Martyrs (Pascal Laugier, 2008)

« Il faut bien l’avouer, on vit une triste époque pour les films fantastiques français ces derniers temps. » Ainsi débutait en juin 2004 ma critique de Saint-Ange sur un forum aujourd’hui défunt. Quatre ans plus tard, le constat est le même – n’en déplaise aux tâcherons et aux fils à papa de nos contrées auxquels les majors américaines, séduites par un french style qui n’existe que sur le papier, offrent les commandes de remakes gores aussi hollywoodiens qu’inoffensifs. À vrai dire, le dernier bon film fantastique produit en France est tout bonnement le Saint-Ange de Pascal Laugier. [J’occulte volontairement le très beau Silent Hill, réalisé par le talentueux Christophe Gans et produit par l’incontournable Samuel Hadida ; lui aussi fut boudé par le public français et, comme pour les précédentes œuvres du cinéaste, assassiné par une presse française envieuse et proprement crétine.]
Pourtant, depuis 2004, le passionné de fantastique – et même de cinéma tout court – a pu voir sur les écrans français de très glop films (plus ou moins) fantastiques américains (The Devil’s Reject, Bubba-Ho-Tep, 30 jours de nuit, The Mist), espagnols (Le Labyrinthe de Pan, Abandonnée, Fragile) et même britanniques (Severance) – ainsi que les deux nouveaux et brillants opus de George Romero (Land of the Dead et Diary of the Dead). Face à cela, le cinéma français continue de nier la réalité de ces cinquante dernières années pour dépeindre la société sous la forme d’une remarquable uchronie rétro-moderne célébrant la famille, les classes populaires et notre si belle humanité – comme le témoigne le tout fraîchement moulu Faubourg 36.

[NdE : les films cités ci-dessus comme « bons » n’engage que monsieur A.K. Il va sans dire que je (Epikt) suis très réservé sur un certain nombre d’entre eux, 30 jours de nuit, Severance et les deux Romero (dans une critique assez mal écrite je disais d’ailleurs du mal de Dairy of the Dead) pour ne citer personne.]
[NdE toujours : le même A.K. a la flemme de vous parler de la fameuse « nouvelle vague du genre » (Haute tension, A l’intérieur, Frontière(s), Maléfique, Ils,... voir même dans le carde SF Eden Log, Dante 01, Chrysalis,...) parce que dixit lui « elle n'a convaincu personne ou si peu, et qu'il faudrait un article de dix mille signes pour en parler alors qu'elle ne mérite pas cet honneur (à part peut-être A l'intérieur mais on se rappelle et on en reparle) ».]

Devait-on attendre, dans ce contexte, que Pascal Laugier parvienne, comme il sut le faire avec Saint-Ange, à donner un petit peu d’air à un genre national atrophié ? La classification « Interdit aux moins de 18 ans » dont il hérita un temps – et qui n’est peut-être pas injustifiée vu la violence du film (même si maintenir cette classification serait, dans la pratique, revenue à tuer commercialement celui-ci) – avait de quoi engendrer des inquiétudes : Pascal Laugier avait-il abandonné le fantastique classieux et gothique de Saint-Ange pour tomber dans la facilité et la tendance du film gore arty ?

<A partir de là, spoiler intégral >

Prologue – Mes amis, mes amours

Martyrs débute par un prologue peu convaincant qui a cependant le mérite de bien situer le film au niveau 1/ de son contexte : une fille a été méchamment séquestrée par des vilains et en reste traumatisée, malgré son amitié naissante avec une autre fille de l’institution où elle a été placée – curieusement, les raisons de l’internement de cette autre fille ne seront jamais évoquées ; et 2/ de son style : le film débute par une scène, au cadrage fiévreux, suivant la fuite de la fille en petite tenue dans une rue austère. Son inconvénient principal repose sur la réalisation de la plupart des souvenirs d’adolescence de l’héroïne qui sont filmés façon « vieux caméscope » mais sans qu’une explication recevable soit suggérée quant à l’identité du caméraman – dont l’existence est rendue très hypothétique par l’intimité marquée de certaines scènes. En revanche, grâce à cette introduction maladroite, le film se dispensera par la suite de toute scène d’exposition pataude et entrera directement dans le vif de son sujet. Il convient également de noter que le prologue se clôt assez efficacement sur la matérialisation de la nature profonde de l’angoisse de l’héroïne, angoisse qui prend l’apparence d’une inquiétante créature cauchemardesque venant la hanter – le spectateur entrevoyant cette créature, c’est là un indice encourageant que le film ne sera pas seulement un revenge-movie.

