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	<title>Insecte Nuisible &#187; Kashii Yu</title>
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	<description>Le cinéma qui grouille</description>
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		<title>Ten Nights of Dream (omnibus Nikkatsu, 2006) #1</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Mar 2009 16:04:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
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		<description><![CDATA[Omnibus de dix films adapté des Dix Rêves de Natsume Soseki. Plus d'une fois surprenant et plutôt chouette dans son genre.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a name="text"></a><strong>Ten Nights of Dream</strong> est un omnibus de courts-métrages adaptés des <strong>Dix Rêves</strong> de Natsume Soseki, auteur phare de l’ère Meiji [<a href="#note">1</a>], textes sûrement très chouettes mais que je n’ai pas lu [<a href="#note">2</a>]. Un nouvel impair dans ma culture classique, mais cela m’évitera de vous faire – après celle de <a title="Chloe" href="http://insecte-nuisible.com/chloe-riju-go-2001/201/">l’adaptation de <strong>L’Écume des Jours</strong> par Riju Go</a> – une nouvelle critique comparative entre l’adaptation et l’oeuvre originale. Je finirai par vous convaincre que mon ignorance est une qualité !<br />
Dix films pour dix rêves, onze réalisateurs (oui oui) aux commandes et du beau monde en plus (Ichikawa Kon, <a title="Amano Yoshitaka" href="http://insecte-nuisible.com/tag/amano-yoshitaka">Amano Yoshitaka</a>, <a title="Yamashita Nobuhiro" href="http://insecte-nuisible.com/tag/yamashita-nobuhiro">Yamashita Nobuhiro</a>, <a title="Yamaguchi Yudai" href="http://insecte-nuisible.com/tag/yamaguchi-yudai">Yamaguchi Yudai</a>,&#8230;) : chacun a beau ne durer qu’une dizaine de minutes il y a du matos et il y a des choses à en tirer, je vais couper l’article en deux histoire qu’il ne soit pas trop long.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/yumeyuga-01.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende"><strong>Love </strong>(Jissoji Akio)</div>
<p>Le premier film – <strong>Love</strong>, de Jissoji Akio – se passe cent ans après l&#8217;écriture des <strong>Dix Rêves</strong>. Enfin, il parait, mais il est difficile à dire puisque dans ce rêve l’écoulement du temps semble instable, l’horloge change constamment de sens et de vitesse et les scènes « sautent » comme un disque rayé. D’ailleurs Natsume (même s’il porte ici un nom différent) et sa femme n’ont pas vieilli, pas plus que la ville ne s’est modernisée. Cela fait tout de même cent ans et la femme doit disparaître dans on ne sait quelle dimension, laissant l’écrivain totalement déboussolé. Le spectateur aussi, tant qu’à faire.<br />
Le moindre qu’on puisse dire, c’est qu’avec ce film <strong>Ten Nights of Dream</strong> commence sur les chapeaux de roues. C’est beau, iconoclaste, avec un travail très expressif et théâtral sur les décors (certains plans d’ensemble montrent la maison à la manière d’un décors de studio) et les lumières (différents éléments du même plan sont éclairés différemment), faisant parfois penser à du <a title="Oshii Mamoru" href="http://insecte-nuisible.com/tag/oshii-mamoru">Oshii Mamoru</a> tendance <strong>Lunettes rouges</strong>. La photographie saute du coq à l’âne en une fraction de seconde, d’une ombre chinoise vaporeuse à un tableau surexposé ; idem du montage qui, sans pour autant transformer l’ensemble en bouillasse MTV (au contraire, le film reste très « traditionnel » dans son ambiance), découpe beaucoup et alterne parfois très rapidement les plans et autres inserts disparates, capturés suivant toutes sortes d’angles.<br />
Certes, je défie quiconque d’y comprendre le fin mot de l’histoire. Nous sommes dans un rêve après tout, et tout le monde (sauf les psychanalystes) vous dira qu’il est souvent absurde d’y chercher autre chose que des sensations, une perte de repères et l’effleurement d’une logique qui nous échappe.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/yumeyuga-02.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende"><strong>Anguish </strong>(Ishiwawa Kon)</div>
<p>Ça poursuit encore plus fort avec le deuxième segment, réalisé par le vétéran Ichikawa Kon (réalisateur de, pour n’en citer qu’un, <strong>La Harpe de Birmanie</strong>), lui aussi stupéfiant. L’histoire est minimaliste, celle d’un homme tentant de trouver l’illumination par la méditation, promettant de se donner la mort s’il échoue. Et ma foi, c’est l’occasion d’une démonstration de mise en scène comme on en voit peu !<br />
C’est du noir et blanc, dans des nuances qui rappellent les classiques du <a title="chanbara" href="http://insecte-nuisible.com/tag/chanbara">chanbara</a> (le fait que le personnage soit un samouraï aide à faire le rapprochement), et d’une manière générale le cadre semble hérité du cinéma classique : épure des décors, rigueur de la composition et tout le tintouin. Mais le tout est agrémenté d’effets de mise en scène étonnant dans ce contexte : <em>jump-cuts</em> rapides, <em>stop-motion</em>, <em>split-screen</em>,&#8230; youpi ! Mieux que ça, le film est muet et les dialogues se font à l’aide de cartons – j’aime bien ça, cela donne au film un rythme particulier, avec des ruptures (j’appelle pas au systématisme du procédé, mais je regrette qu’il y ait si peu de texte dans les films).<br />
Le film n’en est pour autant pas silencieux, ça non ! Croyez moi sur parole, quand après deux minutes de silence vous vous prenez une cloche dans les oreilles, ça vous marque. Enfin bon, il n’y a pas que cela et le film ne se résume pas à une porte qui claque : la bande son y est remarquablement utilisée, ça va, ça vient, étonnant de finesse.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/yumeyuga-03.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende"><strong>Son </strong>(Shimizu Takashi)</div>
