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	<title>Insecte Nuisible &#187; kitch</title>
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	<description>Le cinéma qui grouille</description>
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		<title>8 femmes (François Ozon, 2001)</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Feb 2009 14:52:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
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		<description><![CDATA[Il y avait vraiment de quoi en faire quelque chose : des actrices de standing, un scénar qui tient la route, des personnages avec des répliques bien écrites, des chansons, une direction artistique out-of-this-world,... il ne manquait pour sublimer cela qu’une réalisation qui fasse mieux qu’un téléfilm France 3 Nord-Pas-de-Calais.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« Encore du Ozon ? », s’offusquera le lecteur déjà stupéfait de voir qu’on a parlé de <a title="Ricky" href="http://insecte-nuisible.com/ricky-francois-ozon-2008/"><strong>Ricky</strong></a> en ces pages, et qui en plus pourra légitimement se demander qu’est-ce que peut bien y faire un texte (écrit à l’arrache en plus, comme tout ce que j’écris sur Ozon) sur ce film ni forcément d’actu ni forcément intéressant – mais je sais qu’il m’attirera plus de lecteurs qu’un <a title="Ido" href="http://insecte-nuisible.com/ido-fujiwara-kei-2006/">obscur</a> <a title="Su-Ki-Da," href="http://insecte-nuisible.com/sukida-ishikawa-hiroshi-2005/">chef-d’oeuvre</a> <a title="Eros + Massacre" href="http://insecte-nuisible.com/eros-massacre-yoshida-kiju-1969/">japonais</a> (et sans doute aussi plus de mails soutenant que je comprends rien à rien) et j’ai également comme l’impression que ce <strong>8 femmes</strong> découvert récemment a tout pour devenir un de mes plaisirs coupables.<br />
Et tant qu’on est dans le déballage, autre plaisir coupable, si j’ai vu ce film c’est uniquement parce qu’y joue Virginie Ledoyen. Ma légendaire faiblesse pour les actrices me perdra, c’est bien connu, d’autant plus que Virginie Ledoyen n’est rien de moins que l’archétype de la femme devant laquelle je perds tous mes moyens (donc, chère lectrice, si tu es secrètement amoureuse de moi et que tu ressembles à Virginie Ledoyen, tu as toutes tes chances)(Virginie, si tu me lis, laisse-moi le temps de me remettre de mes émotions et je t’invite à un déjeuner super romantique devant un bol d’udon). Mais trêve de conneries. Elle est plutôt bonne actrice en plus, même si elle a une diction parfois bizarre et n’est donc pas la plus douée pour les dialogues. Par contre, et non ce n’est pas contradictoire, elle a une voix absolument magnifique. Je vais vous dire quoi, un de mes plus grands fantasmes de <em>wannabe</em>-cinéaste, c’est un film avec Virginie Ledoyen faisant la voix-off – ce qui ma foi serait une façon splendide de mettre en scène la plus belle actrice du cinéma français.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/8-femmes-1.jpg" alt="" /></p>
<p><strong>8 femmes</strong> donc. Un titre simple, qui décrit à la fois l’histoire et le procédé, puisque ces huit femmes seront les seuls personnages qu’on verra de tout le film (à l’exception d’un homme qu’on voit une seconde, de dos et à moitié hors cadre). Pas de figurants donc, et une volonté de donner à chacune une importance égale &#8211; ainsi qu’une égale potentielle culpabilité. Car nous avons affaire à une intrigue policière, un meurtre, huit suspectes toutes aussi soupçonnables les unes que les autres et qui mentent toutes autant qu’elles sont. Le tout, bien entendu, en huis clos, parce qu’il y a de la neige et que la voiture a été sabotée – aussi parce que c’est plus rigolo ainsi. Tout ça sent le théâtre de boulevard.<br />