Acte I – Bienvenue chez les chtis

Le premier des quatre actes de Martyrs, le plus court, débute par un déjeuner de famille filmé et scénarisé dans les plus strictes règles du cinéma français (bla-bla insipides et vannes bourgeoises de bon aloi inside). La crainte qu’une erreur de bobine ait eu lieu en salle de projection est heureusement vite dissipée par le débarquement de la petite fille séquestrée, Lucie [assez grossièrement interprétée par une Mylène Jampanoï peu convaincante], devenue de nos jours une jeune femme particulièrement féroce et assoiffée de vengeance. Sans préavis, celle-ci dézingue toute la petite famille (papa, maman, le grand dadais et la petite boulotte) avec son canon scié, convaincue qu’ils sont ses anciens bourreaux.
Sans sombrer dans le grand guignol, la réalisation de Pascal Laugier accompagne froidement les meurtres, rappelant par là qu’il s’agit réellement d’exécutions ; en contrepoint de cette froideur, la multiplicité des coupes – qui ne nuit pas à la lisibilité de l’action – rappelle quant à elle la violence et la sauvagerie qui animent Lucie. Le changement de registre adopté par le réalisateur souligne le grand écart effectué par rapport à un cinéma plus traditionnel : le déjeuner est filmé en focale courte et chaque personnage apparaît en gros plan pour chacune de ses répliques ; puis, à l’arrivée de Lucie, le champ se distend, les personnages ne se définissent plus dans leurs lignes de dialogue mais dans l’espace et dans l’action. Une mise en scène extérieure (qui suit un dialogue) est donc remplacée par une mise en scène intérieure (qui participe de l’action).
Cette entame rassure donc quant aux intentions de son auteur (sérieux et efficacité) et intrigue, car le revenge-movie attendu – et craint – étant liquidé en dix minutes, rien ne prépare le spectateur à ce qui va suivre.

NB : Les esprits retors pourront voir au travers de cet acte, une exécution sommaire d’une certaine idée du cinéma à la française – chaque coup de feu résonne comme un « moi, le cinéma français, voilà ce que j’en fais », rappelant dans cette démarche l’Assassin(s) de Matthieu Kassovitz.

