Ricky (François Ozon, 2008)

Jamais j’aurais du lui avouer que j’avais vu ce film ; mon compère Arkady Knight m’a alors dit « T’as fait un pas glop tout pourri sur le Romero, t’en fais un sur Ricky », donc je m’exécute la mort dans l’âme, me demandant ce que je vais bien pouvoir en dire…
Critique pourrie inside !
Histoire de remplir, soulignons les convergences de calendrier alors que pas moins de trois « films d’enfants pas normaux qui sont différents » sont sortis ces dernières semaines : les jeunes cons décérébrés iront voir Push (sympathique série B, avec une voyante de 13 ans bourrée dedans), les amoureux du grand cinéma américain se tourneront vers L’étrange histoire de Benjamin Button (le jeune con décérébré que je suis ne peut s’empêcher de trouver ça très lourd), les sexagénaires ménopausées en mal de maternité depuis l’annonce de l’homosexualité de leur fille se rabattront sur Ricky, nouveau film de l’inénarrable François Ozon.

Le film s’articule autour d’un méga spoiler, tellement spoiler de la mort qu’il est éventé dès la bande annonce. Parce que l’info aurait de toute façon filtré, à cause/grâce à notre société de l’information, dixit le réalisateur lui-même (dans le magazine la brochure UGC Illimité de cette semaine)(éwé, j’ai des lectures hautement intellectuelles), sans doute en oubliant que tous les spectateurs ne passent pas leur temps sur les forums à tout mettre en oeuvre pour se gâcher les films. Passons. Ricky vole. Pas comme on vole dans les supermarchés, mais avec des ailes. Ce qui n’empêche pas qu’on peut voler avec des ailes dans un supermarché, c’est d’ailleurs ce que fait Ricky et qui comme vous pouvez vous en douter ne manquera pas d’attirer l’attention.
Mais le film commence bien avant cela, lorsque Katie, ouvrière bien prolo sur les bords, fornique avec Paco dans les toilettes d’une usine de produits chimiques (Godzilla cassoulet ?), accouplement qui sera sans doute à l’origine de la naissance du petit monstre. L’homme emménage bientôt chez la femme, dérangeant par la même occasion la relation entre Katie et sa fille de sept ans née d’une première union. Puis arrive Ricky, gros bébé affamé et qui pleure tout le temps. Puis apparaissent sur le dos du bébé de curieux hématomes : accusé de maltraiter le nourrisson Paco claque la porte, mais il s’avère que ces mystérieuses traces sont tout autre chose (tatatin !).

Avant l’événement de l’argument fantastique, et après également, le film tient principalement de la chronique sociale (ça existe ?), peignant de manière réaliste la vie de cette femme confrontée à ses problèmes quotidiens et à une existence sans doute pas hyper confortable, sa relation avec sa fille aussi. Pas grand chose à en dire malheureusement, pas que le sujet m’ennuie tant que ça mais c’est on ne peut plus banal, dans le sujet forcément (mais c’est le but) mais surtout dans le traitement qui sans être totalement dépourvu de finesse ne marque ni par sa singularité ni par son audace. Heureusement alors qu’il en vient à pousser des ailes au gamin, afin de permettre à ceux n’ayant jamais eu devant les yeux de véritable OFNI de crier au génie novateur – car c’est bien là l’arnaque totale de ce film et des commentaires qu’il provoque, faire passer la vessie Ozon pour une lanterne de créativité.
Reste à savoir ce que fait Ozon de son hypothèse fantastique. Bien entendu – et c’est très compréhensible et sans doute pas plus mal – il ne sera pas question d’expliquer l’origine des mutations. Doit-on alors principalement voir ça comme une métaphore ? Mais de quoi ? Une mère tentant de protéger son enfant « différent » de la cruauté du monde (médecins, journalistes,…) ? Une allégorie de la perte d’un enfant (je ne fais pas particulièrement référence au fait qu’il ait des ailes, mais à la fin, que je ne dévoilerai pas davantage) ? Quoiqu’il en soit ça vole pas bien haut (huhuhu !), la faute (attention, démonstration en deux points) à un ton très neuneu plein de bons sentiments qui cantonne le propos au superficiel et comme d’habitude à une mise en scène (digne d’un feuilleton de début d’après midi sur une chaîne du service public) incapable de donner un peu de contenance au film.

C’est donc mal mis en scène, mais à vrai dire je ne me souviens pas d’un film de Ozon (qui, il faut bien l’avouer, ne me laissent pour la plupart aucun souvenir !) qui se distingue à ce niveau. C’est quand même vexant ce genre de cinéma service minimum, à peine du cinéma de filmeur.
J’ai vu le film sans vraiment faire attention, du coup j’aurais du mal à étayer concrètement ce que je dis. Il y a quand même une réflexion que je me suis faite et qui m’est restée en tête car je m’étais fait à peu près la même au sujet de La petite fille de la terre noire (qui, sur ce point particulier, était quand même mieux foutu). On trouve dans le film quelques séquence très elliptiques dans leur narration dans lesquelles une action n’est montrée que dans un plan et un seul : elle travaille à l’usine, un plan ; elle montre à l’escalier, un plan ; elle prépare un café, un plan ; elle se couche, un plan ;… c’est pas mauvais par essence, ça doit même pouvoir accoucher de choses plutôt belles (pas d’exemple sous la main malheureusement). Le problème dans le film de Ozon c’est que ces séquences ne sont que des plates énumérations, la faute à un montage négligé : on a compris qu’elle travaille, puis qu’elle rentre chez elle, puis qu’elle se fait un café, mais la séquence n’a aucun rythme tellement le montage est aléatoire. Comme si chacun de ces plans n’était qu’une unité  explicite d’action (« elle monte l’escalier ») dépourvue de toute temporalité, rythme et mouvement, plutôt qu’un vrai plan de cinéma à intégrer au sein d’une séquence ayant elle aussi sa temporalité, son rythme et son mouvement. En fin de compte on est plus proche d’une projection de diapos chez tante Ivette que d’une séquence de cinéma.

