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	<title>Insecte Nuisible &#187; cinéma français</title>
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	<description>Le cinéma qui grouille</description>
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		<title>8 femmes (François Ozon, 2001)</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Feb 2009 14:52:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il y avait vraiment de quoi en faire quelque chose : des actrices de standing, un scénar qui tient la route, des personnages avec des répliques bien écrites, des chansons, une direction artistique out-of-this-world,... il ne manquait pour sublimer cela qu’une réalisation qui fasse mieux qu’un téléfilm France 3 Nord-Pas-de-Calais.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« Encore du Ozon ? », s’offusquera le lecteur déjà stupéfait de voir qu’on a parlé de <a title="Ricky" href="http://insecte-nuisible.com/ricky-francois-ozon-2008/"><strong>Ricky</strong></a> en ces pages, et qui en plus pourra légitimement se demander qu’est-ce que peut bien y faire un texte (écrit à l’arrache en plus, comme tout ce que j’écris sur Ozon) sur ce film ni forcément d’actu ni forcément intéressant – mais je sais qu’il m’attirera plus de lecteurs qu’un <a title="Ido" href="http://insecte-nuisible.com/ido-fujiwara-kei-2006/">obscur</a> <a title="Su-Ki-Da," href="http://insecte-nuisible.com/sukida-ishikawa-hiroshi-2005/">chef-d’oeuvre</a> <a title="Eros + Massacre" href="http://insecte-nuisible.com/eros-massacre-yoshida-kiju-1969/">japonais</a> (et sans doute aussi plus de mails soutenant que je comprends rien à rien) et j’ai également comme l’impression que ce <strong>8 femmes</strong> découvert récemment a tout pour devenir un de mes plaisirs coupables.<br />
Et tant qu’on est dans le déballage, autre plaisir coupable, si j’ai vu ce film c’est uniquement parce qu’y joue Virginie Ledoyen. Ma légendaire faiblesse pour les actrices me perdra, c’est bien connu, d’autant plus que Virginie Ledoyen n’est rien de moins que l’archétype de la femme devant laquelle je perds tous mes moyens (donc, chère lectrice, si tu es secrètement amoureuse de moi et que tu ressembles à Virginie Ledoyen, tu as toutes tes chances)(Virginie, si tu me lis, laisse-moi le temps de me remettre de mes émotions et je t’invite à un déjeuner super romantique devant un bol d’udon). Mais trêve de conneries. Elle est plutôt bonne actrice en plus, même si elle a une diction parfois bizarre et n’est donc pas la plus douée pour les dialogues. Par contre, et non ce n’est pas contradictoire, elle a une voix absolument magnifique. Je vais vous dire quoi, un de mes plus grands fantasmes de <em>wannabe</em>-cinéaste, c’est un film avec Virginie Ledoyen faisant la voix-off – ce qui ma foi serait une façon splendide de mettre en scène la plus belle actrice du cinéma français.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/8-femmes-1.jpg" alt="" /></p>
<p><strong>8 femmes</strong> donc. Un titre simple, qui décrit à la fois l’histoire et le procédé, puisque ces huit femmes seront les seuls personnages qu’on verra de tout le film (à l’exception d’un homme qu’on voit une seconde, de dos et à moitié hors cadre). Pas de figurants donc, et une volonté de donner à chacune une importance égale &#8211; ainsi qu’une égale potentielle culpabilité. Car nous avons affaire à une intrigue policière, un meurtre, huit suspectes toutes aussi soupçonnables les unes que les autres et qui mentent toutes autant qu’elles sont. Le tout, bien entendu, en huis clos, parce qu’il y a de la neige et que la voiture a été sabotée – aussi parce que c’est plus rigolo ainsi. Tout ça sent le théâtre de boulevard.<br />
L’intrigue est donc classique, mais ma foi plutôt bien menée. Je vais lui casser du sucre sur le dos pendant le reste de l’article donc reconnaissons lui au moins ça, Ozon a bien écrit son scénar. C’est carré, efficace, ça soutient même l’attention (mais qui est la meurtrière ??? on veut savoir !), on a même droit à quelques personnages plutôt intéressants même s’ils ne se défont pas des archétypes du genre. La grande erreur de Ozon, c’est de penser qu’il pourrait s’en contenter (de ça et d’autres atouts du film) et se permettre de ne pas mettre en scène son film ! Beurk !<br />
Euh&#8230; léger doute&#8230;<br />
Le critique se rend donc sur Wikipédia pour vérifier quelque chose (en fait ça se passe pas tout à fait comme ça, mais pour la vraie version qui dit l’indicible vérité, y va falloir attendre le making-of classé X) et se rend compte qu’en fait le film est adapté d’une pièce de théâtre (<strong>Huit femmes</strong>, de Robert Thomas)(le réalisateur de <strong>Mon curé chez les nudistes</strong> et <strong>Mon curé chez les thaïlandaises</strong> ! Oh my God !) et que donc Ozon n’en a pas écrit tant que ça. Une pièce de théâtre, tiens donc, il ne s’en aurait douté&#8230; Et il commence à comprendre la motivation profonde de la non-mise en scène de Ozon : précurseur et avant-gardiste, cinéaste engagé surtout, concerné aussi, Ozon connaît le prix d’un siège dans un théâtre parisien et se dit qu’il doit en avoir du monde pour payer moins cher à aller voir du théâtre au cinéma. Huit (coïncidence ? ne doit-on pas voir là une nouvelle preuve de l’exigence formelle du film ?) ans avant la crise économique François Ozon s’occupe déjà du pouvoir d’achat des français, et là je dis respect, c’est grand et noble.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/8-femmes-2.jpg" alt="" /></p>
<p>Promis, j’arrête le nawak.<br />
Par contre, le film, lui, l’est, nawak (une phrase, huit mots, quatre virgules, je pousse la langue française dans ses retranchements). Les motivations y sont parfois étranges, on y range la grand-mère assommée (et ivre) dans le placard, la déco est rococo, et surtout on y chante et danse ! C’est peut-être alors (puisque l’histoire n’est pas de lui) la seule bonne idée de Ozon, ponctuer son film de scènes de comédie musicale. Chaque actrice reprend alors une chanson (un vieux tube ringard le plus souvent !) sensée représenter son état d’esprit, en voilà une idée qu’elle est sympathique. D’autant plus que, il faut le reconnaître, les huit femmes s’en sortent dans l’ensemble plutôt bien. Mention spéciale à Virginie Ledoyen qui, comme chacun sait, a une voix magnifique et à Emmanuelle Béart qui nous fait un joli show. Mais on se demande pourquoi (oui pourquoi ?) les chorégraphies sont aussi nazes ! Peut-être pour s’allier avec le kitch que dégage l’ensemble (j’y reviens), mais le nanar volontaire est un genre qui demande plus de radicalité pour être vraiment réussi : à défaut, c’est juste nul. Les chorégraphies sont donc à peine dignes d’un spectacle de fin d’année d’école primaire. Quand à la mise en scène, ça vaut pas mieux que le reste du film, à savoir que Ozon ne fait rien de ses plans, découpe au petit bonheur la chance (sa seule préoccupation semble de respecter l’équilibre du temps de présence à l’écran), ne se permet aucune excentricité, aucun petit jeu d’axe (comme au théâtre, encore une fois, les scènes ne sont vu que sous un seul angle), aucun mouvement de caméra audacieux,&#8230; c’est vexant. Alors que justement ces incongrus moments de comédie musicale ne demandaient pas mieux qu’un peu de folie !<br />
Coïncidence encore, j’écris ce texte alors que je viens de voir <strong>Le Bal des actrices</strong> de Maïwenn Le Besco, autre film dédié aux actrices, autre film bizarrement ponctué de scènes de comédie musicale exprimant les désirs et personnalités intimes de leurs interprètes (je me demande d’ailleurs si la référence à <strong>8 femmes</strong> n’est pas volontaire). Et ben dans ce film (au visuel très austère) la comédie musicale est l’occasion de jouer un peu sur la direction artistique, de sortir la grue de travelling et tout le tintouin. C&#8217;est pas Bizance, mais ça rend bien ! Pourquoi <strong>8 femmes</strong> ne fait pas ce petit effort ? Cela donne vraiment l’impression de se retrouver devant un film de paresseux, amateur (un comble !), n’ayant pas les moyens de son excentricité.<br />
Accessoirement, le film de Maïwenn met un bon coup de pied dans les couilles (sic), violent mais juste, au fantasme glamour de <em>film d’actrices</em> qu’incarne <strong>8 femmes</strong>.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/8-femmes-3.jpg" alt="" /></p>
<p>Bah oui, si Ozon est aussi feignasse avec sa caméra c’est peut-être aussi parce que devant il se coltine une bonne demi douzaine de stars et qu’il les laisse faire le boulot. Le petit malin.<br />
Au menu donc – et on était en droit de l’attendre –, une bonne prestation de la part des huit actrices, même si je ne pourrai décidément jamais me faire à Catherine Deneuve et ses airs de grande dame. Il n’en est pas de même pour Emmanuelle Béart qui est véritablement excellente dans son rôle de « fausse bonne », acerbe, faussement froide et bêcheuse, et pour tout dire dégageant une énergie sexuelle hors du commun – et on se dit (mais à tord) que si Ozon n’avait affaire qu’à des actrices de la trempe de Béart et surtout autant en adéquation avec leur rôle il pourrait se permettre de faire son fainéant et de les laisser faire le travail. Isabelle Huppert est aussi très bien, bénéficiant il est vrai du meilleur rôle de toutes, une vieille fille rancunière et fleur bleue qu’elle habite parfaitement. Un glop donc pour Isabelle et Emmanuelle (un petit aussi pour Virginie, fan-service oblige, qui est très chou), mais un pas-glop intégral pour le père Ozon qui ne fait rien absolument rien pour les mettre en valeur et les sublimer.<br />
Je suis pas forcément toujours d’accord avec Jean-Luc Godard (ahah ! comme si je débattais souvent avec lui), mais il y a une chose qu’il dit et à laquelle je souscris totalement c’est quand (une peu romantique sur les bords) il soutient que le cinéma doit révéler à l’oeil l’invisible et le « pas encore vu ». Il doit révéler, le cinéma est une révélation. Nous ne sommes donc pas en théâtre, ce que semble oublier François Ozon, il n’y a donc pas que les actrices sur la scène qui s’expriment et se démerdent, non, il y a surtout le regard du cinéaste qui les transforme – « du » ou « de la » cinéaste, c’est pas une bête considération hétérosexuelocentrée (ça se dit ?)&#8230; il suffit d’ailleurs de voir ce que (encore une fois) fait Maïwenn de ses actrices, c’est parfois splendide !<br />
Doit-on vraiment réduire cela à cette histoire d’amour entre cinéaste et actrice ? Quoiqu’il en soit, Ozon n’aime pas ses actrices. La preuve, il ne porte aucun regard sur elles. Il ne les rend pas plus belles, intrigantes, sensibles, étranges, ou que sais-je encore&#8230; qu’elles ne le sont déjà ; il faillit à son devoir de cinéaste.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/8-femmes-4.jpg" alt="" /></p>
<p>Que de hargne, de belles phrases et d’envolées lyriques et solennelles !<br />
Il n’en reste pas moins que les décors et costumes font preuve d’un soin absolument kitchissime, et ça ici on aime ! Avant d’oublier, ce serait criminel, mentionnons l’écran titre qui ressemble à celui de, suivant l’humeur, un <em>soap-opera</em> télé des années 80 ou une production Marc Dorcel ! C’est génial ! Quand à la maison, elle est décorée avec un goût exquis digne d’une comtesse écossaise désargentée, tout jure avec tout, c’est un délice pour les yeux. Par contre, ce qui ne jure pas c’est la tenue de Suzon (Virginie Ledoyen), c’en est presque émouvant comme ses boucles d’oreilles sont assorties à son rouge à lèvre qui est assorti à sa robe (très classe) qui est assortie à ses chaussures, et comment tous ça est assorti à la crosse du petit pistolet qu’elle sort du sac d’une suspecte ! Bref, pour qui apprécient la mode grande bourgeoise provinciale et tout le mauvais goût qui va avec je vous assure que <strong>8 femmes</strong> est, sur ce point là du moins, absolument savoureux ! Plaisir coupable quand tu nous tiens&#8230;<br />
Il y avait donc vraiment de quoi en faire quelque chose : des actrices de standing, un scénar qui tient la route, des personnages avec des répliques bien écrites, des chansons, une direction artistique <em>out of this world</em>,&#8230; il ne manquait pour sublimer cela qu’une réalisation qui fasse mieux qu’un téléfilm France 3 Nord-Pas-de-Calais. Ça a un nom tout cela, oui oui ma petite dame : le gâchis.</p>
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		<title>Ricky (François Ozon, 2008)</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Feb 2009 14:24:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Qu’on se le dise, Ricky n’est qu’un pitch, une idée. Il n’en ressort qu’une chose, avec son absence de mise en scène et son incapacité à faire de son conte fantastique autre chose que du premier degré abrutissant, Ricky ne vaut pas plus qu’un film familial sur les premiers pas du petit neuveu.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Jamais j’aurais du lui avouer que j’avais vu ce film ; mon compère Arkady Knight m’a alors dit « T’as fait un <a title="Diary of the Dead" href="http://insecte-nuisible.com/diary-of-the-dead-george-a-romero-2007/174/"><em>pas glop</em> tout pourri sur le Romero</a>, t’en fais un sur Ricky », donc je m’exécute la mort dans l’âme, me demandant ce que je vais bien pouvoir en dire&#8230;<br />
Critique pourrie <em>inside </em>!<br />
Histoire de remplir, soulignons les convergences de calendrier alors que pas moins de trois « films d’enfants pas normaux qui sont différents » sont sortis ces dernières semaines : les jeunes cons décérébrés iront voir <strong>Push </strong>(sympathique série B, avec une voyante de 13 ans bourrée dedans), les amoureux du grand cinéma américain se tourneront vers <strong>L’étrange histoire de Benjamin Button</strong> (le jeune con décérébré que je suis ne peut s’empêcher de trouver ça très lourd), les sexagénaires ménopausées en mal de maternité depuis l’annonce de l’homosexualité de leur fille se rabattront sur <strong>Ricky</strong>, nouveau film de l’inénarrable François Ozon.</p>
<p>Le film s’articule autour d’un méga <em>spoiler</em>, tellement <em>spoiler </em>de la mort qu’il est éventé dès la bande annonce. Parce que l’info aurait de toute façon filtré, à cause/grâce à notre société de l’information, dixit le réalisateur lui-même (dans le magazine la brochure UGC Illimité de cette semaine)(éwé, j’ai des lectures hautement intellectuelles), sans doute en oubliant que tous les spectateurs ne passent pas leur temps sur les forums à tout mettre en oeuvre pour se gâcher les films. Passons. Ricky vole. Pas comme on vole dans les supermarchés, mais avec des ailes. Ce qui n’empêche pas qu’on peut voler avec des ailes dans un supermarché, c’est d’ailleurs ce que fait Ricky et qui comme vous pouvez vous en douter ne manquera pas d’attirer l’attention.<br />
Mais le film commence bien avant cela, lorsque Katie, ouvrière bien prolo sur les bords, fornique avec Paco dans les toilettes d’une usine de produits chimiques (<strong>Godzilla </strong>cassoulet ?), accouplement qui sera sans doute à l’origine de la naissance du petit monstre. L’homme emménage bientôt chez la femme, dérangeant par la même occasion la relation entre Katie et sa fille de sept ans née d’une première union. Puis arrive Ricky, gros bébé affamé et qui pleure tout le temps. Puis apparaissent sur le dos du bébé de curieux hématomes : accusé de maltraiter le nourrisson Paco claque la porte, mais il s’avère que ces mystérieuses traces sont tout autre chose (tatatin !).</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/ricky-1.jpg" alt="" /></p>
<p>Avant l’événement de l’argument fantastique, et après également, le film tient principalement de la <em>chronique sociale</em> (ça existe ?), peignant de manière réaliste la vie de cette femme confrontée à ses problèmes quotidiens et à une existence sans doute pas hyper confortable, sa relation avec sa fille aussi. Pas grand chose à en dire malheureusement, pas que le sujet m’ennuie tant que ça mais c’est on ne peut plus banal, dans le sujet forcément (mais c’est le but) mais surtout dans le traitement qui sans être totalement dépourvu de finesse ne marque ni par sa singularité ni par son audace. Heureusement alors qu’il en vient à pousser des ailes au gamin, afin de permettre à ceux n’ayant jamais eu devant les yeux de véritable <a title="OFNI" href="http://insecte-nuisible.com/tag/ofni">OFNI</a> de crier au génie novateur – car c’est bien là l’arnaque totale de ce film et des commentaires qu’il provoque, faire passer la vessie Ozon pour une lanterne de créativité.<br />
Reste à savoir ce que fait Ozon de son hypothèse fantastique. Bien entendu – et c’est très compréhensible et sans doute pas plus mal – il ne sera pas question d’expliquer l’origine des mutations. Doit-on alors principalement voir ça comme une métaphore ? Mais de quoi ? Une mère tentant de protéger son enfant « différent » de la cruauté du monde (médecins, journalistes,&#8230;) ? Une allégorie de la perte d’un enfant (je ne fais pas particulièrement référence au fait qu’il ait des ailes, mais à la fin, que je ne dévoilerai pas davantage) ? Quoiqu’il en soit ça vole pas bien haut (huhuhu !), la faute (attention, démonstration en deux points) à un ton très neuneu plein de bons sentiments qui cantonne le propos au superficiel et comme d’habitude à une mise en scène (digne d’un feuilleton de début d’après midi sur une chaîne du service public) incapable de donner un peu de contenance au film.</p>
