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	<title>Insecte Nuisible &#187; littérature</title>
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	<description>Le cinéma qui grouille</description>
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		<title>Dogra Magra (Yumeno Kyusaku, 1935)</title>
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		<pubDate>Sun, 19 Oct 2008 12:34:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[autres]]></category>
		<category><![CDATA[amnésie]]></category>
		<category><![CDATA[folie]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Yumeno Kyusaku]]></category>

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		<description><![CDATA[Quelque part entre histoire de détective, expérimentation formelle et fascination surréaliste pour la chose psychiatrique (oui, j’aurais peut être du évoquer cet aspect...), Dogra Magra est un grand roman roublard et manipulateur, terriblement ambitieux et protéiforme : plongée dans une psyché malade, tragédie familiale, roman d’investigation complexe forçant le lecteur à donner de sa personne, métaphore de la relation lecteur/auteur,...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>« Sur la page suivante, en caractère bâtons tracés à l’encre noire, s’inscrivait le titre <span style="font-style:normal;">Dogra Magra</span>. Pas de nom d’auteur. »</p></blockquote>
<p>Ceux qui ces dernières semaines ont pu m’écouter parler de <strong>Dogra Magra</strong> savent combien ce bouquin a pu m’enthousiasmer, mais savent également combien je peux être désordonné lorsque j’en parle, et ceux qui ont pu écouter plusieurs versions savent combien à chaque fois j’en oublie des morceaux. Il ne me semblait donc pas bête d’en faire une version par écrit, toute belle et toute jolie, aussi claire que me permettra le matériau de base.<br />
<strong>Dogra Magra</strong> c’est un bon gros paveton comme j’en avais pas lu depuis quelques mois, presque 800 pages dans son édition de poche, et du genre pas forcément facile. Faut s’accrocher un minimum en tout cas, mais pas en vain puisque le plaisir est à la hauteur de l’effort consenti. Moi-même ai avancé dans le roman doucement mais sûrement, scandant ma lecture de fort élégants « rooooh mécétrobon » et <em>teasant </em>régulièrement mes connaissances au sujet de « ce roman que je suis en train de lire et que j’ai pas encore fini mais qui poutre sévère ». Tout en finesse je suis.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/dogra-magra-1.jpg" alt="" /></p>
<p>C’est écrit à la première personne, de manière presque monologuesque, le narrateur se réveille au son d’une cloche dans une cellule d’hôpital psychiatrique. Il ne sait pas qui il est ni ce qu’il fait là, il ne sait pas non plus qui est la fille qui dans la cellule d’à coté l’appelle « onii-sama » (« grand frère ») et qui dit s’être faite étrangler par ses mains. Il ne sait pas non plus ce que lui veut le docteur Wakabayashi qui affirme l’aider à retrouver la mémoire. Une fois qu’il saura dire qui il est, la gigantesque et audacieuse (pour ne pas dire révolutionnaire) expérience psychologique dont il est le cobaye sera un succès, les noeuds de ce qu’on ne nomme pas encore une intrigue se délieront et tout deviendra clair.<br />
Entre temps notre narrateur ne sait pas trop quoi en penser, et le lecteur non plus.<br />
Pourtant ça commence presque soft. Disons que ça reste linéaire, et que le désarroi du lecteur n’est autre que celui du narrateur amnésique, la part d’étrangeté et de mystère du texte étant surtout due à l’incompréhension face à une expérience dont les enjeux nous échappent (surtout lorsqu’on observe les 700 pages à suivre, en se demandant ce qu’elles vont bien nous livrer) et qui commence à peine à s’organiser.<br />
Le premier coup de boutoir intervient au bout d’une grosse centaine de pages, lorsque le professeur Wakabayashi présente au narrateur une série d’artefacts, possessions ou créations d’aliénés « prestigieux » de l’académie de médecine, dont une grosse somme manuscrite : <strong>Dogra Magra</strong>, récit perturbant du à la plume d’un fou, dont la description ressemble étrangement à ce que nous sommes en train de lire. D’ailleurs il est dit que le récit s’ouvre sur un son de cloche, et qu’il se ferme également sur ce son&#8230; le lecteur vérifie fébrilement la dernière page de son propre exemplaire et effectivement, un son de cloche, comme celui qui ouvrait le roman.<br />
Alors c’est quoi <strong>Dogra Magra</strong> ? Roman cyclique ou roman palindrome ? Il est peut-être encore trop tôt pour le dire. Roman gigogne ? A la fois présent – ce qui est vécu par le narrateur, et en train d’être raconté – et passé – ce qu’il est en train de lire, et que lui ou un autre a déjà vécu et écrit –, on pourrait même parler de roman fractal (j’aime utiliser des mots compliqués qui font classe tout en sachant que ça veut pas exactement dire ce que je veux dire, mais que ça donne quand même une jolie image), se rebouclant constamment sur lui-même, à la fois parent et enfant, n et n+1. Ce qui va dans le sens du roman « cyclique » soit dit en passant. Ce qui fait aussi bobo à la tête.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/dogra-magra-2.jpg" alt="" /></p>
<p>Quelques dizaines de pages après le roman prend un tournant radical, décisif.<br />
<em>Exit </em>le récit à la première personne du cobaye amnésique, l’auteur intercale dans son texte un certain nombre de documents qui apportent des informations sur à la fois la pensée du professeur Masaki (le « docteur fou » dont l’esprit tordu a conçu l’expérience dont le narrateur est l’objet) et ses théories psychiatriques, ainsi que sur les événements passés. Se succèdent donc un prêche du docteur dénonçant les structures psychiatriques et proposant de guérir les fous par leur émancipation ; des entretiens avec le docteur ; sa thèse de doctorat fondatrice ; finalement son testament, au coeur duquel sont à leur tour insérés des éléments du dossier (rapport d’expert sur le profil du meurtrier, interview des témoins et suspects,&#8230;), dossier qu’on peut désormais qualifier de criminel puisque qu’entre temps des cadavres sont sortis du placard. Sans qu’on sache encore exactement ce que le pauvre narrateur a affaire là dedans : assassin ou victime ? Vous ne vouliez pas mettre la charrue avant les boeufs, non ? Soyez patient, puisqu’on vous dit que justement l’enjeu de l’expérience (et du livre) est la reconstitution de la mémoire de ce pauvre jeune homme, il serait alors contreproductif de griller les étapes et de lui mâcher le travail.<br />
Entre temps le lecteur n’a un début de réponse à une question qu’au prix de dix nouveaux mystères et se sent toujours dépassé par tout ça. Ce qui ne l’empêche pas de jubiler à sa lecture et d’élaborer toutes sortes d’hypothèses.<br />
Dans cette seconde partie <strong>Dogra Magra</strong> prend alors la forme d’un roman somme à la construction hyper elliptique, voir même carrément délinéarisée : une succession de documents divers fournissant de manière parfois décontextualisée différents éclairages sur des points précis de l’intrigue. Au lecteur de reconstituer tout cela.<br />
<a name="text"></a>Cette succession de textes est aussi l’occasion pour Yumeno d’un zapping stylistique parfois audacieux (mon respect à Patrick Honnoré qui s’est cogné la traduction, il a pas du rigoler tous les jours). Ainsi la première partie est celle d’un récit intérieur à l’écriture très immédiate avec des hésitations par exemple. Le premier document rajouté (Prêche hérétique de l’enfer des fous) rompt avec cette dynamique puisqu’il se présente sous la forme d’un prêche, qu’il faudrait sûrement mieux déclamer que lire. Sa forme est d’ailleurs bien étrange, puisque très découpée, composée de phrases très courtes, voir même de fragments n’étant pas strictement des phrases (sans verbe par exemple). Cela fonctionne alors un peut comme une succession d’unités de sens qu’il faut combiner entre elles (avec celle d’avant et/ou avec celle d’après). Grossièrement cela m’a évoqué une succession de haiku [<a href="#note">1</a>] qu’on pourrait créer en prenant trois « phrases » à la suite, ainsi sur cinquante pages (ce qui serait très fort). D’un autre coté le testament du docteur est l’oeuvre d’une vraie personnalité mégalo, très exclamative et toute en emphase. Autre bizarrerie de ce fragment, le docteur assimile son oeil à une caméra et certains de ses récits sont alors écrits en utilisant des indications de mise en scène ! Le roman intègre aussi des comptes-rendus d’entretiens, d’un style forcément plus pauvre et direct. Quand à la reproduction du rouleau contant la fondation du monastère, cette partie est au contraire écrite dans un style très littéraire, parfois ampoulé et précieux.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/dogra-magra-3.jpg" alt="" /></p>
<p>Comme vous pouvez vous en rendre compte, la structure de <strong>Dogra Magra</strong> n’est pas facilement apprivoisable.<br />
Cette accumulation de documents extérieurs livrés <em>in extenso</em> (qui constitue tout de même la moitié du roman) évoque un peu cette sensation de se farcir le dossier d’une affaire, du genre qui fait des piles sur votre bureau à coté du bourdon bon marché, en gros de se retrouver dans la peau d’un enquêteur devant synthétiser les différentes pièces d’une enquête. Ça c’est de l’immersion !<br />
Et ça nous mène tout naturellement à un des aspects centraux de <strong>Dogra Magra</strong>, il s’agit d’un roman policier. Voire même plus que ça : dans un entretien le docteur Masaki explique au journaliste (et au lecteur) médusé comment il entend construire son expérience à la manière du roman policier absolu. Tout un programme.<br />
Et dans le genre roman policier hors normes <strong>Dogra Magra</strong> se pose là, puisqu’il ne créé rien de moins que la totale confusion des rôles entre les protagonistes clés d’un roman policier : assassin, victime, détective, tous trois sont fusionnés en la personne du narrateur amnésique qui endosse tour à tour (ou parfois en un même temps) ses différentes fonctions. Du moins potentiellement, puisqu’il demeure en interrogation permanente sur son identité et par la même occasion sur la place qu’il occupe sur l’échiquier. Une confusion des fonctions des personnages que l’ont retrouve à d’autres instants du roman, comme lorsque Masaki essaye de convaincre le narrateur qu’il (Masaki) est le « coupable » et qu’il prononce cette phrase que pour ma part je trouve savoureuse : « <em>Je jouerai le double rôle du procureur et de l’accusé</em> ».<br />
