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	<title>Insecte Nuisible &#187; Oshii Mamoru</title>
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	<description>Le cinéma qui grouille</description>
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		<title>Putains de films d’action qui déchirent leur race</title>
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		<comments>http://insecte-nuisible.com/putains-de-films-daction-qui-dechirent-leur-race/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 01 Feb 2011 22:05:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma danois]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma japonais]]></category>
		<category><![CDATA[Nicolas Winding Refn]]></category>
		<category><![CDATA[Oshii Mamoru]]></category>

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		<description><![CDATA[Double programme #7 : Valhalla rising de Nicolas Winding Refn, suivi de The Sky Crawlers de Oshii Mamoru.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Double programme #7 : <strong>Valhalla rising</strong> de Nicolas Winding Refn, suivi de <strong>The Sky Crawlers</strong> de Oshii Mamoru.<br />
(<a title="Du coréen indie et arty" href="http://insecte-nuisible.com/du-coreen-indie-et-arty/">assister au double programme #6</a>)</p>
<p>Les apparences sont trompeuses. <a title="Sky Crawlers, c'est un putain de film d'action !" href="http://insecte-nuisible.com/blog/sky-crawlers-cest-un-putain-de-film-daction/">Surtout quand l’éditeur y met du sien</a>. Petite ode, donc, à deux films qui ne peuvent se résumer à leur caractère de film de viking/d’avion qui <em>sont venus pour en finir</em>.</p>
<p><a name="valhalla-rising"></a><img src="http://insecte-nuisible.com/images/valhalla-rising-1.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende"><strong>Valhalla rising</strong> (Nicolas Winding Refn, 2009)</div>
<p>De tous ceux sortis l’année dernière, <strong>Valhalla rising </strong>est, avec <strong>Enter the Void</strong>, le film qui travaille au plus près de la matière cinématographique – limite si on voit pas le potier en train de malaxer du photogramme. C’est aussi le film qui agit sur le spectateur au niveau le plus profond, titillant non son intellect mais ses pulsions les plus archaïques. C’est un film qui s’adresse au cerveau reptilien, shuntant la perception du spectateur pour mobiliser directement sa peur, sa haine, sa foi et son instinct de survie. La sensation avant tout.<br />
Ça a beau être une histoire de <a href="http://insecte-nuisible.com/images/valhalla-rising-3.jpg">vikings</a> et de croisés barbares mal dégrossis,<strong> Valhalla rising</strong> est un grand récit tragique : en bon héros ayant des visions de son futur, le borgne ne peut rien y faire, si ce n’est poursuivre la voie que le Divin lui a tracé. Y a du mystique aussi, du mystique primitif, confrontation entre paganisme et christianisme archaïque. C’est du mystique avec les pieds dans la boue et les mains dans le sang, mais néanmoins porteur d’illumination, même pour les damnés, en vertu justement de ce renoncement face à la volonté divine. <strong>Valhalla rising</strong> est un film païen, mais Dieu y est sur toutes les lèvres et de tous les plans.<br />
Je disais que <strong>Valhalla rising</strong> s’adressait au spectateur profondément et instinctivement, du coup c’est difficile à décrire, ce sont des mécanismes très fins, et pour bonne part inconscients. Le récit lui-même doit y insuffler sa force. C’est un récit très pur, extrêmement linéaire (forcément, puisque tragique), avançant lentement mais inexorablement. Le découpage en chapitres doit jouer dans cette sensation de puissance du récit : un récit découpé en parties qui sont autant de <em>passages</em>, c’est pas une simple histoire dont on est le témoin, y a de l’<em>Écriture</em> là dedans, et aussi comme une sensation d’horloge dont l’aiguille scelle le destin par à-coups. Pas de retour en arrière possible.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/valhalla-rising-2.jpg" alt="" /></p>