L’intrigue est donc classique, mais ma foi plutôt bien menée. Je vais lui casser du sucre sur le dos pendant le reste de l’article donc reconnaissons lui au moins ça, Ozon a bien écrit son scénar. C’est carré, efficace, ça soutient même l’attention (mais qui est la meurtrière ??? on veut savoir !), on a même droit à quelques personnages plutôt intéressants même s’ils ne se défont pas des archétypes du genre. La grande erreur de Ozon, c’est de penser qu’il pourrait s’en contenter (de ça et d’autres atouts du film) et se permettre de ne pas mettre en scène son film ! Beurk !<br />
Euh&#8230; léger doute&#8230;<br />
Le critique se rend donc sur Wikipédia pour vérifier quelque chose (en fait ça se passe pas tout à fait comme ça, mais pour la vraie version qui dit l’indicible vérité, y va falloir attendre le making-of classé X) et se rend compte qu’en fait le film est adapté d’une pièce de théâtre (<strong>Huit femmes</strong>, de Robert Thomas)(le réalisateur de <strong>Mon curé chez les nudistes</strong> et <strong>Mon curé chez les thaïlandaises</strong> ! Oh my God !) et que donc Ozon n’en a pas écrit tant que ça. Une pièce de théâtre, tiens donc, il ne s’en aurait douté&#8230; Et il commence à comprendre la motivation profonde de la non-mise en scène de Ozon : précurseur et avant-gardiste, cinéaste engagé surtout, concerné aussi, Ozon connaît le prix d’un siège dans un théâtre parisien et se dit qu’il doit en avoir du monde pour payer moins cher à aller voir du théâtre au cinéma. Huit (coïncidence ? ne doit-on pas voir là une nouvelle preuve de l’exigence formelle du film ?) ans avant la crise économique François Ozon s’occupe déjà du pouvoir d’achat des français, et là je dis respect, c’est grand et noble.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/8-femmes-2.jpg" alt="" /></p>
<p>Promis, j’arrête le nawak.<br />
Par contre, le film, lui, l’est, nawak (une phrase, huit mots, quatre virgules, je pousse la langue française dans ses retranchements). Les motivations y sont parfois étranges, on y range la grand-mère assommée (et ivre) dans le placard, la déco est rococo, et surtout on y chante et danse ! C’est peut-être alors (puisque l’histoire n’est pas de lui) la seule bonne idée de Ozon, ponctuer son film de scènes de comédie musicale. Chaque actrice reprend alors une chanson (un vieux tube ringard le plus souvent !) sensée représenter son état d’esprit, en voilà une idée qu’elle est sympathique. D’autant plus que, il faut le reconnaître, les huit femmes s’en sortent dans l’ensemble plutôt bien. Mention spéciale à Virginie Ledoyen qui, comme chacun sait, a une voix magnifique et à Emmanuelle Béart qui nous fait un joli show. Mais on se demande pourquoi (oui pourquoi ?) les chorégraphies sont aussi nazes ! Peut-être pour s’allier avec le kitch que dégage l’ensemble (j’y reviens), mais le nanar volontaire est un genre qui demande plus de radicalité pour être vraiment réussi : à défaut, c’est juste nul. Les chorégraphies sont donc à peine dignes d’un spectacle de fin d’année d’école primaire. Quand à la mise en scène, ça vaut pas mieux que le reste du film, à savoir que Ozon ne fait rien de ses plans, découpe au petit bonheur la chance (sa seule préoccupation semble de respecter l’équilibre du temps de présence à l’écran), ne se permet aucune excentricité, aucun petit jeu d’axe (comme au théâtre, encore une fois, les scènes ne sont vu que sous un seul angle), aucun mouvement de caméra audacieux,&#8230; c’est vexant. Alors que justement ces incongrus moments de comédie musicale ne demandaient pas mieux qu’un peu de folie !<br />
Coïncidence encore, j’écris ce texte alors que je viens de voir <strong>Le Bal des actrices</strong> de Maïwenn Le Besco, autre film dédié aux actrices, autre film bizarrement ponctué de scènes de comédie musicale exprimant les désirs et personnalités intimes de leurs interprètes (je me demande d’ailleurs si la référence à <strong>8 femmes</strong> n’est pas volontaire). Et ben dans ce film (au visuel très austère) la comédie musicale est l’occasion de jouer un peu sur la direction artistique, de sortir la grue de travelling et tout le tintouin. C&#8217;est pas Bizance, mais ça rend bien ! Pourquoi <strong>8 femmes</strong> ne fait pas ce petit effort ? Cela donne vraiment l’impression de se retrouver devant un film de paresseux, amateur (un comble !), n’ayant pas les moyens de son excentricité.<br />