D’ailleurs cette partie (qui ne se résume pas à une simple auto-accusation) est assez intéressante à analyser dans le cadre d’un roman policier. Le dernier tiers du livre prend en effet la place incontournable de la scène de révélation (Hercule Poirot rassemblant les différents intervenants pour démasquer le coupable avec toute sa sagacité). A une nuance près, et de taille : alors que chez Agatha Christie (et chez les autres) cette scène est le plus souvent réduite à une dizaine de pages, le détective se montrant synthétique et allant droit au but, dans <strong>Dogra Magra</strong> elle fait pas loin de deux cent cinquante pages ! Et pour cause, elle se complait à laisser le pauvre lecteur mariner dans son jus, accumule volontairement les fausses pistes (qui dans un roman policier traditionnel sont explorées avant la scène de résolution) et force le lecteur à une multitude d’hypothèses. L’expérience scientifique du professeur ne s’achèvera que lorsque le narrateur aura retrouvé la mémoire de lui même, alors même si lui connaît le fin mot de l’histoire il ne le révélera pas car il veut (c’est une intention bien différente de celle de Poirot démasquant un criminel) que son interlocuteur devine de lui-même !<br />
En fait <strong>Dogra Magra</strong> court-circuite toute l’action du roman policier (investigation, découverte des indices,&#8230; et toutes les errances qui vont avec) pour livrer toutes les pièces d’un coup en bloc (l’« action » ayant déjà été faite par d’autres)(et peut-être par le personnage, mais il ne s’en souvient pas !) et se concentrer sur la déduction/révélation. Ce qui n’est pas chiant pour un sou, mais reste troublant. Le mieux, c’est que le roman fini par livrer ses secrets, sur sa toute fin. Les amateurs de résolution explicite feront la fine bouche car la révélation finale reste ambiguë – rappelez-vous l’incertitude déjà évoquée sur la forme que prendrait le roman. D’une certaine manière le narrateur retrouvant la mémoire a du mal à l’accepter (il faut dire que ce n’est pas forcément réjouissant) et laisse le lecteur dans l’expectative, devant faire lui aussi la dernière étape de la déduction.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/dogra-magra-4.jpg" alt="" /></p>
<p>Mais revenons légèrement en arrière pour évoquer une autre caractéristique fondamentale du roman : son coté extrêmement manipulateur. Ce qui nous amènera même à nous poser quelques questions de littérature (et oui).<br />
Le narrateur finira par réaliser que la situation n’est pas exactement ce qu’elle parait, que ceux qui sont dit morts ne le sont en fait pas, que les intentions affichées sont souvent éloignées des aspiration réelles et que pour faire bref il est au centre d’un affrontement entre les deux professeurs, chacun son tour tentant de le faire dévier dans le sens qui l’arrange. Alors leurs déclarations respectives qu’un premier temps on croyait sincères (leur but n’est-il pas de l’aider à retrouver la mémoire ?) se révèlent parfois sujettes à caution, se contredisant. Et là la confiance du narrateur vacille, et celle du lecteur avec (s’il ne doutait pas déjà avant ; en effet, quel crédit accorder au récit d’un fou ?).<br />
<strong>Dogra Magra</strong> dit alors tout et son contraire. A la fois pour explorer une à une toutes les hypothèses et possibilités, quitte à la écarter par la suite, mais aussi dans un but moins avouable de manipulation, le narrateur étant complètement à la merci du docteur. Et le lecteur à celle de l’auteur.<br />
Il y a en effet une mise en abîme explicite du roman au coeur de <strong>Dogra Magra</strong>. Exemple concret, dans quelques scènes le professeur Masaki se moque ouvertement de la crédulité du narrateur, lui montrant pas peu fier comment il l’a habilement entraîné sur une mauvaise piste. Le pire c’est que cela ne l’empêche pas de, quelques lignes plus loin, regarder son interlocuteur dans les yeux et de lui déclarer avec le plus grand aplomb : « je vais te raconter quelque chose et va falloir me croire » ! Difficile de ne pas y voir une incarnation de l’auteur, s’amusant de la naïveté de son lecteur et le forçant par la même occasion à remettre en question sa confiance aveugle. Quelque part c’est affaire de déontologie.<br />
Parce qu’en fait il y a un truc qui m’énerve dans le roman policier – et qui n’est sans doute pas étrangère au fait que j’ais laissé tomber le genre –, je déteste lorsque l’auteur m’assène des retournements de situations et autres révélations fracassantes sans m’en avoir préalablement donné les clés. D’une certaine manière, se jouer du lecteur en ne lui donnant pas les moyens de le voir venir (« en fait la victime a un frère, dont on a jamais entendu parlé, et c’est lui le tueur ! ») est de la triche, du moins dans le cadre d’un roman policier où le lecteur est fortement impliqué dans un démarche de déduction – dans le cadre d’une fiction au sens large c’est le plus souvent juste de la flemme et l’illusion de surprendre avec un <em>deus ex machina</em> (non, je ne porte pas les twists dans mon coeur). <strong>Dogra Magra</strong> se sort de cette impasse grâce à son audacieuse mise en abîme, mais ce n’est pas donné à tout le monde !<br />
Voilà qui a le mérite de rappeler combien le lecteur est à la merci de l’auteur, tenant trop souvent pour chose acquise le pacte qui les lie selon lequel l’auteur écrirait la vérité – ce type de pacte est même parfois fondamental d’un genre, le pacte autobiographique par exemple, mais également l’obligation que j’évoquais de l’auteur de roman policier de donner au lecteur les outils de sa déduction – ce dont il peut à priori se foutre complètement, à fortiori lorsque son narrateur est un fou manipulé par des fourbes !</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/dogra-magra-5.jpg" alt="" /></p>
<blockquote><p>« [...] apparaîtra sans doute un psychopathe miraculeux. &#8230;.. Alors ce fou magnifique, exposant lui-même devant les savants du monde entier médusés la cause de sa maladie et le processus de sa guérison, foulera aux pieds non seulement toutes les religions, la morale, les arts, les lois et les sciences que l’humanité a créés à ce jour, mais encore le naturalisme, le nihilisme, l’anarchisme et toutes les autres philosophies matérialistes, pour faire place à la joie suprême de la civilisation spiritualiste qui libérera au plus profond l’âme de l’homme, nue comme un nouveau-né, voilà l’oeuvre qu’entreprendra ce psychopathe. »</p></blockquote>
<p>En toute franchise <strong>Dogra Magra</strong> est un livre que je ne sais par quel bout prendre (pour changer). Trop gros, trop complexe et trop foisonnant. « Roman policer ultime », j’en sais rien, mais on pourrait presque se demander comment se fait-il que depuis soixante-dix ans que le livre est sorti et quarante ans que parait-il il est célèbre on en vienne toujours à écrire des romans policiers « traditionnels » quand il semble que celui-ci les enfoncent tous et les rendent caducs. Les gens n’ont sans doute pas lu <strong>Dogra Magra</strong> – ce genre de conseil ne peut pas faire de mal, pas plus qu’un brin d’exagération de ma part – et c’est bien dommage, pour eux comme pour la littérature.<br />
Quelque part entre histoire de détective, expérimentation formelle et fascination surréaliste pour la chose psychiatrique (oui, j’aurais peut être du évoquer cet aspect&#8230;), <strong>Dogra Magra</strong> est un grand roman roublard et manipulateur, terriblement ambitieux et protéiforme : plongée dans une psyché malade, tragédie familiale, roman d’investigation complexe forçant le lecteur à donner de sa personne, métaphore de la relation lecteur/auteur,&#8230;<br />
Plus haut je soumets l’idée d’un roman cyclique se bouclant sur lui-même. Une chose est sûre, ça serait pas une mauvaise idée de, une fois le monstre achevé, le reprendre depuis le début pour en attaquer une deuxième lecture. Va falloir que je me cale un autre mois pour m’atteler à la tache. De votre coté vous savez ce qu’il vous reste à faire.</p>
<p><a name="note"></a></p>
<div class="note">[1] à nuancer : le haiku possède une structure très stricte, ce qui n’est ici pas le cas (en tout cas aucune note du traducteur ne le signale, et je vois mal P Honnoré passer à coté de ce genre de détail).</p>
<p>Images tirées du film <strong>Dogra Magra</strong>, adapté du roman par Toshio Matsumoto.</p>
<p>Pour prolonger la lecture : <a title="site sur Dogra Magra" href="http://dogramagra.shunkin.net/">http://dogramagra.shunkin.net/</a></div>
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		<title>Le Syndrome de la chimère (Max Mallmann, 2000)</title>
		<link>http://insecte-nuisible.com/le-syndrome-de-la-chimere-max-mallmann-2000/</link>
		<comments>http://insecte-nuisible.com/le-syndrome-de-la-chimere-max-mallmann-2000/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2008 13:25:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[autres]]></category>
		<category><![CDATA[freaks]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Max Mallmann]]></category>
		<category><![CDATA[serpent]]></category>

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		<description><![CDATA[Le Syndrome de la chimère est ma foi un bon roman. Assez en tout cas pour que j’ais envie de vous en toucher mot bien que n’ayant pas énormément de choses à dire à son sujet.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour une raison ou une autre, ces derniers temps je lis pas mal de romans d’auteurs sud-américains (ne me dites surtout pas que c’est branchouille, je déteste être inconsciemment branchouille). Et à mon grand désarrois, moi qui arrive pourtant à prononcer et retenir les pires noms coréens, je dois être allergique aux patronymes latino, puisque quasiment impossible de les retenir plus de trois secondes et demi. Pourtant Dieu sait que j’aimerais dire beaucoup de bien de Joaquim Maria Machado de Assis ou d’Adolfo Bioy Casares (puisque j’en suis incapable, voilà une bonne occasion pour faire de la pub à <a title="L'Invention de Morel [nébalia]" href="http://nebalestuncon.over-blog.com/article-20359279.html">ce con de Nébal</a>), mais incapable de ne serait-ce me rappeler comment leur nom à rallonge et particule pouvait bien sonner, me voilà contraint de donner dans le très vague : « oué, tu sais, le bouquin de machin&#8230; attends, je l’ai sur le bout de la langue&#8230; un nom avec les R qui roulent et des O qui sonnent quoi&#8230; ça doit ressembler à Pepito Nacho de Mojito ou un truc du genre ». Peut mieux faire.<br />