<p>Forcément, il y a aussi et surtout l’aspect graphique et le travail de l’image. Et pour ne vous rien vous cacher c’est vraiment exceptionnel. Le moindre plan dégage une force incroyable, existe en tant que travail esthétique. Énormément de <a href="http://insecte-nuisible.com/images/valhalla-rising-4.jpg">tension</a> dans ces plans, bouillonnant comme des condensateurs prêts à décharger ; ainsi qu’un grand sens de la confrontation. Cette tension se crée pour beaucoup par la présence des acteurs, qui sont autant de blocs bruts imposant leur magnitude à l’image, et aux jeux de la composition avec les lignes de force qu’ils produisent. Il y a en effet dans ce film une constante de confrontation entre personnages, autant entre plans (il y a beaucoup de renversement d’axe d’un plan à l’autre) qu’au cœur même d’un plan montrant plusieurs personnages, mais à des niveaux différents les uns des autres, comme <a href="http://insecte-nuisible.com/images/valhalla-rising-5.jpg">existant chacun par lui-même</a>. Toutes ces lignes, ces regards qui tuent, taillent l’image comme un diamant – du tranchant, et une solidité sans pareil.<br />
Mais ce qui impressionne le plus dans l’image, c’est le travail photographique pur. Je ne sais trop pourquoi, quand le cinéma contemporain se targue de réaliser une belle photo qui pète, il opte le plus souvent pour la longue focale, image léchée, sèche et aplatie, profondeur de champ minuscule et instable, du <em>blur </em>partout (<a title="Morse (Tomas Alfredson, 2008)" href="http://insecte-nuisible.com/morse-tomas-alfredson-2008/">et on aime ça</a>). <strong>Valhalla rising</strong> c’est tout le contraire, c’est focale courte dans ta face. Ce qui un premier temps accentue ce que je remarquais dans le traitement iconique des personnages : les niveaux de plans sont distants les uns des autres, autonomisés, comme s’il avait son petit espace à lui parallèle à celui des autres, à l’image des différents calques formant l’image d’un film d’animation. Comble de la démarche, sur quelques plans le chef op’ utilise la <a href="http://insecte-nuisible.com/images/valhalla-rising-6.jpg">complémentarité des couleurs</a> comme levier afin de démultiplier l’effet. Deuxième effet Kiss-Kool, l’extrême présence des décors, qui (à l’exception de la traversée de l’océan où ils se résument à de la brume) ne sont jamais flous. On reboucle sur la présence Divine. L’environnement peut être loin, mais il est là, précis, pointu, toujours prégnant.</p>
<p>[élucubration improvisée : il y a peut-être bien une différence dans la présence de l’environnement au cours du film, mais cela tient beaucoup aux décors eux-mêmes (énorme, fructueux en tout cas, travail de repérage : les décors ont la majesté indispensable à tout récit mystique). La traversée de l’océan, qu’on verra ici comme le Styx, montre les personnages isolés, uniquement confrontés à eux-mêmes, alors que sur les deux rives l’environnement est fortement présent et imposant. En Scandinavie, le royaume mortel, il se présente à la fois comme une terre lourde, pesante, et un ciel brumeux impalpable ; et s’il y a bien entre les deux un <a title="le dernier plan du film, ying-yangiste sur les bords" href="http://insecte-nuisible.com/images/valhalla-rising-7.jpg">continuum poreux</a> ils n’en sont pour autant pas moins distincts. En Amérique, l’Enfer, la netteté et la précision du monde (donc, si vous avez bien suivi, du Divin) marque une fusion du matériel et de l’immatériel, tout deux égaux en présence.]</p>
<p>Cette densité de l’image, alliée à la puissance des compositions, confère à <strong>Valhalla rising</strong> une <a href="http://insecte-nuisible.com/images/valhalla-rising-8.jpg">dimension picturale</a> que bien peu de films peuvent se permettre de revendiquer.<br />