Acte II – Comme les autres

Le deuxième acte, qui s’inscrit dans les mêmes unités de temps et de lieu que le précédent, suit Lucie et son monstre – cette créature qui la hante et la force à se mutiler depuis l’adolescence.
Malgré le massacre de la famille des présumés tortionnaires de Lucie, la créature continue de la poursuivre, comme si la « réparation » attendue n’avait pas été menée à son terme. Lucie erre donc, toute de terreur et de folie décuplées, dans la maison de ses anciens bourreaux sans savoir quoi faire pour assouvir la soif de vengeance du fantôme qui la hante. Anna, son amie d’enfance devenue son amante débarque à son secours et l’aide à enterrer les cadavres ; ce faisant, elle découvre qu’un des tortionnaires n’est que blessé et tente de l’aider à échapper à la rage de Lucie, peu convaincue que son amie a réellement retrouvé les véritables auteurs de sa séquestration. Cette tentative d’évasion échoue et, découvrant que son amie la trompe, Lucie s’effondre, achève le tortionnaire en question puis, constatant que son fantôme la hante toujours, se suicide, espérant mettre là un terme à son cauchemar.
Sur cet acte, un requiem désespéré sur la folie et les sentiments associés (la différence, l’incompréhension, la trahison), la réalisation ne perd pas la hargne acquise précédemment est devient encore plus fiévreuse. La caméra suit Lucie, la serre de près, cadre ses angoisses ; le personnage apparaît alors comme un animal sauvage – ou comme une humaine redevenue animal. L’emploi de focales courtes accentue la claustrophobie paranoïaque de Lucie et son désespoir ; elle n’a pas de recul sur ses actes, ne conçoit pas de futur tangible – incidemment la caméra ne sait donc pas quoi filmer d’autre qu’elle.
A l’inverse, les actes d’Anna sont filmés avec plus d’espace – celle-ci découvre les lieux, le carnage et a une vision plus contextuelle des événements. Son personnage se définit comme plus modéré que Lucie et annonce dès lors son futur leadership sur l’histoire.
Ces deux procédés de mise en scène inversés, qui s’alternent au rythme des chassés croisés de personnages (Lucie tentant d’échapper à sa créature et Anna tentant d’échapper à Lucie), matérialisent la rupture qui s’opère entre les deux femmes. Du baiser volé initial, elles se séparent pour suivent chacune leur chemin dans la maison, chacune dans son monde. Et seul le final de cet acte les réunira dans la mort de l’une d’entre elles. [Petit détail qui aura son importance plus tard : Lucie meurt en position christique, le regard levé vers le ciel tandis que la caméra s’élève au-dessus d’elle].
Cette intelligence de mise en scène, calculée ou intuitive, confère à ce deuxième acte son intensité et sa pertinence, mettant en exergue avec justesse la détresse de Lucie, son enfermement progressif dans la démence et le désarroi touchant d’Anna.
Moins travaillée, le découpage des courses-poursuites entre Lucie et son fantôme relèvent plus du traditionnel ghost-movie tendance asiatique (là où Saint-Ange suivait la tendance européenne), schéma visuel duquel Pascal Laugier ne s’éloignera guère pour cette partie.

Acte III – Entre les murs

Le précédent acte s’achevant, comme le premier, sur un climax saisissant (la mort de Lucie), le spectateur est là encore plongé dans l’incertitude, car le métrage n’en est qu’à sa moitié. À partir de ce troisième acte, Anna [interprétée assez finement par une Morjana Alaoui plutôt convaincante] devient l’héroïne du film – ce changement de héros étant un autre des points communs que partage Martyrs avec Assassin(s).
Suite à la mort de son amante, Anna se retrouve perdue et terrorisée dans cette grande maison vide, emplie de l’odeur de la mort et du souvenir de son amie qu’elle n’a pas su aidée et qu’elle a même trahie. Alors qu’elle est dans l’expectative d’une solution, Anna découvre par accident un passage secret qui mène à une installation souterraine austère et inquiétante. Cette découverte confirme que Lucie avait bien retrouvé ses tortionnaires – et donc confirme la trahison d’Anna – et que ceux-ci n’ont pas cessé leurs activités. Dans l’une des cellules, Anna découvre une femme retenue prisonnière dans des conditions extrêmes. Victime d’une séquestration jusqu’au-boutiste depuis plus d’une décennie, celle-ci est devenue un véritable monstre et doit se réaccoutumer à la lumière, à marcher,…, à être humaine alors qu’elle n’en a plus les attributs. Malgré la volonté d’Anna à l’aider – à travers elle, c’est le fantôme de Lucie qu’elle essaye d’aider –, la femme sombre rapidement dans une folie irréversible et une auto-mutilation acharnée, incapable d’accepter son statut de monstre.
S’instaurant comme un reflet cauchemardesque du précédent, le troisième acte de Martyrs s’impose comme un très joli monster-movie – à la May –, irréprochable, et porté par l’interprétation bluffante de l’actrice endossant le rôle de la femme-monstre et par celle de Morjana Alaoui qui traduit avec une finesse remarquable la détresse et l’impuissance éprouvées face au spectacle d’une folie destructrice.
Cet acte permet également d’inscrire Martyrs dans la même thématique que Saint-Ange : un lieu unique où des exactions ont été commises, un duo de femmes dont une sombrant dans la folie suite à ces exactions, une échappatoire mystique, un complexe souterrain – en notant que cette descente symbolise aussi bien l’envers de la réalité qu’une descente aux enfers, ou en regroupant à l’enfer que dissimule la réalité.
Moins notable dans ses enjeux formels que lors des précédents actes, la caméra se cherche dans ce troisième volet ; elle traduit ainsi l’incertitude d’Anna et les errements de la femme-monstre. Cette baisse de régime dans la violence de la réalisation se poursuivra jusqu’à devenir complément épuré dans le dernier acte.
Il est intéressant de comparer le formalisme antagoniste de ces deux films, se déployant pourtant autour d’un matériau similaire. Saint-Ange est posé, lent, classieux et l’action est portée par les mouvements de caméra dans lesquels s’inscrivent les personnages. Martyrs est sans répit, cadré court et l’action naît des mouvements des personnages que la caméra essaye de capter – la réalisation de Martyrs souligne en quelque sorte l’urgence de son propos. Dans les deux cas, Pascal Laugier colle à son sujet : l’ambiance lourde et austère du monde / de l’orphelinat de Saint-Ange ; la sauvagerie et la violence de Lucie envers le monde / ses ravisseurs. Le réalisateur utilise donc ses œuvres et le cinéma comme une exploration de ses questionnements constamment remise en question – une démarche à des lieux de la célébration de l’uchronie franchouillarde évoquée en introduction.