<p>C’est donc mal mis en scène, mais à vrai dire je ne me souviens pas d’un film de Ozon (qui, il faut bien l’avouer, ne me laissent pour la plupart aucun souvenir !) qui se distingue à ce niveau. C’est quand même vexant ce genre de cinéma service minimum, à peine du cinéma de filmeur.<br />
J’ai vu le film sans vraiment faire attention, du coup j’aurais du mal à étayer concrètement ce que je dis. Il y a quand même une réflexion que je me suis faite et qui m’est restée en tête car je m’étais fait à peu près la même au sujet de <a title="La petite fille de la terre noire" href="http://insecte-nuisible.com/la-petite-fille-de-la-terre-noire-jeon-soo-il-2007/205/"><strong>La petite fille de la terre noire</strong></a> (qui, sur ce point particulier, était quand même mieux foutu). On trouve dans le film quelques séquence très elliptiques dans leur narration dans lesquelles une action n’est montrée que dans un plan et un seul : elle travaille à l’usine, un plan ; elle montre à l’escalier, un plan ; elle prépare un café, un plan ; elle se couche, un plan ;&#8230; c’est pas mauvais par essence, ça doit même pouvoir accoucher de choses plutôt belles (pas d’exemple sous la main malheureusement). Le problème dans le film de Ozon c’est que ces séquences ne sont que des plates énumérations, la faute à un montage négligé : on a compris qu’elle travaille, puis qu’elle rentre chez elle, puis qu’elle se fait un café, mais la séquence n’a aucun rythme tellement le montage est aléatoire. Comme si chacun de ces plans n’était qu’une unité  explicite d’action (« elle monte l’escalier ») dépourvue de toute temporalité, rythme et mouvement, plutôt qu’un vrai plan de cinéma à intégrer au sein d’une séquence ayant elle aussi sa temporalité, son rythme et son mouvement. En fin de compte on est plus proche d’une projection de diapos chez tante Ivette que d’une séquence de cinéma.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/ricky-2.jpg" alt="" /></p>
<p>Tiens, toujours au sujet d’ellipse, la première partie est bizarre. Je ne dirais même pas que c’est mauvais car ça fait son petit effet, mais ça donne quand même un coté négligé. Bref, tel que le film est monté, on a l’impression que (quelque jours après le premier coït dans les toilettes) le soir ils vont au resto et ils rentrent chez la femme ; le lendemain matin la petite fille découvre l’amant de sa mère au petit déjeuner et apprend qu’il va habiter avec elles (un peu rapide pour emménager, non ?) ; et que dans la même journée la mère s’évanouit au travail et part à l’hôpital pour accoucher. Un récit serré comme dirait l’autre !<br />
Par contre, un autre artifice de narration qui cette fois est vraiment raté, en plus d’être totalement inutile, c’est la scène pré-générique. On y voit Katie, sans doute chez une assistance sociale, qui craque et qui pleure, expliquant que c’est trop dur d’être seule sans boulot pour élever deux enfants, en particulier le deuxième qui lui pose pas mal de problème et qu’elle envisage de placer dans un foyer. Puis on comprend (c’est écrit) que c’est un <em>flashforward</em>. Le problème, c’est que cette scène ne se recoupe à rien de ce qui va suivre, et encore moins avec la fin qui s’avère heureuse (difficile alors de penser que cette scène puisse se dérouler après). Au mieux pourrait-on imaginer la caser au milieu, alors que Paco est parti et que Ricky fait ses ailes, mais cela va à l’encontre de l’obstination de la femme à ne surtout pas se séparer de son fils et de ne surtout pas le confier à des toubibs, éducateurs, et cie. Incohérence quoi, gimmick ridicule (sensé accentuer le coté « film social » ?). Je suis du genre à volontiers donner leur chance aux films dans ce genre de cas et à interpréter toutes sortes de logiques qui ne le sont peu (en fait le film est une uchronie, un fantasme de la femme qui ne supporte pas son fils et qui rêve qu’il est né avec des ailes de poulet, ce qui apporte la preuve définitive que François Ozon est un cinéaste de SF), mais il y a des limites à ne pas dépasser.<br />
De toute façon, d’une manière générale le film est pétri d’incohérences en tout genre. Et je parle même pas de banales erreurs de script (faites attention aux va-et-vient des casques entre l’appart et l’usine, y a de la télétransportation dans l’air)(idem, même si c’est plus gênant, du bébé qui se retrouve en haut de l’armoire avec ses moignons d’ailes) dont on a le droit de se foutre (ce genre d’erreurs, si ça reste à éviter, n’ont jamais fait un mauvais film), mais des personnalités sommairement esquissées et des comportements qui vont avec (je veux bien croire que ce sont des pauvres, mais ça doit avoir un cerveau un pauvre, enfin, je crois). Et ne parlons même pas des dialogues le plus souvent ridicules – mention spéciale à celui de la fillette et son « <em>tu as raison Ricky, quand on aime on part pas</em> », et bien entendu au splendide « <a title="vidéo de la scène [allociné]" href="http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18864827&amp;cfilm=134174&amp;hd=1.html"><em>parce qu’il est différent</em></a> ».</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/ricky-3.jpg" alt="" /></p>
<p>J’ai évoqué les séances diapo en famille, et en fin de compte c’est comme ça qu’il va falloir voir <strong>Ricky</strong>. Je n’ai en effet rarement vu un film aussi abruti devant une figure de bambin, s’émerveillant des gazou-gazou du petit chenapan ailé. Et le public de lui aussi faire des roucoulades à la moindre apparition de la bouille de Ricky. Ecoeurant.<br />
Je confesse volontiers ne pas aimer les bébés, et que j’aurais sans doute préféré un film avec un petit chaton ! Mais soyons sérieux trente secondes, on ne fera pas un grand film en prenant au premier degré la régression gaga qui prend les gens à la simple vue d’un bébé faisant des bulles (ou d’un petit chat). Si je voulais paraître réac je dirais même que c’est indécent ! Si je voulais paraître un intégriste élitiste je dénoncerais cette complaisance dans l’imbécillité crasse. Et si je voulais paraître frustré je dirais que la régression des autres dans leur bonheur me débecte.<br />
Par contre j’aime le fantastique, ce même fantastique qu’Ozon semble si frileux à emprunter, refusant de pousser dans leur retranchement ses métaphores, aussi bien symboliquement que visuellement. Qu’on se le dise, <strong>Ricky </strong>n’est qu’un pitch, une idée.<br />
Il n’en ressort qu’une chose, avec son absence de mise en scène et son incapacité à faire de son conte fantastique autre chose que du premier degré abrutissant, <strong>Ricky </strong>ne vaut pas plus qu’un film familial sur les premiers pas du petit neuveu. Avec un petit artifice bourrin pour rendre universel ce sentiment normalement très personnel des parents pour qui leur rejeton tout moche est exceptionnel, mais ça madame Michou c’est ce qu’on appelle la « magie du cinéma ».</p>
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		<title>Entre les murs (Laurent Cantet, 2008)</title>
		<link>http://insecte-nuisible.com/entre-les-murs-laurent-cantet-2008/</link>
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		<pubDate>Sat, 11 Oct 2008 10:23:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arkady Knight</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
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		<description><![CDATA[Alors ? Coup marketing, coup politique, coup de poing, coup de gueule ? À bien regarder, Entre les murs n'est rien de tout cela - mais il ne cherche jamais à l'être - il est juste un coup dans l'eau, aussi complaisant que pénible tellement les enjeux actuels de l'Éducation Nationale ne méritent pas d'être traités de façon aussi négligée.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est tout euphorique que la presse généraliste et spécialisée a accueilli et désigné à main levée le nouveau film de Laurent Cantet, tout auréolé de sa palme d&#8217;or &#8220;surprise&#8221;, comme l&#8217;événement cinématographique de la rentrée. Cette unanimité de bon aloi tombe bien puisque la sortie du film bénéficie d&#8217;un dispositif digne d&#8217;un blockbuster hollywoodien (plus de cinq cents salles) et s&#8217;inscrit dans un contexte politico-éducatif surmédiatisé. Cette conjonction a tout pour faire d&#8217;<strong>Entre les murs</strong> un beau succès public d&#8217;autant plus que le film s&#8217;avère d&#8217;une telle neutralité qu&#8217;il ne risque pas de froisser qui que ce soit, ni la classe bourgeoise (soulagée que l&#8217;école de ses enfants ne soit pas comme celle du film), ni la classe populaire (enchantée par cette vision idéalisée de l&#8217;école de ses enfants). <a name="text1"></a>Ledit public, séduit par le comique du métrage, et trompé par l&#8217;obtention de la palme d&#8217;or et l&#8217;engouement critique, acquiescera donc sur l&#8217;importance d&#8217;un débat sur l&#8217;éducation que le film ne suscite pourtant à aucun moment. S&#8217;il est donc difficile de se réjouir de ces retrouvailles forcées entre le public et les critiques, on ne peut que féliciter le joli coup commercial que représente <strong>Entre les murs</strong>, ce qui montre qu&#8217;après le succès provoqué de <strong>Bienvenue chez les chtis</strong> [<a href="#note">1</a>], le peuple français est capable de mettre en branle des manoeuvres marketing à l&#8217;américaine efficaces.<br />
Dommage que ce soit, là encore, au service d&#8217;un non-film.</p>
<p>Avant de s&#8217;interroger plus avant sur les bienfaits ou méfaits d&#8217;<strong>Entre les murs</strong>, il convient d&#8217;en dresser le portrait.<br />
Les deux heures de ce métrage incroyablement long suivent l&#8217;intégralité d&#8217;une année scolaire d&#8217;une classe de 4e (ou de 3e je ne sais plus tellement tout cela m&#8217;a poliment ennuyé) au travers de fausses tranches de vie du professeur François Bégaudeau. Sous sa houlette, ses collègues et élèves se plient au jeu de l&#8217;autoportrait qu&#8217;on qualifiera au mieux d&#8217;appuyé et au pire de grotesque. La narration, décousue dans un premier temps, repose principalement sur les joutes orales que se disputent l&#8217;enseignant et ses disciples (principalement reubeus et blacks) &#8211; échanges qui servent surtout et systématiquement de prétexte à des pointes d&#8217;humour qui font d&#8217;<strong>Entre les murs</strong> une honnête comédie populaire, même si cet humour précalculé risque d&#8217;en hérisser certains (peu certes mais tout de même)(dont moi d&#8217;ailleurs tant qu&#8217;à faire). La narration se recentre au fil du métrage, sur la base de cette structure évasive, et une mésaventure scolaire imbuvable prend forme autour de l&#8217;incommunicabilité entre un adolescent noir, Souleyman, et un système éducatif prétendument inadapté. Cette incommunicabilité conduira à un drame mineur (en sortant violemment de la classe, son sac heurte et blesse involontairement une autre élève) qui entrainera le renvoi de Souleyman &#8211; une décision peu crédible et alourdie d&#8217;un pathos insupportable (la mère de l&#8217;élève venant plaider sa cause au conseil de discipline). Notons toutefois que ce climax a le mérite de souligner l&#8217;incapacité à jouer de François Bégaudeau &#8211; dont je n&#8217;ai pas réussi à me défaire de sa ressemblance avec Olivier Besancenot &#8211; à jouer : quand il s&#8217;agit de faire autre chose que de vanner un élève, il est insignifiant et totalement en dehors de son personnage.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/entre-les-murs-1.jpg" alt="" /></p>
<p>Malgré les défauts, ou maladresses, soulignés dans le résumé, <strong>Entre les murs</strong> pourrait bénéficier de certains attraits, du moins à en croire les critiques officiels. Puisque je suis un garçon très scolaire, et que c&#8217;est beaucoup moins compliqué à écrire comme ça, listons et étudions ces attraits :</p>
<p>1/ Sa vision de l&#8217;école (que Laurent Cantet nomme assez orgueilleusement &#8220;L&#8217;École de la République&#8221;) ?<br />
Il semble que ce soit ce premier point qui séduit public et critique qui, dixit, s&#8217;y retrouvent. Entre les murs devient ainsi une illustration pertinente et opportune du milieu éducatif au coeur du débat politique français. Cet argument prend cependant l&#8217;eau dès qu&#8217;on s&#8217;amuse à comparer les critiques. Une première moitié de celles-ci met en avant cette justesse dans la vision de l&#8217;école ; la seconde, tout aussi enthousiaste, souligne l&#8217;aspect fantasmé de cette vision et que c&#8217;est ce fantasme qui est justement intéressant (Ah ?).<br />
<a name="text2"></a>Votre journaliste d&#8217;investigation est malheureusement contraint de reconnaître que l&#8217;École de la République de Cantet et Bégaudeau ne ressemble de près ou de loin à aucune école passée ou présente de sa connaissance (mais peut-être <strong>Entre les murs</strong> se situe-t-il dans le futur ?). Nous sommes en effet très loin des écoles de banlieues &#8211; pour le coup, véritablement violentes &#8211; et des écoles du XVIe arrondissement &#8211; pour le coup elles aussi plus violentes qu&#8217;on le croit. <strong>Entre les murs</strong> n&#8217;aborde jamais de front le problème de la violence [<a href="#note">2</a>] ; il ne parle pas non plus de la mixité raciale (il l&#8217;évoque mais ne la questionne jamais) et encore moins de principes d&#8217;éducation ; il se contente de mentionner le sexe via des blagues échangées, alors que c&#8217;est un élément prépondérant à cet âge &#8211; <strong>Entre les murs</strong> évite ainsi complètement les sujets &#8220;gênants&#8221; comme la pédophilie ou les tournantes. Le public aura à la place le spectacle de déléguées de classe se comportant en &#8220;pétasses&#8221; en plein conseil sans que personne ne s&#8217;en formalise.</p>
<p>2/ L&#8217;autoportrait fantasmé ?<br />
Puisque certains critiques mettent cette facette en avant, il convient de reconnaitre qu&#8217;<strong>Entre les murs</strong> pourrait passer pour une mise en abime du milieu éducatif. Mais ce procédé déborde tellement d&#8217;autosatisfaction, est tellement pétri de clichés, d&#8217;une conscience de soi et de la caméra que <strong>Entre les murs</strong> finit par ressembler à un faux documentaire aussi invraisemblable qu&#8217;improbable. N&#8217;abordant jamais toute notion d&#8217;éducation, le film se contente de dérouler la conscience d&#8217;eux-mêmes de personnages archétypaux. Si cette accumulation de clichés était l&#8217;enjeu d&#8217;un début de réflexion, pourquoi pas, mais ce n&#8217;est jamais le cas.<br />
Notons à l&#8217;occasion que l&#8217;inénarrable François Bégaudeau fait réaliser un autoportrait à ses élèves [waouh un autoportrait dans l'autoportrait, j'imagine que ses confrères des Cahiers du cinéma ont dû mouiller leurs caleçons].</p>
<p>3/ La réflexion ?<br />
Bah non. Laurent Cantet parvient à atteindre la neutralité de ton dont il se prévaut. Comme dit mon arrière-grand-père chinois : à viser la neutralité, on touche le néant.<br />
Assez maladroitement, <strong>Entre les murs</strong> joue la carte du sensibilisme via quelques saynètes absurdes : une première black semble mal à l&#8217;aise et autiste en début d&#8217;année (on ne saura jamais pourquoi, ni pourquoi ce malaise est souligné) et une seconde, à la fin du film, ânonne comme une chèvre jouant la tristesse qu&#8217;elle n&#8217;a rien appris cette année (et alors ?).</p>
<p>4/ Le film de cinéma ?<br />
Et si <strong>Entre les murs</strong> ne devait s&#8217;envisager après tout que comme un film de cinéma comme les autres ?<br />
Là encore, Begaudeau et Cantet &#8211; dont, pour ce dernier, on avait pourtant apprécié le pertinent <strong>Ressources Humaines</strong> &#8211; échouent à maintenir le navire à flot. Le scénario de comédie bon enfant peut tenir la route, mais la tragédie forcée est pénible pour les raisons de non-crédibilité évoquées plus haut. Quant à la réalisation, elle est tout aussi insignifiante que son acteur principal. La caméra serre au plus près celui qui parle. Elle ne s&#8217;éloigne jamais des orateurs, ne vagabonde pas, ne filme finalement pas l&#8217;école et les humains qui s&#8217;y côtoient &#8211; elle ne filme que leur jeu de scène sans les replacer dans un contexte géographique de classe ou d&#8217;école. Les murs du titre n&#8217;ont aucune réalité scénique.</p>