Un mot rapide sur la bande son, un domaine que j’ai toujours du mal à aborder mais qu’ici je ne peux passer sous silence. Principalement composée de nappes et de pulsations, si elle ne démontre pas une nouvelle fois que créer le son d’un film n’a rien à voir avec écrire de la musique (même si on peut <a title="l'ost sur Youtube" href="http://www.youtube.com/watch?v=MfXdU1RQenI">l’écouter comme telle</a>), mais avec un travail sonore plus proche de la production design et de la photographie d’une part, et une gestion rythmique cette fois à rapprocher du découpage/montage d’autre part, bah je m&#8217;en vais piger pour les Inrocks.<br />
Ne me faites pas répéter, ce film compte dans la poignée d’indispensables sortis l’année dernière.</p>
<p><a name="sky-crawlers"></a><img src="http://insecte-nuisible.com/images/the-sky-crawlers-1.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende"><strong>The Sky Crawlers</strong> (Oshii Mamoru, 2008)</div>
<p>Vous n’êtes pas sans ignorer que Oshii est un de mes petits chouchous. Une belle et grande œuvre qu’il nous a bâti, et même pour ses films mineurs j’éprouve une tendre sympathie de fanboy. Je ne vous cache pas que, malgré tout, je ne savais pas sur quel pied attendre ce <strong>Sky Crawlers</strong>, le positionnement annoncé <a href="http://insecte-nuisible.com/images/the-sky-crawlers-3.jpg">« ado »</a> ne m’inspirant pas forcément confiance. Bien fait pour ma pomme, à moi et mes a priori, le film se révèle être tout sauf mineur.<br />
Mieux que ça, c’est un Oshii pur jus, du genre qui me donne envie de donner dans la critique <em>politique-des-auteuristes</em> (je vais essayer de vous l’épargner). Sur le plan formel, la patte du cinéaste est immédiatement reconnaissable, ses <a title="oh ! du fish-eye !" href="http://insecte-nuisible.com/images/the-sky-crawlers-4.jpg">tics</a> et autres <a title="oh ! un wouaf !" href="http://insecte-nuisible.com/images/the-sky-crawlers-5.jpg">gimmicks</a> aussi. Peut-être même trop pour certains, <strong>Sky Crawlers</strong> se révélant extrêmement référentiel : les mauvaises langues auront du coup vite fait de voir un « <strong>Ghost in the Shell</strong> pour les nuls », alors qu’il constitue une nouvelle (et ultime ?) pièce dans une oeuvre globale qui aime à dresser des ponts entre les films qui la constituent. <strong>The Sky Crawlers </strong>est en effet, plus encore que <strong>Avalon</strong>, l’inscription de l’univers cyberpunk de <strong>GitS </strong>dans l’uchronie (le genre moteur de la saga Kerberos : pour plus de détails, <a href="http://insecte-nuisible.com/tachiguishi-retsuden-oshii-mamoru-2006/">voir ma chronique de <strong>Tashiguichi Retsuden</strong></a>). Parler de cyberpunk à propos de ce film peut surprendre, mais (je pense) les connaisseurs de la filmo de Oshii me comprendront : on est une nouvelle fois dans l’exploration du tiraillement entre « ghost » et « shell », entre l’âme et le corps qui l’anime (ou l&#8217;inverse). Dans un contexte il est vrai différent, puisqu’ici nous avons affaire à des pilotes de chasse prisonniers d’éternels corps d’enfants (enfin, de jeunes ados), les « kildren » – référence aux « children » de <strong>Neon Genesis Evangelion</strong>. Quand à l’uchronie, elle fait figure autant de genre, le film se situant une nouvelle fois dans un après-guerre alternatif (dont on ne sait d’ailleurs pas, contrairement à <strong>Avalon</strong>, ce qu’il doit à la reconstitution et à l’imposture, donc où véritablement il se situe dans le temps), que de moteur narratif : bloqué dans un présent immuable, le récit matérialise ce temps nié qu’est l’<em>u-chronos</em>.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/the-sky-crawlers-2.jpg" alt="" /></p>