Accessoirement, le film de Maïwenn met un bon coup de pied dans les couilles (sic), violent mais juste, au fantasme glamour de <em>film d’actrices</em> qu’incarne <strong>8 femmes</strong>.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/8-femmes-3.jpg" alt="" /></p>
<p>Bah oui, si Ozon est aussi feignasse avec sa caméra c’est peut-être aussi parce que devant il se coltine une bonne demi douzaine de stars et qu’il les laisse faire le boulot. Le petit malin.<br />
Au menu donc – et on était en droit de l’attendre –, une bonne prestation de la part des huit actrices, même si je ne pourrai décidément jamais me faire à Catherine Deneuve et ses airs de grande dame. Il n’en est pas de même pour Emmanuelle Béart qui est véritablement excellente dans son rôle de « fausse bonne », acerbe, faussement froide et bêcheuse, et pour tout dire dégageant une énergie sexuelle hors du commun – et on se dit (mais à tord) que si Ozon n’avait affaire qu’à des actrices de la trempe de Béart et surtout autant en adéquation avec leur rôle il pourrait se permettre de faire son fainéant et de les laisser faire le travail. Isabelle Huppert est aussi très bien, bénéficiant il est vrai du meilleur rôle de toutes, une vieille fille rancunière et fleur bleue qu’elle habite parfaitement. Un glop donc pour Isabelle et Emmanuelle (un petit aussi pour Virginie, fan-service oblige, qui est très chou), mais un pas-glop intégral pour le père Ozon qui ne fait rien absolument rien pour les mettre en valeur et les sublimer.<br />
Je suis pas forcément toujours d’accord avec Jean-Luc Godard (ahah ! comme si je débattais souvent avec lui), mais il y a une chose qu’il dit et à laquelle je souscris totalement c’est quand (une peu romantique sur les bords) il soutient que le cinéma doit révéler à l’oeil l’invisible et le « pas encore vu ». Il doit révéler, le cinéma est une révélation. Nous ne sommes donc pas en théâtre, ce que semble oublier François Ozon, il n’y a donc pas que les actrices sur la scène qui s’expriment et se démerdent, non, il y a surtout le regard du cinéaste qui les transforme – « du » ou « de la » cinéaste, c’est pas une bête considération hétérosexuelocentrée (ça se dit ?)&#8230; il suffit d’ailleurs de voir ce que (encore une fois) fait Maïwenn de ses actrices, c’est parfois splendide !<br />
Doit-on vraiment réduire cela à cette histoire d’amour entre cinéaste et actrice ? Quoiqu’il en soit, Ozon n’aime pas ses actrices. La preuve, il ne porte aucun regard sur elles. Il ne les rend pas plus belles, intrigantes, sensibles, étranges, ou que sais-je encore&#8230; qu’elles ne le sont déjà ; il faillit à son devoir de cinéaste.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/8-femmes-4.jpg" alt="" /></p>
<p>Que de hargne, de belles phrases et d’envolées lyriques et solennelles !<br />
Il n’en reste pas moins que les décors et costumes font preuve d’un soin absolument kitchissime, et ça ici on aime ! Avant d’oublier, ce serait criminel, mentionnons l’écran titre qui ressemble à celui de, suivant l’humeur, un <em>soap-opera</em> télé des années 80 ou une production Marc Dorcel ! C’est génial ! Quand à la maison, elle est décorée avec un goût exquis digne d’une comtesse écossaise désargentée, tout jure avec tout, c’est un délice pour les yeux. Par contre, ce qui ne jure pas c’est la tenue de Suzon (Virginie Ledoyen), c’en est presque émouvant comme ses boucles d’oreilles sont assorties à son rouge à lèvre qui est assorti à sa robe (très classe) qui est assortie à ses chaussures, et comment tous ça est assorti à la crosse du petit pistolet qu’elle sort du sac d’une suspecte ! Bref, pour qui apprécient la mode grande bourgeoise provinciale et tout le mauvais goût qui va avec je vous assure que <strong>8 femmes</strong> est, sur ce point là du moins, absolument savoureux ! Plaisir coupable quand tu nous tiens&#8230;<br />