<p><a name="text3"></a>Alors ? Coup marketing, coup politique, coup de poing, coup de gueule ? À bien regarder, <strong>Entre les murs</strong> n&#8217;est rien de tout cela &#8211; mais il ne cherche jamais à l&#8217;être &#8211; il est juste un coup dans l&#8217;eau, aussi complaisant que pénible tellement les enjeux actuels de l&#8217;Éducation Nationale ne méritent pas d&#8217;être traités de façon aussi négligée. Contrairement aux propos de Sean Penn lors de la remise de la palme [<a href="#note">3</a>] (propos et choix qui enfoncent encore plus une carrière cinématographique définitivement plombée), <strong>Entre les murs</strong> (qui aurait mieux fait de s&#8217;intituler &#8220;les yeux dans le mur&#8221;) ne révèle aucune conscience du monde si ce n&#8217;est celle d&#8217;un nombrilisme affirmé. Ce trop long métrage n&#8217;amène rien, aucune réflexion, aucune émotion, tout juste fait-il rire ponctuellement (la France la patrie du vaudeville, depuis le temps que je vous le dis). Certains diront qu&#8217;il a le mérite d&#8217;exister. Ah. Cette remarque est valable pour n&#8217;importe quelle bouse. N&#8217;apportant rien au débat, à l&#8217;extrême limite <strong>Entre les murs</strong> peut-il illustrer une soirée thématique sur l&#8217;éducation, se replaçant ainsi dans le carcan télévisuel duquel il n&#8217;aurait jamais dû sortir.</p>
<p>Dans cette incompréhension, l&#8217;Insecte Nuisible conseillera de se replonger dans la filmographie de, par exemple, Todd Solondz (<strong>Storytelling</strong> notamment) et Spike Lee (<strong>Clockers</strong> notamment) pour une approche plus subtile et surtout plus réelle de l&#8217;école et/ou de la république des races.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/entre-les-murs-2.jpg" alt="" /></p>
<p>PS à la conclusion : De manière assez inopportune et en rédigeant cette critique honteuse (puisqu&#8217;elle apporte sa contribution au phénomène de la rentrée), j&#8217;ai appris que François Bégaudeau était critique aux Cahiers du Cinéma. Du coup mon incompréhension devant le succès critique d&#8217;<strong>Entre les murs</strong> se lève un peu ; et son côté non-cinéma onaniste se comprend d&#8217;autant mieux.</p>
<p>Ouverture à la conclusion : Ira-t-on un jour au-delà des murs et au-delà des archétypes ?<br />
Plutôt que d&#8217;ouvrir le débat sur l&#8217;école ou l&#8217;embourbrement du cinéma pseudo-intello français dans un cinéma discursif et nombriliste, je trouve intéressant de l&#8217;ouvrir sur la notion même d&#8217;archétype.<br />
Pourquoi François Bégaudeau et ses élèves se complaisent-ils autant à se dépeindre en archétypes ?  La reubeu de base, le black de base, le comique de base, le goth de base, le proviseur de base, le prof bienveillant de base, la pouf de base, et (le pire) le noich accro aux jeux vidéos qui font mal aux yeux de base, etc., rien n&#8217;est épargné aux spectateurs.<br />
Sous ces dehors de faux documentaire inoffensif, <strong>Entre les murs</strong> est une émanation manifeste et involontaire de ce phénomène d&#8217;uniformisation effrayant et constitue à ce titre une base de réflexion intéressante sur le devenir de jeunes s&#8217;identifiant à des icônes dans un milieu éducatif dont les éléments sont eux-mêmes archétypaux.<br />
Du coup :<br />
Question 1 : Les interprètes sont-ils peu ou prou ces archétypes ou se comportent-ils dans la vie comme l&#8217;idée qu&#8217;ils se font de ce qu&#8217;ils devraient être d&#8217;après des modèles sociaux universels (modèles communément appelés &#8220;mèmes&#8221;) ?<br />
Question 2 : Le public se retrouvant dans une certaine mesure dans le film (à entendre ses réactions, notamment de la grande gueule assise derrière moi), s&#8217;identifie-t-il aussi à ces archétypes, ce à l&#8217;écran et dans son comportement réel ?<br />
D&#8217;où la question 3 : Qui était là en premier, les archétypes ou les gens ? Les gens créent-ils des archétypes auxquels ils finissent par ressembler (phénomène d&#8217;uniformisation variante 1) ou les archétypes découlent-ils des gens qui se comportent comme tels par essence (phénomène d&#8217;uniformisation variante 2) ?<br />
Ce qui sous-tend une question 4 : Pouvons-nous échapper à ce phénomène ? Pouvons-nous encore être réellement libres ? L&#8217;Insecte Nuisible est-il libre ou est-il devenu un archétype de la presse parallèle virtuelle indépendante qui râle sur le premier succès français consensuel venu et va encenser la première <a title="Martyrs" href="http://insecte-nuisible.com/martyrs-pascal-laugier-2008/">daube gore et perverse</a> d&#8217;inspiration asiatique venue ?<br />
Copie à rendre et à faire signer par les parents pour lundi prochain.</p>
<p>A.K.</p>
<p><a name="note"></a></p>
<div class="note">[<a href="#text1">1</a>] Notons en effet la remarquable sortie en avant-première et en masse dans le Nord, histoire d&#8217;engranger au compteur plus de deux millions de spectateurs avant la sortie officielle et de l&#8217;imposer dès lors comme le film à voir.<br />
[<a href="#text2">2</a>] Certes, pas de chance pour Entre les murs, j&#8217;ai passé le week-end précédant ma vision du film à aborder ce problème avec une amie enseignante ; le grand écart entre la réalité et le fantasme gentillet du métrage m&#8217;est donc apparu tel un gros plan embarrassant.<br />
[<a href="#text3">3</a>] On notera que le mystère de la sélection &#8220;au dernier moment&#8221; d&#8217;entre les murs n&#8217;est toujours pas levé.</div>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Martyrs (Pascal Laugier, 2008)</title>
		<link>http://insecte-nuisible.com/martyrs-pascal-laugier-2008/</link>
		<comments>http://insecte-nuisible.com/martyrs-pascal-laugier-2008/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2008 09:41:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arkady Knight</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[2008]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma français]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[Morjana Alaoui]]></category>
		<category><![CDATA[Mylène Jampanoï]]></category>
		<category><![CDATA[Pascal Laugier]]></category>
		<category><![CDATA[torture]]></category>
		<category><![CDATA[violence]]></category>

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		<description><![CDATA[Martyrs est un énorme condensé de cinéma fantastique, qui séduit sur sa forme et intrigue sur son fond ; et surtout s’impose, faute d’une réelle concurrence, comme l’un des films français les plus novateurs de ces dernières années.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« <em>Il faut bien l&#8217;avouer, on vit une triste époque pour les films fantastiques français ces derniers temps</em>. » Ainsi débutait en juin 2004 ma critique de <strong>Saint-Ange</strong> sur un forum aujourd’hui défunt. Quatre ans plus tard, le constat est le même – n’en déplaise aux tâcherons et aux fils à papa de nos contrées auxquels les majors américaines, séduites par un <em>french style</em> qui n’existe que sur le papier, offrent les commandes de remakes gores aussi hollywoodiens qu’inoffensifs. À vrai dire, le dernier bon film fantastique produit en France est tout bonnement le <strong>Saint-Ange</strong> de Pascal Laugier. [J’occulte volontairement le très beau <strong>Silent Hill</strong>, réalisé par le talentueux Christophe Gans et produit par l’incontournable Samuel Hadida ; lui aussi fut boudé par le public français et, comme pour les précédentes œuvres du cinéaste, assassiné par une presse française envieuse et proprement crétine.]<br />
Pourtant, depuis 2004, le passionné de fantastique – et même de cinéma tout court – a pu voir sur les écrans français de très glop films (plus ou moins) fantastiques américains (<strong>The Devil’s Reject</strong>, <strong>Bubba-Ho-Tep</strong>, <strong>30 jours de nuit</strong>, <a title="The Mist" href="http://insecte-nuisible.com/fim-mars-2008#mist"><strong>The Mist</strong></a>), espagnols (<strong>Le Labyrinthe de Pan</strong>, <strong>Abandonnée</strong>, <a title="Fragile" href="http://insecte-nuisible.com/fragile-jaume-balaguero-2005/"><strong>Fragile</strong></a>) et même britanniques (<strong>Severance</strong>) – ainsi que les deux nouveaux et brillants opus de George Romero (<strong>Land of the Dead</strong> et <strong>Diary of the Dead</strong>). Face à cela, le cinéma français continue de nier la réalité de ces cinquante dernières années pour dépeindre la société sous la forme d’une remarquable uchronie rétro-moderne célébrant la famille, les classes populaires et notre si belle humanité – comme le témoigne le tout fraîchement moulu <strong>Faubourg 36</strong>.</p>
<p>[<em>NdE : les films cités ci-dessus comme « bons » n’engage que monsieur A.K. Il va sans dire que je (Epikt) suis très réservé sur un certain nombre d’entre eux, <a title="30 jours de nuit" href="http://insecte-nuisible.com/fim-fevrier-2008#jours"><strong>30 jours de nuit</strong></a>, <strong>Severance </strong>et les deux Romero (dans <a title="Diary of the Dead" href="http://insecte-nuisible.com/diary-of-the-dead-george-a-romero-2007/">une critique assez mal écrite</a> je disais d’ailleurs du mal de <strong>Dairy of the Dead</strong>) pour ne citer personne.</em>]<br />
[<em>NdE toujours : le même A.K. a la flemme de vous parler de la fameuse « nouvelle vague du genre » (<strong>Haute tension</strong>, <strong>A l’intérieur</strong>, <a title="Frontière(s)" href="http://insecte-nuisible.com/frontieres-xavier-gens-2006/"><strong>Frontière(s)</strong></a>, <strong>Maléfique</strong>, <strong>Ils</strong>,... voir même dans le carde SF <a title="Eden Log" href="http://insecte-nuisible.com/eden-log-franck-vestiel-2007/"><strong>Eden Log</strong></a>, <strong>Dante 01</strong>, <strong>Chrysalis</strong>,...) parce que dixit lui « elle n'a convaincu personne ou si peu, et qu'il faudrait un article de dix mille signes pour en parler alors qu'elle ne mérite pas cet honneur (à part peut-être <strong>A l'intérieur</strong> mais on se rappelle et on en reparle) ».</em>]</p>
<p>Devait-on attendre, dans ce contexte, que Pascal Laugier parvienne, comme il sut le faire avec <strong>Saint-Ange</strong>, à donner un petit peu d’air à un genre national atrophié ? La classification « Interdit aux moins de 18 ans » dont il hérita un temps – et qui n’est peut-être pas injustifiée vu la violence du film (même si maintenir cette classification serait, dans la pratique, revenue à tuer commercialement celui-ci) – avait de quoi engendrer des inquiétudes : Pascal Laugier avait-il abandonné le fantastique classieux et gothique de <strong>Saint-Ange</strong> pour tomber dans la facilité et la tendance du film gore arty ?</p>
<p><strong>&lt;A partir de là, spoiler intégral &gt;</strong></p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/martyrs-1.jpg" alt="" /></p>
<div class="intertitre">Prologue – Mes amis, mes amours</div>
<p><strong>Martyrs </strong>débute par un prologue peu convaincant qui a cependant le mérite de bien situer le film au niveau 1/ de son contexte : une fille a été méchamment séquestrée par des vilains et en reste traumatisée, malgré son amitié naissante avec une autre fille de l’institution où elle a été placée – curieusement, les raisons de l’internement de cette autre fille ne seront jamais évoquées ; et 2/ de son style : le film débute par une scène, au cadrage fiévreux, suivant la fuite de la fille en petite tenue dans une rue austère. Son inconvénient principal repose sur la réalisation de la plupart des souvenirs d’adolescence de l’héroïne qui sont filmés façon « vieux caméscope » mais sans qu’une explication recevable soit suggérée quant à l’identité du caméraman – dont l’existence est rendue très hypothétique par l’intimité marquée de certaines scènes. En revanche, grâce à cette introduction maladroite, le film se dispensera par la suite de toute scène d’exposition pataude et entrera directement dans le vif de son sujet. Il convient également de noter que le prologue se clôt assez efficacement sur la matérialisation de la nature profonde de l’angoisse de l’héroïne, angoisse qui prend l’apparence d’une inquiétante créature cauchemardesque venant la hanter – le spectateur entrevoyant cette créature, c’est là un indice encourageant que le film ne sera pas seulement un <em>revenge-movie</em>.</p>
<div class="intertitre">Acte I – Bienvenue chez les chtis</div>
<p>Le premier des quatre actes de <strong>Martyrs</strong>, le plus court, débute par un déjeuner de famille filmé et scénarisé dans les plus strictes règles du cinéma français (bla-bla insipides et vannes bourgeoises de bon aloi <em>inside</em>). La crainte qu’une erreur de bobine ait eu lieu en salle de projection est heureusement vite dissipée par le débarquement de la petite fille séquestrée, Lucie [assez grossièrement interprétée par une Mylène Jampanoï peu convaincante], devenue de nos jours une jeune femme particulièrement féroce et assoiffée de vengeance. Sans préavis, celle-ci dézingue toute la petite famille (papa, maman, le grand dadais et la petite boulotte) avec son canon scié, convaincue qu’ils sont ses anciens bourreaux.<br />
Sans sombrer dans le grand guignol, la réalisation de Pascal Laugier accompagne froidement les meurtres, rappelant par là qu’il s’agit réellement d’exécutions ; en contrepoint de cette froideur, la multiplicité des coupes – qui ne nuit pas à la lisibilité de l’action – rappelle quant à elle la violence et la sauvagerie qui animent Lucie. Le changement de registre adopté par le réalisateur souligne le grand écart effectué par rapport à un cinéma plus traditionnel : le déjeuner est filmé en focale courte et chaque personnage apparaît en gros plan pour chacune de ses répliques ; puis, à l’arrivée de Lucie, le champ se distend, les personnages ne se définissent plus dans leurs lignes de dialogue mais dans l’espace et dans l’action. Une mise en scène extérieure (qui suit un dialogue) est donc remplacée par une mise en scène intérieure (qui participe de l’action).<br />
Cette entame rassure donc quant aux intentions de son auteur (sérieux et efficacité) et intrigue, car le <em>revenge-movie</em> attendu – et craint – étant liquidé en dix minutes, rien ne prépare le spectateur à ce qui va suivre.</p>
<p><em>NB : Les esprits retors pourront voir au travers de cet acte, une exécution sommaire d’une certaine idée du cinéma à la française – chaque coup de feu résonne comme un « moi, le cinéma français, voilà ce que j’en fais », rappelant dans cette démarche l’<strong>Assassin(s)</strong> de Matthieu Kassovitz</em>.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/martyrs-2.jpg" alt="" /></p>
<div class="intertitre">Acte II – Comme les autres</div>
<p>Le deuxième acte, qui s’inscrit dans les mêmes unités de temps et de lieu que le précédent, suit Lucie et son monstre – cette créature qui la hante et la force à se mutiler depuis l’adolescence.<br />
Malgré le massacre de la famille des présumés tortionnaires de Lucie, la créature continue de la poursuivre, comme si la « réparation » attendue n’avait pas été menée à son terme. Lucie erre donc, toute de terreur et de folie décuplées, dans la maison de ses anciens bourreaux sans savoir quoi faire pour assouvir la soif de vengeance du fantôme qui la hante. Anna, son amie d’enfance devenue son amante débarque à son secours et l’aide à enterrer les cadavres ; ce faisant, elle découvre qu’un des tortionnaires n’est que blessé et tente de l’aider à échapper à la rage de Lucie, peu convaincue que son amie a réellement retrouvé les véritables auteurs de sa séquestration. Cette tentative d’évasion échoue et, découvrant que son amie la trompe, Lucie s’effondre, achève le tortionnaire en question puis, constatant que son fantôme la hante toujours, se suicide, espérant mettre là un terme à son cauchemar.<br />
Sur cet acte, un requiem désespéré sur la folie et les sentiments associés (la différence, l’incompréhension, la trahison), la réalisation ne perd pas la hargne acquise précédemment est devient encore plus fiévreuse. La caméra suit Lucie, la serre de près, cadre ses angoisses ; le personnage apparaît alors comme un animal sauvage – ou comme une humaine redevenue animal. L’emploi de focales courtes accentue la claustrophobie paranoïaque de Lucie et son désespoir ; elle n’a pas de recul sur ses actes, ne conçoit pas de futur tangible – incidemment la caméra ne sait donc pas quoi filmer d’autre qu’elle.<br />
A l’inverse, les actes d’Anna sont filmés avec plus d’espace – celle-ci découvre les lieux, le carnage et a une vision plus contextuelle des événements. Son personnage se définit comme plus modéré que Lucie et annonce dès lors son futur leadership sur l’histoire.<br />
Ces deux procédés de mise en scène inversés, qui s’alternent au rythme des chassés croisés de personnages (Lucie tentant d’échapper à sa créature et Anna tentant d’échapper à Lucie), matérialisent la rupture qui s’opère entre les deux femmes. Du baiser volé initial, elles se séparent pour suivent chacune leur chemin dans la maison, chacune dans son monde. Et seul le final de cet acte les réunira dans la mort de l’une d’entre elles. [Petit détail qui aura son importance plus tard : Lucie meurt en position christique, le regard levé vers le ciel tandis que la caméra s’élève au-dessus d’elle].<br />
Cette intelligence de mise en scène, calculée ou intuitive, confère à ce deuxième acte son intensité et sa pertinence, mettant en exergue avec justesse la détresse de Lucie, son enfermement progressif dans la démence et le désarroi touchant d’Anna.<br />
Moins travaillée, le découpage des courses-poursuites entre Lucie et son fantôme relèvent plus du traditionnel <em>ghost-movie</em> tendance asiatique (là où <strong>Saint-Ange</strong> suivait la tendance européenne), schéma visuel duquel Pascal Laugier ne s’éloignera guère pour cette partie.</p>
