (Miike Takashi, 2004).]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment ça on passe direct à la cinquième partie ? Parce que vous avez tous lu la première (<a title="Chambardements #1" href="http://insecte-nuisible.com/chambardements-1-code-d-honneur-et-decadence/421/">n’est-ce pas ?</a>), mais où sont passées les autres ? Tout ça c’est la faute à Michael qui s’est livré à un audacieux blogjacking ! Faites alors un détour par <a title="Chambardements #2 [wildgrounds]" href="http://wildgrounds.com/index.php/2008/07/14/chambardements-2-de-rage-et-de-fureur/">Wildgrounds</a>, puis dans <a title="Chambardements #3 [ygrael]" href="http://ygrael.blog.toutlecine.com/4138/Chambardements-3-Errance-et-Solitude/">L’Enfer du Genre</a> qui s’est engouffré dans la brèche et chez <a title="Chambardements #4 [the funky ronin]" href="http://thefunkyronin.blogspot.com/2008/07/chambardements-4-baroquenroll.html">The Funky Ronin</a> qui a lui aussi donné de sa personne, avant de continuer votre lecture ici.<br />
(et tant qu’à faire, n’hésitez pas à vous aussi faire votre petit chambardement)</p>
<p>Donc à présent vous savez que le chambara c’est quand même trop cool, et vous comprenez combien c’est triste qu’on en fasse plus des comme ça de nos jours. Et oui, malgré quelques épisodiques tentatives de réinvestir le genre depuis vingt ans on n’a pas eu grand chose à la hauteur des films de la grande époque (c’était mieux avant et tout et tout).<br />
Le début des années 2000 a tout de même donné naissance à trois chambaras assez exceptionnelles et singulières – à la fois par elles-mêmes mais également parce qu’étant l’oeuvre de réalisateurs auxquels on n’aurait pas vraiment pensé se lancer dans le genre. Malheureusement, même si on y ressuscite quelques sabreurs célèbres il n’y a sûrement pas là (ni dans les quelques autres films à se distinguer de la mangaserie toute bouillie) de quoi amorcer une glorieuse renaissance du genre.</p>
<p><a name="gojoe"></a><img src="http://insecte-nuisible.com/images/gojoe-1.jpg" alt="" /></p>
<p><span class="titrerevue">Gojoe (Ishii </span><span class="titrerevue">Sogo, </span><span class="titrerevue">2000)</span></p>
<p>Premier film de cette vague (qui n’a d’ailleurs rien d’une vague, juste une petite sélection perso), <strong>Gojoe </strong>est un film étonnant, prenant d’emblée le parti du film fantastique : sur le pont de Gojoe, que certains n’hésitent pas à qualifier de porte de enfer, un démon a entrepris de faucher mille âmes et affronte toutes les nuits les guerriers du clan Heike. Benkei, ancien guerrier devenu moine, reçoit la visite du Buddha Acala qui lui promet l’illumination s’il défait le démon. Le fait est que, bien qu’il affirme ne plus être celui qu’il fut jadis, on a souvent dit de Benkei qu’il était lui-même démon.<br />
Comme son personnage le film est tiraillé entre deux orientations contradictoires, une voie douce (avec une place de choix laissé à l’inquiétante forêt) et une voie brutale. Et même si le film glisse doucement vers un final furieux, l’accent n’est pas prioritairement mis sur les scènes de combat – que par ailleurs je trouve souvent brouillonnes et manquant de lisibilité, même si elles sont effectivement très sauvages – mais au contraire sur l’enjeu spirituel, l’affrontement mental des deux « démons » et le cheminement de Benkei. <strong>Gojoe </strong>devenant finalement (je crains que le montage international, celui disponible en France, que je n’ai pas vu et qui compte trente minutes de moins, gomme un peu cet aspect du film au profit de l’action) une sorte de chambara mystique. Avec un petit goût de sauvagerie et d’apocalypse.</p>
<p><a name="zatoichi"></a><img src="http://insecte-nuisible.com/images/zatoichi-1.jpg" alt="" /></p>
<p><span class="titrerevue">Zatoichi (Kitano </span><span class="titrerevue">Takeshi,</span><span class="titrerevue"> 2003)</span></p>
<p>Sans aucun doute le plus connu de ces trois films. Le grand Kitano Takeshi – surtout célèbre pour ses films de yakuza et ses farces télévisuelles – y remet sur le devant de la scène un des plus grand héros du film de sabre : le masseur aveugle Zatoichi. Et c’est Kitano lui-même – teint en blond pour l’occasion, histoire de donner le ton – qui reprend le rôle immortalisé en son temps par Katsu Shintaro.<br />