<p>On pourrait disserter longtemps sur la relation de ces pilotes à leur corps contre-nature (mais ça serait <em>politique-des-auteuriser</em>), je me contenterai de remarquer comment la contradiction (ici entre l’apparence et l’attitude de ces gamins qui fument, boivent, baisent et font la guerre) et la rencontre des contraires habitent le film dans son ensemble, aussi bien le fond (c’est évident) que la forme. J’ai commencé à remarquer l’abus d’<a href="http://insecte-nuisible.com/images/the-sky-crawlers-6.jpg">images de synthèse en 3D</a> dans la réalisation des appareils et des décors. Et, à l’opposé, un character-design tout en <a href="http://insecte-nuisible.com/images/the-sky-crawlers-7.jpg">épure</a> et globalement un graphisme simple privilégiant les aplats à la multiplicité des détails. Et surtout une photographie (absolument magnifique) qui se plait à jouer sur le contraste et le <a href="http://insecte-nuisible.com/images/the-sky-crawlers-8.jpg">surgissement</a> de la lumière dans ses plages d’ombre. Puis cette étrange manière de sauter, selon les situations, de l’anglais au japonais. Des petits indices.<br />
<a name="texte"></a>Pour le reste, pour un film <em>marketé </em>comme un film d’action, <strong>The Sky Crawlers</strong> est un film lent et long. Avec raison. Si on retrouve une manière typique de Oshii de traiter le background politique en ne le dévoilant qu’en arrière-plan et en suivant des rouages de la machine plutôt que des héros la surplombant (cf <strong>Jin-Roh</strong>, <strong>Patlabor 2</strong>,&#8230;), il va dans ce film jusqu’à renoncer à sa traditionnelle introduction didactique, laissant le spectateur dans le flou [<a href="#note">1</a>]. Comme les personnages en fait, puisqu’ils semblent pour la plupart des amnésiques vivant un perpétuel présent, parcourant le film dans l’hébétude et le détachement, sans doute pour mieux cacher leur émotion à fleur de peau et, d’une manière générale, leur grande fragilité.<br />
Seules deux scènes rompent avec cet hermétisme. La première, même si je persiste à la trouver trop explicite, est finalement plutôt belle – puisque justement elle confronte deux extrêmes réactions des kildren à leur perte de repères : <a href="http://insecte-nuisible.com/images/the-sky-crawlers-9.jpg">abandon sincère contre repli autiste</a>. La seconde, par contre, est inutile. Si ce n’est pire. Une chance : elle se situe après le générique de fin (ce genre de scènes sont de toute façon souvent foireuses) et vous n’aurez aucun problème pour vous en priver la vision. Et ainsi conserver jusqu’au bout de <strong>The Sky Crawlers</strong> l’image d’un film brumeux.</p>
<p><a name="note"></a></p>
<div class="note">[<a href="#note">1</a>] les romans de Mori Hiroshi d’où est tiré le film doivent je pense être beaucoup plus explicites, je parierais même que c’est de là que provient le bullshit déflorant le film.</div>
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		<title>Tachiguishi Retsuden (Oshii Mamoru, 2006)</title>
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		<comments>http://insecte-nuisible.com/tachiguishi-retsuden-oshii-mamoru-2006/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 12 Apr 2009 17:18:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
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		<description><![CDATA[Grand film. Déconseillé aux cinéphiles du dimanche – sauf bien sur à ceux qui douteraient encore de l’existence de films à la fois beaux, intelligents, profonds et novateurs.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C’est l’arlésienne de ces deux dernières années, sa sortie ayant été annoncée puis constamment repoussée depuis, jusqu’à sa présence dans les bac en janvier 2009 (enfin !). C’est peut-être même bien la sortie cinéma de ce début d’année, pour les amateurs de cinéma bizarre en tout cas. Une preuve encore une fois – je ne l’ai pas encore vu, mais il est possible que <strong>Southland Tales</strong> de Richard Kelly vienne confirmer – qu’en France on préfère sortir les vrais films en DVD, abandonnant les salles obscures à une production d’inspiration télévisuelle bas du front où l’expérimentation n’a pas le droit de citer. Tout va bien, ne vous en faites pas.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/tachiguishi-retsuden-1.jpg" alt="" /></p>