<div class="intertitre">Acte III – Entre les murs</div>
<p>Le précédent acte s’achevant, comme le premier, sur un climax saisissant (la mort de Lucie), le spectateur est là encore plongé dans l’incertitude, car le métrage n’en est qu’à sa moitié. À partir de ce troisième acte, Anna [interprétée assez finement par une Morjana Alaoui plutôt convaincante] devient l’héroïne du film – ce changement de héros étant un autre des points communs que partage <strong>Martyrs </strong>avec <strong>Assassin(s)</strong>.<br />
Suite à la mort de son amante, Anna se retrouve perdue et terrorisée dans cette grande maison vide, emplie de l’odeur de la mort et du souvenir de son amie qu’elle n’a pas su aidée et qu’elle a même trahie. Alors qu’elle est dans l’expectative d’une solution, Anna découvre par accident un passage secret qui mène à une installation souterraine austère et inquiétante. Cette découverte confirme que Lucie avait bien retrouvé ses tortionnaires – et donc confirme la trahison d’Anna – et que ceux-ci n’ont pas cessé leurs activités. Dans l’une des cellules, Anna découvre une femme retenue prisonnière dans des conditions extrêmes. Victime d’une séquestration jusqu’au-boutiste depuis plus d’une décennie, celle-ci est devenue un véritable monstre et doit se réaccoutumer à la lumière, à marcher,…, à être humaine alors qu’elle n’en a plus les attributs. Malgré la volonté d’Anna à l’aider – à travers elle, c’est le fantôme de Lucie qu’elle essaye d’aider –, la femme sombre rapidement dans une folie irréversible et une auto-mutilation acharnée, incapable d’accepter son statut de monstre.<br />
S’instaurant comme un reflet cauchemardesque du précédent, le troisième acte de Martyrs s’impose comme un très joli <em>monster-movie</em> – à la <strong>May</strong> –, irréprochable, et porté par l’interprétation bluffante de l’actrice endossant le rôle de la femme-monstre et par celle de Morjana Alaoui qui traduit avec une finesse remarquable la détresse et l’impuissance éprouvées face au spectacle d’une folie destructrice.<br />
Cet acte permet également d’inscrire <strong>Martyrs</strong> dans la même thématique que <strong>Saint-Ange</strong> : un lieu unique où des exactions ont été commises, un duo de femmes dont une sombrant dans la folie suite à ces exactions, une échappatoire mystique, un complexe souterrain – en notant que cette descente symbolise aussi bien l’envers de la réalité qu’une descente aux enfers, ou en regroupant à l’enfer que dissimule la réalité.<br />
Moins notable dans ses enjeux formels que lors des précédents actes, la caméra se cherche dans ce troisième volet ; elle traduit ainsi l’incertitude d’Anna et les errements de la femme-monstre. Cette baisse de régime dans la violence de la réalisation se poursuivra jusqu’à devenir complément épuré dans le dernier acte.<br />
Il est intéressant de comparer le formalisme antagoniste de ces deux films, se déployant pourtant autour d’un matériau similaire. <strong>Saint-Ange</strong> est posé, lent, classieux et l’action est portée par les mouvements de caméra dans lesquels s’inscrivent les personnages. <strong>Martyrs</strong> est sans répit, cadré court et l’action naît des mouvements des personnages que la caméra essaye de capter – la réalisation de <strong>Martyrs</strong> souligne en quelque sorte l’urgence de son propos. Dans les deux cas, Pascal Laugier colle à son sujet : l’ambiance lourde et austère du monde / de l’orphelinat de <strong>Saint-Ange</strong> ; la sauvagerie et la violence de Lucie envers le monde / ses ravisseurs. Le réalisateur utilise donc ses œuvres et le cinéma comme une exploration de ses questionnements constamment remise en question – une démarche à des lieux de la célébration de l’uchronie franchouillarde évoquée en introduction.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/martyrs-3.jpg" alt="" /></p>
<div class="intertitre">Acte IV – Le premier jour du reste de ta vie</div>
<p>Alors qu’on était déjà comblé par ces trois mini-films, Pascal Laugier enchaîne sur un quatrième acte assez inattendu, qui donne un sens tout aussi inattendu à son film.<br />
Des bad guys débarquent soudain dans la baraque, bute la femme-monstre et séquestrent Anna. Une longue séquence explicative dévoile alors à Anna – et aux spectateurs – que les bourreaux de Lucie étaient membres d’un groupe d’illuminés dont l’obsession est de recréer des conditions de souffrances extrêmes – une obsession qui n’est pas sans rappeler celle de <strong>La Secte sans nom</strong> de <a title="Jaume Balaguero" href="http://insecte-nuisible.com/tag/jaume-balaguero">Jaume Balagueró</a>. Leur objectif avoué est en réalité de guider leurs victimes sur la voie du martyr, à savoir, et pour faire simple, à leur faire endurer une souffrance telle qu’elle amène leurs âmes à se détacher de leurs corps pour contempler l’au-delà.<br />
Le retour à un dialogue construit pour marquer l’arrivée des bad guys ; le dialogue apparaît dès lors comme un medium (formaté ?) des « autres » – Anna et Lucy s’inscrivent en marginales de la société refusant de se plier aux conventions du dialogue.<br />
Toujours sur la forme, Pascal Laugier est parvenu à imposer une structure de métrage bien éloignée des standards habituels, à l’instar de ses personnages, en réalisant quatre courts-métrages finalement autonomes, rendant chacun hommage au genre à leur façon (<em>revenge-movie</em>, <em>ghost-movie</em>, <em>monster-movie</em> et <em>maniac-movie</em>). La mise en scène, tout en touches fines, de son quatrième acte, s’avère en outre aussi improbable qu’envoûtante. Le réalisateur renonce à tout climax – les mouvements de caméra deviennent d’ailleurs plus posés – pour retourner vers un non-mouvement, vers un cinéma pur, vers un cinéma témoin (et donc martyr).<br />
Dévoyant et extrapolant le concept du <em>maniac-movie</em>, Pascal Laugier fait de son <strong>Martyrs</strong> un film mystique, qui après avoir rejeté la société et ses conventions (acte I) et rejeté le corps (actes II et III) se tourne vers ce qu’il reste : l’âme et un éventuel au-delà. Ce quatrième et dernier acte brise l’unité de temps des trois premiers – ce qui logique puisqu’il s’intéresse à quelque chose d’atemporel – et déroule en une succession de scènes, qu’on pourrait qualifier de « tableaux », la lente séquestration et déshumanisation d’Anna ; la réalisation enragée des actes précédents cède la place à une simple visualisation des faits – la caméra devient spectateur/témoin. Si ce défilé de tableaux est une jolie et rare réussite cinématographique, le final du film laisse en revanche perplexe tant il s’avère particulièrement abscons.<br />
En effet, Anna résiste à merveille aux tortures et à la violence que ses tortionnaires lui infligent et, après un dépeçage à vif, se transforme sous les yeux ébaubis de ceux-ci en un véritable martyr – un fait suffisamment rare pour qu’ils ameutent tous leurs petits copains. Une étrange scène post-mortem (un tunnel noir, une lumière au bout et c’est tout) confirme dans un premier temps cette réussite, mais les mots – non-dits au spectateur – que souffle Anna à la cheftaine des illuminés et qui pousse celle-ci au suicide met en doute dans un second temps cette réussite. Le métrage s’achève d’ailleurs sur ce suicide (une fin qui n’est pas sans rappeler celle de <strong>La Secte sans nom</strong>).</p>
<div class="intertitre">Épilogue – Il y a longtemps que je t’aime</div>
<p>Hasardons toutefois une hypothèse. Il n’y a pas d’au-delà (d’où le suicide de la méchante) et Anna n’est que le témoin (Pascal Laugier rappelle par un panneau que &#8220;martyr&#8221; vient d’un mot grec qui veut dire témoin – l’effet de panneau ayant aussi pour conséquence de mettre en retrait le public et, en fin de compte, de le placer lui aussi dans la position du témoin/martyr) de la souffrance inhérente à notre monde – la phrase clé du film me semblant être « le monde est rempli de victimes ». La lumière qu’Anna entrevoit au bout du tunnel représente ce qu’il lui reste après sa déshumanisation – ou plutôt le reniement de son propre corps –, à savoir l’amour qui a existé entre elle et Lucie. Sa posture renvoie à celle de Lucie à la fin de l’acte deux (similarité reprise sur l’affiche film) et le générique final se conclue avec des passages reprenant des instants de l’amitié adolescente des deux femmes.<br />
Via son calvaire, Anna revient donc à l’instant merveilleux de sa rencontre avec Lucy et reçoit ainsi l’absolution (sa trahison s’en trouvant pardonnée). Le pluriel du titre, <strong>Martyrs</strong>, incite à penser que Lucie est tout autant témoin/martyr qu’Anna et que le calvaire d’Anna est aussi celui de Lucie, peut-être parce qu’il est, naïvement, celui de leur amour. Hasardons encore et imaginons que l’amour d’Anna et de Lucie ait été provoqué – ce qui éclaircirait les interrogations planant sur le prologue –, la création d’Anna en tant que martyr aurait donc pu être conçue dès le départ comme le produit de la souffrance engendrée par la perte de l’amour. On pourrait aussi extrapoler en instaurant comme provocateur de cet amour le réalisateur : Pascal Laugier est finalement le créateur de ces martyrs, création dont il prend à témoin les spectateurs, transposant alors la notion de martyr à l’entière assistance, phénomène qui donne un sens encore plus fort à la phrase clé suscitée (« Nous sommes tous des martyrs » semble-t-il vouloir dire – anti-thèse parfaite du film de Kassovitz « Nous sommes tous des assassins »).<br />
[On peut comprendre que devant tant d’hypothétiques raisonnements, une certaine commission de censure eut préféré tuer dans l’œuf <strong>Martyrs</strong>].</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/martyrs-4.jpg" alt="" /></p>
<p>Malgré ses maladresses (l’interprétation douteuse de Mylène Jampanoï, une histoire d’amour lesbienne par forcément convaincante, une trop forte ressemblance avec le chef d’œuvre de Jaume Balagueró et une fin trop ambiguë face à un trop-plein d’explication sur la notion de martyr – peut-être ce dernier point est-il une mauvaise réaction de Pascal Laugier face aux critiques [décidément crétines] qui ont trouvé <strong>Saint-Ange</strong> pas assez explicite…), <strong>Martyrs</strong> n’en demeure pas moins un énorme condensé de cinéma fantastique, qui séduit sur sa forme et intrigue sur son fond ; et surtout s’impose, faute d’une réelle concurrence, comme l’un des films français les plus novateurs de ces dernières années.<br />
Le film n’est heureusement pas gore ; il est violent et âpre, mais jamais sanguinolent. Il fait cependant preuve d’une violence froide et farouche qu’il convient d’appréhender avec un certain recul, en tant que violence naît du rejet de la société, de l’amertume, du sentiment d’urgence et de la rage qui semblent animer son auteur. La rage est souvent force de création ; à ce titre, <strong>Martyrs</strong> est une oeuvre enragée, enragée et pourtant amoureuse. Cette dualité constitue un atout de plus, un charme troublant qui, comme ce fut le cas pour <strong>Saint-Ange</strong>, « en plus d&#8217;envoûter, fait chaud au cœur. »</p>
<p>A.K.</p>
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		<item>
		<title>J&#8217;aimerais partager le printemps avec quelqu&#8217;un (Joseph Morder, 2008)</title>
		<link>http://insecte-nuisible.com/jaimerais-partager-le-printemps-avec-quelquun-joseph-morder-2008/</link>
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		<pubDate>Fri, 09 May 2008 16:24:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[2008]]></category>
		<category><![CDATA[Alain Cavalier]]></category>
		<category><![CDATA[autofiction]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma français]]></category>
		<category><![CDATA[film en caméra subjective]]></category>
		<category><![CDATA[Françoise Michaud]]></category>
		<category><![CDATA[Joseph Morder]]></category>
		<category><![CDATA[Stanislav Dorochenkov]]></category>

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		<description><![CDATA[De tous ces films récents adoptant un point de vue en caméra subjective, force est de constater que J'aimerais partager le printemps avec quelqu'un est à la fois le plus radical et le plus en phase avec son sujet. Mais force aussi d’admettre que, vu d’une manière plus globale en tant que film, l’exercice est loin d’être concluant.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Décidément nous sommes bénis – au moins nés sous une bonne étoile ou autre anomalie de calendrier. Pas forcément en ce qu’il concerne la qualité des films (très moyenne pour l’instant, pour ne pas dire limite passable), mais pour qui (comme moi) c’est trouvé un nouveau dada avec les films pseudo-réalisto-fictionnels tournés avec des webcam on est servi – un par mois au moins depuis le début de l’année. Reste à savoir si cela restera une mode, une malheureuse coïncidence ou un mouvement plus durable et fécond. J’espère sincèrement cette dernière voie, persuadé que je suis que la démocratisation des appareils d’enregistrement (téléphones, mini-caméscopes, webcam,&#8230;) et de la diffusion par internet (partage de vidéo et autres cochonneries web2.0) a quelque part changé notre rapport à l’image filmée (en tant qu’émetteur ou récepteur) et que le cinéma devrait pouvoir en tirer quelque chose – tant pis pour sa gueule s’il n’y arrive pas.</p>
<p>Chose intéressante, les films de cette vague « prise de vue pseudo amateur et/ou journalistique » (oui, si quelqu’un a un vrai nom qu&#8217;il me fasse signe) – qui n’est pas une révolution, ni même une nouveauté, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit ; mais j’admire la convergence des projets et des sorties –, poussés par des motivations différentes, abordent la question de manières diverses et adoptent des approches qui sont autant de voies à creuser. Certains ne semblent y chercher qu’efficacité et dynamisme au sein d’un film traditionnel, pour le « meilleur » (<a title="[REC]" href="http://insecte-nuisible.com/rec-paco-plaza-jaume-balaguero-2008/167/"><strong>[REC]</strong> de Paco Plaza et Jaume Balagueró</a>) comme pour le pire (<a title="Angles d'attaque" href="http://insecte-nuisible.com/angles-dattaque-pete-travis-2008/161/"><strong>Angles d’attaque</strong> de Pete Travis</a>), et après tout pourquoi pas ? Bien que jouant dans la même catégorie, <strong><a title="Cloverfield" href="http://insecte-nuisible.com/cloverfield-matt-reeves-2008/149/">Cloverfield</a> </strong>avait en plus un violent arrière goût post-11-septembriste, et que cet événement hyper médiatisé (et ayant donné lieu à des images spectaculaires) marque ce genre de films n’est guère surprenant. Plus intéressant, <a title="Redacted" href="http://insecte-nuisible.com/redacted-brian-de-palma-2007/164/"><strong>Redacted</strong> de Brian de Palma</a> puisait visiblement du net sa narration fragmentée. Davantage <em>old school</em>, <strong>Live!</strong> de Bill Guttentag s’attaquait à la télé-réalité mais marquait des points en se mettant en abîme. Dernier en date et un peu sorti de nulle part, <strong>J’aimerais partager le printemps avec quelqu’un</strong> se trouve être le plus radical d’entre tous, intégralement filmé au téléphone (pas un téléphone de tapette par contre).<br />
Là non plus l’expérience n’est pas inédite, même si à ma connaissance il s’agit du premier film au téléphone se voyant accordé une diffusion en salle, le Forum des images organisant depuis quelques années déjà le festival Pocket Films consacré à ce genre de films (de format souvent très court). Ce que j’en ai vu ne m’a malheureusement jamais semblé bien marquant – c’était à la première édition, il y a peut-être eu du progrès depuis –, confinant le plus souvent soit à l’anecdotique, soit à réaliser un film normal avec une caméra pourrie, ne restant alors que quelques expériences-concept à l’intérêt limité.<br />
Joseph Morder fut lui-même impliqué dans l’organisation du festival, et c’est justement dans ce cadre qu’on lui a confié une caméra pour la réalisation d’un film de plus grande envergure. Dans l’optique qui est la notre (pertinence et apport du mode original de prise de vue) force est de constater que J’aimerais partager&#8230; est à la fois le plus radical et le plus en phase avec son sujet de tous les films vus récemment (sauf peut-être <strong>Redacted</strong>, qui pâtit tout de même d’une architecture parfois trop classique). Mais force aussi d’admettre que, vu d’une manière plus globale en tant que film, l’exercice est loin d’être concluant.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/j-aimerais-partager-le-printemps-avec-quelqu-un-1.jpg" alt="" /></p>
<p>Pour réaliser son film Joseph Morder choisit le chemin de l’autofiction, ce qui me semble l’évidence même et montre à ce niveau d’une vrai synergie entre fond et forme – il eu été absurde de se servir d’un téléphone portable pour réaliser une écriture de fiction et mise en scène traditionnelle. Tout intéressant alors que soit la démarche adoptée, on verra plus loin que c’est aussi le talon d’Achille du film : les français semblent apprécier l’autofiction, il suffit de s’intéresser à leur littérature pour s’en rendre compte, mais cela ne vole jamais bien haut, il suffit de s’intéresser à leur littérature pour s’en rendre compte aussi, et Joseph Morder ne déroge pas à la règle du brassage de vide auto-satisfait. Mais j’y reviendrai.<br />