Il y avait donc vraiment de quoi en faire quelque chose : des actrices de standing, un scénar qui tient la route, des personnages avec des répliques bien écrites, des chansons, une direction artistique <em>out of this world</em>,&#8230; il ne manquait pour sublimer cela qu’une réalisation qui fasse mieux qu’un téléfilm France 3 Nord-Pas-de-Calais. Ça a un nom tout cela, oui oui ma petite dame : le gâchis.</p>
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		<title>Faces of a Fig Tree (Momoi Kaori, 2007)</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Nov 2007 09:26:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La première chose qu’on remarque est la photo, très belle, qui prend des teintes complètement loufoques, appuyées et contrastées. Malgré tout, pas de mauvais goût, cela reste très équilibré et ce n’est pas inutilement ostentatoire. Et la raison de cette réussite, il ne faut pas la chercher bien loin : un énorme travail sur les décors, les accessoires et les costumes.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Vu au festival du film japonais contemporain dont il faisait d’ailleurs l’ouverture, en présence de la réalisatrice qui est venue taper la causette en fin séance, et on peut dire que la dame Momoi c’est une sacrée bonne femme ! Visiblement au Japon c’est une star en tant qu’actrice (et honte sur moi, je l’ai vu dans plusieurs films et je la reconnais pas) et en jetant un oeil à son parcours je comprends de suite pourquoi : première fois devant la caméra de Ichikawa Kon, puis des réals de la trempe de Kurosawa Akira ou Imamura Shohei, et plus récemment Iwai Shunji ou Miike Takashi. Non, sérieux, elle a la classe. Et de toute façon une réalisatrice qui affirme en avoir marre d’un cinéma raconteur d’histoires et qui a joué dans <strong>IZO </strong>ne peut qu’attirer ma sympathie.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/faces-of-a-fig-tree-1.jpg" alt="" /></p>
<p>L’histoire justement, il raconte quoi ce film ? (non, ce n’est pas de la provoc)<br />
C’est une famille – la mère (incarnée par Momoi Kaori elle-même, on n’est jamais aussi bien servie que par soi-même), le père, la fille et le fils – qui vivent dans leur maison, une vieille habitation traditionnelle avec ses panneaux qui coulissent et son jardin ; et au milieu du jardin le figuier qui donne son titre au film. Le père travaille sur un chantier et répare chaque nuit les tuyaux de gaz que les ouvriers ont bricolés avec du scotch dans la journée, la fille bosse visiblement pour un magazine mais ne met jamais les pieds à la rédaction, le fils ne fait pas grand chose et la mère s’occupe de toute cette ménagerie. C’est un peu tout, y a des choses qui vont se passer, mais je sais pas si ça vaut la peine que je raconte, vous verrez bien par vous même, n’est-ce pas ?</p>
<p>Donc allons au plus marquant / trivial / évident, la première chose qu’on remarque est la photo, très belle, qui prend des teintes complètement loufoques, appuyées et contrastées. Rien que le premier plan marque (les feuilles du figuier justement, sur un fond bleu tendrement flashouille). Malgré tout, pas de mauvais goût, cela reste très équilibré et ce n’est pas inutilement ostentatoire. En gros, ça fait penser à ce qu’a pu faire Park Chan-Wook sur <strong>I’m a Cyborg, but that’s OK</strong> qui en moins kitch faisait lui même déjà penser aux films de Wisit Sasanatieng (<strong>Les Larmes du tigre noir</strong>). Sauf que là c’est réussi. Et la raison de cette réussite, il ne faut pas la chercher bien loin : un énorme (j’aimerai pouvoir écrire en majuscules) travail sur les décors, les accessoires et les costumes. En particulier l’aménagement de la maison, de facture traditionnelle comme vous le savez, encombrée d’un bric-à-brac hétéroclite, coloré et parfois kitch, s’imposant parfois de façon outrancière (ce frigo rouge, mon dieu) mais aussi diffusant une atmosphère personnelle et crédible. Et c’est finalement rare quand dans un film un intérieur sort de la norme, tout en gardant la chaleur et la présence d’un espace réellement habité. Donc voilà, la directrice artistique et costumière (Mme. Ito Sachico, parait-il qu’elle est connue) ainsi que le chef décorateur (M. Kimura Takeo que lui non plus je le connais pas)(je me sens minable aujourd’hui) méritent d’être cités, une bonne part de la réussite du film leur revient.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/faces-of-a-fig-tree-2.jpg" alt="" /></p>