<p>Le troisième segment est signé par un cinéaste qui n’a guère mes faveurs, Shimizu « je remake quinze fois mes propres films » Takashi. Je ne m’étonne donc pas qu’il se révèle bien plus ordinaire que les deux premiers. On y retrouve en effet le schéma classique de l’homme confronté à ses fantômes/cauchemars, dans un emballage de film fantastique certes sans gamine à cheveux longs et sans effets spectaculaires mais aussi sans audace particulière. C’est dur de passer après deux films excellents !<br />
Le film reste toutefois très honorable (il n’y a de toute façon pas tellement de déchet dans cet omnibus), mais c’est surtout au niveau du scénario qu’il se distingue, la mise en scène se contentant de suivre sans lourdeur. Le film est l’occasion de mettre en abîme le procédé de création de Natsume qui va puiser dans sa vie et ses rêves la matière à son oeuvre, le montrant en train d’écrire la troisième nuit de ses <strong>Dix Rêves</strong>.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/yumeyuga-04.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende"><strong>Nostalgia </strong>(Shimizu Atsushi)</div>
<p>En quelque sorte, l’inspiration puisée dans l’histoire personnelle est aussi le sujet du quatrième film – réalisé par Shimizu Atsushi, aucun lien je crois – mais cette fois abordé avec beaucoup plus de sensibilité. Natsume y retourne sur un lieu qui éveille en lui des souvenirs de son enfance&#8230; et le film ne ressemble à rien de ce à quoi on pourrait attendre.<br />
D’emblée il installe une atmosphère irréaliste et prompt à la venue d’événements inattendus : ainsi, alors qu’il était totalement vide, un bus se remplit en un clin d’oeil le temps d’une coupe. Mais la chose la plus marquante est – dans le même esprit que le premier mais d’une manière tout à fait différente – le film brouille les cartes d’un point de vue temporel : on y voit Natsume adulte, habillé à la façon occidentale qui à l’époque commençait à se démocratiser mais dans un environnement qui n’a rien du début du XXe siècle ! Alors on se dit, naïf, <em>de nos jours</em>. Et puis non, on a beau être à la campagne au fin fond de nulle part les bâtiments sont trop vieillots, les véhicules trop antédiluviens,&#8230; un travail sur les décors et accessoires, bien mené sans se mettre en évidence, qui fini par donner l’impression de ville fantôme. Et c’est effectivement dans ce genre de villes que Natsume a mis les pieds (et l’esprit), pris au piège d’un songe évoquant à la fois <strong>Le Joueur de flûte de Hamelin</strong> et <strong>Peter Pan</strong>.<br />
Pour ne rien gâcher la scène clé du film est fantastique, théâtre d’incongruités (anachronismes ? cela participe une nouvelle fois au flou temporel entourant le film) aussi spontanées et naturelles dans leur intégration au récit qu’imposantes à l’écran. C’est pas de ma faute si j’aime les éoliennes.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/yumeyuga-05.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende"><strong>Fear </strong>(Toyoshima Keisuke)</div>
<p>Drôle d’objet que <strong>Fear</strong>, le cinquième segment du programme réalisé par Toyoshima Keisuke, dont on sait jamais trop si c’est du lard ou du cochon.<br />
D’une part sa narration est bizarre, puisqu’elle conjugue deux trames parallèlement, la première explicitement fantastique menée de manière linéaire, la seconde dont l’appartenance à la réalité ou au fantasme est beaucoup plus floue qui se reboucle sur elle-même à l’instant que le lien avec la première s’effectue. Ça a l’air super compliqué quand j’explique, mais pas tant que ça en a l’air, ça se laisse bien suivre.<br />
Cet éclatement est accentué par le fait que les personnages apparaissent sous plusieurs formes (quatre pour la principale), puisqu’après tout dans un rêve il n’y a pas de raison qu’un personnage ne soit pas à la fois l’observateur et l’observé, le méchant et le gentil, dans le passé et dans le présent.<br />
En fait, ce film reflète l’exploration par le rêve d’un traumatisme, que viennent parasiter tout un tas de pulsions inconscientes, engendrant la matérialisation de monstres ! Cool ! En plus c’est bien Z, les monstres ressemblant à des momies de séries B croisées avec Kermit du Muppet Show ! Avec un effet gore lui aussi des plus Z, et des scènes à la Bip-Bip et Coyote&#8230; <em>Yummy</em>.</p>
<p style="text-align: right;"><a title="Ten Nights of Dream #2" href="http://insecte-nuisible.com/ten-nights-of-dream-omnibus-nikkatsu-2006-2/227/">Seconde partie</a></p>
<div class="note"><a name="note">[</a><a href="#text">1</a>] rien à voir avec ce qui nous occupe aujourd’hui, mais sur l’ère Meiji et Natsume je ne peux que vous conseiller la lecture de Au temps de Botchan, excellent (quoique fastidieux !) manga de Sekikawa Natsuo et Taniguchi Jiro qui dresse un panorama de la vie intellectuelle de l’époque. Absolument passionnant.<br />
[<a href="#text">2</a>] il me suffirait pourtant de me procurer le tome II de l’Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines publié par Gallimard, mais je suis fainéant.</div>
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		<title>Death Note + Death Note 2 (Kaneko Shusuke, 2006)</title>
		<link>http://insecte-nuisible.com/death-note-death-note-2-kaneko-shusuke-2006/</link>
