Le Syndrome de la chimère (Max Mallmann, 2000)

Pour une raison ou une autre, ces derniers temps je lis pas mal de romans d’auteurs sud-américains (ne me dites surtout pas que c’est branchouille, je déteste être inconsciemment branchouille). Et à mon grand désarrois, moi qui arrive pourtant à prononcer et retenir les pires noms coréens, je dois être allergique aux patronymes latino, puisque quasiment impossible de les retenir plus de trois secondes et demi. Pourtant Dieu sait que j’aimerais dire beaucoup de bien de Joaquim Maria Machado de Assis ou d’Adolfo Bioy Casares (puisque j’en suis incapable, voilà une bonne occasion pour faire de la pub à ce con de Nébal), mais incapable de ne serait-ce me rappeler comment leur nom à rallonge et particule pouvait bien sonner, me voilà contraint de donner dans le très vague : « oué, tu sais, le bouquin de machin… attends, je l’ai sur le bout de la langue… un nom avec les R qui roulent et des O qui sonnent quoi… ça doit ressembler à Pepito Nacho de Mojito ou un truc du genre ». Peut mieux faire.
Une exception à la règle : Max Mallmann, pour une raison qui m’échappe (sans blague !).

Le Syndrome de la chimère est apparemment son troisième roman, et son dernier en date lorsque que l’édition française fut mise sous presses (en 2003, à l’heure de l’Internet de l’âge de l’information, c’est quand même honteux de ma part de ne pas avoir pris la peine de chercher une bibliographie à jour), l’auteur sévissant visiblement principalement à la télévision. Et c’est ma foi un bon roman, assez en tout cas pour que j’ais envie de vous en toucher mot bien que n’ayant pas énormément de choses à dire à son sujet.
(voilà qui vous semble étrange ? un scoop pour vous : un bon roman ne rend pas forcément le critique intelligent, pas plus qu’il ne lui inspire à tous les coups des remarques constructives ; mais il arrive parfois à ce dernier d’avoir un blog pas mis à jour depuis longtemps et de se dire que ça serait bien bête que vous passiez à coté)

« Il ne vous est jamais passé par la tête que ce n’est peut-être pas vous le condamné obligé de vivre avec un hôte indésirable entre les côtes ? Il se peut que ce soit le serpent à sonnette qui ait été condamné à vivre emprisonné dans votre poitrine. Auquel cas vous ne seriez pas la victime mais bien le geôlier. Et la cellule. Les serpents rampent entre le bien et le mal depuis la nuit des temps, et vous êtes né il y a pas trente ans. Il y a toutes les chances pour que, quand vous, vous serez mort, et votre cercueil depuis beau temps sous la terre, le serpent, lui soit toujours vivant, prêt à se tailler la route à travers vos chairs putréfiées et à émerger hors de cette pourriture terrestre, enfin libre.
– Je vais me faire incinérer. »

Vito est donc spécial : il a un crotale enroulé autour du coeur. Et comme vous vous en doutez la cohabitation n’est pas toujours simple ; un peu de stress et voilà le reptile qui resserre ses anneaux et le pauvre Vito qui s’évanouit. Et, bien qu’il ait à force appris à vivre avec l’épée de Damoclès sur le coeur, il s’en passerait volontiers – heureusement que l’alcool semble avoir sur le squatteur des effets apaisants. Le meilleur ami de Vito n’est pas plus « normal » : Bruno a en effet la faculté de décalotter son crâne pour en sortir sa cervelle, si d’aventure lui prenait l’envie de passer en mode stand-by.
Nos deux énergumènes entreprennent d’ouvrir un café-librairie, La Chimère, où on finira par croiser tous les freaks de Porto Alegre : une femme dont le corps est entièrement composée de papier et qui mange littéralement les bouquins, un homme-éponge à l’épiderme perméable aux liquides uniquement dans le sens extérieur-intérieur (et qui aime se baigner en plus), un autre qui recharge ses batteries en mettant le doigt dans la prise,… du beau monde quoi, ne manque plus qu’une jolie jeune femme et un méchant monstre, qui ne tarderont pas à faire leur apparition. La première avec sa maison encombrée de bibelots conservés sur huit générations et ses yeux phosphorescents cachés derrière des lunettes de soleil, le second sous la forme d’un rat géant qui ne serait autre que le père de Vito, animal de compagnie d’une pseudo-divinité dont les hommes de mains comptent bien se servir de Vito comme d’un morceau de fromage sur leur piège afin de ramener l’animal fugueur au bercail.

Voilà qui est très réjouissant.
Très court (une centaine de pages), le roman se concentre alors plus sur l’humour, naissant d’un fantastique rocambolesque, que sur le développement de son intrigue. Même si cette dernière n’est pas pour autant négligée et se trouve même parfois surprenante, c’est surtout avec la volonté de jouer avec les situations, souvent burlesques et/ou absurdes, et de décrire des personnalités étranges, plutôt que de conter une véritable histoire – difficile en effet de faire s’épanouir une histoire complexe en si peu de pages. Témoin de cet amusement face à la composante « histoire » du récit, le coffre dans le grenier de Phalène (la fille avec les yeux qui brillent) orné de l’inscription « deus ex-machina » et qui effectivement une fois ouvert va sauver les héros, dans une situation pourtant désespérée, comme d’un coup de baguette magique.
Le mieux, c’est que malgré tout Max Mallmann se paye le luxe de créer des vrais personnages. Même succinctement décris ils font preuve d’humanité et de naturel, et ceux qui occupent une place plus importante dans le récit sont même véritablement attachants (mention spéciale à Bruno, le décérébré volontaire, un personnage du genre pas croyable avec des réactions étonnantes), échappant à la caricature et au simple catalogue de bizarreries qu’on aurai pu craindre avec un tel sujet. Probablement grâce à l’écriture simple, mais belle, de Mallmann. Et parfois c’est tout ce dont on a besoin.

  • Titre : Le Syndrome de la chimère
  • Titre original : Síndrome de Quimera
  • Auteur : Max Mallmann
  • Pays : Brésil
  • Année : 2000 (2003 pour la traduction française)
  • Autres tags : littérature, freaks, serpent

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