<p>Un secteur français de l&#8217;exploitation en salles qui ne semble de toute manière pas très favorable à Oshii Mamoru puisque si son dernier né (le pourtant à priori plutôt accessible et tout public <strong>Sky Crawlers</strong>) est sorti au Japon plus ou moins en même temps que le <strong>Ponyo sur la falaise</strong> de son confrère Miyazaki Hayao (comparaison abusive, j’en ai bien conscience, puisque déjà dans leur pays Miyazaki est une méga star et Oshii à peine un inconnu célèbre) ce dernier est déjà largement montré chez nous alors que le premier n’a pas encore de date annoncée – quand bien même Oshii est le réalisateur de quelques honnêtes succès et, en toute subjectivité, un des cinéastes les plus importants de ces vingt dernières années.<br />
Dans nos contrées il est surtout connu pour sa brillante adaptation du manga de Shirow Masamume <strong>Ghost in the Shell</strong>. Moins de gens savent qu’il aussi réalisé un certain nombre de films en prises de vue réelles (on connaît tout de même <strong>Avalon</strong>), tellement la frontière entre les deux mondes, cinéma d’animation d’une part et cinéma live de l’autre, semble hermétique (tenez, regarder sur Allociné : « animation » est un genre, comme si cela suffisait à qualifier et à catégoriser l’oeuvre) et les cinéastes cantonnés à l&#8217;un ou à l&#8217;autre. Cette règle qui veut que chacun reste sagement chez soi, Oshii semble s&#8217;en foutre, cela fait maintenant vingt ans qu’il navigue sans complexe entre les deux. Et c’est pas avec <strong>Tachiguishi Retsuden</strong> qu’il va rentrer dans le rang, tant on serait incapable de décréter si ce film est de l’animation ou de la prise de vue réelle – preuve que tout cela n’est finalement que du chiqué et/ou une invention du marketing.</p>
<p>La science-fiction a toujours été un élément majeur de l’oeuvre de Oshii Mamoru, dès ses débuts. Et depuis que celle-ci s’est structurée de manière forte de sorte à ce qu’on voit s’en dégager des thématiques récurrentes et des grands axes de recherche, on pourrait distinguer dans sa démarche science-fictive deux principales facettes. Tout d’abord sa plus connue, composée des deux <strong>Ghost in the Shell </strong>et de <strong>Avalon</strong>, qu’on pourrait qualifier de cyberpunk et qui questionne sans relâche la réalité dans un monde construit par et pour le virtuel. Mais aussi, et c’est ce qui nous intéresse aujourd’hui, une oeuvre uchronique se situant au sortir de la seconde guerre mondiale – étrangement <strong>Jin-Roh</strong>, le seul film de cette mouvance vraiment connu, n’est pas de lui (il n’est que l’auteur du scénario) mais réalisé par son disciple Okiura Hiroyuki.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/tachiguishi-retsuden-2.jpg" alt="" /></p>
<p>Il n’est donc pas inutile de revenir sur cette série dite « Kerberos » (d’après le tricéphale gardien des Enfers, Cerbère) déclinée à partir d’un feuilleton radiophonique d’où ont été tirés plusieurs mangas et films. On y distingue deux arcs. Le premier suit principalement les Panzer Cops, une unité militaire d’élite surarmée qui doit faire face à son démantèlement et dont les membres doivent trouver leur place dans une société qui les exclut – au cinéma on compte <strong>Lunettes rouges</strong> (1987), <strong>Stray Dogs</strong> (1991) et <strong>Jin-Roh</strong> (1999). Le second s’intéresse aux « écumeurs de gargotes », marginaux dont l’activité principale est de tromper les tenanciers des baraques à nouilles et autres établissements de restauration rapide – au cinéma le cycle se compose à ce jour de <strong>Tachiguishi Retsuden</strong> (2004), <strong>Onna Tachiguishi Retsuden</strong> (2006) et <strong>Shin Onna Tachiguishi Retsuden</strong> (2007), peut-être même aussi de <strong>Lunettes rouges</strong> qui par bien des aspects semble à cheval sur les deux.<br />