Une exception à la règle : Max Mallmann, pour une raison qui m&#8217;échappe (sans blague !).</p>
<p><strong>Le Syndrome de la chimère</strong> est apparemment son troisième roman, et son dernier en date lorsque que l’édition française fut mise sous presses (en 2003, à l’heure de l’Internet de l’âge de l’information, c’est quand même honteux de ma part de ne pas avoir pris la peine de chercher une bibliographie à jour), l’auteur sévissant visiblement principalement à la télévision. Et c’est ma foi un bon roman, assez en tout cas pour que j’ais envie de vous en toucher mot bien que n’ayant pas énormément de choses à dire à son sujet.<br />
(voilà qui vous semble étrange ? un scoop pour vous : un bon roman ne rend pas forcément le critique intelligent, pas plus qu’il ne lui inspire à tous les coups des remarques constructives ; mais il arrive parfois à ce dernier d’avoir un blog pas mis à jour depuis longtemps et de se dire que ça serait bien bête que vous passiez à coté)</p>
<blockquote><p>« Il ne vous est jamais passé par la tête que ce n’est peut-être pas vous le condamné obligé de vivre avec un hôte indésirable entre les côtes ? Il se peut que ce soit le serpent à sonnette qui ait été condamné à vivre emprisonné dans votre poitrine. Auquel cas vous ne seriez pas la victime mais bien le geôlier. Et la cellule. Les serpents rampent entre le bien et le mal depuis la nuit des temps, et vous êtes né il y a pas trente ans. Il y a toutes les chances pour que, quand vous, vous serez mort, et votre cercueil depuis beau temps sous la terre, le serpent, lui soit toujours vivant, prêt à se tailler la route à travers vos chairs putréfiées et à émerger hors de cette pourriture terrestre, enfin libre.<br />
– Je vais me faire incinérer. »</p></blockquote>
<p>Vito est donc spécial : il a un crotale enroulé autour du coeur. Et comme vous vous en doutez la cohabitation n’est pas toujours simple ; un peu de stress et voilà le reptile qui resserre ses anneaux et le pauvre Vito qui s’évanouit. Et, bien qu’il ait à force appris à vivre avec l’épée de Damoclès sur le coeur, il s’en passerait volontiers – heureusement que l’alcool semble avoir sur le squatteur des effets apaisants. Le meilleur ami de Vito n’est pas plus « normal » : Bruno a en effet la faculté de décalotter son crâne pour en sortir sa cervelle, si d’aventure lui prenait l&#8217;envie de passer en mode <em>stand-by</em>.<br />
Nos deux énergumènes entreprennent d’ouvrir un café-librairie, La Chimère, où on finira par croiser tous les freaks de Porto Alegre : une femme dont le corps est entièrement composée de papier et qui mange littéralement les bouquins, un homme-éponge à l’épiderme perméable aux liquides uniquement dans le sens extérieur-intérieur (et qui aime se baigner en plus), un autre qui recharge ses batteries en mettant le doigt dans la prise,&#8230; du beau monde quoi, ne manque plus qu’une jolie jeune femme et un méchant monstre, qui ne tarderont pas à faire leur apparition. La première avec sa maison encombrée de bibelots conservés sur huit générations et ses yeux phosphorescents cachés derrière des lunettes de soleil, le second sous la forme d’un rat géant qui ne serait autre que le père de Vito, animal de compagnie d’une pseudo-divinité dont les hommes de mains comptent bien se servir de Vito comme d’un morceau de fromage sur leur piège afin de ramener l&#8217;animal fugueur au bercail.</p>
<p>Voilà qui est très réjouissant.<br />
Très court (une centaine de pages), le roman se concentre alors plus sur l’humour, naissant d&#8217;un fantastique rocambolesque, que sur le développement de son intrigue. Même si cette dernière n’est pas pour autant négligée et se trouve même parfois surprenante, c’est surtout avec la volonté de jouer avec les situations, souvent burlesques et/ou absurdes, et de décrire des personnalités étranges, plutôt que de conter une véritable histoire – difficile en effet de faire s’épanouir une histoire complexe en si peu de pages. Témoin de cet amusement face à la composante « histoire » du récit, le coffre dans le grenier de Phalène (la fille avec les yeux qui brillent) orné de l’inscription « deus ex-machina » et qui effectivement une fois ouvert va sauver les héros, dans une situation pourtant désespérée, comme d’un coup de baguette magique.<br />
Le mieux, c’est que malgré tout Max Mallmann se paye le luxe de créer des vrais personnages. Même succinctement décris ils font preuve d’humanité et de naturel, et ceux qui occupent une place plus importante dans le récit sont même véritablement attachants (mention spéciale à Bruno, le décérébré volontaire, un personnage du genre pas croyable avec des réactions étonnantes), échappant à la caricature et au simple catalogue de bizarreries qu’on aurai pu craindre avec un tel sujet. Probablement grâce à l’écriture simple, mais belle, de Mallmann. Et parfois c’est tout ce dont on a besoin.</p>
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		<title>Appel du pied (Wataya Risa, 2003)</title>
		<link>http://insecte-nuisible.com/appel-du-pied-wataya-risa-2003/</link>
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		<pubDate>Fri, 16 May 2008 13:45:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[autres]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Wataya Risa]]></category>

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		<description><![CDATA[L’auteur semble d’ailleurs avoir conscience de sa faiblesse stylistique puisqu’elle avoue « Je n’arrive jamais à trouver les adjectifs que je veux. Pour compenser, j’empile les détails. ». Et pour empiler elle empile, les détails, les phrases, les paragraphes, à l’instinct plutôt qu’après mûre réflexion, de manière parfois anarchique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>« Pendant une fraction de seconde, j’ai enfin senti la résistance de sa colonne vertébrale sur la face interne de mon pied. »</p></blockquote>
<p>Ça faisait bien longtemps qu’on n’avait pas parlé de littérature en ces pages (longtemps qu’on avait pas parlé d’autre chose que de cinéma en fait), alors on va s’y remettre. En douceur pour commencer, avec quelque chose de pas trop intellectuel et en plus de court (les commentaires sont à votre entière disposition pour me traiter de fumiste), avec un article qui lui non plus ne devrait pas atteindre une longueur considérable et encore moins des sommets d’analyse littéraire. Mais on s’en contentera.<br />
(d’ailleurs, ayé, j’ai fini d’écrire et c’est plus long et plus intelligent que je ne l’espérais)<br />
(les commentaires sont à votre entière disposition pour m’envoyer des fleurs)</p>
<p>Wataya Risa est une (très) jeune auteur japonaise, à peine vingt-quatre ans à l’heure qu’il est et déjà trois romans à son actif (les deux premiers traduits chez nous, le troisième ne devrait pas tarder je pense), tout trois best-sellers et bardés de prix. J’avais déjà lu le premier, <strong>Install</strong>, il y a quelques mois et même si j’étais plus que mitigé à son encontre il était j’avoue plutôt intrigant. Faut dire que Wataya a le chic pour aborder des sujets très cool dans leur genre : dans ce prmeier roman, une lycéenne qui sèche les cours et fini par s’occuper d’un compte de messagerie porno en alternance avec un gamin d’une dizaine d’années. A ceux auxquels j’ai pu en parler j’ai du dire quelque chose de genre « c’est plutôt chouette mais c’est écrit comme un skyblog ». Reste à savoir si c’est surprenant au sujet d’un bouquin qui d’après la quatrième de couverture fut « écrit à dix-sept ans pendant [les] vacances d’été ». N&#8217;empêche, ça marchait pas mal, vu que je m’y laisse prendre une nouvelle fois. Et faut bien avouer que d’une certaine façon, Wataya a une voix intrigante.</p>
<p>Écrit deux ans plus tard (à dix-neuf ans donc, c’est bien y en a qui suivent), <strong>Appel du pied</strong>, avec son coté chronique de vie adolescente, a comme un petit relent autobiographique. Première année de lycée, Hatsu est une fille un brin asociale, à la fois parce que les autres l’énervent et qu’elle énerve les autres. Sa seule amie est Kinuyo, ex-meilleure copine de collège qui semble prendre ses distances malgré elle, s’investissant de plus en plus auprès de son nouveau cercle d’amis qu’elle a pourtant voulu présenter à Hatsu – mais cette dernière les considère comme des losers, forcément ça aide pas. Il ne manquait plus que Hatsu se retrouve de plus en plus attirée par l’anti-social de la classe, qui lui n’a réellement aucun ami et ne porte d’intérêt qu’à une idol dont il est obsessionnellement fan (ou fanatiquement obsédé, au choix). Il s’intéresse pourtant à Hatsu lorsque celle-ci lui avoue bien innocemment qu’un jour l’idol en question lui a adressé la parole au centre commercial.</p>
<blockquote><p>« Dis, Ninagawa, tu ne veux pas parler un peu d’autre chose que d’Oli Chang ?<br />
— Hein ? De quoi par exemple ?<br />
— Je ne sais pas, moi&#8230; de n’importe quoi.<br />
— Des émissions de télé qui m’ont plu ?<br />
— Pourquoi pas&#8230; mais moi, récemment, je regarde seulement les infos du matin avant d’aller au lycée. Alors, euh&#8230;<br />
— Bon, alors, de tes infos du matin préférées ?<br />
— Euh&#8230; tu es sûr que c’est intéressant ça ?<br />
— Bon, laissons tomber alors. »</p></blockquote>
<p>Sujet assez chouette encore une fois, quoique moins tordu que celui de <strong>Install </strong>voir même hyper classique (attirance entre les deux bras cassés de service), mais bon, chouette quand même.<br />