		<comments>http://insecte-nuisible.com/death-note-death-note-2-kaneko-shusuke-2006/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 17 Jan 2008 20:47:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pas beau, platement mis en scène, mâchant honteusement le travail du spectateur, parfois bêtement incohérent mais heureusement sauvé par la bouille craquante de la miss Toda. Vous m'aurez compris, sauf peut-être pour les fans du manga (quoique) et les pervers plus ou moins refoulés, ça vaut pas un bezef.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Vous le savez probablement, j’aime beaucoup le cinéma japonais (sans blague !) et toute sortie en salle (fut-elle une simple sortie technique) devrait en théorie me réjouir comme un cochon bien gras – n’eut été le fait que je suis de ce genre de personnes qui considèrent que sur le terrain de la distribution et de l’exploitation un mauvais film prendra toujours la place d’un bon. Alors vous vous doutez bien que cette mainmise de la manga mania (<strong>Kamikaze girls</strong>, <strong>Shinobi</strong>, j’en oublie et maintenant <strong>Death Note</strong>) sur les sorties salles françaises ne m’enchante pas des masses, d’autant plus qu’on cherche toujours un bon film dans le lot. Le cinéma japonais est pourtant plein de bonnes choses – le <a href="http://insecte-nuisible.com/blog/cinema-japonais-contemporain-kinotayo-2007/">festival Kinotayo</a> l’a récemment montré – encore faut-il leur faire quitter leur terre natale (si les distributeurs cherchent des idées, j’en ai plein). Vous me direz heureusement qu’on a le DVD (même si direct-to-DVD signifie bien souvent anonymat le plus complet) qui nous approvisionne en trucs cool – que ce soit du patrimonial, merci à Carlotta pour son excellent boulot et particulièrement pour son coffret consacré à Hiroshi Teshigahara (le très beau <strong>La Femme des sables</strong> fut même sorti en salles au printemps 2007), ou des nouveautés, comme le diptyque <a href="http://insecte-nuisible.com/suicide-club-sono-sion-2002/"><strong>Suicide Club</strong></a> / <strong>Noriko&#8217;s Dinner Table</strong> de Sono Sion à sortir prochainement. Enfin, encore une fois je me laisse aller et m’égare.</p>
<p>Aujourd’hui donc sur <em>Insecte Nuisible</em> c’est les soldes et comme pour les paquets de lessive vous aurez droit à deux films pour le prix d’un ! Ne cachez surtout pas votre joie. Faut dire aussi que j’ai bien été aidé par la double sortie en un seul morceau des <em>deux films <strong>Death Note</strong> qui n’en font qu’un</em>. Toi pas comprendre ? C’est normal, la communication autour de cette sortie étant un modèle de lisibilité intuitive, c’est un peu dans cet état de confusion que j’étais moi aussi avant d’arriver devant le cinoche, où je me suis félicité d’être arrivé pour la projection du premier volet et pas du second (parce que oui ! enfin, je savais, ce sont les deux films qui sont projetés), second que je me suis enfilé juste après car la vie elle est bien faite. Le premier film étant horrible de nullité, pourquoi me ferez-vous remarquer je suis allé m’infliger les deux heures et demi que dure la suite ? Tsss, vous n’avez aucune idée de mon abnégation – ou de mon amour de la flagellation filmique, allez savoir. Quoi qu’il en soit, c’est ça qu’il faut faire, ça ou rien, les deux films se suivant d’un seul tenant. Car même si le premier ne s’achève pas sur un gros <em>cliffhanger </em>qui tue la mort sa fin ne finit rien du tout. Je dirais même qu’elle voit les choses sérieuses commencer (et ça c’est le comble).</p>
<p>Petit rappel pour ceux qui ces dernières années ont eu la bonne idée de passer des vacances sur une île déserte, <strong>Death Note</strong> est un manga (dont la parution est toujours en court en France, mais que je n’en doute pas une seconde les fans ont déjà tout lu en scan) de Obata Takeshi et Oba Tsugumi, dans le genre pas si mal mais très largement surestimé, ce qui ne l’empêche pas d’être un grand succès aussi bien public que critique. En gros, c’est l’histoire d’un gamin, Light (faites donc plaisir aux fans, prononcez-moi ça « Raïto »), Light donc qui trouve un cahier magique top-classe qu’on croirait qu’il est <em>designé </em>pour en faire des produits dérivés (c’est le cas ? je me disais bien) qui a le pouvoir de tuer les gens dont on écrit le nom sur ses pages. Flippant. Épris de justice, Light s’en sert pour tuer tous les criminels (parce que la justice des tribunaux c’est pourri, une vraie passoire). Et comme tous les super-héros, et d’autant plus que sa technique est particulièrement étrange, il se retrouve traqué par la police, le FBI, Interpol et tout le binzouin, qui lui offre un adversaire à sa mesure, le mystérieux L. Et là Light est bien emmerdé, puisque pour tuer il doit connaître le nom et le visage de la personne. Le manga (comme le film) est donc l’affrontement, principalement psychologique, entre Light et L, l’un essayant de démasquer l’autre, l’autre essayant de découvrir le visage, puis le nom, du premier.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/death-note-1.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende">L : la classe incarnée mange du chocolat au lait à même la tablette.</div>
<p>On voit donc rapidement sur quelle base s’est construite la popularité de <strong>Death Note</strong>, base commune à la plus grande partie de la production BD commerciale (au Japon, aux USA et même chez nous au pays de la BD-que-c’est-un-art !), la flatterie de la volonté de puissance du lecteur. Qui en effet n’a jamais souhaité pouvoir tuer n’importe qui d’un claquement de doigts, que ce soit pour rendre la justice, faire des thunes ou simplement pouvoir s’assoir dans le métro ? Cela dit, et on en mesure l’efficacité lorsque développée sur un canevas bien rodé par des décennies d’expérience (ne me faites surtout pas croire que la structure et les mécanismes de <strong>Death Note</strong> inventent quoi que ce soit ; au moins est-ce particulièrement efficace), cela reste une excellente idée par ailleurs riche en potentiel. Et on remarque aussi que le personnage fantasme par excellence n’est pas Light, mais le fameux L chargé de le traquer et qui a trop la classe qui tue. Ado un peu attardé et timide (ou le faisant croire) mais super intelligent en fait (tant qu’on y est, flattons le no-life qui vit en chaque lecteur), il bouffe constamment des trucs pas croyables et très sucrés, tient tout du bout des doigts, se balade pieds nus et s’accroupit sur les fauteuils (si votre gamin adopte ce comportement étrange, ne cherchez pas plus loin, c’est la <em>L-attitude</em> !). Il en est tellement stéréotypé dans le genre « perso ténébreux charismatique qu’on sait rien de lui et qu’il sait tout de vous avec des cheveux dans tous les sens » qu’il en devient fascinant – rajoutez lui une petite touche gothique (tout palot avec des cernes de panda) comme c’est la mode et vous êtes sur de vendre des camions de figurines. Toujours ce souci d’identification du lecteur qui pousse les scénaristes à impliquer des personnages d’ados dans des intrigues de haut niveau à l’échelle du monde et qui ne manque pas de me faire sourire à chaque fois. Mais faut avouer que ça marche.</p>