<p>Au niveau de la réalisation aussi, Momoi Kaori se fait plaisir (tant qu’à faire, hein ?). Que ce soit dans des détails détonants (le film s’ouvre sur fond de cris de bébés, avec un type qui casse un oeuf dans son riz, pas besoin de plus pour imaginer l’embryon qui craque sous la dent, trop classe), des mécanismes de montage ingénieux (l’introduction du flash-back avec la fille qui fait le fondu au noir en masquant l’objectif avec la main, pour la retirer étant gamine)(c’est pas clair ce que j’écris ? voyez le film alors) ou des moments de mise en scène vraiment inspirés (la femme à la jupe jaune qui fait irruption dans l’appartement du père). Une autre scène bien sentie, les personnages marchant sur une route filmée de coté en rase-mottes, apparaissant et disparaissant des deux cotés de l’image, ce qui donne un peu l’impression d’être devant un théâtre de marionnettes ! Bref, y a des idées rigolotes un peu tout le temps, ça fait plaisir et c’est très ludique comme cinéma.<br />
Heureusement d’ailleurs, car le film peine parfois à accrocher l’attention. Par le manque de réelle histoire, mais jamais oh ! grand jamais je ne reprocherai à un film son manque d’histoire. Reste que Momoi Kaori s’oublie parfois un peu dans ses délires, oubliant de bâtir une narration (et ça c’est de suite plus grave). J’ai beau savoir (et en avoir l’habitude, et – horreur ! – aimer ça) que le cinéma japonais aime prendre ses aises, il n’en empêche pas cette narration trop lâche de parfois faire trouver le temps long.<br />
Heureusement que la réalisatrice nous réveille régulièrement avec des scènes savoureuses. Jamais dans ma vie de cinéphile je n’ai appris la mort d’un personnage de telle manière. Une séquence cumulant décalage, humour noir et une certaine tendresse – mince, c’est beau. Justement, de l’humour Momoi Kaori semble en avoir, car nous balancer en pleine gueule et pour une raison qui me reste encore bien obscure une scène (en images de synthèse bien grasses, youpi !) avec deux fourmis qui manquent de se faire écraser par une cacahouète qui tombe du ciel et où dans un chapelet d’injures l’une explique à l’autre qu’il ne faut pas dire « putain », c’est pour une cinéaste faire preuve d’un bon sens du second degré. Ou d’un amour de l’inutile essentiel (et inversement car sinon ça serait pas drôle).</p>
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		<title>Rub Love (Lee Seo-Goon, 1998)</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Sep 2007 17:17:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[1998]]></category>
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		<description><![CDATA[Rub Love est kitch, mais Rub Love est beau ! Parce que finalement le beau est toujours bizarre et que titiller les rétines avec un objet qui a tout pour nous les arracher c’est plus stimulant que l’académisme lisse.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La voilà enfin ! Il m’en fallait bien une parmi tous ces films coréens pas connus, une bonne petite série B comme je les aime. Et pour le coup cette appellation n’est ni dépréciative ni condescendante, puisque toute fauchée et kitch soit-elle, cette série B diablement étonnante est réjouissante à plus d’un titre. Et oui ! D’ailleurs c’est souvent dans les petits films qu’on fait les grandes surprises, non ? Pour le reste, <strong>Rub Love</strong> est le premier (et pour l’instant dernier, presque dix ans après le méfait, ça commence à sentir le sapin) film de Lee Seo-Goon, l’année d’avant scénariste du <strong>301 302</strong> de Park Chul-Soo – le réalisateur de <a title="Bong-Ja" href="http://insecte-nuisible.com/bong-ja-park-chul-soo-2000/73/"><strong>Bong-Ja</strong></a> et éditeur du DVD de <strong>Rub Love</strong> (en gros une personne qu’il fait pas bon pour lui si je le croise), comme quoi le monde est petit.<br />