Et malgré un premier abord grandement archétypal Wataya arrive a dépeindre des personnages plutôt intéressants, aux relations et réactions plus complexes que ce à quoi on aurait pu s’attendre. Les sentiments de la jeune fille pour l’otaku sont ainsi retranscrits de manière assez ambiguë : seule sa copine est persuadée qu’elle en est amoureuse (mais elle croit aussi que lui aussi est amoureux, elle voit des amoureux partout), alors qu’elle ne le ressent que comme une attirance étrange («<em> J’aime regarder Ninagawa regarder Oli Chang.</em> »), un brin de pitié mêlée de sadisme à l’encontre de cette créature constamment renfermée sur elle même (le titre original signifiant à peu près « Le dos sur lequel on aimerait donner des coups de pied » et en effet Hatsu est souvent tiraillée par l’envie de pousser le garçon d’un grand coup de latte), un léger malaise enfin. Toujours dans la même idée, conté à la première personne le roman met l’accent sur l’incompréhension face au sentiment que la narratrice éprouve (« <em>Je suis horrifiée. Horrifiée par le gouffre entre ces mots « être amoureuse » et ce que je viens d’éprouver pour Nanigawa</em>. »). Car, contrairement à Ninagawa, Hatsu est tout sauf une fan et ne nous assomme pas de commentaires les yeux en coeur « ilétroboooooo ». Bien au contraire on se demande bien (et elle avec nous) ce qu’elle peut bien trouver à ce gars monomaniaque, même pas beau, pas toujours très propre et n’ayant pas d’autre centre d’intérêt que sa Oli Chang – pas très glamour donc – décrit sans concessions mais sans pourtant en faire un ultime boudin qui pue le roquefort à dix mètres.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/april-story-1.jpg" alt="" /></p>
<p>Y a du bon donc, et rien que pour ça il est bien probable que je jette un oeil au troisième roman de l’auteur. En espérant qu’elle fasse quelque chose pour son style, assez horrible comme je le faisais remarquer en préambule. En fait j’ose espérer qu’il s’agisse là d’une déformation bêtement adolescente.<br />
Un style de skyblog je disais, et c’est exactement ça. Après tout le Japon est le pays du roman sur téléphone portable, n’est-ce pas ? Pour le pire comme le meilleur en fait, car cette expression skybloguesque (néologisme mon amour !) s’éprouve aussi par une sensation de proximité et d’immédiateté renforcée par la tonalité proche du journal (même si le roman n’en prend pas la forme), et s’avère alors très efficace – court, le livre se lit d’une traite.<br />
Mais malheureusement, une nouvelle fois j’espère qu’il ne s’agit que d’une tare de jeunesse, <strong>Appel du pied</strong> souffre (tout comme <strong>Install </strong>avant lui) d’un vrai je-m’en-foutisme vis-à-vis de toutes les questions de forme. Le roman souffre (pas tant que ça en fait, mais cela n&#8217;est du qu&#8217;à sa faible longueur, je ne pense pas qu’il eut tenu le coup s’il avait fait le double) alors d’une totale absence de structure : les paragraphes de taille diverse sont enquillés les uns après les autres, l’auteur saute une ou deux lignes suivant les cas, une fois elle revient à la page, créant des ellipses plus ou moins conséquentes mais très désordonnées et peinant à faire sens.<br />
<a name="text"></a>On pourra aussi reprocher à Wataya Risa son expression plus que limitée. Sujet verbe complément, parfois un adverbe pour faire beau, parfois on met une virgule à la place d’un point pour faire croire à une phrase longue. Je n’ai rien de particulier contre les phrases courtes, mais il faut avouer qu’ici c’est plat. Idem du vocabulaire lui-même, tiré d’un panel bien limité. Je sais pas ce que ça peut donner en japonais, mais on est sans aucun doute bien loin du japonais d’érudit farci de kanji aussi obscurs qu’élégants, bien plus proche du japonais au rabais parlé par les jeunes [<a href="#note">1</a>]. Je sais bien que le livre est écrit à la première personne de la bouche d’une lycéenne, et que forcément par soucis de cohérence le vocabulaire ne peut être très sophistiqué même si l’auteur en a les capacités. Mais même justifié un effet secondaire malencontreux restera malgré tout un défaut. L’auteur semble d’ailleurs avoir conscience de sa faiblesse stylistique puisqu’elle avoue « Je n’arrive jamais à trouver les adjectifs que je veux. Pour compenser, j’empile les détails. » [<a href="#note">2</a>]. Et pour empiler elle empile, les détails, les phrases, les paragraphes, à l’instinct plutôt qu’après mûre réflexion, de manière parfois anarchique.</p>
<blockquote><p>« &#8220;Qu’est-ce que t’as, là ?<br />
— Des pêches. Un cadeau.&#8221;<br />
Je pose sur le tatami deux pêches dans leur emballage de polystyrène. Ce ne sont pas des pêches reçues d’un parent de la campagne. Je ne les ai pas non plus achetées exprès au magasin du quartier. Je les ai piqués dans le frigo à la maison. »</p></blockquote>
<p>Une dernière fois, ces défauts ne sont pas toujours désagréables (même s’ils demeurent un tantinet agaçants), ils peuvent même se trouver parfaitement dans le ton du roman. Il n’en reste pas moins qu’ils limitent un premier temps le livre, le privant parfois d’émotion par excès de platitude, puis surtout les possibilités d’évolution de l’auteur qui ne fera jamais rien de bien tant qu’elle n’aura pas réglé ces lacunes. Dommage car elle démontre à de multiples reprises qu’elle a des capacités, jusqu’à même compenser ses défauts de manière très honnête. Alors la citation de l’auteur reproduite plus haut laisse entrevoir l’espoir en même temps qu’elle peut faire peur : Wataya Risa connaît ses travers, espérons juste qu’elle ne les prenne pas pour acquis et ne décide pas de s’en foutre, mais qu’au contraire elle fasse tout pour s’en défaire. Car, au delà de leur petites faiblesses, c’est justement le doux vent de l’ambition et de la réussite formelle qui sublime les <a title="La Forêt zèbre" href="http://insecte-nuisible.com/la-foret-zebre-tian-yuan-2002/">romans écrits à dix-sept ans pendant les vacances d’été</a>.</p>
<p><a name="note"></a></p>
<div class="note">[<a href="#text">1</a>] à ce sujet ou presque, lisez <a title="les japonais et les sous-titres [wildgrounds]" href="http://wildgrounds.com/index.php/2008/05/12/les-japonais-et-les-sous-titres/">cet intéressant article</a> sur l’incidence de cette réduction de vocabulaire pour les sous-titreurs de cinéma.<br />
[<a href="#text">2</a>] sur <a title="Wataya Risa [éditions picquier]" href="http://www.editions-picquier.fr/auteurs/fiche.donut?id=47&amp;fletter=W">le site de l’éditeur</a>.</p>
<p>Photo tirée du film <strong>April Story</strong> de <a title="Iwai Shunji" href="http://insecte-nuisible.com/tag/iwai-shunji">Iwai Shunji</a> (ne cherchez pas forcément un rapport entre les deux).</div>
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		<item>
		<title>La Forêt zèbre (Tian Yuan, 2002)</title>
		<link>http://insecte-nuisible.com/la-foret-zebre-tian-yuan-2002/</link>
		<comments>http://insecte-nuisible.com/la-foret-zebre-tian-yuan-2002/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 23 Jun 2007 14:06:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[autres]]></category>
		<category><![CDATA[histoires parallèles]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Tian Yuan]]></category>

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		<description><![CDATA[Un beau roman, étonnant même pour un premier roman d’une si jeune auteur, et dont les petits défauts sont largement compensés par l’amplitude conférée au texte par sa structure et sa grande sensibilité.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>« Le seul regret de <span style="font-weight:bold;">Ce</span> est ce poème que <span style="font-weight:bold;">Ct</span> n’a pas fini d’écrire ; le seul regret de <span style="font-weight:bold;">Ct</span> est que <span style="font-weight:bold;">Ce</span> n’ait pas fini de grandir ; le seul regret de <span style="font-weight:bold;">Mickey</span> est de ne pas avoir trouvé <span style="font-weight:bold;">Minnie</span>. »</p></blockquote>
<p>Ça fait un petit bout de temps que j’ai envie de vous parler de Tian Yuan et de <strong>La Forêt zèbre</strong>. Tian Yuan, c’est la numéro deux dans mon petit coeur sensible qui fait boum-boum. Oui, juste après Bae Doo-Na – il m’arrive même de penser qu’elle lui ressemble, en plus jolie et en moins <em>Doo-Na</em>. <strong>La Forêt zèbre</strong> est son premier (et unique pour l’instant) roman, écrit alors qu’elle est à peine âgée de dix-sept ans. Arrivé à un âge que la décence m’interdit de vous communiquer et n’ayant encore rien fait de ma vie, ce genre de précocité ça me complexe. Et en plus d’être précoce, la gamine est éclectique, puisque la même année sort <strong>A wishful Way</strong> le premier (et plutôt recommandable) album d’Hopscotch, groupe pour lequel elle est compositrice et chanteuse. Y en a pour parler d’un recueil de nouvelles, mais j’en ai pour l’instant rien vu. Un ans plus tard (en 2004) elle tourne dans <strong>Butterfly </strong>de Mak Yan Yan (le plus beau film de lesbiennes du monde) dans un rôle fait pour elle (d’ailleurs, bien qu’inspiré d’un autre roman, <strong>Butterfly</strong> tire un certain nombre de ses éléments de <strong>La Forêt zèbre</strong>). Viennent ensuite deux autres films, <strong>The Curse of Lola</strong>, thriller horrifique de Li Hong (2005, inédit en France) et <strong>Voiture de luxe</strong> de Wang Chao (2006). Et (youpi !!!!) elle annonce pour bientôt un nouveau disque et un nouveau roman.<br />
Donc voui, vous l’aurez compris, un mois après <strong><a title="Linda Linda Linda" href="http://insecte-nuisible.com/linda-linda-linda-yamashita-nobuhiro-2005/40/">Linda Linda Linda</a></strong>, La forêt zèbre est un deuxième article uniquement motivé par un fan-service honteux (ainsi que, n&#8217;exagérons pas non plus, le bonheur de se retrouver avec un résultat bien au delà des espérances). On va tout de même faire en sorte de ne pas passer sous silence ses petits défauts, sans pour autant (j&#8217;espère) occulter combien ce livre est à mes yeux fascinant.</p>
<p>Parce qu’en effet, <strong>La Forêt zèbre</strong> à quelques petits défauts, assurément des défauts de jeunesse. Il est facile de passer outre mais ils n’en demeurent pas moins très agaçants. En fait ces défauts peuvent être rassemblés en un seul : une écriture un peu jeune. Pas forcément désagréable par ailleurs (le livre se lit très bien), mais c’est vrai que l’écriture souffre d’un enthousiasme un peu immature (trop de point d’exclamation à mon goût, c’est futile, je sais) et peut-être comme une volonté de trop bien faire. Ce qui se ressent d’autant plus dans certains dialogues (surtout sur la première partie) qui semblent à tout prix vouloir paraître profonds alors qu’il n’en ont pas besoin. D’où une sale impression d’être en train de lire <strong>Le petit prince</strong> – on me souffle que tous les chinois écrivent comme ça, peu importe, c’est très agaçant – d’autant plus que les personnages eux-mêmes ne sont pas exempts d’une certaine candeur. Un défaut qui semble pourtant être du goût de certains, puisqu’en lisant la quatrième de couverture (chose que je fais seulement après avoir lu le livre) j’y vois mis en avant l&#8217;inévitable argument « conte philosophique ». Forcément, ça plait à la ménagère, mais ça n’a jamais fait un bon livre. Tant qu’on est à chipoter, regrettons une utilisation trop fréquente et parfois lourde de métaphores (notamment animales) et certains passages au rythme mal équilibré (la partie IV principalement, toute prenante soit-elle, j’adore cette partie, et bien que cela n’entache pas véritablement la lecture).<br />