<p>Je ne vais pas m’amuser à comparer manga et film, c’est pas mon genre. D’ailleurs ceux qui vous diront que le film est pourri et n’a rien à voir avec l’oeuvre originale n’auront pas forcément raison. Le manga c’est kif-kif, peut-être plus rythmé et tendu, mais le fait qu’il demeure terriblement efficace et surtout additif n’y changera rien, ça reste très bof. Mais que voulez-vous, c’est une éternelle rengaine, et qui cette fois ne touche pas uniquement les fans, mais aussi notre sacro-sainte et soi-disant <em>intelligente </em>critique (cf les extraits sur Allociné) comme tous les gens qui ayant pris le train en retard ont lu les manga il y a deux jours assis par terre à la FNAC et se sont sentis obligés d’aimer de peur de passer pour des cons, avant de se retrouver devant cette chouette adaptation si facile à décrier ! (parfois je m’épate moi même, cette logique est implacabeul)<br />
Cela reste toutefois une adaptation très fidèle (sur la longueur que j’ai lu du manga en tout cas) à quelques raccourcis près – en particulier le personnage de Shiori (interprétée par Kashii Yu, déjà vue dans <a title="Linda Linda Linda" href="http://insecte-nuisible.com/linda-linda-linda-yamashita-nobuhiro-2005/40/">le très sublimissime <strong>Linda Linda Linda</strong></a>), ajout d’ailleurs plutôt intéressant même si pas exploité – ce que je ne me gênerai pas pour le voir comme un belle preuve de fainéantise. Fidélité scrupuleuse qui on le verra plus loin est un sérieux handicap pour le film.<br />
Après, je ne vais pas vous le cacher plus longtemps, le film a comme un petit arrière goût de nanar et on se surprend rapidement à pouffer devant le ridicule des situations comme des dialogues. Ma mémoire vacillante et sélective ne veut malheureusement pas se rappeler du moindre exemple précis (quoique la simple vision de ce démon en cuir clouté bricolé en CGI hyper moches par des stagiaires en première année de pâtisserie a de quoi faire tomber la mâchoire du plus tolérant en matière d’effet spécial mal réalisé), mais croyez-moi sur parole.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/death-note-2.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende">Mais what the fuck ???</div>
<p>Reste que comme on pouvait s’y attendre le film est d’une transparence totale du point de vue artistique. La photo est hideuse (on dirait de la vidéo brut de pomme) et il serait vain d’espérer y voir le moindre effort de production-design ou d’éclairage, ce qui a pour effet une ambiance totalement anonyme (pire, c&#8217;est de la mauvaise série télé). Un manque de relief et de personnalité que vient accentuer une réalisation à la pauvreté déconcertante, constamment illustrative et didactique (et comme je le redirais, en matière de didactisme ce film pousse admirablement le bouchon) et comme si cela ne suffisait pas agrémentée de fautes de goût grossières ! Bref, zéro pointé.<br />
<a name="text1"></a>Bonne nouvelle toutefois, le niveau (qui il est vrai ne pouvait pas vraiment descendre plus bas) monte un peu lors du deuxième épisode. Preuve que la mort d’un mauvais chef opérateur est une bénédiction pour le cinéma, la photo marque un léger mieux, certes toujours terriblement banale mais au moins elle est clean. La réal aussi se défait de certains travers douteux (plus de travelling-avant finissant en contre plongée sur le visage des acteurs pour appuyer une <em>punch-line</em> ! tic de mise en scène qui pourtant étouffe littéralement le premier volet) à tel point que j’ai cru à deux réalisateurs différents – j’ai vérifié en rentrant, les deux sont signés Kaneko Shusuke, auparavant réalisateur du pourtant pas mal <strong>Azumi 2</strong>. Le monteur reste le même (Yafune Yousuke, auquel on aurait pu substituer un robot sans que ça change grand chose), mais je mettrais ma main à couper que le cadreur a changé (l’IMDB, loin d’être fiable pour la prod étrangère et asiatique en particulier, est très évasive sur le sujet) [<a href="#note">1</a>]. De toute évidence Kaneko Shusuke est un réalisateur sans personnalité, et le simple changement des techniciens suffit à changer significativement la qualité du film (sans pour autant en faire un chef d’oeuvre, entendons-nous). Messieurs aspirants cinéastes, soyez techniciens auprès de réals sans vision artistique forte, et vous serez les vrais auteurs de leurs films !</p>