Le réalisateur se voit donc confier un téléphone mini-caméra (un Nokia visiblement, la marque sponsorise le festival, mais je sais pas trop quel modèle) pour réaliser son film, et les premières images sont alors ses essais et tests avec la machine, afin de se familiariser un peu avec. Je sais pas s’il était dès l’origine question d’insérer ses images dans le film, mais ça fonctionne plutôt bien. Surtout, elles deviennent nécessaires lorsqu’au court de ces essais intervient un événement qui va fonder la ligne directrice du film – démonstration d’une écriture de type « journal » laissant grande part à l’improvisation. Alors qu’il testait son engin sur un pont de la Seine, Joseph Morder rencontre donc Sacha, un beau gosse de type petit bourgeois à la crinière chatoyante comme Jean Sarkozy qui l’interpelle et se laisse finalement filmer. Il devient alors rapidement clair que le réalisateur en est amoureux et il va nous bassiner avec pendant tout le film. Vous voyez ce que je voulais dire au sujet des travers de l’autofiction ?</p>
<p>Quoiqu’il en soit, belle surprise, l’image (en 4/3 plutôt joliment, je sais pas pourquoi les photos disponibles ont été redimensionnées, c’est très con) est assez belle (le son est par contre particulièrement dégueulasse), il y a vraiment un progrès significatif sur la définition (quoi qu’il soit possible que l’image ait fait l’objet d’un upscaling, à vérifier) comparés aux premiers films du genre vus au festival Pocket Films il y a de cela deux ou trois ans. Les paramètres de prise de vue sont probablement réglables et compte tenu de la future diffusion sur grand écran la priorité a sans doute été donnée à la résolution, ce qui a un effet secondaire pour le moins joli : la caméra n’est de toute évidence pas assez rapide et peine lors de certains mouvements, donnant à l’ensemble un flou quelque peu aquatique. Rigolo la manière qu’a le film de ne pas chercher à cacher ces défauts.<br />
Certains sont même assez intéressants. Ainsi, contrairement à une caméra traditionnelle, la totalité des fonctions de la caméra sont en mode automatique : autofocus, balance des blancs, ouverture et luminosité automatiques,&#8230; C’est ainsi que la lumière change constamment de manière brutale et un peu désordonnée (on est dans une zone de lumière, puis dans une zone d’ombre, la caméra met alors une ou deux secondes à analyser que c’est tout noir avant de proposer une image plus claire, c’est assez particulier). Cela amuse visiblement Joseph Morder qui le fait souvent remarquer (de manière à force un peu lourde, « oh ! tu as fait venir la lumière ! » ça va bien une fois, mais trois fois bonjour les dégâts) et donne parfois des résultats surprenants : en tentant de filmer l’écran d’une autre mini-caméra (en fait un appareil photo numérique) la sienne finit par faire le point non pas sur l’image qui s’y trouve mais sur le reflet dans l’écran de celui qui filme. Rigolo comme tout.<br />
Outre ces petits détails marrants mais quelque part insignifiants, un passage s’amuse à confronter sa méthode de filmage à la façon traditionnelle, en filmant en coulisses un tournage. Et bien qu’il ne s’agisse de toute évidence pas d’une grosse production mais au contraire d’un plateau à l’équipe limitée on ne peut qu’être frappé par la lourdeur de la caméra 35mm. Joseph Morder cherche alors dans son film une narration plus spécifique à son utilisation du téléphone portable (et on ne pourra le lui enlever), plus libre et improvisée, avec un filmage sur le vif et sans filet. Il est en cela bien aidé par son recours au journal filmé autorisant digressions, remarques personnelles et humeurs diverses. Mais une des questions primordiales – on aurait même pu espérer quelque chose plus poussé sur la question – est le rôle même de la caméra dans le film, puisque physiquement présente dans le champ de l’action. L’observateur influe-t-il sur le sujet observé ? On voit ainsi des personnes jouant avec la caméra, d’autres être gênés par sa présence. Dans le cadre de l’histoire d’amour (ou ce qui peut passer pour telle) qui occupe le film, il est intéressant que c’est à cause de la caméra que Sacha approche pour la première fois Joseph. Et que leur rendez-vous final ne sera pas montré, le réalisateur ayant décidé de ne pas le filmer, autant pour ne pas gêner son invité que pour enfin vivre leur relation en tant qu’homme et non caméraman. Et donc de devoir le lendemain tenter de reconstituer leur rendez-vous, après coup et sans le personnage principal.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/j-aimerais-partager-le-printemps-avec-quelqu-un-2.jpg" alt="" /></p>
<p>Mais malgré ces bonnes choses, le film est comme je l’ai déjà laissé entendre d’un intérêt plutôt réduit. Et pour cause, on y brasse beaucoup de vide. L’auteur y confesse aimer les cartes postales et les clichés, laissant entendre qu’il cherche aussi à les transcender. Ce à quoi il n’arrivera jamais ; ce n’est pas en s’apitoyant sur son sort en filmant de la flotte et des miroirs qu’on avance et qu’on dégage du sens.<br />
Morder doit aimer la littérature nombriliste française (après tout il a un appartement avec vue sur les Halles, il peut peut-être se sentir concerné par ce genre d’oeuvres) puisqu’il en reproduit les travers et les poncifs les plus éculés. D’ailleurs ça commence à peu de choses près par « Aujourd’hui j’ai exactement l’âge de mon père lorsqu’il est mort ; demain j’en aurai un de plus », bravo Joseph ! Puis « Spiegelman est passé de l’autre coté du miroir » (nom de son père, « Spiegel » signifiant « miroir » en allemand), voir même « Aujourd’hui c’est l’anniversaire la libération de ma mère (déportée dans un camp par les nazis) par l’armée anglaise, me trouver dans cette rue typiquement londonienne (l’image confirme) acquière une signification particulière ». Enfin, vous voyez ce dont je veux parler, le <em>bullshit-o-mètre</em> est sérieusement mis à l’épreuve et &#8216;La Psychanalyse et le symbolisme de comptoir pour les nuls&#8217; devait être son livre de chevet. Un autre truc ne fonctionne pas, même s’il procédait d’une bonne idée : inclure dans le film l’état d’esprit de l’auteur/acteur lors de la campagne présidentielle (le film s’étale sur le printemps 2007). Malheureusement, mis à part souligner combien il est trop cool en votant Ségolène Royal et combien il est clairvoyant en n’aimant pas Sarko (« on fête l’anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale et les idées de Le Pen arrivent au pouvoir », très fin, &#8216;La politique facile&#8217; doit aussi faire partie de la bibliographie), rarement il arrive à intégrer cette digression (« intrigue secondaire » dirait-on au sujet d’une fiction) au reste du film.<br />
Brassage de vide donc. Bien aidé par le genre investi, mais cela n’est pas pour autant la faute de l’autofiction, des trucs pas mal on déjà été réalisés dans le genre (et compte tenu de ma maigre connaissance du sujet, si j’arrive à en trouver c’est que c’est pas impossible). Exemple qui m’est venu à l’esprit, le plutôt joli <strong>Don&#8217;t you worry, it will probably pass</strong> de Cecilia Neant-Falk (la réalisatrice avait confié des caméras à des adolescentes qui racontent leur vie, en particulier leur homosexualité et leur relation avec leur famille et entourage)(faudra que je vous en parle plus en longueur un jour) qui prouve bien que le documentaire autofictionnel fonctionne au cinéma, mais encore faut-il avoir un objectif et tenir un propos. Il mettait aussi en évidence l’importance en l’absence de véritable regard de cinéaste (et je suis désolé, Joseph Morder, malgré son expérience, a un regard bien fade) du magnétisme du modèle (ainsi dans <strong>Don’t you worry&#8230;</strong> une des filles manque cruellement de profondeur et sonne toc)(une autre par contre est absolument magnifique, mais ce n’est pas le sujet). Voilà un autre problème de <strong>J’aimerais partager&#8230;</strong>, Morder est incapable de rendre le fameux Sacha un minimum consistant, à tel point qu’on se demande ce que le réalisateur peut trouver à ce type à la gueule de nappy et à la conversation d’une vacuité déconcertante. La mise en scène de la vie privée, voir même intime, n’interdit pourtant pas la possibilité de sublimer son modèle. Nouvel exemple, hors du champ du cinéma mais intéressant quand même, <strong>L’Épinard de Yukiko</strong> de Frédéric Boilet (bande dessinée autobiographique réalisée à partir de photographies)(un dispositif qui rappelle alors beaucoup celui de Morder, à la différence près que Boilet reconstitue les scènes après coup, les rejouant).<br />
On retrouve notre histoire de faiblesse du regard de cinéaste. C’est en effet véritablement ce qui manque à <strong>J’aimerais partager le printemps avec quelqu’un</strong> (au delà même de la vacuité de son discours), un regard et une personnalité forte, autre que quelques épanchements sentimentaux peu passionnants. Dès lors, malgré son format inhabituel pour ce genre de production je lui reprocherai la même chose qu’aux autres « pocket films » que j’ai pu voir : n&#8217;être qu&#8217;anecdotique, voir sans intérêt.</p>
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		<title>Compte-rendu bordélique d’une Nuit Excentrique (quatrième du nom)</title>
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		<pubDate>Sun, 30 Mar 2008 12:46:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Au programme : Le Congrès des belles mères (Emile Couzinet, 1954), Karaté Olympia (Ivan Hall, 1980), Hurlements 2 (Philippe Mora, 1985), Super Inframan (Hua Shan, 1975) et tout plein d'autres trucs nanar !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="video"><object width="480" height="381" data="http://www.dailymotion.com/swf/xrdya_les-pieds-dans-la-gueule_creation&amp;related=1" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowScriptAccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.dailymotion.com/swf/xrdya_les-pieds-dans-la-gueule_creation&amp;related=1" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></div>
<p>La nuit excentrique, grand moment de poésie filmique, c’est un peu <em>ze plèïce tou bi zere</em> pour tous les cinéphiles un peu pointus et/ou un peu déviants, la soirée où il est de bon ton d’être aperçu au bras d’une charmante demoiselle (ou damoiseau) et de parader dans sa plus belle robe, le <em>WTF event</em> de l’année, l’endroit où se nouent les cinéphilies extrêmes et où quatre cents malades mentaux se rassemblent pour admirer la lie du cinéma avec la caution intellectuelle de la Cinémathèque de France (dont on ne soulignera jamais assez les efforts en matière de promotion du cinéma pas normal). Mais vous savez déjà ça, car vous avez lu <a title="Nuit Excentrique 3" href="http://insecte-nuisible.com/compte-rendu-bordelique-d%E2%80%99une-nuit-excentrique-troisieme-du-nom/248/">mon compte rendu de l’année dernière</a>. Cette année, j’avoue j’ai triché, je me suis permis une petite sieste avant de rédiger mon article, car j’avais un méga coup de barre en rentrant (à plus de dix heures du mat’ tout de même) et je voulais surtout pas me réveiller avec les marques du clavier imprimée sur la figure. Vous pouvez me balancer des tomates pourries, car l’expérience en est d’autant moins <em>gonzo</em>.<br />
Cette quatrième édition, tout en restant peut-être moins spectaculaire que la précédente, s’est en tout cas révélée un cru plus que sympathique, avec des films intéressants (même si pas forcément inédits pour certains, c’est dommage), des séries de <em>cuts </em>excentriques de beau niveau et une ambiance qui, malgré comme chaque fois quelques assoupissements, fut toujours aussi bon enfant.</p>
<p>Rien de tel alors pour se mettre en jambe que quelques bandes annonces gratinées et autres extraits de nanars fameux. Au menu donc de cette première session, des classiques fédérateurs (<strong>Rien n’arrête la musique</strong>, comédie musicale des Village People) aussi bien que des raretés exotiques (<strong>Mon corps a soif de désir</strong>, film érotico-baston-mollesco-érotique pseudo tzigane).</p>
<p><a name="congres"></a><img src="http://insecte-nuisible.com/images/congres-des-belles-meres-1.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende">Ah les belles mères ! Ah les belles mères !<br />
(bizarre, je croyais pourtant que le film de loup-garou c’était dans 4 ou 5 heures)</div>
<p>Au niveau des films à proprement parlé, comme à l’accoutumée cela commence par du franchouillard beauf d’après guerre, une de ces bobines sorties des caves de la cinémathèque et qu’on se demande pourquoi il prend l’idée farfelue à certains de les restaurer : <strong>Le Congrès des belles mères</strong> de Emile Couzinet, parait-il un habitué du genre. En deux mots, une bande de belles mères plus qu’acariâtres décide de faire un putch pour s’emparer du conseil municipal d’une petite bourgade du sud de la France, dans le but de mettre les hommes aux fourneaux. Heureusement, la vigilance virile (pas très virile d’ailleurs) a la réaction très prompte et voilà donc les belles mères et les gendres se mettant sur la gueule dans la joie et la bonne humeur avec un sens aiguisé du coup bas, entre tracts de propagande pas subtile, réductions sur les bas nylon et le pinard, kidnappings en série et bataille de fruits pourris. Dialogues d’anthologie truffés de jeu de mots foireux (mais vraiment foireux, du style « patati se faisant patata – Quel faisan ? » ou encore tous les nom de familles du niveau de « Gronichon »), beaufitude élevée au rang de philosophie de vie et par dessus tout passages musicaux totalement cultes. Car oui, <strong>Le Congrès des belles mères</strong> est un film musical ! Avec des paroles bien craignos, du genre « Comme les puces, les rats et puis le choléra, des belles-mères toujours y’en aura ! ». Merci donc à la nuit excentrique de remettre un peu sur le devant de la seine le nanar franchouillard, genre trop souvent injustement boudé par les nanarophiles, même s’il a finalement tendance à traîner un peu en longueur.</p>
<p>C’est la deuxième série de <em>cuts </em>nanar qui si je me souviens bien proposait une sélection des « recalés au casting de Jurassic Park », films de dinosaures et autres sauriens géants totalement nazes. Il faut le voir pour le croire, mais y en a pour oser faire des films avec des figurines en plastique de dix centimètres de haut – espèrent-ils sincèrement que ça fasse illusion, nul ne le saura jamais.<br />
Autre encas de qualité, un <a title="le reportage en question [nanarland]" href="http://www.nanarland.com/nanarland_tv.php?vid=1">petit reportage exclusif</a> de l’équipe de Nanarland sur le pape du cinéma indépendant ricain Lloyd Kaufman – tête pensante de la célèbre firme Troma coupable de grands moments de cinéma tels que <strong>Toxic Avenger</strong>, <strong>Sergent Kabukiman NYPD</strong> ou <strong>Surf Nazis must die</strong> – interviewé lors de la tournée en festival de son nouveau film (<strong>Poultrygeist: Night of the Chicken Dead</strong>, film de poulets zombies dans un fast-food, sorte de <strong>Supersize me</strong> trash). Difficile de faire mieux que <a title="l'exceptionnel docu en question [nanarland]" href="http://www.nanarland.com/nanarland_tv.php?vid=2">l’exceptionnel docu sur Richard Harrison</a> présenté l’année dernière (mais à part une master-class croisée Chuck Norris + Steven Seagal + Dolph Lundgren je doute qu’on puisse faire plus culte), mais très sympathique.</p>
<p><a name="karate"></a><img src="http://insecte-nuisible.com/images/karate-olympia-1.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende">Le grand méchant <em>bad guy</em> de <strong>Karaté Olympia</strong>, grâce à qui on réalise qu’un croisement improbable et parano entre Adolf Hitler et Fidel Castro a de bonnes chances de ressembler à Sean Connery</div>
<p>Deuxième long métrage de la soirée, <strong>Karaté Olympia</strong> remplit à lui seul le quota de coups de tatane de la soirée. Rare exemple de coproduction hollywoodo-sud-africaine, <strong>Karaté Olympia</strong> part du principe qu’un bon synopsis est un synopsis à la simplicité extrême alliée à la sophistication la plus absolue. Soit donc un ancien officier nazi qui entraîne une équipe de karaté pour défier un japonais qui l’a battu par le passé (donc oui, on apprend que Hitler organisait des tournois de karaté). Le nazi s’appelle Von Rudloff, et suite à l’affaire il a été dépossédé de son grade de capitaine (c’est pour ça qu’il est vénère) et est maintenant général (ne cherchez pas à comprendre). Dans l’équipe il y a Steve, un type qu’il est trop fort, et sa nana dont j’ai oublié le nom, une cruche qu’elle est trop bonne ; mais voilà Steve il sent le coup fourré et les tourtereaux s’enfuient à travers le désert sur une VW customisée en char à voile. Steve s’engage dans l’équipe adverse, sa nana se fait kidnapper par un gros sbire qui n’aime pas la musique (il casse une guitare sur son crâne et met un grand coup de latte dans un piano, le sagouin) et les minutes qui suivent sont un bis du <strong>Jeu de la mort</strong> entrecoupé de séance de Fort Boyard avec un nain (le bras droit du méchant) qui essaye de faire évader la fiancée du héros. Finissons sur une séquence d’anthologie, où après avoir fait un tour de 4&#215;4 dans le désert en prenant exprès les creux et les bosses, faisant un ou deux tonneaux pour l’occasion, là où les autres vont tout droit, notre héros interpelle Von Rudloff qui est alors pris dans la spirale infernale d’un flash-back dantesque, avec vraies apparition d’un sosie de Hitler sous mescaline. Un grand moment que ce film. Les rétissants seront convaincus par des stock-shots parmi les plus pourris du monde, car il ne s’agit ni plus ni moins que de photos et autres cartes postales filmées.</p>