Acte IV – Le premier jour du reste de ta vie

Alors qu’on était déjà comblé par ces trois mini-films, Pascal Laugier enchaîne sur un quatrième acte assez inattendu, qui donne un sens tout aussi inattendu à son film.
Des bad guys débarquent soudain dans la baraque, bute la femme-monstre et séquestrent Anna. Une longue séquence explicative dévoile alors à Anna – et aux spectateurs – que les bourreaux de Lucie étaient membres d’un groupe d’illuminés dont l’obsession est de recréer des conditions de souffrances extrêmes – une obsession qui n’est pas sans rappeler celle de La Secte sans nom de Jaume Balagueró. Leur objectif avoué est en réalité de guider leurs victimes sur la voie du martyr, à savoir, et pour faire simple, à leur faire endurer une souffrance telle qu’elle amène leurs âmes à se détacher de leurs corps pour contempler l’au-delà.
Le retour à un dialogue construit pour marquer l’arrivée des bad guys ; le dialogue apparaît dès lors comme un medium (formaté ?) des « autres » – Anna et Lucy s’inscrivent en marginales de la société refusant de se plier aux conventions du dialogue.
Toujours sur la forme, Pascal Laugier est parvenu à imposer une structure de métrage bien éloignée des standards habituels, à l’instar de ses personnages, en réalisant quatre courts-métrages finalement autonomes, rendant chacun hommage au genre à leur façon (revenge-movie, ghost-movie, monster-movie et maniac-movie). La mise en scène, tout en touches fines, de son quatrième acte, s’avère en outre aussi improbable qu’envoûtante. Le réalisateur renonce à tout climax – les mouvements de caméra deviennent d’ailleurs plus posés – pour retourner vers un non-mouvement, vers un cinéma pur, vers un cinéma témoin (et donc martyr).
Dévoyant et extrapolant le concept du maniac-movie, Pascal Laugier fait de son Martyrs un film mystique, qui après avoir rejeté la société et ses conventions (acte I) et rejeté le corps (actes II et III) se tourne vers ce qu’il reste : l’âme et un éventuel au-delà. Ce quatrième et dernier acte brise l’unité de temps des trois premiers – ce qui logique puisqu’il s’intéresse à quelque chose d’atemporel – et déroule en une succession de scènes, qu’on pourrait qualifier de « tableaux », la lente séquestration et déshumanisation d’Anna ; la réalisation enragée des actes précédents cède la place à une simple visualisation des faits – la caméra devient spectateur/témoin. Si ce défilé de tableaux est une jolie et rare réussite cinématographique, le final du film laisse en revanche perplexe tant il s’avère particulièrement abscons.
En effet, Anna résiste à merveille aux tortures et à la violence que ses tortionnaires lui infligent et, après un dépeçage à vif, se transforme sous les yeux ébaubis de ceux-ci en un véritable martyr – un fait suffisamment rare pour qu’ils ameutent tous leurs petits copains. Une étrange scène post-mortem (un tunnel noir, une lumière au bout et c’est tout) confirme dans un premier temps cette réussite, mais les mots – non-dits au spectateur – que souffle Anna à la cheftaine des illuminés et qui pousse celle-ci au suicide met en doute dans un second temps cette réussite. Le métrage s’achève d’ailleurs sur ce suicide (une fin qui n’est pas sans rappeler celle de La Secte sans nom).