<p>Mais vous savez ce que j’apprécie terriblement dans ce deuxième volet ? C’est pas vraiment ce petit mieux dans la mise en scène. Ni même le scénario qui en arrive enfin aux choses sérieuses (on y voit Light intégrer la cellule d’enquête dirigée par L). Non mes amis, c’est la délicieuse odeur de fan-service bourrin que diffuse le film. Pas particulièrement auprès des amateurs de la série (à qui on sert la soupe comme lors du premier épisode), mais auprès des pervers dans mon genre qui sautent dans tous les sens à la simple mention d’une <em>teen-idol</em> à couettes ! Ce film est en effet onctueusement régressiste (je sais, ce mot n’existe pas, mais je l’aime) et flatte les pupilles et l’imaginaire de l’otak’ (et otakette, ne soyons pas homophobe) amateur de jolies filles ! Je passe rapidement sur les plans faisant la part belle aux interminables jambes de Katase Nana, notamment un particulièrement mémorable (sur lequel la miss est à demi allongée sur un divan, les jambes à l’air) que l’on croirait tout droit sorti d’un calendrier « émoustillant » et qui fait sérieusement penser à un sabordage à la 99frs ! Non, le gros du gâteau c’est la croustillante  Toda Erika, dans le rôle (magnifique) de la starlette Amane Misa. Toda Erika donc, sortie d’on ne sait où (de <em>dramas </em>que j’ai pas vu et visiblement quelques shows télé aussi), véritable émanation de pur fan-service 100% kawaii, en faisant des caisses pour se rendre toute mignonne (c’est réussi, j’ai dégusté la moindre de ses apparitions les yeux en coeur) avec une bonne volonté impressionnante. Toda Erika c’est la petite amie que nous autres no-life pervers on rêve tous d’avoir, à mi-chemin entre le petit animal mignon et le fantasme de magazine, tendrement chiante aussi mais ça fait parti du charme (je dirais même que c’est in-dis-pen-sa-ble). Bref, une <em>idol </em>label rouge, hyper caricaturale donc parfaite ! M’a même fait penser (le talent en moins mais avec autant de kawaiitude) à la prestation de la divine Miyazaki Aoi dans <strong>Nana</strong> (souvenez-vous de la scène où, habillée en <em>maid </em>et avec des couettes, elle récure tout l’appartement et vient accueillir avec un grand sourire son petit ami qui rentre à la maison ! grand moment de fan-service), autre manga surestimé à grand succès adapté en film pour un résultat médiocre (mais avec les deux plus grands jeunes acteurs du cinéma japonais au casting, en la personne de Matsuda Ryuhei et Miyazaki Aoi).<br />
<a name="text2"></a>Mais c’est pas tout, car dans la meilleure scène du film elle se retrouve prisonnière de L qui la soupçonne (à raison) d’être de mèche avec le tueur. Et au lieu de l’interroger traditionnellement (ça serait pas drôle) le bon bougre lui bande les yeux et l’attache devant un attirail de caméras voyeuses à une sorte de siège de torture dans une posture on ne peut plus suggestive, qui ne ferait pas tache dans un AV [<a href="#note">2</a>] fétichiste voir même dans un <strong>Guinea Pig</strong> ! Grand moment de cinéma à n’en pas douter, y manque plus que quelques anguilles et du fil de fer pour se croire dans le très zarb <strong>&lt;NOT SAFE FOR WORK !!!&gt; <a title="NOT SAFE FOR WORK !!!" href="http://insecte-nuisible.com/images/death-eel.jpg" target="_blank">The afraid to a wicked eel and a cruel loach and fear it</a> &lt;/NOT SAFE FOR WORK !!!&gt;</strong> !<br />
Voir l’image plus haut (faut pas s’étonner que j’ai mise celle-là tiens&#8230;)</p>
<p>Now join the  Toda Erika fan-service-club and get ready for the Toda Erika festival!</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/death-note-3.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende">Erika ouvre des grands yeux étonnés.</div>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/death-note-4.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende">Erika boude.</div>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/death-note-5.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende">Erika est interloquée.</div>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/death-note-6.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende">Erika a l’air stupide et est plus mignonne que jamais.</div>
<p>Après cette petite parenthèse récréative revenons à nos moutons et pourquoi <strong>Death Note</strong> c’est merdique tout plein ! Son impressionnant didactisme ! Ce qui assorti d’une mise en scène premier degré est bien la marque de fabrique d’un cinéma pour attardé mental.<br />
(attention, dernier paragraphe battant le record de points d’exclamation !!!)<br />
C’est finalement un travers très manga, dans le <em>shonen </em>tout particulièrement (rappelez vous votre enfance bercée de <strong>Dragon Ball Z</strong> et autres <strong>Chevaliers du zodiaque</strong> !). Constamment expliquer par des mots ce qu’il se passe et ce qu’il est convenu de comprendre – que tu as voulu me piéger (ce que tu m’as expliqué pendant trois plombes avec un petit sourire en coin) mais qu’en fait c’est moi qui t’ai piégé car j’avais vu venir le coup (ce que je t’explique pendant trois plombes avec un petit sourire en coin) –, probablement dans le but de rendre la lecture (vision) fade, uniforme et sans la moindre subjectivité. L’art de prendre le lecteur (spectateur) pour un con ! Hourra ! Alors si la méthode est déjà lourdingue en bande dessinée qu’est-ce que c’est en film ! Encore pire !<br />
Et en plus dans le genre <strong>Death Note</strong>, tout à son adaptation littérale du manga, fait vraiment fort, allant parfois jusqu’à expliquer quatre ou cinq fois la même scène (<em>remember </em>la fin du premier film, un modèle de lourdeur scénaristique), avec autant de flash-back à l’appui ! Je sais que j’ai horreur des livres/BD/films/autres où les personnages voient tout venir à l’avance pour nous l’expliquer à la fin d’un air supérieur, mais à ce point ça devrait interpeller n’importe qui ! Les gens prennent-ils plaisir à ce genre de <em>deus ex machina</em> mécaniques, répétitifs et lourdement introduits ? Les scénaristes y voient-ils une méthode efficace ? Encore faudrait-il (même en admettant que ça puisse donner quelque chose de bien) que l’écriture soit à la hauteur, et ne tombe pas dans des incohérences à la limite de l’absurde total. Mais là, c’est à croire que ce qui est écrit ne prend même pas en compte les twists qui viendront plus tard ! On se retrouve donc par exemple avec un héros surpris et paniqué par un truc que, nous dira-t-il plus loin, il avait prévu voir planifié ! Risible ! On y trouve encore d&#8217;autres incohérences ou absurdités dans les comportements (et ne me dites pas que ça vient pas du manga, le passage dans le bus est décalqué dessus, mais Light avait-il vraiment besoin de faire voir Ryuuku au bonhomme ? c’est absurde et cela le rend d’autant plus suspect), et à la pelle s&#8217;il vous plait. Alors forcément dans ses conditions ne nous attendons pas à une psychologie de haut niveau (le type sacrifie sa petite amie, cela lui pose pas le moindre problème !) ni à une interrogation sur les dilemmes moraux soulevés par l’idée de base (pourtant riche de potentialités). Les fans du manga hurleront à la trahison de la complexité et la profondeur (pardon ?) de l’oeuvre originale (question : une rédac’ de terminale est-elle considérée comme complexe et profonde ?) mais c’est pas le débat.</p>