<p>C’est reparti pour des BA et des extraits, avec notamment une spéciale effets spéciaux numériques foireux : incrustations au pied de biche, détourages approximatifs et autres filtres Adobe Premiere version familiale. A noter aussi la bande annonce de l’inénarrable <a title="Le Bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante" href="http://insecte-nuisible.com/compte-rendu-bordelique-d%E2%80%99une-nuit-excentrique-troisieme-du-nom/248/#wangyu"><strong>Bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante</strong></a>, projeté l’année dernière.<br />
[Edit du 31/03/08 : le blog de Nanarland me rappelle qu'on y a admiré un extrait fa-bu-leux d'un certain <strong>Jaguar Force</strong>, défiant littéralement l'imagination, et je me demande vraiment pourquoi je vous en ai pas parlé. Peut-être parce qu'il s'agit d'une de ces erreurs de la nature tellement improbables qu'il faut le voir pour le croire.]</p>
<p><a name="hurlements"></a><img src="http://insecte-nuisible.com/images/hurlements-2-1.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende">Christopher Lee et ses lunettes disco dans <strong>Hurlements 2</strong><br />
(il jura mais un peu tard que l’on n’y prendrait plus)</div>
<p>Sans répit on embraye sur <strong>Hurlements 2</strong>, suite opportuniste du film de Joe Dante au sujet duquel j’ai jamais trop compris l’engouement, mais très correct dans son genre, ne méritant de toute façon pas un tel affront.<br />
C’est donc l’histoire d’un bonhomme qui, le jour de l’enterrement de sa soeur, apprend que sa soeur est un loup-garou ! Forcément, il n’y croit pas, et s’en va faire la peau à l’énergumène (Christopher Lee qui a décidément joué dans des grosses bousasses) qui a pour projet de planter un stylet en titane dans le coeur de sa défunte soeur. Pendant ce temps là à Véra Cruz, un pauvre groupe de new-wave vraiment naze joue dans une boite de nuit et Christopher se pare de lunettes qu’à elles seules on regrette pas d’avoir vu le film. Mais le frère est bien obligé de reconnaître que les loups-garous existe quand en train de s’engueuler dessus le cercueil la fille se réveille avec des grandes dents et plein de poils sur la gueule, et qu’un bataillon de lycanthropes les assaille. Rassurons nous, ils vont tous les buter avec des balles en argent, avant de partir pour la Transylvanie où se trouve la grande prêtresse de la secte loup garou qui a 10000 ans et qui prépare un coup de pute. Là, y doit bien y avoir un ou deux plans avec le groupe de new-wave tout pourri. La grande prêtresse endosse une tenue SM-cuir, s’accouple dans des partouses bien glauques entre loups garous à moitié transformés et enlève la copine du héros pour la couvrir de sang et s’en servir d’appeau (désolé, jeu de mot authentique du <strong>Congrès des belles mères</strong>). Re-partouze, re-groupe de new-wave et le héros trucide la méchante (qui on l’apprend est la soeur de Christopher Lee, ou l’inverse, ce qui veut dire que lui aussi a 10000 ans ! niark niark ! tu la vois ta profondeur oedipienne dans ta face !) et sauve sa nana. Le générique de fin, sous forme de best-of, est l’occasion de nous remettre une couche avec le groupe de new-wave et d’enfiler rien de mois que dix-sept (17 !!!) fois le même plan nichon de la méchante et de son bonnet E.</p>
<p>Bonne transition, car il faut avouer que cette année plus que jamais les extraits et autres bandes annonces furent très portés sur la fesse plus ou moins suggérée – <strong>Désirs inassouvis</strong>, <strong>Canterburry interdit</strong>, <strong>Les trottoirs de Bangkok</strong> ou encore la très étrange BA à la caution pseudo-documentaire <strong>Par exemple : adultère</strong> qui nous explique que l’adultère c’est hachement bien même si ça résout pas tout et qu’il n’y pas de raison que l’église ne soit pas d’accord avec ça). Tant mieux, car le nanar de cul est encore trop peu exploré mais regorge (hum hum&#8230;) de moments savoureux ! Les classiques bandes annonces pornos, traditionnellement réservées à la conclusion de la nuit, ont même débordé sur la quatrième partie, avec notamment <strong>Le Bijou d’amour</strong>, film fantastico-érotique invitant le spectateur à « succuber » au charme des créatures suceuses, et <strong>Les contes de Grimmy</strong>, dessin animé de pervers qui ferait passer <strong>La Honte de la jungle</strong> pour un programme 7-77 ans.</p>
<p><a name="inframan"></a><img src="http://insecte-nuisible.com/images/super-inframan-1.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende">Prend ça dans ta gueule Ultr&#8230; Inframan !</div>
<p>Afin de finir en apothéose, les organisateurs ont eu la bonne idée de sélectionner le très bon <strong>Super Inframan</strong>, bis HK du <strong>Ultraman </strong>japonais par les studios Shaw Brothers, petit bijou de kitch et de bzoing-bzoing dans ta face. L’histoire est connue, des grands méchants extraterrestres venus du fond des âges (j’ai pas tout compris) commandés par une ptérodactyle garou psychédélique veulent détruire la Terre, et il n’y a qu’Inframan pour les arrêter ! Même diminué par la fourberie de ses adversaires qui cache le soleil (sa source d’énergie) avec de la fumée Inframan les marave sévère avec ses rayons laser, ses points thermodynamiques (authentique) et ses talonnettes-fusées de la mort qui tue, et les écrase littéralement comme des morpions. Mais les fourbes kidnappent (décidément quelle belle série !) la fille de l’inventeur d’Inframan (et probablement fiancée d’Inframan) pour le forcer à créer un nouvel Inframan qui serait à leurs ordres. Mais heureusement Inframan est là pour combattre les félons et sauver la donzelle, le tout dans un déluge totalement psyché de coups de lattes, de laser gribouillés direct sur la péloche et de costumes tous plus grotesques les uns que les autres.</p>
<p>Et pour se finir (hum hum&#8230;) en beauté rien ne vaut les désormais indispensables bandes annonces de films X – mention spéciale pour celle, très gratinée, de <strong>Elle suce à genoux</strong> – au milieu desquelles s’est glissée celle des <strong>Bisounours</strong>.<br />
Ne cherchons pas à comprendre.</p>
<div class="note">Extrait vidéo tiré du cultissime Braddock, portés disparus 3<br />
Iconographie volée à <a title="Nanarland" href="http://www.nanarland.com/">Nanarland</a></div>
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		<title>Frontière(s) (Xavier Gens, 2006)</title>
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		<pubDate>Sun, 27 Jan 2008 22:03:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
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		<category><![CDATA[2006]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma français]]></category>
		<category><![CDATA[Estelle Lefebure]]></category>
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		<category><![CDATA[Karina Testa]]></category>
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		<description><![CDATA[Du talent, c’est justement ce qui manque à Xavier Gens, dont on ne remettra en cause ni l’amour du cinoche de genre ni la volonté de bien faire. Reste qu’on ne n’apprécie pas un film sur sa seule note d’intention, et le Texas Chainsaw Massacre-wannabe est un « genre » demandant davantage à son réalisateur qu’une simple révérence au film de Tobe Hooper et au cinéma de genre des années 70.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le voilà enfin le premier film de Xavier Gens, illustre inconnu dont on se demande pourquoi on se monte la tête, qui par la faute d’un foutrac de distribution pas hyper clair se retrouve à sortir quelques semaines après sa deuxième réalisation, l’adaptation du jeu vidéo <strong>Hitman </strong>(film dont personne d’à peu près sensé n’oserait prendre la défense). Du coup <strong>Frontière(s)</strong> était l’occasion de voir Xavier Gens pour ce qu’il vaut vraiment, sur un projet personnel porté à bout de tripes et non sur une commande charcutée par un studio.<br />
Projet sulfureux qui plus est, promettant de casser du facho et d’étaler la tripaille sur le plan de travail. D’autant plus que le film aurait parait-il posé quelques problèmes à la commission de classification – et ses défenseurs (au film) d’invoquer que son contenu politique et subversif en serait la cause, arf – qui après avoir laisser poindre l&#8217;interdiction aux moins de 18 ans l’aurait classifié -16 avec avertissement, ce que les marketeux trop rebelles leur race ont appliqué au pied de la lettre en nous infligeant en énorme un avertissement finalement racoleur – sans compter la bande annonce avec le « passage musical » tout droit sorti d’un film d’Alain Chabat, ce qui montre bien que si la promo de ce film est stupide et bêtement racoleuse c’est pas la faute à une commission qu’il est facile d’accuser de tous les maux. Rappelons quand même à ces pauvres biquets qu’ils ne sont pas les premiers à frôler l’interdiction aux moins de 18 et à se voir infliger une -16 avec avertissement. Et que ce genre de bras d’honneur à la commission a déjà été fait, et avec infiniment plus de classe, d’ironie et d’impertinence, par la campagne du <strong>Dead or Alive</strong> de Miike Takashi (la commission n’ayant de toute évidence pas apprécié les scènes zoophiles !) et son désormais célèbre « ces films comportent des scènes explicites de violence, de sexe, de violences sexuelles, de clowns et de violentes scènes d’excès de violence qui ne sont définitivement pas destiné à tout public ». <em>So what</em> ?</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/frontieres-1.jpg" alt="" /></p>
<p><strong>Frontière(s)</strong> (c’est la mode ces <a title="Camel(s)" href="http://insecte-nuisible.com/camels-park-ki-yong-2002/76/">« s » entre parenthèses</a> ?) suit donc une bande de jeunes de banlieue parisienne – ayant profité d’émeutes suite à la présence de l&#8217;extrême droite au second tour des élections présidentielles pour faire un petit braquage discretos afin de financer l’avortement tardif que l’une d’entre eux doit se faire à l’étranger – qui se font prendre en chasse par des néonazis consanguins et cannibales qui tiennent un gîte frontalier où nos gaillards ont eu la bonne idée de s’arrêter passer la nuit. Saluons ce script pour son originalité. Idem des personnages, d’une fadeur et d’une propension au stéréotype largement au dessus de la moyenne. Au menu donc, jeunes wesh-nique-ta-mère d&#8217;un coté et patriarche nazi au fort accent teuton nostalgique du Reich de l&#8217;autre (et c’est pas le seul endroit où <strong>Frontière(s)</strong> manque cruellement de subtilité). Mais comme je le dis à chaque fois, un prétexte bidon et des personnages n’ayant d’autre fonction que de se taper les uns sur les autres ne sont jamais synonyme de mauvais film, pourvu que la mise en scène et la narration soient à la hauteur.<br />
Ce qui pour tout vous dire n’est pas vraiment le cas. Encore correcte (quoi que sans brio) sur les scènes tranquilles, la réalisation devient réellement illisible dès que Gens s’essaye à faire monter la sauce. Pour ça oui, ça retranscrit parfaitement la confusion des protagonistes, mais si ça c’est pas de l’excuse à la gomme je veux bien me farcir l’intégrale de <strong>Amour Gloire et Beauté</strong>. Un certain nombre de films (exemple, l’excellent <strong>Time &amp; Tide</strong> de Tsui Hark) ont montré qu’il était possible de faire ressentir la confusion d’une scène tout en adoptant une mise en scène lisible. Celle de Xavier Gens est incapable de découper une séquence et d’organiser un minimum l’espace, ni d’insuffler à ces scènes un rythme autre qu’une frénésie incontrôlée. Déjà cadrées sans éclat, ses séquences sont surtout montées en dépit du bon sens, bien trop cut pour être lisibles. De deux choses l’une, soit il n’a pas pensé que ça valait la peine de revoir un peu son montage pour ne pas donner mal à la tête au spectateur, soit Xavier Gens n’a simplement pas vu son film sur grand écran avant de donner son accord final ! Dans l’ensemble, Gens se vautre au moindre effet un peu chiadé, à l’exception peut-être de certaines scènes utilisant le caméscope d’un des jeunes – dans la mine, la meilleure partie du film (et la seule à jouer un peu avec le son), avec un certain nombre d’idées plutôt intéressantes, à l’image de la deuxième scène de confrontation avec les rejetons <em>freaks </em>qui évoluent dans un invisible uniquement révélé par la vision nocturne de la caméra. Mais par exemple les ralentis sur fond de musique grandiloquente qui parsèment le final prêtent plus à rire qu’autre chose, tellement ils empruntent à un panel d’artifices d’autant plus éculés que leur subtilité est réduite à peau de chagrin.</p>
<p><img src="http://insecte-nuisible.com/images/frontieres-2.jpg" alt="" /></p>
<p><a name="text"></a>Mais ce qui plombe vraiment <strong>Frontière(s)</strong>, c’est justement ce que ses partisans (entre autres l’inénarrable Yannick Dahan [<a href="#note">1</a>]) mettent en avant pour défendre ce genre de film qui n’a rien pour lui : sa « sincérité », pour ce que ça peut bien vouloir dire. Car justement, ce film n’est pas sincère pour un escudo !<br />
On va m’accuser d’utiliser des mots auxquels je n’accorde pas vraiment de sens, et c’est vrai. Ça veut dire quoi un film sincère ? Si c’est là un abus de langage pour dire que son réalisateur l’est, j’espère bien que quelqu’un s’investissant durant plus d’un an sur une prod soit sincère ! Ce qui ne l’empêchera en rien du tout d’être un réalisateur lamentable et de livrer un film pourri. Mais si vous voulez mon avis, livrer un film sincère commencerait par ne pas s’embarquer dans un propos sociopolitique auquel on a ni le talent ni les moyens de donner la moindre forme un tant soit peu convaincante. La parabole politique de Gens, d’une subversion de façade (l’antisarkosisme ras-du-Front reste une perle de politiquement correct) et d’une simplicité naïve, n’est en effet jamais intégrée au coeur de son oeuvre, qu’il doive alors sans cesse la placarder sans finesse : informations télévisées sur les émeutes et/ou un obscur ministre de l’intérieur candidat aux élections faisant de la « sécurité » un enjeu majeur de la campagne (quelle subtilité) ou encore discours nazi sur la race sensé justifier les agissements des <em>freaks </em>– il y avait pourtant là de quoi bâtir quelque chose, en jouant sur l’ironie de la situation de ces fanatiques du sang pur détruits par la consanguinité et contraints de renouveler leur lignée avec du sang bâtard&#8230; jamais Gens creusera cette voix (qui il est vrai aurait nécessité une psychologie moins sommaire) préférant donner dans le convenu.<br />
Si on devait vraiment donner un sens à « sincère », le seul film goret récemment réalisé au pays du camembert qui soit un brin sincère serait <strong>A l’intérieur</strong> de Julien Maury et Alexandre Bustillo (j&#8217;avoue, j&#8217;aime ce film) : ça a beau être un film de branquignols, il a parfaitement conscience à la fois de ce que le spectateur va y chercher mais surtout de ses propres limites. Ce qui n’est pas du tout le cas du film de Gens, cherchant constamment à péter plus haut que son cul. Ce qui donne le coup de grâce à <strong>Frontière(s)</strong>, c’est ce qui déjà plombait <strong>Haute Tension</strong> (film par ailleurs correct, bien plus en tout cas que <a title="La Colline a des yeux" href="http://insecte-nuisible.com/la-colline-a-des-yeux-alexandre-aja-2006/8/">cette immondice qu’est <strong>La Colline a des yeux</strong></a> du même Alexandre Aja), vouloir à tout pris rajouter à une trame archiclassique un sous texte se voulant malin / intelligent / subversif mais appuyé avec une subtilité d’hippopotame et une suffisance sidérante. Gens, Aja, même combat, leur seule sincérité est d’avoir vu cinquante fois <strong>Massacre à la tronçonneuse</strong> et de vouloir en faire un hommage – justement le genre d’absurdités qui étouffe le cinéma <em>geek</em>, cinéma <em>geek </em>en train de peu à peu phagocyter le cinéma de genre avec la bénédiction de ceux-là mêmes qui l’aiment et considèrent qu’il est plus utile pour un réalisateur d’aimer le genre et d’accumuler les références que d’avoir du talent.<br />
Du talent, c’est justement ce qui manque à Xavier Gens, dont on ne remettra en cause ni l’amour du cinoche de genre ni la volonté de bien faire. Reste qu’on ne n’apprécie pas un film sur sa seule note d’intention, et le <em><strong>Texas Chainsaw Massacre</strong>-wannabe</em> (dont le plus fier représentant parmi la production récente reste le <strong>Calvaire </strong>de Fabrice Du Welz, film pas parfait mais dont, confronté aux autres films du style, on regrette la radicalité et le brin de folie) est un « genre » demandant davantage à son réalisateur qu’une simple révérence au film de Tobe Hooper et au cinéma de genre des années 70.</p>