Mais oublions. Qui aime bien châtie bien comme dirait l’autre. Et aujourd’hui, j’aime beaucoup.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/butterfly-1.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende">Joman Chiang et Isabel Chan dans <strong>Butterfly</strong> de Mak Yan Yan<br />
(une scène adaptée de <strong>La Forêt zèbre</strong>, le monde est petit)</div>
<blockquote><p>« Ce sont mes dernières lignes. J’ai oublié sur quoi je les avais écrites, sur le sable, peut-être, ou sur l’océan&#8230; Quelle importance ? »</p></blockquote>
<p>Tout commence lorsqu’attirée par la lumière et la musique, une jeune femme s’allonge par terre pour regarder à travers le treillis d’une grille d’aération. Un homme sort alors pour lui adresser la parole – il s’appelle Mickey, elle décide donc de s’appeler Minnie. Amnésique, elle ne sait rien d’elle même et accepte de le suivre chez lui, une maison loin de la ville où vivent aussi Ce, une jeune fille splendide, et Ct, un homme étrange avec un pull aux rayures blanches et noires. Un premier temps amoureuse mais finalement agacée par cette vie pseudo édénique et l’innocence dans laquelle Mickey essaye de la maintenir et de plus en plus intriguée par la ville et son passé, Minnie tente de s’enfuir. Ce décide donc de l’emmener dans la forêt zèbre et de lui faire découvrir ses vies, ainsi que celles de Mickey, Ce et Ct.<br />
Ainsi Minnie, Mickey, Ce et Ct seront donc tour à tour femme mariée qui n’a jamais vu la mer, couple paumé à la recherche du désert, peluches Walt Disney® dans une grande surface, sirène échouée sur le sable ou encore lycéennes emménageant dans l’appartement d’un mort.</p>
<p>Peut-être l’exception qui confirme la règle de la métaphore animale (ami écrivain, métaphore animale = mauvais, souviens-t-en z’en) la « forêt zèbre » est, en particulier lorsqu’on referme le livre après l’avoir fini, une idée merveilleuse. Le livre est de l’aveu même de l’auteur un roman sur les possibilités, et quoi de mieux qu’une forêt zèbre pour illustrer cela ? Question purement rhétorique. Une forêt zèbre c’est poétique, labyrinthique, énigmatique et plein d’autres mots en « ique ». La forêt zèbre c’est là où, comme les rayures du fameux équidé, les histoires et les destinées s’entremêlent – au premier impertinent qui me fait remarquer que les rayures du zèbre ne se croisent pas je lui éclate les genoux, avant de lui rétorquer que si effectivement elles sont plus ou moins parallèles et très contrastées, les rayures du zèbre semblent se chevaucher, s’interpénétrer et se confondre, par je ne sais quel effet d’optique. Et excusez-moi, mais c’est nettement plus intéressant, n’est-ce pas ? La rayure du zèbre, c’est le complet brouillé certifié bio. C’est ambigu, autant élément de singularité et de différenciation (on dit qu’il y en a pas deux pareils et qu’ils se reconnaissent ainsi entre eux) que de camouflage et d’invisibilité (le fameux effet brouillant du troupeau de zèbres détallant dans tous les sens) et finalement on ne sait où donner de la tête, incapable de savoir laquelle des deux se détache et capte votre oeil (rappelez-vous ces fameux dessins où l’on voit des choses différentes suivant notre focalisation) comme de savoir une bonne fois pour toute si ce foutu zèbre est blanc à rayures noires ou l’inverse. Et oui, un zèbre c’est fascinant finalement.</p>
<p>Alors pourquoi direz-vous je vous assomme à vous parler de zèbre ? Parce que loin de n’être qu’un titre qui rend chouette et un bel endroit poétique dans une scène, le zèbre est une forme fondamentale du roman. En effet, la structure adoptée par le livre est comparable à des rayures de zèbre (vous me dites si j’en fais trop, hein). <strong>La Forêt zèbre</strong> est composée de cinq histoires (plus une sixième, plus courte, une « autre situation » qui conclue le livre en cinq pages) qui s’enchaînent les unes à la suite des autres, un peu à la manière d’un recueil de nouvelles. Avec la particularité tout de même que toutes ces histoires sont celles des mêmes quatre personnages, du moins à peu de choses près. Ainsi entre deux parties l’âge de l’un changera, certains se rencontreront dans des circonstances différentes, un autre deviendra un chien,&#8230; ainsi de suite ; chaque épisode, difficilement situable tant géographiquement que temporellement (un seul est daté), semblant exister dans un univers parallèle aux autres, une nouvelle possibilité. Chacune de ces histoires est très simple, peu développée, peut-être incomplète en elle-même et ne tiendrait sûrement pas la route en tant que nouvelle isolée. C’est leur agencement et leur mise en relation qui leur donnent leur complexité – une rayure blanche c’est simple ; une rayure noire aussi ; mais empilez plusieurs rayures noires et blanches, prenez un peu de recul et vous obtiendrez (le premier qui pense « un code barre » je lui casse les tibias) un ensemble mouvant et instable, où votre oeil se baladera incapable de se fixer convenablement sur un point précis. C’est un peu l’effet provoqué par la lecture de <strong>La Forêt zèbre</strong>. Ses différentes parties ont forcément des liens entre elles, mais ceux-ci se dérobent. On pense forcément aux classiques du genre (une histoire rêvée par une autre, ou bien située dans son passé,&#8230;) : certains détails y encouragent même, si ce n’était d’autres qui décidément ne collent pas. Sans compter que parfois au sein d’une même trame des éléments invitent au doute et à la mise en perspective (par exemple, dans la partie III on peut se demander si n’apparaît pas au détour d’un flash-back une seconde Ce, c’est à dire une nouvelle histoire insérée à l’intérieur de la première). Si vous voulez mon avis, en plus de se superposer à la première histoire (qui à peu de choses près correspond à mon petit résumé) et de se situer en parallèle, les trames suivantes en jaillissent et s’y rejoignent, étant en fait imbriquées dans la première – dévoilées à Minnie par Ce le temps de huit lignes de texte (de la mise en abime quoi). Tout ça pour dire que la structure apparemment simpliste du roman en a pourtant sous le pied et est définitivement (et heureusement) non linéaire.</p>
<p>Un beau roman donc, étonnant même pour un premier roman d’une si jeune auteur, et dont les petits défauts sont largement compensés par l’amplitude conférée au texte par sa structure et sa grande sensibilité. Ah oui, je vous ai pas encore parlé de cela, mais ce roman est touchant. Je vous ai pas parlé de plein d’autres choses aussi, mais je peux pas tout dire dans une chronique – sinon j’écris un livre. Et je préfère laisser cela à Tian Yuan, puisqu&#8217;elle le fait décidément très bien.</p>
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		<title>Fleur noire (Kim Young-Ha, 2003)</title>
		<link>http://insecte-nuisible.com/fleur-noire-kim-young-ha-2003/</link>
		<comments>http://insecte-nuisible.com/fleur-noire-kim-young-ha-2003/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 18 Feb 2007 14:36:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[autres]]></category>
		<category><![CDATA[Kim Young-Ha]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>

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		<description><![CDATA[Malgré son coté roman historique didactique, Fleur noire contient assez de bons éléments pour ne pas que je jette Kim Young-Ha de suite. La lecture de son troisième roman permettra de se faire une opinion plus précise : si Fleur noire fut un accident de parcours, ou au contraire La Mort à demi-mots une fulgurante erreur de jeunesse d’un auteur finalement académique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>« Un juge est plus et moins qu&#8217;un homme ; il est moins qu&#8217;un homme, car il n&#8217;a pas de coeur ; il est plus qu&#8217;un homme, car il a le glaive. »<br />
<span style="font-style:normal;"><strong>Quatrevingt-treize</strong>, Victor Hugo<br />
(citation un peu hors-sujet, mais que j&#8217;aime bien)</span></p></blockquote>
<p>Un jour je serai un leader d’opinion influent et je ferai interdire l’écriture de romans historiques. Et peut-être même des romans « d’après une historie vraie », à voir, si je suis de mauvais poil. Tous ces récits de belles dames en costume ancien régime qui tournicotent à la cour de je ne sais quel monarque libidineux. Et tous ces autres romans balourds qui font du mal à leur sujet, à leurs personnages, à l&#8217;époque qu&#8217;ils décrivent,&#8230; à leur lecteur enfin et à la littérature pour finir, en raison de leur ancrage dans un contexte historique inutile et pesant. Même <strong>Quatrevingt-treize</strong> de Victor Hugo c’est lourdingue par moments (et Dieu sait que pourtant Victor Hugo c&#8217;est la grande classe). Et oui, c’est malheureux à entendre, mais cet article risque d’emprunter des chemins malhonnêtes et parfois plus relever du billet d’opinion vénère que de la critique littéraire proprement dite, mais voilà, ça m’énerve.<br />
Donc voilà, Fleur noire est un roman historique, même s’il ne se passe pas du temps du Roi Soleil (tant mieux), il reste quand même « tiré d’une histoire vraie » dixit l’argumentaire de quatrième de couverture, même s’il ne s’agit pas d’un fait divers digne de &#8220;The Sun&#8221;. Au contraire, Kim Young-Ha s’inspire d’une portion d’histoire peu connue (voir même carrément inconnue) de l’histoire coréenne. Se déroulant au début du XXe siècle, en pleine guerre russo-japonaise puis annexion par les vainqueurs japonais de la péninsule coréenne (tout d’abord protectorat, puis colonie japonaise), le roman suit le destin d’un millier de coréens immigrés au Yucatan pour y fuir la misère de leur pays, espérant pour la plupart y gagner assez d’argent pour retourner au pays la tête haute. Il est peu dire que leurs illusions furent à la hauteur de leurs espérances, puisqu’ils y furent vendus aux différents propriétaires terriens et exploités dans les plantations dans un état proche de l’esclavage pour y récolter l’henequen – sorte de cactus dont les fibres proche du chanvre servent à fabriquer des cordages et dont la fleur donne son titre au livre – espérant en vain une intervention de leur patrie d’origine, impuissante sous le joug nippon (et ignorante de leur condition) et privée de son influence diplomatique comme de sa souveraineté.<br />