Épilogue – Il y a longtemps que je t’aime

Hasardons toutefois une hypothèse. Il n’y a pas d’au-delà (d’où le suicide de la méchante) et Anna n’est que le témoin (Pascal Laugier rappelle par un panneau que “martyr” vient d’un mot grec qui veut dire témoin – l’effet de panneau ayant aussi pour conséquence de mettre en retrait le public et, en fin de compte, de le placer lui aussi dans la position du témoin/martyr) de la souffrance inhérente à notre monde – la phrase clé du film me semblant être « le monde est rempli de victimes ». La lumière qu’Anna entrevoit au bout du tunnel représente ce qu’il lui reste après sa déshumanisation – ou plutôt le reniement de son propre corps –, à savoir l’amour qui a existé entre elle et Lucie. Sa posture renvoie à celle de Lucie à la fin de l’acte deux (similarité reprise sur l’affiche film) et le générique final se conclue avec des passages reprenant des instants de l’amitié adolescente des deux femmes.
Via son calvaire, Anna revient donc à l’instant merveilleux de sa rencontre avec Lucy et reçoit ainsi l’absolution (sa trahison s’en trouvant pardonnée). Le pluriel du titre, Martyrs, incite à penser que Lucie est tout autant témoin/martyr qu’Anna et que le calvaire d’Anna est aussi celui de Lucie, peut-être parce qu’il est, naïvement, celui de leur amour. Hasardons encore et imaginons que l’amour d’Anna et de Lucie ait été provoqué – ce qui éclaircirait les interrogations planant sur le prologue –, la création d’Anna en tant que martyr aurait donc pu être conçue dès le départ comme le produit de la souffrance engendrée par la perte de l’amour. On pourrait aussi extrapoler en instaurant comme provocateur de cet amour le réalisateur : Pascal Laugier est finalement le créateur de ces martyrs, création dont il prend à témoin les spectateurs, transposant alors la notion de martyr à l’entière assistance, phénomène qui donne un sens encore plus fort à la phrase clé suscitée (« Nous sommes tous des martyrs » semble-t-il vouloir dire – anti-thèse parfaite du film de Kassovitz « Nous sommes tous des assassins »).
[On peut comprendre que devant tant d’hypothétiques raisonnements, une certaine commission de censure eut préféré tuer dans l’œuf Martyrs].

Malgré ses maladresses (l’interprétation douteuse de Mylène Jampanoï, une histoire d’amour lesbienne par forcément convaincante, une trop forte ressemblance avec le chef d’œuvre de Jaume Balagueró et une fin trop ambiguë face à un trop-plein d’explication sur la notion de martyr – peut-être ce dernier point est-il une mauvaise réaction de Pascal Laugier face aux critiques [décidément crétines] qui ont trouvé Saint-Ange pas assez explicite…), Martyrs n’en demeure pas moins un énorme condensé de cinéma fantastique, qui séduit sur sa forme et intrigue sur son fond ; et surtout s’impose, faute d’une réelle concurrence, comme l’un des films français les plus novateurs de ces dernières années.
Le film n’est heureusement pas gore ; il est violent et âpre, mais jamais sanguinolent. Il fait cependant preuve d’une violence froide et farouche qu’il convient d’appréhender avec un certain recul, en tant que violence naît du rejet de la société, de l’amertume, du sentiment d’urgence et de la rage qui semblent animer son auteur. La rage est souvent force de création ; à ce titre, Martyrs est une oeuvre enragée, enragée et pourtant amoureuse. Cette dualité constitue un atout de plus, un charme troublant qui, comme ce fut le cas pour Saint-Ange, « en plus d’envoûter, fait chaud au cœur. »

A.K.