<a name="text"></a>Par contre, pestons tout de suite contre l’édition DVD (celle chez Park ChulSoo Films, la seule à ma connaissance [<a href="#note">1</a>]) de toute évidence indigne d’un tel film, et qui malheureusement nous empêche de l’apprécier pleinement. Car au-delà d’une image pas vraiment clean (bien que 1, cela ne soit pas si grave et 2, je soupçonne la photo originale d’être déjà crade) le film se voit surtout recadrer, de façon plutôt sauvage qui plus est. Et si ce genre de désagréments honteux ne pose finalement pas trop de problème pour des navets comme <a title="Truth or Dare" href="http://insecte-nuisible.com/truth-or-dare-kim-gi-yeong-2000/62/"><strong>Truth or Dare</strong></a>, il en est tout autrement pour un film qui, comme on le verra, tire à priori plutôt bien parti de l’espace de son cadre (rien de plus évident lorsque des personnages se trouve totalement décadrés d’un coté et de l’autre de l’écran). A partir de maintenant ça tient de la spéculation, mais un peu d’imagination permet de 1, reconstituer l’idée de certains plans qui manifestement doivent bien fonctionner dans leur format 1.85 original et font souvent preuve d’idée et 2, passer outre ce handicap pour apprécier tant bien que mal le film à sa juste valeur.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/rub-love-1.jpg" alt="" /></p>
<p>Alors ça se passe visiblement dans le futur, même si je me rappelle pas qu’une date soit précisée, mais dès le début, pendant le générique, un spot télé nous apprend la bonne nouvelle : un scientifique serait en train de finaliser la mise au point d’un sérum permettant de supprimer certains souvenirs, la grande classe. Pour la même occasion, l’image se met en quatre pour nous convaincre qu’on est bel et bien dans le futur. Mais budget de toute évidence hyper rikiki, pas question de se faire construire une cité du futur en images de synthèse par ILM. On a donc droit à une esthétique science-fictive low-tech, un futurisme à peu de frais consistant pour une bonne part à augmenter la luminosité de l’image et à pousser certaines couleurs bien craignos (rouge, vert,…) pour noyer le tout dans une luminosité blafarde. Le tout associé à quelques touches sinoïsantes retro (les fringues de la fille, le motel, la boite de nuit,…) qui, chez les plus déviants d’entre nous, font immédiatement penser à un Wong Kar-Waï converti au cyberpunk basse-définition et perverti par les gémissements de film porno filtrant à travers les cloisons du motel (gémissement dont on découvrira, comme dans un hors-texte, la provenance complètement déviante). On est pas loin en effet d’une version « rough » de <strong>2046</strong>, débarrassé de ses oripeaux de film de riche (photo de Chris Doyle, musique jazzy et semelles compensées lumineuses) pour épouser le parti de l’enterrement vivant esthétique volontaire, dans une débauche de ce que sans jugement de valeur aucun nous appellerons un mauvais goût consommé, rappelant même parfois l’esthétique radicale d’un Nam Ki-Woong (réalisateur de <strong>Teenage Hooker became a killing Machine in Daehak-Roh</strong>, plus grand pornawak filmique que la Corée ait jamais produit). Alors forcément, ça ne plait pas à tout le monde. Mais comme je le dis souvent (et il n’y a pas si longtemps le faisait rapidement remarquer à propos <a title="ido" href="http://insecte-nuisible.com/ido-fujiwara-kei-2006/51/">du dernier film de Fujiwara Kei</a>) en matière de cinéma l’efficacité d’un effet spécial ou d’un parti pris esthétique n’est pas forcément corrélée à la finesse de sa réalisation, mais peut pourquoi pas trouver sa singularité dans le refus du réalisme, souvent privé de matière et acceptisé – malheureusement la norme de nos jours, que cela soit en science-fiction ou en animation, à l’exception notable que quelques films