D’un argument scénaristique à priori assez classique (Zatoichi donne un coup de main à un frère et une soeur dans leur vengeance) le <strong>Zatoichi </strong>de Kitano se révèle en fait très complexe, avec de multiples sous intrigues qui s’entremêlent : le frère et la soeur qui, déguisés en geishas, cherchent à venger le meurtre de leurs parents, une guerre des gangs pour le contrôle de la ville, un ronin qui exécute des contrats d’assassin pour gagner de quoi guérir sa femme, auxquelles on doit rajouter d’autres histoires secondaires (la femme qui recueille Zatoichi et son neveu), sans oublier le masseur qui vient foutre la zone là dedans. Le background très riche du film est donc une de ses principales qualités. Mais pas la seule, vous pensez bien.<br />
Kitano Takeshi, en plus d’être un des cinéastes japonais les plus désarçonnants de ces dernières années, est un sacré boute-en-train et se permet, au beau milieu d’un film très sérieux, un humour à la limite de la parodie (un samouraï qui blesse son compagnon en voulant dégainer son sabre de façon super classe vous appelez ça comment ?), comme il commet l’hérésie d’utiliser des effets numériques hyper voyants en guise de geysers d’hémoglobine (!!!). Sans pour autant mépriser un genre dont il emprunte par ailleurs les règles avec beaucoup de brio : les personnages ont une classe incroyable, des geishas tueuses (avec poignard camouflé dans le shamisen) au ronin mélancolique (Asano Tadanobu est impérial, comme toujours), et les scènes de combat particulièrement esthétisées.<br />
Et en fin de compte, intelligent et regorgeant d’idées magnifiques, <strong>Zatoichi </strong>est malgré ses allures de projet commercial un des meilleurs films de son réalisateur.</p>
<p><a name="izo"></a><img src="http://insecte-nuisible.com/images/izo-1.jpg" alt="" /></p>
<p><span class="titrerevue">Izo (Miike </span><span class="titrerevue">Takashi, </span><span class="titrerevue">2004)</span></p>
<p>Tout étonnants que ces deux films puissent être, ce n’est rien comparé à monument de cinéma pas normal qu’est <strong>Izo</strong>. Histoire de situer un peu, même pour un Miike Takashi ce film explose le <em>whateufeuk-o-mètre</em>. Et comme tous les Miike un peu ambitieux il partagera les spectateurs, entre ceux qui y verront une grosse arnaque boursouflée pleine de vide et d’autres pour qui <strong>Izo </strong>est le <strong>2001 </strong>du film de sabre post-moderne (je vous laisse deviner dans quel groupe je me situe).<br />
Le film commence là où <a title="Hitokiri" href="http://insecte-nuisible.com/chambardements-1-code-d-honneur-et-decadence/421#hitokiri"><strong>Hitokiri</strong></a> (de Gosha Hideo) s’achève, la crucifixion et la mise à mort de Okada Izo. Sauf que le tueur revient à la vie sous la forme d’un démon moitié mort moitié vivant, hanté par les âmes de ceux qu’il a assassiné et en quête de vengeance contre le monde entier. On l’aura compris, du personnage complexe incarné par Katsu Shintaro (encore lui), Miike ne conserve que la face purement bestiale. Alors Izo tue, découpe, lacère, tranche dans le vif. Il s’en prend plein la gueule aussi, sautant d’époque en époque à mesure qu’il trépasse encore et encore, continuant son carnage <em>ad-vitam eternam</em>. <strong>Izo </strong>sort donc largement du film de sabre classique : si son héros est toujours fidèle à sa lame et s’il lui arrive d’affronter samouraïs et autres <em>shinsengumi</em>, croiseront également son chemin des agents immobiliers vampires, une bande de caïds tout droits sorti d’un <em>seishun-eiga</em> des 60s, une unité d&#8217;intervention armée de pistolets-mitrailleurs, des yakuza, ainsi que des soldats zombies de l’armée impériale !<br />
Construit sur une non-histoire, porté par une violence ultra démonstrative, articulé par des ellipses nonsensiques, entrecoupé de digressions philosophiques, d’images d’archive et de récitals folk,&#8230; à force d’excès excessifs certains diront que <strong>Izo </strong>n’est plus un chambara ; d’autres que c’est même plus un film. Mais force leur est de reconnaître que Miike Takashi balance là un nouveau pavé dans la mare. Acte révolutionnaire désespéré, <strong>Izo </strong>est comme son éponyme personnage : incompris, animal, vain, bruyant et tragique. La quintessence du cinéma de son auteur.</p>
<p>A suivre sur Nihon-eiga avec <a title="Chambardements #6 [nihon-eiga]" href="http://nihon-eiga.over-blog.com/article-21288401.html">Chambardements #6 : ironie et dérision</a><br />
puis sur Wildground avec <a title="Chambardements #7 [wildgrounds]" href="http://wildgrounds.com/index.php/2008/07/18/chambardements-7-rebellion-idealisme/">Chambardements #7 : Rébellion &amp; Idéalisme</a></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss></wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