§ 5 commentaires sur “Martyrs (Pascal Laugier, 2008)”

  • Epikt says:

    Tiens, en passant, ce que j’en pense moi.
    J’aime beaucoup la manière dont le film change de “genre” en cours de film. En fait, c’est la structure qui est chouette, parce que ça butine. Par contre, ah que je suis déçu par la mise en scène ! J’ai beau comprendre que “patata c’est pas la même option que sur Saint-Ange patati” c’est pas une excuse (il y a des mauvais choix de mise en scène, même assumés), je ne peux m’empêcher de penser que se limiter à des plans rapprochés c’est une ENORME régression pour le réalisateur de Saint-Ange. Et ça finit par ne plus rien dire, alors qu’à certains moments du film cela aurait eu une signification intéressante, ce qui est dans le cadre et ce qui n’y est pas je veux dire, et combien il est serré (le passage hallucinatoire avec le “monstre” notamment). Déplorons aussi quelques passages didactiques superflus (on nous explique trois fois qu’elle vient d’être martyrisée, ça suffit).
    Qu’on se le dise, Saint-Ange est fichtrement mieux.

  • A.K. says:

    Pour les deux lecteurs du glop que la différence de mise en scène avec St-Ange intéresse, je conseille de se reporter à l’excellente interview de Pascal Laugier dans le Mad Movies de septembre (où il explique notamment que le choix de ne pas “story-boarder” Martyrs vient plus d’une réaction instinctif suite à “St-Ange” et sa réception public et critique mitigée, qu’à un choix de mise en scène réfléchi).

    A.K.

  • Epikt says:

    Si pour avoir une bonne réception publique et critique (ie pour ne pas se faire traiter de sale esthète esthétisant) il faut filmer à l’arrache, je m’incline !
    Plus sérieusement, le fait que ça soit différent que Saint-Ange sur la mise en scene ne me gène pas en soi. Je sais que Laugier a été blessé par un certain nombre de critiques concernant Saint-Ange, mais Martyrs est la preuve que c’est pas en réagissant à ces critiques qu’on fait un meileur film. En tout cas de mon coté la méthode me laisse perplexe :
    “ouiiin ! on comprend rien !” => j’explique ce qu’il faut comprendre trois fois.
    “scandale ! c’est trop beau !” => je filme à l’arrache avec une caméra qui ne fait que suivre l’action.
    Bref, Laugier (qui est un type que j’aime beaucoup) me semble fonctionner bizarrement. C’est pourtant pas avec un projet comme Martyrs qu’il allait se faire des potes (j’ai pas regardé, mais y en a bien quelques uns qui ont du le traiter de facho ou d’incitateur à la violence ou quoi ou caisse).

  • Daylon says:

    Rien à voir avec la choucroute: Est-ce que la BO est valable? … Je m’explique: elle a été réalisée par une formation appelée “Seppuku Paradigm” ( http://www.lastfm.fr/music/Seppuku+Paradigm ), composée des frères Cortès… Willie Cortès a sorti un album en 2004 sous le nom de Willie Cortez, chez Delabel (si je ne m’abuse) qui était une espèce de mélange glop-glop de Prince passé à la moulinette Autechre (et autres joyeusetés décidément très warpiennes). Bref. De loin, comme ça, ça faisait envie. … Et il me semble que Willie Cortez a un deuxième album en attente dans sa besace…

  • A.K. says:

    très discrète la musique…
    et ouais toute la presse généraliste l’a traité unanimement de facho et/ou de pervers (comme elle a unanimement reconnu “comme les autres” d’agréable comédie abordant de graves problèmes sociaux).
    et pour le reste, t’as qu’à lire mad movies d’abord.

    Tant que j’en suis à commenter mon commentaire de mon article, j’ajoute ce lien ci-dessous dont la pertinence est laissée à l’appréciation du lecteur : http://www.france-catholique.f.....ascal.html

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