Poison (Park Jae-Ho, 1997)

Deuxième expérience au beau pays des films coréens pas connus, Poison n’est lui non plus pas une désagréable surprise, même si comme on le verra on ne s’en relèvera pas la nuit. Attention toutefois à ne pas se laisser abuser par l’affiche : Poison n’est pas une romance neuneu pour ménagère approchant de la ménopause, mais au contraire flirte volontiers avec le film de djeunz rebelle ! Ewé ! Même si, malheureusement, pas assez.

Abandonnée toute gamine par sa mère, Seo-Rin est devenue prostituée à 14 ans et vit depuis en arnaquant ses clients. Un jour elle monte dans le taxi de Jeong-Il, jeune homme insomniaque et un peu paumé, qu’elle profite pour dévaliser avant de disparaître. Mais il se retrouvent quelques temps après, alors que Seo-Rin essaye d’échapper à un policier véreux fan de Nietzsche (!!!) qui abuse d’elle : Jeong-Il se fait latter la tronche, et il est ramené chez lui par la jeune femme qui le soigne et est peu à peu séduite par son air de puceau naïf (elle dit que c’est rare, et que c’est la première fois qu’elle en voit un). C’est sans compter sur le flic qui ne peut s’empêcher de foutre la merde (sinon ça serait pas drôle).
Le scénario zigzague donc quand même pas mal avant d’arriver à la romance proprement dite, celle qui va occuper la dernière partie du film sur un air très Bonnie and Clide. Et encore, je vous ai pas parlé des « bad boys », une bande de motards (mais du genre cool, ils tiennent un pressing !) amis de Jeong-Il et avec qui il passe ses nuits à vadrouiller sur sa pétrolette. L’entame est d’ailleurs plutôt convaincante, menée en narration alternée comme il se doit, sautant entre les deux (trois si on compte le flic qui s’y glisse parfois) personnages, dont on suit la vie quotidienne sur rythme de voix-off. C’est même l’occasion de quelques scènes assez chouettes – la fille qui le temps de quelques plans semble s’adresser directement au spectateur et jouer avec la caméra (mine de rien, c’est une idée que j’aime bien, cela rappelle le caractère profondément subjectif du cinéma) – voir marrantes – la même fille qui vit avec son frigo constamment ouvert, dans lequel elle entrepose des bouteilles de parfum et autres trucs du genre. D’ailleurs, cette fille est assez rock’n’roll, je l’aime bien.

Ensuite ça se gatte quand même, la sauce refusant de monter, à priori alourdie par un rythme assez asthmatique. Le réalisateur semblant vouloir à tout prix le ralentir, à tous les coups refusant de se défaire de l’influence d’un certain cinéma d’auteur. C’est en tout cas ce qui m’est venu à l’esprit devant ces scènes où il s’efforce d’installer une atmosphère mélancolique. C’est oublier que Poison n’est pas (n’aurait pas dû être) un film romantico-contemplatif, mais un film de jeunes marginaux, de putes, de drogue et de flics ripoux. Une fois ou deux le film semble s’en rendre compte et amorcer un début de propos sur le sujet, mais jamais le rythme et la mise en scène ne suivra (au delà de quelques plans indie-like parfois réussi, parfois moins). Revoyez Tears par exemple, un film atrocement branlé sur la plupart des points, mais tirant extrêmement bien parti de l’énergie subversive djeunzoïde qui l’habite, et par là même faisant plus que sauver les meubles.
Au delà de ce bête problème d’écriture la mise en scène manque de présence et de vigueur. Rarement scandaleuse, mais à l’image du scénario elle mouline beaucoup pour créer quelque chose qui va accrocher le spectateur. Signalons en passant une photo beaucoup trop sombre (sauf sur quelques scènes de jour à la presque fin), mais on va pas chipoter pour si peu.
Qu’en dire donc ? Qu’il y avait du bon (film de jeunes un peu punk = potentiellement bon, c’est un de mes nombreux défauts, j’y peux rien). Mais que le film est le cul entre deux chaises, ne réussissant pas à choisir entre romance et film urbain, et encore moins à harmoniser les deux (ce qui aurait été mieux). Et sans vraie mise en scène pour soutenir l’intérêt, l’ennui pointe son nez.

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