comme <strong>Sin City</strong>. Alors oui, je l’affirme sans honte, <strong>Rub Love</strong> est kitch, mais <strong>Rub Love</strong> est beau ! Parce que finalement le beau est toujours bizarre (comme dirait mon pote Baudelaire) et que titiller les rétines avec un objet qui a tout pour nous les arracher c’est plus stimulant que l’académisme lisse. Dommage juste que cette voie ne soit trop souvent un refuge par défaut pour petits films sans budget – mettons quand même les choses à plat, le résultat est loin d’être à chaque fois à la hauteur, et alors bonjour le ridicule. Mais ici, convoquant une esthétique pseudo futuriste immédiatement connotée (rangée dans nos gentilles cervelles juste à coté des jeux vidéos 80s et du Minitel), <strong>Rub Love</strong> se pose d’emblée comme objet <em>pulp </em>et poseur – une démarche similaire sera utilisée (pour une toute autre ambiance, beaucoup plus sérieuse) dans le très chouette <strong>Nabi </strong>de Moon Seung-Wuk, autre grand film de SF coréen fauché (détail amusant, il est comme <strong>Rub Love</strong> centré sur une « invention », ici un virus, qui efface la mémoire) qui déploie lui aussi tout un attirail de mise en scène, du travail sur la photographie au choix des environnements en passant par le cadrage et le mixage audio, pour évoquer un monde futuriste (avec brio qui plus est), se payant même le culot de montrer un banal avion de ligne comme d&#8217;autres auraient filmé une navette spatiale ; c’est beau, iconoclaste et couillu.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/rub-love-2.jpg" alt="" /></p>
<p>C’est donc l’histoire de Cho, un dessinateur de bandes dessinées qui vit dans un motel un peu pourri, et qui comme par hasard tombe follement amoureux de Mina, sa voisine de palier. Il la prend en filature jusqu’à un club où – horreur ! – il la surprend en train d’assassiner un homme. Car la belle est une tueuse à gage (redoutable, on n’en doute pas une seconde), ce que nous autres spectateurs omniscients savions déjà, l’aillant vue dézinguer un couple de danseurs dans la (très jolie) scène d’ouverture. Un peu pris au dépourvu (on le comprend), le jeune homme n’a d’autre réaction que de lui avouer son amour, donnant lieu à un instant bizarrement comique, totalement absurde et déplacé. Elle n’en a un peu rien à foutre de sa déclaration, mais se résigne à le laisser l’accompagner. Ainsi, la première partie de <strong>Rub Love</strong> est bien plus proche du buddy-movie que de la romance, et en attendant un événement qui changera le cour des choses le jeu consiste surtout pour la tueuse à s’accommoder de cet encombrant prétendant qui tient souvent du gros boulet de service. Un méga twist de la mort plus tard – plus sérieusement, la narration de <strong>Rub Love</strong> a quelque chose de totalement négligée, de telle manière qu’un changement assez radical de la dynamique du film, un effacement même, n’est jamais présenté comme exceptionnel – et le film prend enfin un ton de film d’amour (enfin !) dans lequel tout irait pour le mieux si cette idylle n’était pas peu à peu envahie par la mélancolie et le pathétique. En passant, je trouve cette rupture amener de façon plutôt futée, mais d’une certaine manière d’une déconcertante simplicité : la première partie était portée par le personnage de Mina, qui ne pouvait vraisemblablement pas céder la place à Cho, loser fini : reste alors à la priver de volonté (d’une façon parfaitement artificielle, mais c’est pas grave) pour laisser la place à un nouveau moteur narratif.</p>
<p>Alors comme je viens de le faire remarquer, <strong>Rub Love</strong> fonctionne de façon fort négligée, avec un scénario à la marabout bout de ficelle accueillant à l’occasion parfaitement bien de nouveaux éléments avec une bienveillance je-m’en-foutiste. Et c’est peut-être la que le bas blesse un peu, <strong>Rub Love</strong> manque d’un véritable rythme – même si c’est finalement anecdotique, et que le film étant court on se laisse facilement porter (et que c’est le genre de chose qui me gênent moins que d’autres) – qui aurait rendu le film plus dynamique.<br />