<div class="note"><a name="note"></a>[<a href="#text">1</a>] animateur de Opération Frisson sur la chaîne CinéCinéma Frisson, et qui a le bon goût d’avouer être ami du réal et avoir fait de la figuration dans son film (écopant pour sa peine d’une faute d’orthographe à son nom dans le générique, où il est écrit « Dayan » !), comme d’avoir dit du mal de Hitman (tout en ne disant pas de mal de son pôte, hein !), et qui au sujet de Frontière(s) nous livre un vrai monument de dahanerie. Soyons clair, j’aime bien ce gars et son émission, n’empêche que parfois il fume vraiment le carrelage.<br />
(en particulier cette semaine, où il encense non seulement Frontière(s) mais aussi le très bof-bof Death Sentence, faux vigilante-movie certes contenant quelques scènes cool mais pas convaincant pour autant)</div>
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		<title>Eden Log (Franck Vestiel, 2007)</title>
		<link>http://insecte-nuisible.com/eden-log-franck-vestiel-2007/</link>
		<comments>http://insecte-nuisible.com/eden-log-franck-vestiel-2007/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 02 Jan 2008 13:39:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[2007]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma français]]></category>
		<category><![CDATA[Clovis Cornillac]]></category>
		<category><![CDATA[Franck Vestiel]]></category>
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		<category><![CDATA[religion]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
		<category><![CDATA[Vimala Pons]]></category>

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		<description><![CDATA[Le gros problème de Eden Log, c’est son scénario qui à mesure qu’il se révèle se fait de plus en plus convenu, appuyant avec trop peu d’originalité et de subtilité son décorum biblique et le discours des plus convenus qui sous-tend sa raison d’être. Eden Log s’effondre alors comme un soufflé, alléchant à première vue mais vide en fin de compte.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A la vision des premiers plans de <strong>Eden Log</strong>, j’ai eu une sorte de révélation, qui s’est avérée par la suite presque prémonitoire : « Mon Dieu, c’est dingue ce que Clovis Cornillac ressemble à Christophe Lambert ! ». Sans le rire démoniaque, bien entendu. Prémonitoire car d’un certain coté il y a du nanar dans le film de Franck Vestiel, et la présente de notre Christopher national aurait sans aucun doute fait définitivement pencher la balance du coté obscur de la cinéphilie. Et aussi car <strong>Eden Log</strong> fait très bien le « moi Tarzan, toi Jane », le personnage principal passant la plus grande partie du film à avancer il ne sait pas où en poussant toutes sortes de grognements. Mais je vais sûrement un peu vite en besogne.<br />
C’est donc l’histoire d’un gars couvert de gadoue qui se réveille dans le noir d’une sorte de grotte. On sait un peu rien de lui, et ça tombe bien car lui non plus n’a pas l’air de savoir qui il est, ni ce qu’est la sorte de structure à l’intérieur de laquelle il grimpe. La logique du film (très classique et usitée en fait, un peu paresseuse aussi) est donc simple : le personnage n’en sait pas plus que nous, et on en sait pas plus que le personnage – même si ce dernier point n’est pas tout à fait vrai, suivant l’habitude et la dextérité du spectateur. C’est d’ailleurs ainsi qu’on peut résumer, en deux mots, l’enjeu du film : va donc falloir activer un minimum les méninges pour capter un minimum ce qui se passe.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/eden-log-1.jpg" alt="" /></p>
<p>N-ème avatar de la fameuse « vague » de cinéma fantastique (et assimilés) francophone dont la vitalité ferait plaisir si le système de production actuel ne se voyait pas incapable de financer les seconds films et de suivre un minimum les réalisateurs (qui vont alors gâcher leur éventuel talent à <a title="La Colline a des yeux" href="http://insecte-nuisible.com/la-colline-a-des-yeux-alexandre-aja-2006/8/">faire des remakes pour les ricains</a>), <strong>Eden Log</strong> est le premier film (qu’est-ce que je disais ?) de Franck Vestiel, ces dernières années assistant réalisateur de Pascal Laugier sur le très beau <strong>Saint Ange</strong> (ça c’est classe) mais aussi de David Moreau et Xavier Palud sur le pitoyable <strong>Ils</strong> (ça c’est nettement moins classe). Un projet un peu osé – qui parait-il serait resté dans les cartons sans l’investissement de son acteur principal faisant valoir sa notoriété pour rassurer un minimum les financiers – avec l’écrivain de science-fiction Pierre Bordage au scénario (on se demande, surtout après avoir vu le film, si c’est vraiment une bonne idée). Bordage qu’on retrouve aussi à l’écriture de <strong>Dante 01</strong>, nouveau film de Marc Caro, sur lequel Vestiel est d’ailleurs assistant réal. C’était la minute « le monde est petit ».<br />
<strong>Eden Log</strong> est aussi, on s’en rend compte dès les premières minutes, un projet qui ne cache pas ses ambitions, ni ses partis pris tranchés – esthétique sombre en quasi noir et blanc et récit hermétique en tête. Ça fait parfois penser à <strong>Haze </strong>de Tsukamoto Shinya, en moins réussi toutefois (ne serait-ce parce que <strong>Haze </strong>est deux fois plus court, en plus d’opter pour un dénouement moins galvaudé). Mine de rien, ne serait-ce que cette note d’intention fait plaisir, même si tout le monde n’est pas de cet avis. Mais en un certain sens, un film durant lequel les spectateurs livrés à leur incompréhension quittent la salle de projection par wagons de douze c’est presque bon signe.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/eden-log-2.jpg" alt="" /></p>
<p>Cependant, <strong>Eden Log</strong> est le parfait exemple comme quoi la radicalité d’une démarche et d’une intention, à elle seule, ne fera jamais un bon film. Le fameux hermétisme que revendique le film et qui un premier temps était fondé sur l’incompréhension du personnage (et du spectateur) face à son environnement s’alimente bientôt d’une rhétorique quelque peu lourdingue qui ici et là est sensée apporter quelques éléments d’information – concrètement, le bonhomme consulte la plupart du temps des extrait de vidéos, archives de conversation ou bien caméra de sécurité. Ces textes, déclamés avec un balai dans le cul qui leur remonte visiblement jusqu’au cordes vocales par des acteurs de toute évidence par hyper concernés, sonnent le plus souvent faux et/ou avec un air forcé, pour finir par être didactique sans en avoir l’air. Pas bien. Pire, cela mécanise la progression du récit qui ressemble de plus en plus à un scénar lambda de jeu vidéo. D’ailleurs, à quelques différences évidentes, ça m’a fait penser à <a href="http://insecte-nuisible.com/experience-112-lexis-numerique-2007/"><strong>Expérience 112</strong></a>.<br />
Ce recours à la vidéo comme moyen d’information, s’il s’avère lourdingue et peu judicieux sur la longueur donne ponctuellement lieu à quelques belles scènes. La première voit le personnage reconstituer l’image, en dressant des objets (plaque de plâtre, bidon,&#8230; un peu tout ce qu’il trouve) devant le projecteur qui projette sa vidéo dans le vide. On se retrouve alors avec – reconstitué au coeur du cadre – un split-screen particulièrement inventif, les objets sur lesquels est projeté l’image en soulignant les éléments, identifiant les différents protagonistes, isolant les actions,&#8230; bref, le personnage se livre en direct à un petite séance de montage, particulièrement physique. La seconde, c’est la projection de la vidéo d’un homme sur son propre cadavre resté dans la même position : on prend d’abord ça pour un enregistrement audio, puis on se pince en remarquant que les lèvres bougent, en accusant un premier temps un malicieux jeu d’ombres – et ce n’est finalement pas autre chose.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/eden-log-3.jpg" alt="" /></p>
<p>Pour le reste, il faut avouer que la réalisation n’est pas fameuse, malgré un soin évident (malgré un budget visiblement pas si confortable que ça) accordé à l’image, à la photographie en particulier. Faut dire aussi qu’une heure et demi de gros plans sur un acteur que j’apprécie pas vraiment, ça a de quoi me rebuter. J’exagère un peu, mais c’est vrai que la caméra est la plupart du temps focalisée sur le personnage incarné par Clovis Cornillac, ce qui est un parti pris finalement très cohérent avec la dynamique du film : on suit le personnage, rien que le personnage. N’empêche, ça reste mou, et sans grand relief. Notamment dans les quelques scènes d’action du film, d’un rythme très cotonneux et détaché, ce qui ne serait pas un problème en soit – c’est une option de mise en scène comme une autre, et le résultat n’est pas forcément moche – si cela n’allait pas à l’opposé de la violence et de la sécheresse du personnage, et finalement à l’encontre de cette volonté de tout voir et ressentir à travers lui.<br />
Enfin, ça (et les acteurs vraiment pas glop, qui font parfois tomber le film dans le ridicule) reste accessoire. Le gros problème de <strong>Eden Log</strong>, c’est son scénario qui à mesure qu’il se révèle se fait de plus en plus convenu, appuyant avec trop peu d’originalité et de subtilité son décorum biblique (Eden, Adam, Eve et le reste, dois-je vous faire un dessin ?) et le discours des plus convenus qui sous-tend sa raison d’être (sans rien dévoilé du dénouement, ça fait 50 ans voir plus qu’on écrit de la SF sur ce thème, c’est lourd). <strong>Eden Log</strong> s’effondre alors comme un soufflé, alléchant à première vue mais vide en fin de compte.</p>
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		<title>I don&#8217;t want to sleep alone (Tsai Ming-Liang, 2006)</title>
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		<pubDate>Sun, 10 Jun 2007 11:25:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[2006]]></category>
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		<category><![CDATA[Tsai Ming-Liang]]></category>

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		<description><![CDATA[« Nul ». Un bon adjectif pour décrire le film. A prendre au sens propre comme au figuré, désignant le contenu comme le contenant. Tsai Ming-Liang, cinéaste du néant, créateur de films vides et poète apocalyptique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;année dernière j&#8217;ai pu voir mon premier film de Tsai Ming-Liang, <strong>La Saveur de la pastèque</strong>. Un film ma foi étonnant, bien loin de ce à quoi je m&#8217;attendais, avec du cul et des chansons, et d&#8217;après ce que je m&#8217;en souviens pas trop mal réalisé. Donc j&#8217;ai sauté sur ce <strong>I don&#8217;t want to sleep alone</strong> (joli titre), tout frétillant de voir un nouveau film déjanté, et ce fut une nouvelle fois bien loin de ce à quoi je m&#8217;attendais. Mais si j&#8217;aime être surpris dans le bon sens, je digère mal de l&#8217;être dans le mauvais – surtout que dans le cas présent, c&#8217;est avec l&#8217;art et la manière, et pas avec le dos de la cuillère.<br />
=&gt; critique vénère et expéditive inside</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/i-dont-want-to-sleep-alone-1.jpg" alt="" /></p>
<p>J&#8217;ai coutume de dire qu&#8217;on reconnaît facilement un mauvais film quand durant la projection au milieu d&#8217;un torrent de nullité on se surprend à faire la remarque « awé, ce plan là il est chouette », <strong>I don&#8217;t want to sleep alone</strong> a bien failli ne même pas me réserver ce plaisir. Et encore, je me demande si c&#8217;est pas moi qui ai constamment baissé mon niveau d&#8217;exigence tout le long de la séance.<br />
Tsai Ming-Liang ne bougera donc jamais sa caméra (à part si j&#8217;ai dormi, mais ça serait traître de sa part), mais après tout beaucoup la secouent pour rien dire, le plan fixe ça a parfois du bon. En fait il suffit que ça soit correctement monté. Mais Tsai Ming-Liang ne fait aucun effort de montage. Sérieusement, je les ai comptés, il n&#8217;y a que six scènes qui comportent de véritables points de montage – cad pas une coupure aléatoire entre deux séquences sans relation, mais un vrai effort de construire un espace dans le film. On dira qu&#8217;un plan séquence fixe est parfois sauvé par son cadrage et sa composition, mais encore une fois quasiment aucun effort de ce point de vue, je jurerais que c&#8217;est cadré par ma grand-mère. Et ce dispositif de mise en scène n’est cette fois pas sauvé par un délicieux et inattendu effet secondaire comme avait pu l’être <a title="Linda Linda Linda" href="http://insecte-nuisible.com/linda-linda-linda-yamashita-nobuhiro-2005/40/"><strong>Linda Linda Linda</strong></a>. Je passe sur les autres éléments qui aurait pu limiter la casse (photographie, son,&#8230;) qui souffrent de la même négligence. Alors oui, film dans lequel tout point de vue, toute vision, est remarquablement absent, <strong>I don&#8217;t want to sleep alone</strong> est le degré zéro du cinéma, son réalisateur ne faisant même pas l&#8217;effort de vouloir utiliser la moindre once de langage cinématographique.<br />
Pire que ça, <strong>I don&#8217;t want to sleep alone</strong> est la parfaite caricature du « film d&#8217;auteur asiatique » dans ce qu&#8217;il a de plus stéréotypé, de plus ridicule et de plus prétentieux. Sans connaitre la filmographie du réalisateur (et laissez moi vous dire que c’est pas demain la veille que je serai familier avec) je vous assure que ce film pue à cinquante bornes l’auteur qui autoplagie ses tics, ses thèmes et ses travers, se complaisant dans une démarche aussi vaine que radicale. Quasiment muet, sans réelle histoire mais quand même ponctuée de son lot de scènes de fesse, lent, terriblement lent au point où on pourrait obtenir un film normal en le passant en vitesse x2. Les chansons qui font à plusieurs reprises irruption dans le métrage sonnent comme le plus ridicule des gimmicks auteurisants (alors que dans <strong>La Saveur de la pastèque</strong> les scènes de comédie musicale emportaient l’adhésion par leur étrangeté et la dynamique de rupture qu’elles insufflaient au film). Ne parlons pas des personnages, bien évidemment totalement creux, totalement privés de psychologie et qu&#8217;on croirait tous sous prozac, dont les personnalités même pas esquissées ont bien du mal à justifier les comportements incohérents. Le réalisateur a du se dire que ça serait sûrement un truc qui « rend bien » sur lequel les festivaliers (ce genre de films devraient d’ailleurs se cantonner aux festivals ; les salles sont déjà surchargées, et les distributeurs feraient mieux de sortir en salles des films de Iwaï Shunji) s&#8217;extasieront de peur de passer pour celui qui n&#8217;a pas compris le film. En passant, je souhaite le plus grand courage et la plus belle imagination à qui voudra écrire une chronique positive de se film sans tomber dans les clichés usuels (cinéma du réel au plus près des corps, incapacité à exprimer l&#8217;amour, ancrage politique,&#8230;) de la critique de films d&#8217;auteur trop chiants mais qu&#8217;on est forcé d&#8217;aimer sinon on est pas cinéphile donc on ressort les conneries du dossier de presse en tissant une grille de lecture psychanalo-sociétale du film. Aller, je vous aide, dites un mot de ce film splendidement rythmé par les scènes où les personnages trimbalent leur matelas à travers la ville qui scandent comme une mélopée triste &#8211; vous pouvez même pousser le bouchon plus loin en tissant la métaphore de la passion du christ portant sa croix (c&#8217;est toujours très apprécié), le transport de matelas devenant, comme la flotte devient pinard, le Golgotha personnel des trois personnages. Trois personnages, trois croix, vous pouvez continuer sur la lancée de ce genre d&#8217;interprétations vides de sens, je vous laisse décider duquel des trois va jouer Jésus. Pour finir un petit mot de la profonde poésie mélancolique qui se dégage de ces scènes d&#8217;un chantier inondé ou encore de ville envahie par la fumée d&#8217;un incendie. L&#8217;eau et le feu, le déluge et la pluie de sauterelles, c&#8217;est le bonheur, l&#8217;interprétation biblique marche encore. <em>Bullshit </em>! Ça marche toujours, en particulier quand on a rien à dire.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://insecte-nuisible.com/images/i-dont-want-to-sleep-alone-2.jpg" alt="" /></p>