<p>Il est temps de plier les meubles. En bref, pas beau, platement mis en scène, mâchant honteusement le travail du spectateur, parfois bêtement incohérent (mais il faut dire qu’arrivé à ce niveau on s’en fout un peu), mais heureusement sauvé par la bouille craquante de la miss Toda (à vous de voir si ça vaut le coup). Vous m&#8217;aurez compris, sauf peut-être pour les fans du manga (quoique) et les pervers plus ou moins refoulés, ça vaut pas un bezef.<br />
Sinon, rien à voir mais je mets ça là n’ayant pas pu le caser autre part, mais j’ai horreur du pseudo gothisme pour minette fan de Tim Burton qui diffuse dans ce truc (manga comme film). Le top du top étant la liste de règles à la mords moi le nœud qui ne dépareillerait pas dans une fan-fic d’ado fan de romantisme ésotérique bas de gamme. Reste que je me demande si on doit s’interdire de mouiller les Dieux de la Mort et de les nourrir après minuit.</p>
<div class="note"><a name="note"></a>[<a href="#text1">1</a>] le site Death Note France crédite Takase Hiroshi comme « Directeur camera », Takase Hiroshi qui n’est personne d’autre que le directeur photo mort. Si tout ça est vrai, il y a donc bien deux cadreurs différents entre les deux volets (l’IMDB indique Ishiyama Minoru pour le deuxième).<br />
[<a href="#text2">2</a>] note pour ceux qui ne connaissent pas les bonnes choses de la vie, les AV (pour « Adult Video ») sont ces fameux films porno nippons (où les organes génitaux sont pixellisés mais où tout le reste est permis ^^)</div>
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		<title>Linda Linda Linda (Yamashita Nobuhiro, 2005)</title>
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		<pubDate>Sun, 27 May 2007 09:22:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[2005]]></category>
		<category><![CDATA[Bae Doo-Na]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma japonais]]></category>
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		<category><![CDATA[Yamashita Nobuhiro]]></category>

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		<description><![CDATA[Linda Linda Linda, c’est comme surprendre une fille qui chante sous sa douche, c’est délicieux.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>« Linda Lindaaa ! Linda Linda Lindaaa aaah aah !!! »<br />
(Epikt sous sa douche)</p></blockquote>
<p><strong>Linda Linda Linda</strong> est un film surprenant.<br />
Tout d&#8217;abord parce qu’il m’a surpris moi, et qu’il m’a beaucoup plu. Ce qui n’était vraiment pas gagné à la vue du pitch et du trailer, qui l’un comme l’autre sentaient la grosse bousasse adolescente. Mais contre mauvaise fortune bon coeur je me l’étais procuré pour la seule présence de Bae Doo-Na au générique (ce qui suffit à me faire acheter le DVD du film le plus pourri au monde, ce qui s’appelle du fanatisme) et j’avoue que je l’avais un peu laissé prendre la poussière avant d’y jeter un oeil. Surtout qu’à l’époque n’était dispo que la version originale japonaise qui ne présente bien entendu aucun sous-titre. Bref, un jour quand même je décide de franchir le pas, et j’en suis sorti tout retourné. Depuis, j’ai dû le revoir un certain nombre de fois, dont deux séances au festival Paris Cinéma en juillet 2006 (et nul doute que j’y serait allé quatre fois si quatre séances avaient été programmées), je me suis acheté la bande originale, le CD que le vrai-faux groupe du film a sorti (<strong>We are Paran-Maum</strong>, enthousiasmant tout plein) et je me tribale avec le médiator goodie offert dans le DVD accroché à mon portable (donc voué, si vous croisez un type avec un bijou de portable Linda Linda Linda, c’est moi).<br />
En un second temps, <strong>Linda Linda Linda</strong> m’a surpris, parce que en fin de compte je ne suis pas le seul à l’aimer. Alors moi qui me résignais en faire une chronique dithyrambique en abandonnant toute dignité et légitimité, je n’y comprends rien quand Twitch se met à suivre l’actualité du film, Midnight Eye accorde une <a href="http://www.midnighteye.com/interviews/nobuhiro_yamashita2.shtml">interview au réalisateur</a>, et voir même que plusieurs sites français se jettent dessus à la sortie de l’édition sous-titrée et l’aiment : <a href="http://www.sancho-asia.com/article.php3?id_article=1611">Sancho</a> bien évidemment mais aussi le vénérable <a href="http://eigagogo.free.fr/Critiques/linda_linda_linda.html">Eigagogo</a> qui pourtant se spécialise davantage dans le « vrai cinoche » que dans les pitreries adolescentes. D’un coté, ça me fait plaisir, et à Doo-Na aussi.<br />
Le voilà donc le lauréat du prestigieux prix « Doo-Na je t’aime et je t’adore » 2006, puisqu’enfin le voilà édité avec des sous-titres (dans une édition pas très glop par ailleurs, mais on fait pas les difficiles).</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/linda-linda-linda-1.jpg" alt="" /></p>