Reste que <strong>Rub Love</strong> recèle de petits plaisirs comme je les aime et fourmille de bonnes idées. J’ai déjà évoqué son humour pince-sans-rire. « Sans rire » et pour cause, puisqu’il semble parfaitement étranger au film (dont la réalisation fait comme si de rien n’était, ce qui renforce encore l’OVNIisme de cet humour qui semble sorti de nul part)(j’invente des mots si je veux), en totale rupture de ton avec la fausse froideur sophistiquée dont se pare le film. C’est particulièrement vrai lors du passage dans l’hôtel qui, osons le dire, devient du n’importe quoi, dans une mise en scène burlesque qui s’ignore. Signalons au passage quelques gadgets de mise en scènes très rigolos, comme toute une série de jeux avec des miroirs – c’est pour le coup assez gratuit (mais en parfaite adéquation avec l’ambiance chinoise en toc) mais c’est le genre de trucs que j’aime – ou encore cette scène ou la conversation est couverte par le bourdonnement d’une mouche – une grosse mouche horripilante en images de synthèse mal réalisées, aussi embêtante visuellement qu’auditivement… bref, un petit bonheur de mocheté visuelle, énervante au plus haut point. On est d’ailleurs pas bien loin (toute proportion gardée, mais y a de l’idée), dans l’utilisation de ce genre d&#8217;artefacts étranges au sein du film, du très grand <strong>Resurrection of the little Matchgirl</strong> de Jang Sun-Woo (film lent, je-m’en-foutiste et détraqué devant l’éternel).</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/rub-love-3.jpg" alt="" /></p>
<p>Je ne m’attarderai pas sur quelques beaux moments de mise en scène (bien foutue, mais malheureusement entachée par le recadrage subi) pour toucher un mot de la dernière scène qui finalement concentre toutes les qualités du film décrites plus haut. Ce gun-fight totalement absurde dès l’origine (puisque les assasins se trompent de cible) et persistant dans cette absurdité (les tueurs qui, une fois la mauvaise personne descendue, se confortent dans leur erreur en pointant son soi-disant désordre mental, sa psychopathologie même !) est peut-être la plus belle réussite humoristique du film (peut-être justement car elle n’en a pas l’air), mais fait aussi intervenir son plus beau mécanisme de mise en scène, un (double) split-screen (alors forcément, le recadrage y est d’autant plus évident, l’équilibre du plan y est encore plus détruit, et tel quel le résultat est très moche ; ce qui n’empêche pas de reconstituer les morceaux d’image et de se rendre compte que ça fonctionne) montrant tour à tour ou simultanément trois point de vue, dont celui de Mina (la véritable cible, à coté de laquelle tout le monde passe à coté) assise sur son banc, en plan fixe et les yeux dans le vide tout le long de la scène, indifférente à la tension qui peut régner dans les autres parties d’écrans. Et c’est finalement sur elle que le réalisateur va se focaliser, laissant l’action se dérouler en hors champ (ayant assez du son pour saisir ce qu’il s’y passe) comme si, absurde de toute façon (comme cet amour qui a tout déclenché), elle n’avait en fin de compte pas grand intérêt.<br />
Une fin étrange, qui eu été noire et désespérée sans la nonchalance que s’acharne à revêtir le film, mais qui pour le coup ressemble (et le film avec) à une gigantesque farce, gratuite, lointaine et sans conséquence. Une farce que je ne peux que vous recommander, car belle et classe, malheureusement entachée d’une édition DVD qui confine à l’attentat. Espérons qu’un éditeur sérieux et soucieux de l’intégrité des œuvres veuille bien le sortir de l’ombre un de ces jours.</p>
<div class="note"><a name="note"></a>[<a href="#text">1</a>] faux : je viens de voir ça, le film sort (pile poil maintenant) dans une édition japonaise à priori en 19/6 « letterbox » ; pouvons-nous espérer qu’il soit au format ? (à défaut d’avoir des sous-titres compréhensibles)</div>
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