Énoncé ainsi on pourrait se demander quel peut-être le rapport entre un arc dont rien que le résumé fait clairement montre d’un engagement et d’une réflexion politique et un autre qui semble tout avoir de la bonne blague potache. Il se trouve qu’au delà d’un univers (après-guerre uchronique) et de personnages (Ginji, le premier personnage de <strong>Tachiguishi Retsuden</strong>, apparaît déjà dans <strong>Lunettes rouges</strong>) communs toutes ces oeuvres s’attachent avant tout à peindre un tableau de la marginalité et de l’exclusion, que ce soit à travers les Panzer Cops ou les écumeurs de gargotes.<br />
Ainsi, les écumeurs escrocs de <strong>Tachiguishi Retsuden</strong> sont des insurgés, des artistes, des activistes, des bandits, des rêveurs, des vagabonds&#8230; Nés de la reconstruction du pays après 1945, ils sont le grain de sable dans la belle machine japonaise que les institutions tentent d’afficher au monde, la lie honteuse qu’on aimerait voir disparaître au profit d’une façade lisse et glorieuse (d’où l’importance primordiale de la digression sur la traque aux chiens errants lors de la préparation des JO de Tokyo en 64), expression de l’individualisme et de la singularité dans un monde standardisé, allant jusqu’à employer des méthodes terroristes pour détruire le système en le poussant dans ses retranchements (splendide scène où une bande d’écumeurs commande en grande quantité des nouilles, puis des hamburgers, mettant à mal le système de production en série et son exigence de qualité uniforme ; scène montrée à la manière d’une opération militaire dans toute sa complexité stratégique). Un point de vue singulier pour décrire l’évolution de la société japonaise depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, à travers le prisme de ses marginaux et de ses légendes urbaines.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/tachiguishi-retsuden-3.jpg" alt="" /></p>
<p><strong>Tachiguishi Retsuden</strong> est donc un film bien moins trivialement portnawak qu’il n’y parait à première vue, qui pouvait laisser penser à un bon et innocent délire sur la bouffe – à ce sujet, essayez de relever la place que peut avoir la nourriture dans les films de Oshii Mamoru, de <strong>Lunettes rouges</strong> à <strong>Ghost in the Shell 2</strong>, c’est loin d’être accessoire : tout surprenant qu’il puisse être pour le néophyte, <strong>Tachiguishi Retsuden</strong> ne sort définitivement pas de nulle part et est très cohérent dans la filmo de Oshii, autant dans ses thèmes que par les figures qu’il met en scène.<br />
Cela dit, force est de constater que <strong>Tachiguishi Retsuden</strong> est complexe et pas facile à apprivoiser – il est donc à déconseiller à ceux qui ne sont pas familiers avec l’univers du réalisateur, qui seront bien inspirés de s’y plonger avec des films plus « accessibles » (qu’ils n’en attendent toutefois pas le schématisme d’un Disney, hein) comme <strong>Ghost in the Shell</strong> ou<strong> Jin-Roh</strong> (qui, rappelons-le, n’est pas de lui). Dans l’oeuvre de Oshii Mamoru, le film le plus proche de <strong>Tachiguishi Retsuden</strong> est <strong>Talking Head</strong> (réalisé en 1992, son chef d’oeuvre à mon humble avis, aux cotés de <strong>GitS 2</strong>), à savoir une oeuvre expérimentale, conceptuelle, excentrique et particulièrement bavarde.<br />