Comme vous voyez donc, rien que de très intéressant, en tout cas pour quelqu’un s’intéressant un peu à l’histoire coréenne – et même si pour ce genre de petites réjouissances je préfère me taper un livre d’histoire. En fait si, c’est justement là le nerf de la guerre, un roman n’est pas un livre d’histoire et un roman souffre immanquablement des passages trop didactiques, passages apparemment obligés des livres d’époque. Et ça c’est du gâchis. Et ça ça m’énerve.</p>
<p>Parce que Kim Young-Ha n’est pas n’importe qui. C’est l’auteur de <strong>La Mort à demi-mots</strong>, premier roman percutant, dur, court et tendu. Surtout sur le début, à tel point qu’on se demandait si son attrait, sa force, n’était pas issu de quelque accident. Quoi qu’il en soit, enfin un écrivain coréen dans la veine de certains auteurs japonais (Murakami par exemple), même si encore jeune. Bref, s’il n’était pas forcément hyper abouti, ce roman a suffit a me faire classer Kim Young-Ha dans la catégorie « auteurs à suivre qui changent un peu des autres coréens traduits » et à me faire acheter <strong>Fleur noire</strong> les yeux fermés.</p>
<p>Le problème, c’est que<strong> Fleur noire</strong> ne joue pas dans le même registre.<br />
L’écriture reste pas mal du tout, peut-être trop sèche et impersonnelle, plus que dans <strong>La Mort à demi-mots</strong> (comme je me suis déjà posé la question : plus jeune et plus maladroit, donc moins fade ?), peut-être handicapée par une traduction trop proche du texte. Mais bon ça reste très correct, et agréable. Et lorsque le récit se concentre sur les personnages, en particulier vers le milieu du livre, dans les plantations, c’est même plutôt chouette et prenant, Kim Young-Ha campant des personnalités diverses et variées, mais toujours convaincantes.<br />
Mais voilà le soucis, et on rejoint le pourquoi du comment que je hais le roman historique dans sa forme courante (si je trouve le temps, je vous parlerai du splendide <strong>Fleur </strong>de Park Kun-Woong, parfait contre exemple de tout ce que je peux affirmer ici). <strong>Fleur noire</strong> est plombé par toutes sortes de digressions historiques aussi inutiles au roman que lourdingues à la lecture, cassant le rythme par des pages de précisions historiques. Encore une fois, c’est pas que l’histoire de la Corée et du Mexique m’emmerde. Mais comme son nom l’indique, le background historique (« arrière plan historique » comme on dirait en bon français) et toute les sources d’inspirations réelles doivent se situer en sous-main, infiltrer le roman par petites touches, lui donner mine de rien une crédibilité, une solidité. Mais par dessus tout il ne doit pas s’imposer au lecteur et alourdir le roman à grand coup de pages entières de rappel socio-politique. A croire que les écrivains (car cela n’est pas spécifique au pauvre Kim Young-Ha), dès qu’ils situent leurs bouquins dans un contexte historique, ont peur d’avoir gâcher leur documentation s’il n’en font pas ostensiblement étalage.<br />
Pourtant les jurys ont l’air d’aimer, puisque ce genre de romans semblent gagner des prix à tour de bras ; <strong>Fleur noire</strong>, quand à lui, a écopé rien de moins que du Dong-In, un peu le Goncourt local (mais peut-on faire les fiers quand le notre, le vrai, récompense <strong>Les Bienveillantes</strong> de Jonathan Littell qui non seulement se vautre lui aussi dans les travers suscités mais à le toupet de faire 900 pages ?).<br />
Les éditeurs aussi ont l’air d’apprécier (ils apprécient les prix aussi), et il ne se privent pas de le mettre en avant : « Kim Young-Ha s’est longuement documenté pour écrire l’incroyable destinée patati patata » dixit la quatrième de couv’ (sûrement parce que le public lui aussi il doit aimer, ce public de boeufs qui veut en avoir pour son fric quand il achète un bouquin). Les éditeurs français de littérature coréenne (encore trop peu nombreuse) me semble de toute manière assez peu aventureux, se restreignant à des textes classiques ou à contenu engagé/social. Pas que ce soit toujours mauvais – qui oserait nier l’intérêt de la traduction d’un recueil comme le très bon <strong>Une Averse</strong> de Kim Yu-Yong (édition française chez Zulma) ? – mais davantage de défrichage serait le bienvenu.</p>
<p>Cela dit, <strong>Fleur noire</strong> contient assez de bons éléments pour ne pas que je jette Kim Young-Ha de suite, je continuerai à le suivre. La lecture de son troisième roman, en court de traduction chez Picquier, permettra de se faire une opinion plus précise : si <strong>Fleur noire</strong> fut un accident de parcours, ou au contraire <strong>La Mort à demi-mots</strong> une fulgurante erreur de jeunesse d’un auteur finalement académique.</p>
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		<title>Tokyo électrique (anthologie, 2006)</title>
		<link>http://insecte-nuisible.com/tokyo-electrique-anthologie-2006/</link>
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		<pubDate>Fri, 08 Sep 2006 15:19:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[autres]]></category>
		<category><![CDATA[Fujino Chiya]]></category>
		<category><![CDATA[Hayashi Mariko]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Morita Ryûji]]></category>
		<category><![CDATA[Muramatsu Tomomi]]></category>
		<category><![CDATA[Shiina Makoto]]></category>

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		<description><![CDATA[Face à une anthologie dont on n’a pas forcément envie de dire du mal mais qui n’emballe pas forcément des masses, il est d’usage de dire qu’elle est inégale. Ce qui n’est pourtant pas le cas de Tokyo électrique, dont la plupart des textes se valent mais qui, sans pour autant être mauvais, peinent à convaincre véritablement.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je défends quiconque d’insinuer que je ne me suis intéressé à ce bouquin qu’en raison de son illustration de couverture. Certes, les jeunes filles je trouve ça très joli et nul doute que celle-là suffise à capter mon regard, même noyée dans un rayonnage regorgeant de gros barbares avec des haches. Et pis faut dire aussi que sa beauté un peu grossière, rustique, contraste étrangement avec la sophistication que nos esprits tordus à nous autres pervers associent immédiatement à l’uniforme marin des écolières japonaises.<br />
Mais trêve de digressions. Même illustré d’un petit chaton dans son panier d’osier (ce qui parait-il plait à certaines catégories de personnes) la publication d’un recueil de nouvelles par des écrivains japonais contemporains est une excellente initiative. Les auteurs publiés ici ayant le double intérêt de ne presque pas avoir été publié en Français et de connaître un certain succès au Japon, un tel recueil permet d’élargir son regard sur la littérature japonaise contemporaine, tout comme d’y faire ses premiers pas. En effet, cette anthologie, plutôt facile d’accès pour le non initié sans pour autant se trouver être de la vulgarisation à l’arôme sushi chimique, est susceptible d’intéresser un peu tout le monde.</p>
<p>Les cinq textes présentés sont le fruit d’une commande de l’éditeur français (même si par la suite il a été publié au Japon) et traitent toutes d’un même thème : Tokyo. Cela dit, même si en effet chaque texte prend racine dans un cadre urbain, leurs thèmes seraient plus à rechercher du coté des relations entre hommes, entre ses individus qui, justement, peuplent les quartiers tokyoïtes dans lesquelles ces nouvelles tiennent place. Mais là où ces cinq récits se rejoignent de façon inattendue c’est que chacun se présente comme le récit d’une fascination, preuve entre d’autres que la capitale japonaise ne réserve pas son magnétisme qu’au gaijin.</p>
<p><strong>Yumeko </strong>de Muramatsu Tomomi, le premier texte de ce recueil, suit la conversation de cinq habitués d’un bar de Fukagawa. Comme souvent, la discussion tourne autour d’une femme. Mystérieuse, ils s’interrogent sur l’ombre de son passé. Criminelle en fuite ? Ils se posent la question de leur réaction à cette éventualité. Construit en flash-back rassemblés autour de la discussion principale, ce récit adopte un ton légèrement nostalgique et illustre le vide de la vie de ses protagonistes, entre leurs fabulations et leurs tentatives de combler ce vide, remettant au passage en question les liens sociaux et la solidarité traditionnelle des vieux quartiers. Joli, mais rien d’extraordinaire au final.<br />
Dans la seconde nouvelle, <strong>Les Fruits de Shinjuku</strong> par Morita Ryûji, il est à nouveau question de fascination pour une femme. Enfin, pour une gamine. Celle d’un jeune paumé – dont le quotidien de parasite social se résume à se débrouiller pour chiper de quoi manger dans les supérettes, à squatter les salles de classe du collège pour profiter de la climatisation et à se shooter au détergeant – pour une jeune prostituée philippine qui emmène ses clients dans le <em>love hotel</em> au vis-à-vis de son appartement. Au début il se contente de voler des clichés au téléobjectif, mais un jour il la croise dans la rue et passe la journée avec elle. <strong>Les Fruits de Shinjuku</strong> est un texte tendre mais cru, voir cruel. Le style de Morita, sans fioritures et incisif, est à l’image de son récit, sans concessions et de loin le meilleur de recueil.<br />
<strong>Amant pour un an</strong> de Hayashi Mariko, le troisième texte, est nettement plus soft mais non moins ironique puisqu’il est question d’une fille suppliant un jeune homme de la laisser jouer le rôle de bouche-trou durant un an, le temps que sa vraie petite amie rentre des États-Unis. Complexée par ses origines provinciales, elle est attirée par les études supérieures qu’il a pu faire et son emploi dans l’import-export, mais surtout par le fait qu’il est né à Tokyo. Cette nouvelle traite donc évidemment de l’importance de la classe sociale dans la société japonaise et du lot de frustration et de mal être qui en découle. Le tout sous un angle très féminin, qui fait à vrai dire pour beaucoup dans la saveur que peut avoir cette nouvelle ; même si en fin de compte il n’en reste pas grand chose.<br />