Tiens, toujours au sujet d’ellipse, la première partie est bizarre. Je ne dirais même pas que c’est mauvais car ça fait son petit effet, mais ça donne quand même un coté négligé. Bref, tel que le film est monté, on a l’impression que (quelque jours après le premier coït dans les toilettes) le soir ils vont au resto et ils rentrent chez la femme ; le lendemain matin la petite fille découvre l’amant de sa mère au petit déjeuner et apprend qu’il va habiter avec elles (un peu rapide pour emménager, non ?) ; et que dans la même journée la mère s’évanouit au travail et part à l’hôpital pour accoucher. Un récit serré comme dirait l’autre !
Par contre, un autre artifice de narration qui cette fois est vraiment raté, en plus d’être totalement inutile, c’est la scène pré-générique. On y voit Katie, sans doute chez une assistance sociale, qui craque et qui pleure, expliquant que c’est trop dur d’être seule sans boulot pour élever deux enfants, en particulier le deuxième qui lui pose pas mal de problème et qu’elle envisage de placer dans un foyer. Puis on comprend (c’est écrit) que c’est un flashforward. Le problème, c’est que cette scène ne se recoupe à rien de ce qui va suivre, et encore moins avec la fin qui s’avère heureuse (difficile alors de penser que cette scène puisse se dérouler après). Au mieux pourrait-on imaginer la caser au milieu, alors que Paco est parti et que Ricky fait ses ailes, mais cela va à l’encontre de l’obstination de la femme à ne surtout pas se séparer de son fils et de ne surtout pas le confier à des toubibs, éducateurs, et cie. Incohérence quoi, gimmick ridicule (sensé accentuer le coté « film social » ?). Je suis du genre à volontiers donner leur chance aux films dans ce genre de cas et à interpréter toutes sortes de logiques qui ne le sont peu (en fait le film est une uchronie, un fantasme de la femme qui ne supporte pas son fils et qui rêve qu’il est né avec des ailes de poulet, ce qui apporte la preuve définitive que François Ozon est un cinéaste de SF), mais il y a des limites à ne pas dépasser.
De toute façon, d’une manière générale le film est pétri d’incohérences en tout genre. Et je parle même pas de banales erreurs de script (faites attention aux va-et-vient des casques entre l’appart et l’usine, y a de la télétransportation dans l’air)(idem, même si c’est plus gênant, du bébé qui se retrouve en haut de l’armoire avec ses moignons d’ailes) dont on a le droit de se foutre (ce genre d’erreurs, si ça reste à éviter, n’ont jamais fait un mauvais film), mais des personnalités sommairement esquissées et des comportements qui vont avec (je veux bien croire que ce sont des pauvres, mais ça doit avoir un cerveau un pauvre, enfin, je crois). Et ne parlons même pas des dialogues le plus souvent ridicules – mention spéciale à celui de la fillette et son « tu as raison Ricky, quand on aime on part pas », et bien entendu au splendide « parce qu’il est différent ».

J’ai évoqué les séances diapo en famille, et en fin de compte c’est comme ça qu’il va falloir voir Ricky. Je n’ai en effet rarement vu un film aussi abruti devant une figure de bambin, s’émerveillant des gazou-gazou du petit chenapan ailé. Et le public de lui aussi faire des roucoulades à la moindre apparition de la bouille de Ricky. Ecoeurant.
Je confesse volontiers ne pas aimer les bébés, et que j’aurais sans doute préféré un film avec un petit chaton ! Mais soyons sérieux trente secondes, on ne fera pas un grand film en prenant au premier degré la régression gaga qui prend les gens à la simple vue d’un bébé faisant des bulles (ou d’un petit chat). Si je voulais paraître réac je dirais même que c’est indécent ! Si je voulais paraître un intégriste élitiste je dénoncerais cette complaisance dans l’imbécillité crasse. Et si je voulais paraître frustré je dirais que la régression des autres dans leur bonheur me débecte.
Par contre j’aime le fantastique, ce même fantastique qu’Ozon semble si frileux à emprunter, refusant de pousser dans leur retranchement ses métaphores, aussi bien symboliquement que visuellement. Qu’on se le dise, Ricky n’est qu’un pitch, une idée.
Il n’en ressort qu’une chose, avec son absence de mise en scène et son incapacité à faire de son conte fantastique autre chose que du premier degré abrutissant, Ricky ne vaut pas plus qu’un film familial sur les premiers pas du petit neuveu. Avec un petit artifice bourrin pour rendre universel ce sentiment normalement très personnel des parents pour qui leur rejeton tout moche est exceptionnel, mais ça madame Michou c’est ce qu’on appelle la « magie du cinéma ».

§ Un commentaire sur “Ricky (François Ozon, 2008)”

  • casaventura says:

    OZON donne le bourdon – RICKY ? vision affreuse d’une famille en difficulté financière et ce qui s’en suit, sans scrupule (de vrais moches) ! A quand l’adoption des enfants pauvres par le riche Marais parisien – OZON a la solution !

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