Avec sa narration qu’on pourrait rapprocher d’une conférence (un homme raconte les exploits des écumeurs de gargotes, s’appuyant sur des ouvrages et des articles de journaux, de manière très documentée), <strong>Tachiguishi Retsuden</strong> est comme <strong>Talking Head</strong> un film autoréflexif, analysant constamment la scène en cours, la décortiquant sous tous les angles pour mieux en dévoiler le sens. C’est également un film qui forge sa propre logique (certes d’une manière moins évidente que <strong>Talking Head</strong>), développant sa pensée dans un environnement parfois contre intuitif, ou plutôt non naturel. C’est flagrant dans la manière avec laquelle sont dépeintes les techniques des écumeurs sensées leur permettre de manger à l&#8217;oeil : celles-ci ne sont pas tant des stratégies réalistes d’escroquerie qu’une représentation fantastique des rapports de force.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/tachiguishi-retsuden-4.jpg" alt="" /></p>
<p>Un mot tout de même de la technique, tant celle-ci est remarquable.<br />
Le film est réalisé avec un procédé appelé « superlivemation », déjà utilisé à petite dose dans <strong>Avalon </strong>(les explosions qui, plutôt qu’être réalisées en 3D, étaient constituées d’une succession de photos en 2D)(de même que, si ma mémoire est bonne, la désintégration des cadavres des joueurs éliminés), qu’on pourrait rapprocher de l’animation en papier découpé, sauf que les éléments 2D sont ici intégrés à un environnement 3D et peuvent y évoluer, tout en n’ayant aucune épaisseur – un peu comme pourraient le faire des marionnettes plates en papier, comme l’apparaissent parfois les personnages (avec la baguette qui les soutient !). Les personnages, les décors et les accessoires sont donc un assemblage disparate de photographies (certains personnages sont alors incarnés par quelques grands noms de l’animation ou de l’équipe de Oshii loin d’être des acteurs, comme le producteur du studio Ghibli Suzuki Toshio ou le compositeur Kawai Kenji)(le réalisateur en profite aussi pour caser des photos de ses chiens, forcément), de dessins, d’images d’archive, etc&#8230;<br />
Les différents témoignages concordent, pour un animateur, du point de vue technique en tout cas, il n’est pas très intéressant de bosser sur un film de Oshii Mamoru : ils sont en effet très statiques et on n’y trouve finalement pas grand chose à animer ! (tout le contraire de Morimoto Koji et du Studio 4°C dont les réalisations sont des monuments à la gloire du mouvement et de l’animation)(à ce sujet, le DVD nippon de leur omnibus <strong>Genius Party Beyond</strong> est sorti et à priori ça poutraille sévère) Il en fut sans doute différemment sur <strong>Tachiguishi Retsuden</strong> compte tenu du caractère novateur et expérimental du procédé, mais cela ne change rien aux remarques que l’on peut faire sur la mise en scène. Réalisateur fondamentalement contemplatif, Oshii accorde bien davantage d’attention à la subtilité et la composition d’un plan fixe qu’à la réalisation du mouvement qui le suit ; ce qui ne l’empêche pas, en bon perfectionniste, d’aller chercher parmi les meilleurs animateurs pour l’exécuter (l’un dans l’autre faisant que les films de Oshii sont à chaque fois techniquement irréprochables). On comprend alors mieux pourquoi ce procédé convient parfaitement à la mise en scène de Oshii Mamoru, puisqu’il consiste avant tout à manipuler des éléments fixes.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/tachiguishi-retsuden-5.jpg" alt="" /></p>
<p>Beau film donc, grand film même.<br />
Déstabilisant à la première vision, il nécessite de s’y coller une deuxième fois (et sans doute d’autres ensuite) pour se défaire de l’impression de rouleau compresseur qui l’accompagne : complexe, extrêmement dense et bavard, <strong>Tachiguishi Retsuden</strong> est en effet un film épuisant à regarder, sollicitant l’attention du spectateurs à tous les postes. Du coup, il est conseillé de le revoir en essayant de se détacher de son écrasant verbiage afin de pouvoir admirer son étonnante plastique, à couper le souffle, et véritablement apprécier le film dans toute sa richesse.<br />
Déconseillé aux cinéphiles du dimanche – sauf bien sur à ceux qui douteraient encore de l’existence de films à la fois beaux, intelligents, profonds et novateurs.</p>
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