<p>Je ne le cache pas, faire un film vide parsemé de deux-trois « indices », laissant deux heures au spectateur pour se faire son propre film en ne cessant de se demander « mais qu’est-ce que ça veut bien vouloir dire, ça a l’air si mystérieux », ça me botte en théorie (pourquoi pas en fait ?). Mais force est de constater que dans la pratique ça n’est pas encore forcément au point. Je suis désolé, une oeuvre doit rester maîtresse et indépendante, un film qui ne dit rien et qui trouve seulement des débuts de motivations dans les interviews du réalisateur et le kit presse du distributeur, c’est pas un bon film. C’est la mort de l’art, et le règne du discours creux et préfabriqué (en passant, si un des défenseurs du film pouvait m’expliquer ce que « perfection formelle » veut dire accolé à ce film &#8211; putain les gens ! osez dire qu&#8217;un film est pourri quand bien même il est porté au nues, ça sert à rien de faire semblant d&#8217;avoir compris le film). Si le réalisateur a des choses à dire, qu’il les dise dans et par son film. Ou qu’il ne fasse pas de film. Une bonne idée ça, un film fictif, virtuel, avec juste des interviews et du matos promo. Faudrait que je lui touche un mot du concept, je pense que Tsai Ming-Liang pourrait être intéressé. Bien moins cher à produire, il n’en empêchera pas moins les critiques de Télérama de se branler et ça n’en sera pas plus nul.<br />
« Nul ». Un bon adjectif pour décrire le film. A prendre au sens propre comme au figuré, désignant le contenu comme le contenant. Tsai Ming-Liang, cinéaste du néant, créateur de films vides et poète apocalyptique. Espérons qu’une telle épitaphe puisse rapidement être accolée à sa carrière de cinéaste.</p>
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		<title>Compte-rendu bordélique d’une Nuit Excentrique (troisième du nom)</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Mar 2007 11:22:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Epikt</dc:creator>
				<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Alberto De Martino]]></category>
		<category><![CDATA[Bruno Mattei]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma français]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma hongkongais]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma italien]]></category>
		<category><![CDATA[Henri Lepage]]></category>
		<category><![CDATA[Jimmy Wang Yu]]></category>
		<category><![CDATA[nanar]]></category>
		<category><![CDATA[portnawak]]></category>

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		<description><![CDATA[Au programme : L’Ile aux femmes nues (Henri Lepage, 1953), L'Homme puma (Alberto De Martino, 1980), Les Rats de Manhattan (Bruno Mattei, 1984), Le Bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante (Jimmy Wang Yu, 1976) et tout plein d'autres trucs nanar !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>« Tu vas regretter d’être à l’existence. »<br />
<span style="font-style:normal;">Wang Yu dans <strong>Wang Yu contre la guillotine volante</strong></span></p></blockquote>
<p>Alors pour ma soirée d’hier j’avais deux options. Je pouvais aller faire un tour à Bercy pour le concert de Polnareff, mais faut avouer que c’est pas trop mon genre. Et pis c’était complet, enfin, je crois. Et je pouvais glander à la troisième nuit excentrique. Double avantage, c’est juste à coté de Bercy, donc du concert de Polnareff et puis il restait environ 80 places en vente sur place. Donc me voilà qui me pointe à la Cinémathèque un peu en avance (genre cinq heures et demi en avance) histoire d’être sûr de pouvoir rentrer. J’en profite pour discuter avec des gars du forum de Nanarland, boire de la bière à la saucisse et manger du saucisson au roquefort (ou est-ce au fromage de chèvre ?), oui, en gros je me suis tapé la grosse incruste – mais bon, j’ai quand même payé mon tribut, mon pack de binouzes j’ai qu’à peine tapé dedans, c’est bien qu’il y en a qui ont éclusé. Quoi qu’il en soit, on était au tout début de la file et hourra ! on a pu rentrer (ce qui vue la longueur de la queue n’a pas du être le cas de tout le monde).<br />
Bah tout d’abord pour ma <em>very first</em> nuit excentrique (malheureusement incompatibilité de calendrier pour les deux premières), c’est hachement plus grand et plus pro que mes premières projections Nanarland sur le campus grenoblois il y a quelques années ! Le petit scarabée est devenu grand comme dirait l’autre. Et puis merde, trêve de blabla, c’est parti pour une nuit de folie, de 20h30 à 9h30 concentré 100% nanar !</p>
<p style="text-align: center;"><strong>&lt; Attention, article rédigé à l’arrache, garanti au fil du clavier, sans relecture ni réécriture, sans sommeil non plus, avec fautes de syntaxes et d’orthographe, avec sûrement des répétitions et des confusions à gogo, avec pour seule nourriture pour l’artiste des pains au lait, des mini-croissants, des skittles, des dragibus, des nounours en guimauve et un certain nombre de cafés. &gt;</strong></p>
<p><a name="ile"></a><img src="http://insecte-nuisible.com/images/ile-aux-femmes-nues-1.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende"><strong>L’Ile aux femmes nues</strong> (Henri Lepage, 1953)</div>
<p>Donc voilà, ça commence dans une ambiance de folie par le fameux extrait de <strong>Braddock</strong> (<strong>Portés disparus 3</strong>) et la cultissime réplique de Chuck Norris « <em>Je mets les pieds où je veux Little John, et c&#8217;est souvent dans la gueule.</em> », réplique reprise en coeur par la salle qui connaît ses classiques (toi aussi, <a title="extrait audio" href="http://insecte-nuisible.com/audio/nanar/bradock.wav" target="_blank">révise tes classiques</a>).<br />
Suivent en suite quelques extraits de nanars, dont un extraordinaire <strong>Dracula, vampire sexuel</strong>, hallucinant film de vampires (comme quoi on s’en serait pas douté, même s’il faut toujours être prudent) avec des combats psychiques tordants, autant pour les acteurs qui se contorsionnent et s’étranglent sous les couleur chatoyantes de filtres vert et rouge, et comme si cela ne suffisait pas <em>boosté </em>avec des scènes érotiques rapportées de manière hyper racoleuse, décrivant maintes orgies entres jeunes gens dévergondés. Puis encore d’autres extraits et bandes annonces, en particulier celle de l’immense <strong>Ninja Terminator</strong> du non moins immense Gonfrey Ho avec le encore plus énorme Richard Harrison dont on reparlera par la suite.<br />
Puis vient la premier vrai plat de la soirée, <strong>L’île aux femmes nues</strong> d’Henri Lepage, un truc, sortie des caves de la Cinémathèque, une projection culturelle et patrimoniale en sorte. En fait, dans <strong>L’île aux femmes nues</strong> les filles ne sont malheureusement pas nues (c’est la <em>lose</em>, à mort le bikini !), mais le film reste un monument de franchouillardise beauf, parsemé de jeux de mots merdiques et de traits d’esprits tombant à plat. Un peu longuet quand même (la vie au grand air ça n’a jamais valu des bons vieux ninja) mais l’ambiance bonne enfant et quelque peu potache (toi aussi, <a title="extrait audio" href="http://insecte-nuisible.com/audio/nanar/soldat.wav" target="_blank">révise tes classiques</a>) de la salle laissait augurer de bonnes choses pour la suite. Parce que voué, le projection nanar c’est le seul type de cinoche durant lesquelles le public peut se manifester, et je dirais même doit se manifester, en applaudissant, en récitant le répliques en même temps que l’acteur (ou mieux, le doubleur), en insultant le personnage ou en l’encourageant. En gros, c’est un peu le cirque, mais c’est bon pour la suite.</p>
<p><a name="puma"></a><img src="http://insecte-nuisible.com/images/homme-puma-1.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende"><strong>L&#8217;Homme puma</strong> (Alberto De Martino, 1980)</div>
<p>La suite justement, mesdames et messieurs c’est du lourd, du gros, de l’énorme, du transcendantal, avec un <a title="le reportage en question [nanarland]" href="http://www.nanarland.com/nanarland_tv.php?vid=2">reportage exclusif</a> de l’équipe Nanarland sur je vous donne dans le mille, le grand Richard Harrison, « l’homme qui aurait pu être Clint Eastwood » pour reprendre un bon mot qui a fusé ci et là, mais qui a choisit d’être l’idole des bisseux, et tout particulièrement des amateurs de films de Ninja, dont je fais partie. Pour les incultes qui ne se rendent pas compte de la stature du bonhomme, <strong>American Warrior</strong>, c’est lui, <strong>Black Ninja</strong>, c’est aussi lui, <strong>Flic ou ninja</strong>, c’est à nouveau lui, <strong>Ninja Terminator</strong>, c’est encore lui, <strong>Ninja Fury</strong>, c’est toujours lui et j’en passe et des meilleures. Qu’il ait été honteusement exploité durant cette période par le génialissime duo Godfrey Ho / Joseph Lai et que ces films joyeusement nanars occultent souvent d’autres titres plus prestigieux de son impressionnante filmographie (films de guerre, westerns, péplums, films de jungle, pseudo James Bond,&#8230; Harrison a touché à tout ou presque) ne retire en rien au charisme naturel et moustachu qui a su l’imposer comme une figure emblématique du film de ninja, et un acteur incontournable du cinéma bis (voir carrément Z parfois). Donc voilà, respect éternel Mr Harrison.<br />
Les bandes annonces n’ont pas été avares non plus, proposant entre autres <strong>Gappa, le descendant de Godzilla</strong> (seul représentant du Kaiju-eiga dans une programmation malheureusement ingrate en monstres géants – dommage, je suis fan aussi), <strong>Zoltan le chien sanglant de Dracula</strong> (vous ne regarderez plus jamais un zoli chiot de la même façon) ainsi que <strong>Une vierge pour Saint Tropez</strong>, film qui à en croire la bande annonce contient tout, mais tout (de mémoire « romantique comme les films suédois, passionnant comme les thrillers américains, avec de l’action comme les meilleures production asiatiques, etc&#8230; »). En fait ce film, c’est <strong>Breaking Point</strong> (toi aussi, <a title="extrait audio" href="http://insecte-nuisible.com/audio/nanar/breakingpoint.mp3" target="_blank">révise tes classiques</a>).<br />
Puis voici le second film complet de la soirée, le cent fois culte <strong>Homme puma</strong>, qui est au film de super-héros ce que Chantal Goya est à la chanson française. Un grand classique que la moitié de la salle devait avoir vu, mais quel plaisir de le voir sur grand écran, en public, en 35mm et dans une copie incroyablement bonne pour un film de ce genre ! Un film que tout nanardeur se doit d’avoir vu, malgré un léger relâchement vers le milieu. Mais voilà, ce film c’est un monument, le summum du film de félin volant, un <em>must-see</em> de toute culture cinématographique qui se respecte, à l’instar de <strong>Turkish Starwars</strong> (curieusement absent de la programmation) et du <strong>Théorème </strong>de Pasolini.</p>
<p><a name="rats"></a><img src="http://insecte-nuisible.com/images/rats-de-manhattan-1.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende"><strong>Les Rats de Manhattan</strong> (Bruno Mattei, 1984)</div>
<p>Après une nouvelle pause et un jeu concours où votre serviteur n’a rien gagné (et pourtant je suis fort d’habitude, j’ai gagné plein de cochonneries à ce genre de petites gâteries – mon sabre ninja en plastoc rouge trône d’ailleurs fièrement sur mon armoire) mais avec un karaoké rigolo basé sur les répliques de <strong>Hitman the Cobra</strong> (toi aussi, <a title="extrait audio" href="http://insecte-nuisible.com/audio/nanar/hitman1.mp3" target="_blank">révise tes classiques</a>)(et tant qu’à faire, <a title="extrait audio" href="http://insecte-nuisible.com/audio/nanar/hitman2.mp3" target="_blank">double dose</a> !), on a de nouveau eu droit à des extraits en tous genres, qu’il s’agisse de <em>cuts </em>made in Nanarland – dont j’ai oublié de vous parler pour l’instant, il ont pourtant été riches, entre des sélections de valeurs sûres comme <strong>Le Clandestin</strong>, <strong>Captain Barbel</strong> et <strong>White Fire</strong> ou encore dans le rayon découvertes un stupéfiant film de moto (genre mélange improbable de <strong>La Coccinelle à Monte Carlo</strong> et de <strong>Megaforce</strong>) dont j’ai malheureusement oublié le titre, à chaque fois lancées par la cultissime, encore une fois, et obscure réplique du <strong>Lac des morts vivants</strong> : « Promisoulin ! » – ou de nouvelles bandes annonces ou extraits (un petit <strong>Super Inframan</strong>, ça peut pas faire de mal).<br />
Puis venait <strong>Les Rats de Manhatan</strong> du grand Bruno Mattei (même si j’aurais préféré un petit <strong>Robowar</strong>, mais c’est histoire de goûts persos, je préfère les <em>jungle/predator</em> movies aux films de bébètes), que j’avais vu étant môme et dont je ne me souvenait vraiment pas des masses. Ce fut donc un autre grand bonheur que de redécouvrir ses dialogues surréalistes, ses acteurs étonnants de véracité et de retenue (mention spéciale à la débile hystérique) et ce scénar crétin au possible. Par contre je me souvenais de ces rats balancés dans le champ de la caméra à grand coups de brouettes, l’image a du me marquer, mais faut avouer que ce procédé n’a pas vieilli d’un cheveu et se révèle toujours aussi efficace et stupéfiant de naturel (<em>lol </em>comme disent les jeunes).</p>
<p><a name="wangyu"></a><img src="http://insecte-nuisible.com/images/wang-yu-1.jpg" alt="" /></p>
<div class="legende"><strong>Le Bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante</strong> (Jimmy Wang Yu, 1976)</div>
<p>Alors là il est déjà dans les 5 ou 6h du mat’ et la soirée a deux bonnes heures de retard, mais qu’importe. Surtout qu’on nous propose une bande annonce démente d’un film avec un titre dément, <strong>Jeux de mains, jeux de chinois</strong> (je comprend toujours pas quel jeu de mot foireux est passé par la tête des exploitants qui on renommé le film comme ça) ou encore d’un film visiblement incroyable, <strong>Get mean</strong>, western spaghetti pour le moins éclectique puisqu’on y trouve aussi des guerriers berbères et des sortes de vikings bien vénères (et non, je n’hallucinais même pas).<br />
Puis voilà enfin le clou de la soirée, incontestablement mon préféré, mon petit chouchou, celui pour lequel je ne regrette pour rien au monde d’être resté réveillé jusqu’à 7h du matin, parce que ce film est une merveille. <strong>Le Bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante</strong>, son titre est déjà tout un poème à lui tout seul, et le film tient toutes ses promesses. Enfin, pas forcément le film en lui même (faudra d&#8217;ailleurs que j’essaye de mettre la main sur une version originale chinoise), même si dans son concentré de combats il pose déjà la base d’un certain rythme (extrêmement répétitif et donc très ludique pour le public qui accompagne les roulement de tambours et les victoires de ses applaudissements comme dans un vrai stade), mais surtout en raison d’un doublage français et d’un mixage audio complètement démentiels. <strong>Le Bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante</strong> (quel plaisir !) est en effet le premier film chinois que je vois à être doublé avec un mélange d’accent <em>british </em>d’une part et franchouillard <em>cote d’azuresque</em> de l’autre, le tout saupoudré d’intonations précieuses quasiment versaillaises. Et si les doubleurs (visiblement une équipe très limitée) s’en sont donné à coeur joie, les traducteurs aussi se sont visiblement fait plaisir en jouant sur les registres de langage de manière totalement anarchique, ce qui nous vaut des répliques extraordinaire du style (le jeune loup un peu poseur au maître d’art martiaux) « hé ! c’est toi le vénérable maître machin chose ? » (désolé pour ma mémoire défaillante, faudrait que je retrouve le passage) et autres plaisirs linguistiques absolument délicieux. Rajoutons quelques effets gores bien venus, une panoplie de personnages haut en couleur (une pensée émue pour l’indien avec ses bras à rallonge – et oui, Dhalsim dans <strong>Street Fighter</strong> !), un méchant très méchant avec des sourcils géants qui doivent lui servir de radar comme chez les écrevisses et un héros en fin de compte désespérément lâche et faux derche (du genre à s’enfuir devant ses adversaires pour les attirer dans des pièges à la con) en plus d’être manchot et de mal cacher son bras dans son bide, bref, tous ses ingrédients font du <strong>Bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante</strong> (raaah ! ce titre !) un putain de chef d’oeuvre improbable. Une effroyable démonstration par l’exemple que la réappropriation d’un film par un traducteur complètement à la ramasse et une équipe de doubleurs mongoliens peut accoucher d’une oeuvre totalement neuve, un monstre de cinéma, preuve s’il en est encore besoin que le nanar est un domaine du cinéma totalement imprévisible et fondamentalement contradictoire, déployant à la face du monde sa propre logique, à sa manière imparable (toi aussi, <a title="extrait audio" href="http://insecte-nuisible.com/audio/nanar/impitoyable.wav" target="_blank">révise tes classiques</a>)(et tant qu’à faire, <a title="extrait audio" href="http://insecte-nuisible.com/audio/nanar/insensible.wav" target="_blank">double dose</a> !)(et pis merde je suis généreux, <a title="extrait audio" href="http://insecte-nuisible.com/audio/nanar/decoratrice.wav" target="_blank">et de trois</a> !).</p>
<div class="note">Merci à Nanarland pour les extraits audio (empruntés sans autorisation, faut pas pousser non plus, vous croyez que dans Turkish Starwars ils ont demandé à Spielberg pour utiliser la musique ?)</p>
<p>Liens : <a title="Nanarland" href="http://www.nanarland.com/">Nanarland</a> &amp; la <a title="Cinémathèque" href="http://www.cinematheque.com/">Cinémathèque française</a></div>
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