<p>Donc <strong>Linda Linda Linda</strong> c’est quoi ? Bah à quelques jours de la fête du lycée, un groupe de rock se sépare suite à la blessure de sa guitariste et d’un crêpage de chignon entre la pianiste et la chanteuse. Résultat cette dernière se barre, et voilà le groupe mal en point : sans chant et sans guitare un groupe de rock ça la fout mal et c’est pas très lock’n’loll. Ce qui ne démonte visiblement pas le moral des trois membres restantes, qui décident de jouer quand même à la fête de fin d’année. La pianiste jouera de la guitare, reste donc à trouver une chanteuse : la première qui passe, en l’occurrence une étudiante coréenne en échange culturel qui dans son japonais approximatif a bien du mal à comprendre ce qu’on lui propose. Le problème, c’est qu’il reste que trois jours, pas question donc de jouer des morceaux originaux comme prévu, les filles se rabattent donc sur des reprises des Blue Hearts, dont le fameux méga hit interplanétaire &#8216;Linda Linda&#8217;. Petite parenthèse pour le lecteur peu familier avec le rock japonais des 80s, les Blue Hearts c’est un groupe de punk-rock culte au Japon – pour schématiser, c’est un peu le même genre que les Wampas, sauf qu’ils remplissent des stades géants. Et apparemment même de nos jours ça reste très populaire dans les soirées karaoké. Mais ce qui intéresse les filles, c’est surtout que c’est facile à jouer, y a que trois accords et demi et on peut pas chanter plus faux que le chanteur original. C’est le pied quoi !</p>
<p>Alors dit comme ça, malgré le plus apporté par l’utilisation du répertoire des Blue Hearts, <strong>Linda Linda Linda</strong> n’est pas super engageant. Et en effet on aura beau chercher la petite originalité dans la trame scénaristique, c’est peine perdue : au début les filles jouent comme des godasses, à la fin elles se débrouillent un peu mieux, et entre les deux elles auront vécu plein de petites aventures (ah ! l’amour ! dommage pour elles qu’elles soient encore plus empotées avec les mecs qu’avec des instruments) et surtout se seront entraînées dur pour sortir un son convenable.<br />
Alors forcément <strong>Linda Linda Linda</strong> ne révolutionne en aucun cas le très codifié genre du <em>how-to-be-a-rock-star-in-ten-days-movie</em> (qui ne demande d’ailleurs pas à être révolutionner) mais il l’aborde avec une fraîcheur et une modestie toute réjouissantes. Et c’est là que ça commence à être intéressant.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/linda-linda-linda-2.jpg" alt="" /></p>
<p>Parce qu’en fait je hais ce genre de films où au début le gars il arrive à peine à cracher dans une trompette, et à la fin après trois mois d’efforts il met minable Miles Davis. Y a un truc qui m’échappe, un moment où ça bloque. Car j’ai beau souvent soutenir que le cinéma doit ne pas être réaliste pour être beau, j’ai parfois de rares et violents retours de flamme au sujet de la crédibilité, et allez savoir pourquoi c’est souvent en visionnant ce genre de films. C’est d’autant plus pire quand s’y greffent un pseudo mécanisme de conte de fée, avec un spectacle grandiose à la fin, une jolie robe pour l’actrice principale et un concert géant dans une salle prestigieuse. Ouf, c’est pas le cas dans <strong>Linda Linda Linda</strong>. Parce que voilà, les Blue Hearts ça beau être culte, même un manchot sourd il peut apprendre à le jouer en trois jours. Ça c’est cool.<br />
« <em>Qu’est-ce qu’on joue ? Shiina Ringo ?</em><br />
– <em>Pas en trois jours, j’y arriverai jamais.</em> »<br />
Voilà, le ton est donné, on est dans un film de bringues. Alors certes – et on peut peut-être regretter que le réalisateur n’ait pas poussé le pathétique jusqu’au bout – les filles auront finalement leur petit succès. Mais dans <strong>Linda Linda Linda</strong> le ridicule de l’enjeu (un minable concert dans une fête de lycée) et finalement du résultat (plaisante ironie de constater que sans la pluie qui contraint tout le monde à se réfugier dans le gymnase elles n’auraient eu que trois ou quatre spectateurs) rend de suite le film beaucoup plus réaliste, crédible, attachant et paradoxalement immersif.<br />
Sans donc en avoir l’air, <strong>Linda Linda Linda</strong> prend petit à petit le contre-pied total de la comédie fantasme pour adolescente frustrée fan de Maria Carey.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/linda-linda-linda-3.jpg" alt="" /></p>
<p>Ceci est mis en valeur par un parti pris de mise en scène aussi discutable que finalement intéressant. Le film est donc dans sa plus grande partie composé par des plans séquences, ou du moins des plans d’une longueur significative. Et la plupart du temps – horreur ! – en plan fixe ! C’est là où le choix de Yamashita Nobuhiro s’avère discutable, à trop réduire la réalisation et le montage à leur minimum syndical, le film pêche sur le plan du rythme. Je dis pas que le film est trop lent (certains le penseront) mais plutôt que – mis à part un cadre pas trop mal foutu et quelques scènes très bien construites comme les deux travellings de la scène d’ouverture – la réalisation manque de relief. Pourtant, cela crée un effet inattendu. Yamashita utilise donc des plans séquences, et la plupart des plans de demi-ensemble, rarement plus rapproché que le plan moyen. En parcourant le net pour voir ce que les gens en pensent, je remarque que beaucoup parlent de technique de reportage – alerté par quelque scènes au caméscope (dont la première), sûrement autant que par le dossier de presse qui met en avant ce point (ah, le dossier de presse, l’ennemi du critique normalement constitué). Je dis pas que c’est totalement faux, y a même un peu de ça, mais un vrai/faux documentaire aurait entre autre utilisé une caméra à l’épaule, d’une manière beaucoup plus mobile. Cela dit, il est probable que cette première scène au caméscope, filmée par des étudiants tournant un reportage sur la fête de l’école, recèle tout de même la clé du parti pris de mise en scène de Yamashita. Pas la première partie, celle de reportage, mais la seconde, lorsque, off record, la caméra continue à tourner après le « cut ! ». En effet, si les plans de Yamashita tirent souvent en longueur, c’est parce qu’il les ne les coupe pas là où le dictat de l’efficacité cinématographique (et d’une manière moins parano, le réalisateur lambda) les aurait coupé. Au contraire, c’est comme s’il