Ring (Suzuki Koji, 1991)

« Asakawa ne sait pas trop pourquoi, mais toute cette histoire lui paraît très conventionnelle, comme dans les mauvais feuilletons télévisés. »

La curiosité est un vilain défaut. Autant celle qui pousse à regarder une cassette vidéo maudite que celle qui pousse à lire un bouquin en vous disant que, on sait jamais après tout si ça se trouve c’est un putain de chef d’oeuvre et que le film n’en est qu’un immonde sabotage. Un vilain défaut je vous disais, mais quand même, je m’interroge beaucoup sur l’engouement autour de ce livre. Jugez plutôt : deux suites (Double hélice et La Boucle), une préquelle (Ring zéro), une adaptation cinématographique japonaise bien connue (celle de Nakata Hideo) et ses deux suites, un téléfilm (Ring : kanzen ban de Takigawa Chisui), une adaptation de Double hélice (Rasen de Jouji Lida), deux séries télé (Ring : final chapter et Rasen), un remake coréen (Ring Virus de Kim Dong-Bin) et pour finir deux remakes US (The Ring de Gore Verbinski et The Ring 2 de Nakata lui même). On frise l’indigestion et on n’y comprend rien. Que peut bien avoir ce bouquin qui me soit de la sorte passé sous le nez ? Parce que bon, ce bouquin est un peu naze, non ?

J’en connais qui vont me reprocher de ne pas garder ce genre de sentence pour la fin de la critique. Regarde Suzuki, qu’ils me diront, lui garde la révélation finale pour la toute fin, on reste scotché comme ça ! Moué. Déjà que je n’ai jamais été particulièrement convaincu par les romans à chute, si je dois me taper 250 pages de néant avant de tomber des nues devant un deus ex machina des plus convenus, je baisse les bras.

Mais revenons à nos moutons, et au livre lui même. Comme chacun sait c’est l’histoire d’un journaliste (« un », oui, le personnage féminin est une invention du film) qui enquête sur une sombre affaire de vidéo maudite qui tue en une semaine. Il remonte donc la piste, traquant les indices jusqu’à une certaine Yamamura Sadako, une fille avec des pouvoirs psy sauvagement assassinée et balancée dans un puit. Et qu’on ne s’y trompe pas ce livre est bel et bien un thriller, du moins une enquête, certes matinée de fantastique mais en aucun cas un livre d’horreur si toutefois ce genre de livre existe. Le tout n’est donc pas des plus paniquant et même les plus sensibles s’en tireront à bon compte.
Cela ne veut pas forcément dire que le roman n’est pas palpitant, il est au contraire assez accrocheur (même lorsque l’on connaît l’histoire) et les pages se tournent à vitesse grand V. La faute sans aucun doute à un style des plus quelconques, qui penche même parfois vers le néant absolu, ce peut-être à cause d’une traduction peu inspirée. Mais c’est bien connu, la soupe ça passe tout seul.

Ne soyons quand même pas toujours négatif, il y a dans Ring quelques bons points. L’aspect contaminant pour commencer, même si cela fait furieusement penser à Tomie, le manga de Ito Junji publié en 1987 soit quatre ans avant Ring. Aussi, l’histoire de Sadako est bien plus intéressante et intelligente que le reste du livre. C’est même à se demander pourquoi tous ces passages sont passés à la trappe lors de l’adaptation cinématographique (de la japonaise en tout cas, car le remake coréen développe davantage ces points) alors qu’ils apportent incontestablement de la profondeur au récit. Mais ne tergiversons pas, la seule vraie bonne idée de Ring ce sont ces fameux clignements de paupières sur la vidéo. Ça c’est fort. Mais ça dure deux pages.

Mais venons-en enfin aux choses qui fâchent (vous voyez que je sais en garder sous le pied), à savoir que la base même de ce livre est d’un ridicule sans nom. Franchement, cette histoire de cassette vidéo maudite vous y croyez ? Vous me direz que c’est un symbole, que justement la littérature fantastique est le domaine de l’irrationnel et qu’une VHS hantée fait parfaitement l’affaire. Pour cela il y a le fantastique traditionnel et il se débrouille très bien, un fantôme n’a pas besoin d’une cassette vidéo pour exister. En fait tout ça sent le « mais bon dieu qu’est-ce que je pourrais bien inventer cette fois si pour accrocher le lecteur avec une idée nouvelle et tant pis si c’est bancal tant que c’est nouveau ». L’idée : trouver une idée un tant soit peu originale et la justifier à l’arrache. C’est justement le cas dans Ring, dans lequel Suzuki va au fil du récit accumuler les théories les plus bancales (du genre qui ferait passer Je suis une légende de Matheson pour de la hard-science, c’est dire). On ne va pas s’éterniser cent cinquante ans sur le pourquoi du comment Sadako arrive à enregistrer sur la VHS si elle agit au niveau du tube cathodique ou même de pourquoi recopier la cassette briserait la malédiction, le roman ce serait bien passé de tout cet étalage mystico-scientifique de bazar. Mais le soucis est : mais alors que reste-t-il ? Une psychologie malheureusement des plus sommaires et une intrigue qui en fin de compte se contente de faire planer le mystère sur du vide.

Retour à la case départ donc, je suis toujours curieux : mais pourquoi donc tant de foin autour d’un livre à ce point insignifiant ?

  • Titre : Ring
  • Titre original : リング
  • Auteur : Suzuki Koji
  • Pays : Japon
  • Année : 1991 (2002 pour la traduction française)
  • Autres tags : littérature, fantôme

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