Running seven Dogs (Ki Ju-Man, 2000)

De tous les films de ma sélection de films coréens pas connus, Running seven Dogs est probablement celui qui a le plus rien à y faire, comprendre par là que c’est le plus commercial dans la forme comme dans le fond. Mais parait-il qu’il se soit vautré salement la gueule au box-office (peut-être après tout était-il en avance sur la hollywoodisation du cinéma coréen) et qu’il soit depuis resté aux oubliettes. Le cruel monde cruel du cinéma est très cruel. Cela dit, on ne peut s’abstenir de penser « tant mieux », car avouons-le d’emblée le film est plutôt mauvais.

Je vais avoir un peu de mal à vous résumer le bazar, étant à l’origine pas super doué à cet exercice, et en plus le film étant de cette sorte s’appliquant à toujours faire plus compliqué que cela ne l’est vraiment, poussant la tarabiscotisation (si je veux) de la trame au maximum gérable, à grand renfort de personnages plus ou moins secondaires, de flash-back et parfois même d’incohérences. En vrac, un chauffeur de taxi renverse un type transportant une mallette pleine de thunes, type qu’il s’empresse d’enterrer et thunes qu’il s’empresse de planquer dans la supérette où bosse sa copine. Malheureusement le type était poursuivit par des tueurs (dans le genre très cons mais armés de tronçonneuses) parce qu’il a sauté la femme d’un gros bonnet. Bien entendu les flics (pas très réglos eux non plus, ça serait pas rigolo sinon) s’en mêlent, informés par un receleur ripoux. Et tant qu’à faire un petit voyou et sa bande de motards à mobylettes, de même que deux jeunes pas très futés qui leur ont volé une moto, y sont mêlés bien malgré eux.

Et voilà que ça se tire dans les pattes, que ça accumule les quiproquos, que les tueurs n’arrêtent pas de couper les mauvaises paires de jambes et comme de bien entendu tout ce beau monde va se retrouver tous ensemble pour se mettre sur la gueule à la fin (et vous savez quoi ? les gentils gagnent !). Ça va vite, enfin ça devrait, car il faut avouer que pour un film du genre Running seven Dogs traine un peu la patte question rythme. C’est pas faute pourtant de sauter d’un personnage à l’autre de manière frénétique, ce qui rend parfois le film carrément confus (pas grave, c’est le but vous diront les scénaristes flemmards). De la même manière, les quelques flash-back qui se dissimulent dans ses apparitions (en gros, le film commence avec le type se faisant renverser, puis on découvre ce qui s’est passé avant et après) achèvent de semer la confusion. Au sujet de ses derniers, justement, dommage qu’ils sont finalement pas assez nombreux et consistants, ne réussissant pour le coup pas à constituer une vraie trame alternative à la principale, se contentant de n’être que quelques inserts (plus ou moins bien insérés d’ailleurs). Pourtant, on tenait là une idée : mener de front en narration parallèle deux trames elles mêmes décomposées en différents points des vue alternés (le tout étant, une fois posé, mené de façon chronologiquement linéaire). C’est d’ailleurs sûrement ce qu’a tenté le scénariste (à moins que je ne lui prête des idées géniales qu’il n’aurait jamais eu, mais jamais on ne me reprochera de ne pas lui prêter de bonnes intentions), mais le tout manque comme je l’ai dit d’équilibre entre la trame flash-back et la trame principale. Car il est vrai que le film semble bien souvent monté au petit bonheur la chance, sans vraiment de volonté forte pilotant l’affaire.

On se retrouve alors finalement avec un film porté par ses gimmicks de film Hollywood mâtiné de british-attitude branchouille-wannabe (comprenne qui pourra), à grand renfort d’absurde, de bande son Pulp Fiction-like, de voix-off m’as-tu-vu très dispensables, d’arrets-sur-image-ralentis-accélérés pas toujours bien amenés et d’une mise en scène sans éclat mais se voulant néanmoins punchy. Reste alors la présence au casting de Lee Ji-Hyeon qui avouons-le est un joli petit lot – mais à se compte là, autant la voir dans La Belle, très jolie romance érotique, qui non seulement est cent fois plus intéressant et surtout ne cache (presque) rien de l’anatomie de la miss. Tant qu’on est à trouver des circonstances atténuantes, reconnaissons que si Running seven Dogs succombe au piège du « machin qui entube truc qui entube bidule », il nous épargne la très énervante succession de twists et de révélations fracassantes qui le plus souvent va avec, puisque le mystère de ces retournements de situation est dévoilé au spectateur bien avant de l’être au personnage. Une sublime façon de se tirer une balle dans le pied, tellement le « méga twist qui tue la mort » semble un passage obligé et attention du genre, mais de mon coté j’aime bien. Pour le reste, faut avouer que Running seven Dogs, s’il pouvait (peut-être) receler quelque originalité (pour un film coréen) à l’époque de sa sortie (et encore j’en doute), est du genre qu’on a vu cinquante fois – qui plus est en mieux.

Comments are closed.

À propos de ce texte