laissait tourner la caméra, prolongeant le plan (et en l’occurrence, parlant de plans séquences, la scène) au delà de son simple moment informatif et saisissant au vol l’instant où les acteurs se relâchent, tombent le masque et cessent un temps d’être des personnages. Et Yamashita de conserver au montage ces petits moments de vérité d&#8217;ordinaire bazardés. En résulte un film au ressenti bizarrement intime et anodin. Aller, je lâche le mot, c’est un film de voyeur. J’aime d’ailleurs à penser que le nombre de scènes du film dans lesquelles un personnage en épie d’autres n’est pas innocent. A ce titre une scène (bien que ne relevant pas exactement de ce mécanisme) est particulièrement fascinante : plan de demi-ensemble encore, voir même un peu plus large, sur le groupe qui répète ; on l’observe à travers l’encablure d’une porte, de telle sorte qu’uniquement un petit quart du cadre n’est effectivement utilisé. Un petit moment furtif, et Bae Doo-Na qui se trémousse et prend des poses, avant que le morceau finit les filles se relachent, pouffant de rire.<br />
<strong>Linda Linda Linda</strong>, c’est comme surprendre une fille qui chante sous sa douche, c’est délicieux.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/linda-linda-linda-4.jpg" alt="" /></p>
<p>Vous allez me dire que c’est parce que je suis amoureux de l’actrice principale, et bah parlons-en. Avant quand même, un petit mot sur le reste du casting qui s’en sort pas mal du tout. Pas grand monde de connu, mis à part peut-être Maeda Aki qui jouait dans <strong>Battle Royale</strong>. Ça fait aussi plaisir de retrouver la trop rare Fujii Kaori (voui, celle qui se perçait artisanalement les tétons dans <strong>Tokyo Fist</strong>), malheureusement dans un rôle microscopique. A noter aussi que dans le lot il y en a au moins une qui sait jouer de la musique, puisque la bassiste est interprétée par Sekine Shiori du groupe Base Ball Bear. Ayé j’ai fini ? Je peux parler de Doo-Na ? Wééééééé !<br />
Bae Doo-Na donc, que vous avez peut-être pu voir dans <strong>The Host</strong> ou <strong>Sympathy for Mr Vengeance</strong>, films plutôt honorables soit dit en passant, ou si vous n’avez vraiment pas été inspirés dans le très mauvais <strong>Tube</strong>. Une actrice géniale n’ayant malheureusement pour l’instant tourné dans aucun film inoubliable, mais à laquelle votre serviteur voue un culte qui va au delà de ce que la décence me permet d’exposer en ces pages. Mais celui-ci tient quand même à préciser que cela ne suffit pas pour lui faire aimer <strong>Linda Linda Linda</strong>, il est fort capable de reconnaître – la mort dans l’âme – que son actrice fétiche peut jouer dans un gros navet.<br />
Quoi qu’il en soit, elle livre dans <strong>Linda Linda Linda</strong> une de ses meilleures prestations, indépendamment même du fait de jouer dans une langue étrangère et de pousser la chansonnette. Peut-être en fin de compte grâce au choix de mise en scène du réalisateur, les plans séquences ça laisse de la place aux acteurs, c’est connu. De toute façon Bae Doo-Na a toujours été géniale dans les rôles de grosses paumées de la vie, ce rôle là lui va comme un gant – plein d’humanité et d’enthousiasme, un peu espiègle sur les bords, c’est quasiment du fan-service. Parfois totalement en roues libres, elle illumine le film de ses grands yeux endormis.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/linda-linda-linda-5.jpg" alt="" /></p>
<p>En fin de compte, comme les chansons des Blue Hearts, <strong>Linda Linda Linda </strong>est un film qui veut rien dire, et ne signifie rien de plus que ce qu’il est. Certains essayeront de lui trouver un sens et un propos (les amis, le lycée, époque bénie dont on se souviendra), c’est sans compter que le film lui même se dérobe à chaque tentative de lui faire acquérir la moindre profondeur. Quand une fille essaye d’expliquer que ça et ça c’est important, les autres pouffent et se mettent à la charrier ; quand le prof principal se lance dans une tirade bien grandiloquente, on ne lui laisse que deux phrases hésitantes avant de le sanctionner d’un « oui oui, je sais » accompagné d’un air qui veut dire « c’est bon maintenant ? je peux me casser ? » ; <strong>Linda Linda Linda</strong> c’est un peu punk. Bien sur, pas punk comme Crass ou Propagandhi, mais plutôt comme les Ramones passés à la machine à laver. Du punk ado insignifiant et inconsistant (les personnages eux-mêmes ne sont que très sommairement développés), fun et léger, juste pour le plaisir de gratouiller sa guitare.<br />
C’est léger, et c’est drôle aussi – heureusement en ne jouant pas sur les ressorts lourdingues habituels. <strong>Linda Linda Linda</strong> est un film pince sans rire, enchaînant les situations cocasses mine de rien, bien aidé dans l’affaire par les acteurs (hum&#8230; surtout actrices) qui affichent un détachement bienvenu. Comme dans cette scène remarquable de décalage, où un garçon vient lui déclarer sa flamme dans un coréen approximatif et avec une technique douteuse (« Je vais souvent près de l’incinérateur pour te voir » ça fait rêver) et qu’après l’avoir écouté son air ahuri elle le remballe de manière bien innocente : « Je dois m’entraîner à chanter, je peux m’en aller ? ». <strong>Linda Linda Linda</strong> est comme je l’ai déjà dit un film aimant le pathétique, mais sans pour autant de manière méchante – juste détachée et décalée. Même lorsqu’il va dévier le temps d’une scène dans le portnawak complet, c’est toujours en gardant cette distance qui le préserve du ridicule et de la lourdeur, tout en lui conférant une saveur bien particulière.<br />
<strong>Linda Linda Linda</strong> est finalement un film délicieusement premier degré, simple et décalé, attachant jusque dans ses longueurs, et qui en vient à se faire aimer pour des motivations pas toujours très rationnelles (j’assume).</p>
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