Strawberry Shortcakes (Yazaki Hitoshi, 2006)

Si certains lecteurs assidus de ce blog connaissent Strawberry Shortcakes, c’est par le magnifique manga de Nananan Kiriko, auteur et dessinatrice que comme vous le savez probablement j’admire énormément. Après un Blue quelque peu décevant (réalisé par Ando Hiroshi en 2001) Strawberry Shortcakes est le deuxième de ses manga à être adapté au cinéma, sous mon oeil inquisiteur ça va de soit. Et si j’avais hésité à vous en toucher un mot il y a quelques mois au moment de sa sortie en DVD avant de finalement ne rien en faire, le festival du film japonais contemporain le rappelle aujourd’hui à mes bons souvenirs.

Rappelez-vous donc, Strawberry Shortcakes c’est les destins croisés de quatre jeunes femmes, leurs histoires de coeur et de cul, leurs problèmes en tout genre,… leur vie un peu pourrie mais en fin de compte très normale. On ne change pas une équipe qui gagne et l’adaptation est très (très) fidèle au manga original, parfois jusqu’au décalque. Il y aura bien quelques changements ici et là (la fin par exemple, un rajout par ailleurs pas indispensable), en particulier sur le personnage de Satoko, bien moins dépressive dans le film que dans le manga (même si c’est peut-être aussi le fait de ce petit rayon de soleil d’actrice qu’est Ikewaki Chizuru). Mais faut avouer que c’est bien fait, sans doute du fait de l’investissement de Nananan Kiriko dans le film (elle y joue même un des rôles principaux, créditée sous le nom de Iwase Toko qui n’est autre que celui de son personnage). La structure en scénettes est abandonnée pour une narration plus traditionnelle et plus fluide, davantage adaptée au cinéma. Chose plus surprenante, le recourt à la voix-off n’est pas utilisé. D’un coté ça fait plaisir, le procédé devenant vite lourdingue et rappelant trop souvent et trop vulgairement son origine livresque. De l’autre, cela nous prive du discours intérieur des filles qui dans le manga faisait passer beaucoup avec une belle économie de moyens. Mais je vais arrêter de comparer les deux (puisque de toute façon il n’y a pas photo, n’est-ce pas ?) car encore une fois cette adaptation reste plutôt réussie, restant fidèle à l’original tout en sachant s’en éloigner au besoin.

Nous autres inconditionnels de la mise en scène qui en met plein la gueule lui reprocheront quand même une petite paresse à ce niveau. C’est très loin d’être laid, c’est même parfois élégant (les plans du plafond par exemple, très bien choisis), mais comment dire ? J’aime quand un réalisateur s’engage davantage dans ses choix et sa mise en scène, d’autant plus dans une adaptation. Les premières minutes étaient pourtant bien bizarres et laissaient entrevoir un regard moins illustratif. Que cette première scène peut me réjouir ! (après il est vrai m’avoir fait pousser un grand « what the fuck ? o_O’ ») Etrange et inattendue, à l’emphase totalement non-nanananesque (ça c’est du mot ©Epikt 2007), pleine d’entrain, et Ikewaki Chizuru en pyjama avec ses couettes complètement débraillées (cette dernière chose ça ne marche que sur moi, je le crains) et qui en fait des tonnes. Le tout conclu par un travelling compensé (entame au grand angle, puis travelling arrière avec zoom) du plus bel effet. C’est étrange dans le contexte (surtout pour un habitué de Nananan, chez qui les événements sont mis en scène de manière très retenue), mais finalement je regrette que Yazaki Hitoshi ne se laisse pas aller plus souvent à ce genre de délires.
N’empêche, malgré sa mise en scène certes de bon goût mais manquant parfois d’implication, Strawberry Shortcakes est un film loin d’être mauvais, voir même au contraire très recommandable. Le film est en effet rehaussé par un casting de grande qualité : Ikewaki Chizuru bien entendu (je suis faible, et alors ?) mais aussi Nakamura Yuko (que je n’avais pour l’instant vue que dans les très merdiques Suicide Manual) ou encore Ando Masanobu dans un rôle secondaire. Pour sa première en tant qu’actrice Nananan Kiriko est aussi très bien, et au milieu de ce casting qui frise l’excellent seule Nakagoshi Noriko est un peu en retrait mais faut dire aussi que le rôle de Chihiro, très petite pouffe superficielle dans son genre, est bien ingrat.

Mais surtout, Strawberry Shortcakes tire pleinement parti de son matériau de base en béton armé. Alors les principales qualités du film sont aussi des caractéristiques du manga, mais qui s’en plaindra ? Une belle écriture donc et des ajouts à l’oeuvre originale qui n’ont pas altéré la justesse des personnages, la crédibilité de leurs comportements et l’authenticité des émotions qui les habitent. Alors si on conseillera toujours en premier la lecture du manga (ne serait-ce parce qu’il est disponible en français dans toutes les bonnes crémeries du coin), le film est loin de lui faire honte (j’espère qu’au contraire il lui fera un peu de pub).

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