<strong>La Tente jaune</strong> sur le toit de Shiina Makoto est sûrement le récit le plus atypique de Tokyo électrique : l’histoire d’un <em>salaryman </em>qui à la suite de l’incendie de son appartement campe sur le toit de l’immeuble de sa société – pour ce qui ne devrait être qu’une seule nuit, mais tout d’abord trop épuisé pour chercher un nouveau logement, il fini par prendre goût à cette existence loin de l’agitation des rues.<br />
Et pour clore le recueil, <strong>Une Ménagère au poste de police</strong> de Fujino Chiya, un autre texte assez intrigant, sur l’histoire d’une femme fascinée par les postes de police de quartier (à la suite de la remarque de sa fille comme quoi on n’y voyait jamais de femmes). Mais si la nouvelle réserve quelques sympathiques réjouissances dommage qu’elle ne décolle jamais vraiment. Et entre nous, ceux me connaissant doivent se douter que le fait que l’auteur soit une femme née homme fasse pour beaucoup pour l’intérêt particulier que je porte désormais à son oeuvre.</p>
<p>Face à une anthologie dont on n’a pas forcément envie de dire du mal mais qui n’emballe pas forcément des masses, il est d’usage de dire qu’elle est inégale. Ce qui n’est pourtant pas le cas de <strong>Tokyo électrique</strong>, dont la plupart des textes se valent mais qui, sans pour autant être mauvais, peinent à convaincre véritablement.<br />
Reste la nouvelle de Morita. Il serait d’ailleurs pas mal qu’un éditeur francophone s’intéresse sérieusement à lui. Car après tout, c’est à repérer de tels auteurs que servent ce genre d’anthologies.</p>
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		<title>Battle Royale (Takami Koushun, 1999)</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Sep 2006 15:33:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[autres]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Takami Koushun]]></category>
		<category><![CDATA[violence]]></category>

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		<description><![CDATA[En quelque sorte, Battle Royale c’est « Plus belle la vie s’est acheté un pistolet mitrailleur UZI ». Et au fond tout cela est tellement vrai : un ado c’est con et sentimental. Dommage seulement que le roman ne le montre pas avec moins de balourdise et plus de talent.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>« Hein ? Battle royale ? Tu me demandes ce qu’est une battle royale ? Tu ne connais pas ? Oh lala, à quoi ça sert que tu viennes voir des matchs de catch ? Quoi ? Le nom d’une prise ? D’un championnat ? Non, pas du tout, une battle royale c’est un type de combat. Hein ? Aujourd’hui ? Ici ? Non, il n’y en a pas de prévue au programme. D’ailleurs, ce genre de truc, on l’organise le plus souvent dans un grand stade destiné aux événements exceptionnels. Hé, regarde ! Là, c’est Takaho Inoué, ma catcheuse préférée, elle est bonne, hein ? Ah&#8230; euh&#8230; oui, pardon. Mouais&#8230; Donc on parlait de  battle royale. »</p></blockquote>
<p>Quand Clamann-Lévy annonce la création d’une nouvelle collection qui serait dédiée à des ouvrages un peu <em>borderline</em>, littérature contemporaine et cie, moi je dis &#8220;glop&#8221; mais que je demande quand même à voir et j’ose espérer qu’on lui laisse le temps de se mettre en place. Surtout que les gens de chez Calmann ayant une désagréable réputation d&#8217;être de gros connards – voui, l’édition est un milieu de (langues de) putes – bazardant sans état d’âme les collec’ qui se plantent – risque à quand même relativiser (ou pas) dans le cas présent compte tenu du potentiel branchouille de la collection en question.<br />
Mais avant de commencer l’éloge funèbre, voyons un peu la gueule que ça a. Comme trop souvent le format (15*23 cm) est un peu grand pour être vraiment agréable et le bouquin est un peu mou (raah, les considérations de bibliomane maniaque !), mais quelqu’un a eu le bon goût de faire appel à quelques graphistes doués comme Benjamin Carré et par conséquent les objets ont un minimum de gueule, tout en restant sobre, ce qui est toujours le bienvenu. On a même droit à du verni sélectif sur les couv’, ce qui est horriblement branché mais bien quand même.<br />
Donc au programme de cette première fournée nous avons droit à <strong>L’Oiseau moqueur</strong> de John Stewart, <strong>La Cité des saints et des fous</strong> de Jeff Vandermeer et pour finir <strong>Battle royale</strong> de Takami Koushun qui m’est tombé par hasard sur le coin de la tronche et que je me suis dis « pourquoi pas ? ».</p>
<p>Tout le monde connaît l’histoire : une classe de troisième est emmenée sur une île déserte et ses membres doivent s’entretuer jusqu’au dernier. C’est clair, simple et radical. <strong>Battle Royale</strong> est mondialement connu à travers le film de Fukazaku Kinji ainsi que par le manga qui a suivi mais pas grand monde ne savait que – éwé – à l’origine de tout cela il y a un roman. Maintenant c’est chose faite, il est publié dans notre beau pays, reste donc à savoir si ça vaut le coup et malheureusement c’est pas vraiment gagné.</p>
<p>Pourquoi pas gagné ? Tout d’abord parce que c’est écrit et/ou traduit avec les pieds. Les répétitions abondent, les métaphores sont lourdes et, mis à part sur certains passages bourrins, le style est plat et on ne peut plus convenu (mais revers de la médaille, ça a l&#8217;avantage de coulez comme du Yop trop secoué). Ensuite parce que Takami nous emmerde profondément lorsqu’il essaye tant bien que mal de nous faire croire à sa république dictature machin-truc de grande Asie, de nous expliquer combien la dictature c’est mal et combien le rock c’est bien, que si y a des gens qui peuvent être tenter de faire du mal c’est parce qu’ils ont été traumatisés tout gosses et qu’il faut se faire confiance sinon les méchants despotes bureaucrates gagnent à la fin.<br />
Autre aspect fleurant bon le ridicule – mais pour le coup pouvant être pris au second degré et bien faire marrer (si seulement cela n’était pas toujours la même rengaine) – la ribambelle de bons sentiments adolescents des protagonistes qui au beau milieu de la baston cherchent toujours à savoir qui est amoureuse d’Untel (le rockeur sentimental) et qui en pince pour Bidule (la star du basket-ball) ou se reproche douloureusement de ne pas s’être déclaré à Machine (la meuf la plus bonne de la classe) avant que tout cela ne commence. En quelque sorte, <strong>Battle Royale</strong> c’est « <strong>Plus belle la vie</strong> s’est acheté un pistolet mitrailleur UZI ». Et au fond tout cela est tellement vrai : un ado c’est con et sentimental. Dommage seulement que le roman ne le montre pas avec moins de balourdise et plus de talent.</p>
<p>Une fois passés ces petits désagréments – pas si petits que ça d’ailleurs – avouons quand même qu’on prend un minimum de plaisir à cette lecture. Tout d’abord parce que le bouquin est quand même plus trash que le film. Ça charcle donc hachement beaucoup. Et que des collégiennes en uniforme et couettes qui se trucident moi ça m’excite terriblement (oui, pervers). Et aussi que des scènes du genre « t’es amoureuse de moi mais j’en ai rien à battre et je vais t’exploser la tronche » c’est toujours drôle. Et pis faut avouer que les élucubrations de la geekette de service se prenant pour une guerrière amazone et communiquant avec sa divinité extraterrestre grâce à un jouet Matel sont particulièrement hilarantes.<br />
Malheureusement, ces réjouissances sont diluées dans le brouet susmentionné et on se dit que le pavé qui accuse quasiment 600 pages aurait gagné à n’en faire que 200 sous forme 100% concentrée/nihiliste/bourrine et que ça aurait sûrement eu vachement plus de gueule.</p>
<p>Et d&#8217;ailleurs même dans ce cas, il aurait toujours été préférable de voir le film plutôt que de lire le livre. Car c’est bien connu, dans un <em>gun-fight</em> entre écolières en jupe plissée, il est toujours plus agréable de pouvoir mâter.</p>
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		<title>Bzjeurd (Olivier Sillig, 1995)</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Jun 2006 16:16:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[autres]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Olivier Sillig]]></category>

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		<description><![CDATA[Mais ce qui fait la force de Bzjeud et son atypisme, ce sont son écriture et sa narration. Le récit minimaliste laisse peu de place à l’action et même si le lecteur (à peine moins que le héros) avance en aveugle, il n’est jamais question de suspense. Au contraire, l’écriture se concentre sur l’atmosphère, originale et prenante, installée avec subtilité.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>« Dans ce pays, les gens disent « la Terre » pour désigner la terre. Ils disent « la Mer » pour désigner la mer. Et ils parlent des limbes pour désigner les limbes. »</p></blockquote>
<p>Ne le répétez surtout pas, mais j’aime la fantasy et je crois en elle. Bon, pas à ces livres-monde avec carte au début et bestiaire à la fin dans lesquels magiciens, voleurs, orcs et trolls se mettent sur la gueule dans une lutte sans merci du Bien contre le Mal. Ni ces interminables décalogies composées de pavés de 500 pages chacun contant les aventures de familles nombreuses sur X générations. Imaginez donc combien je galère pour trouver des titres intéressants : entre les très rares exceptions aux règles susmentionnées – le magistral <strong>L’Ombre du bourreau</strong> de Gene Wolfe, le cycle de fantasy ultime (sans famille nombreuse ni guerre du Bien contre le Mal d’ailleurs) qui vient d’être réédité par Lunes d’encre (sautez dessus) – et les petits OLNI que l’on ne voit pas venir et que souvent on ne voit pas du tout, il est la plupart difficile de faire son beurre. Et comme un gros lâche je me rabats donc sur de la SF, du fantastique ou de la trans-fic, dont ne serait-ce que la forme (pour commencer un récit unique et court) me sied d’avantage. Et il m’arrive heureusement de prendre des livres au pif.</p>
<p>Dans <strong>Bzjeurd</strong>, son premier roman, Olivier Sillig applique à la fantasy une écriture et une structure le plus souvent propre au fantastique. A savoir que le monde « fantasiste » mis en place, tout présent et essentiel qu’il soit, ne sera jamais expliqué. Tout juste sera-t-il superficiellement décrit, son apparence, sa consistance et son odeur, mais jamais explicitement présenté. Les rouages qui sous-tendent ce monde sont cachés au lecteur, qui ne peut qu’extrapoler à partir des bribes d’information dont il dispose, de sa familiarité avec la littérature fantastique, son bon sens et son intuition. Mais jamais il ne disposera d’une réponse claire et rassurante.<br />
A peu de choses près, le monde est décrit dans les trois premières lignes : il y a la terre et la mer, il y a les limbes. Des étendues de limon instable et mouvant, gorgé d’eau, sur lesquelles seul un cavalier expérimenté peu s’aventurer sans risque de se voir engloutir à la moindre maladresse. Un monde désolé, une mer de sables mouvants sur laquelle se dessinent des vagues dans la vase et d’où émergent ça et là un îlot de roc où la vie peut s’accrocher. Ou une incompréhensible ville de fer noir.<br />
Cette construction du récit, à cent mille lieues de la conception habituellement admise dans le genre – et que je lisais encore il y quelques jours sous la plume d’Orson Scott Card dans l&#8217;essai qui s’est vu faire l’objet d’une traduction aussi opportuniste qu’inutile de la part de nos amis de chez Bragelonne – à savoir que la richesse du monde fait la richesse du livre (quelle idée !), provoque un sentiment d’humilité et de confusion chez le lecteur, dépassé par cet univers pourtant simple mais insaisissable.</p>
<p>Le récit, minimaliste, est celui d’une vengeance. Celui d’un homme, Bzjeurd, devenu « chevalier du deuil » lorsque son village a été décimé par une mystérieuse bande de pillards. Un seul indice : l’étrange phalange d’argent que portait au petit doigt le tueur. Une seule piste : Kazerm, une immense forteresse de fer qui s’élève au milieu de limbes.<br />
En chemin il rencontre Dreyo qui lui aussi se rend à Kazerm. Sans réellement savoir pourquoi, Bzjeurd le suit et s’engage avec lui au service de la ville. S’engage ? On ne sait vraiment dans quoi, ni à quoi. Ils sont tout d’abord conduits dans les mines de fer dans les sous-sols de la forteresse pour y extraire le minerai dont sont constitués les remparts. Aussi pour y apprendre la lutte et y entretenir un esprit de groupe. Ils sont ensuite promus soldats et surveillent les travailleurs, puis phalangistes. A chaque étape, Bzjeurd dois combattre et tuer son camarade le plus cher.<br />
A première vue maladroite – trop artificielle, trop proche de la logique de quête d’un jeu vidéo (niveau, affrontement final, passage au niveau supérieur)–, cette structure du récit se fait finalement l’incarnation formelle d’un processus de formatage et d’embrigadement des phalangistes, survivants des raids sur les villages auxquels ils seront amenés à participer à leur tour. Le lent processus d’épuration dont ils sont peu à peu l’objet leur inculque un modèle de pensée systématique, en fait des tueurs conditionnés.</p>
<p>Mais ce qui fait la force de <strong>Bzjeud </strong>et son atypisme, ce sont son écriture et sa narration. Le récit minimaliste laisse peu de place à l’action et même si le lecteur (à peine moins que le héros) avance en aveugle, il n’est jamais question de suspense. Au contraire, l’écriture se concentre sur l’atmosphère, originale et prenante, installée avec subtilité. Sans détailler, usant beaucoup de l’ellipse dans le récit comme dans la description, Olivier Sillig laisse le lecteur imaginer, supposer. Quelques rares clés lui sont données, mais de toute évidence très peu : le fonctionnement de Kazerm comme son but ne seront jamais explicités, le lecteur comme Bzjeurd n’en acquerront qu’une vague connaissance intuitive.<br />
Ce sont ces non-dits, cette part d’incompréhension, d’absurdité et d’irrationnel qui font de Bzjeurd un livre si captivant. Quand à son final, beau et puissant, nihiliste et désespéré, ironique enfin, il clôt de manière magistrale un roman qui n’en méritait pas moins.</p>
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		<title>Ring (Suzuki Koji, 1991)</title>
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		<pubDate>Sat, 27 May 2006 16:12:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
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		<category><![CDATA[fantôme]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Suzuki Koji]]></category>

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		<description><![CDATA[Je suis curieux : mais pourquoi donc tant de foin autour d'un livre à ce point insignifiant ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>« Asakawa ne sait pas trop pourquoi, mais toute cette histoire lui paraît très conventionnelle, comme dans les mauvais feuilletons télévisés. »</p></blockquote>
<p>La curiosité est un vilain défaut. Autant celle qui pousse à regarder une cassette vidéo maudite que celle qui pousse à lire un bouquin en vous disant que, on sait jamais après tout si ça se trouve c&#8217;est un putain de chef d&#8217;oeuvre et que le film n&#8217;en est qu&#8217;un immonde sabotage. Un vilain défaut je vous disais, mais quand même, je m&#8217;interroge beaucoup sur l&#8217;engouement autour de ce livre. Jugez plutôt : deux suites (<strong>Double hélice</strong> et <strong>La Boucle</strong>), une préquelle (<strong>Ring zéro</strong>), une adaptation cinématographique japonaise bien connue (celle de Nakata Hideo) et ses deux suites, un téléfilm (<strong>Ring : kanzen ban</strong> de Takigawa Chisui), une adaptation de <strong>Double hélice</strong> (<strong>Rasen </strong>de Jouji Lida), deux séries télé (<strong>Ring : final chapter</strong> et <strong>Rasen</strong>), un remake coréen (<strong>Ring Virus</strong> de Kim Dong-Bin) et pour finir deux remakes US (<strong>The Ring</strong> de Gore Verbinski et <strong>The Ring 2</strong> de Nakata lui même). On frise l&#8217;indigestion et on n&#8217;y comprend rien. Que peut bien avoir ce bouquin qui me soit de la sorte passé sous le nez ? Parce que bon, ce bouquin est un peu naze, non ?</p>
<p>J&#8217;en connais qui vont me reprocher de ne pas garder ce genre de sentence pour la fin de la critique. Regarde Suzuki, qu&#8217;ils me diront, lui garde la révélation finale pour la toute fin, on reste scotché comme ça ! Moué. Déjà que je n&#8217;ai jamais été particulièrement convaincu par les romans à chute, si je dois me taper 250 pages de néant avant de tomber des nues devant un deus ex machina des plus convenus, je baisse les bras.</p>
<p>Mais revenons à nos moutons, et au livre lui même. Comme chacun sait c&#8217;est l&#8217;histoire d&#8217;un journaliste (« un », oui, le personnage féminin est une invention du film) qui enquête sur une sombre affaire de vidéo maudite qui tue en une semaine. Il remonte donc la piste, traquant les indices jusqu&#8217;à une certaine Yamamura Sadako, une fille avec des pouvoirs psy sauvagement assassinée et balancée dans un puit. Et qu&#8217;on ne s&#8217;y trompe pas ce livre est bel et bien un thriller, du moins une enquête, certes matinée de fantastique mais en aucun cas un livre d&#8217;horreur si toutefois ce genre de livre existe. Le tout n&#8217;est donc pas des plus paniquant et même les plus sensibles s&#8217;en tireront à bon compte.<br />
Cela ne veut pas forcément dire que le roman n&#8217;est pas palpitant, il est au contraire assez accrocheur (même lorsque l&#8217;on connaît l&#8217;histoire) et les pages se tournent à vitesse grand V. La faute sans aucun doute à un style des plus quelconques, qui penche même parfois vers le néant absolu, ce peut-être à cause d&#8217;une traduction peu inspirée. Mais c&#8217;est bien connu, la soupe ça passe tout seul.</p>
<p>Ne soyons quand même pas toujours négatif, il y a dans <strong>Ring </strong>quelques bons points. L&#8217;aspect contaminant pour commencer, même si cela fait furieusement penser à <strong>Tomie</strong>, le manga de Ito Junji publié en 1987 soit quatre ans avant <strong>Ring</strong>. Aussi, l&#8217;histoire de Sadako est bien plus intéressante et intelligente que le reste du livre. C&#8217;est même à se demander pourquoi tous ces passages sont passés à la trappe lors de l&#8217;adaptation cinématographique (de la japonaise en tout cas, car le remake coréen développe davantage ces points) alors qu&#8217;ils apportent incontestablement de la profondeur au récit. Mais ne tergiversons pas, la seule vraie bonne idée de <strong>Ring </strong>ce sont ces fameux clignements de paupières sur la vidéo. Ça c&#8217;est fort. Mais ça dure deux pages.</p>
<p>Mais venons-en enfin aux choses qui fâchent (vous voyez que je sais en garder sous le pied), à savoir que la base même de ce livre est d&#8217;un ridicule sans nom. Franchement, cette histoire de cassette vidéo maudite vous y croyez ? Vous me direz que c&#8217;est un symbole, que justement la littérature fantastique est le domaine de l&#8217;irrationnel et qu&#8217;une VHS hantée fait parfaitement l&#8217;affaire. Pour cela il y a le fantastique traditionnel et il se débrouille très bien, un fantôme n&#8217;a pas besoin d&#8217;une cassette vidéo pour exister. En fait tout ça sent le « mais bon dieu qu&#8217;est-ce que je pourrais bien inventer cette fois si pour accrocher le lecteur avec une idée nouvelle et tant pis si c&#8217;est bancal tant que c&#8217;est nouveau ». L&#8217;idée : trouver une idée un tant soit peu originale et la justifier à l&#8217;arrache. C&#8217;est justement le cas dans <strong>Ring</strong>, dans lequel Suzuki va au fil du récit accumuler les théories les plus bancales (du genre qui ferait passer <strong>Je suis une légende</strong> de Matheson pour de la hard-science, c&#8217;est dire). On ne va pas s&#8217;éterniser cent cinquante ans sur le pourquoi du comment Sadako arrive à enregistrer sur la VHS si elle agit au niveau du tube cathodique ou même de pourquoi recopier la cassette briserait la malédiction, le roman ce serait bien passé de tout cet étalage mystico-scientifique de bazar. Mais le soucis est : mais alors que reste-t-il ? Une psychologie malheureusement des plus sommaires et une intrigue qui en fin de compte se contente de faire planer le mystère sur du vide.</p>
<p>Retour à la case départ donc, je suis toujours curieux : mais pourquoi donc tant de foin autour d&#8217;un livre à ce point insignifiant ?</p>
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