La jeune fille de l’eau (M. Night Shyamalan, 2005)

J’avoue que le cinéma de Night Shyamalan ne m’a jamais particulièrement emballé, de Sixième sens et son tour de passe-passe lourdingue à Le Village avec sa morale de mormon douteuse et moralisatrice. Par dessus c’est greffée la vision de The buried Secret of M. Nigth Shyamalan, documentaire fake de Nathaniel Kahn depuis lequel la prétention mystico-mystérieuse de Shyamalan ne fait plus aucun doute. Non content de cultiver un secret de pacotille autour de ses tournages, le voilà qui s’attache désormais à se construire une aura surnaturelle d’être connecté aux esprits et distillant son savoir et ses expériences mystiques à travers ses films. C’est donc avec la plus grande prudence que j’abordai La jeune fille de l’eau (quel titre tarte aussi, Lady in the Water ça a de la gueule pourtant), en me préparant stoïquement à taper dessus. Je ne pensais d’ailleurs pas que ce serait si facile : Shyamalan donne vraiment des gourdins cloutés pour se faire battre…

(Au fur et à mesure de l’écriture ce petit article, je me suis bien rendu compte qu’il partait en vrille, puis même carrément en portnawak, mais finalement je le laisse comme tel. On va dire que c’est l’émotion et le frisson de l’écriture automatique, tout en espérant que de telles pratiques intellectuellement pas très ragoûtantes ne se généralisent quand même pas…)

Commençons par le commencement, Lady in the Water (voui, je garde le titre anglais si ça me fait plaisir) c’est l’histoire d’une nymphe qui débarque dans la piscine d’une résidence/motel pour y accomplir une dangereuse mission. Laquelle ? me direz-vous suspendus à mes lèvres. Bah figurez vous qu’à une époque lointaine les habitants des océans vivaient en harmonie avec les humains, mais comme ceux-ci sont cupides et un peu cons il se sont enfoncés dans les terres et ont sombré dans la violence ! HORREUR !!! Depuis, les habitants des eaux essayent de renouer le contact, en envoyant des nymphes (des « narfs », ça claque sa chatte comme nom, à mis chemin entre une marque de corn-flakes et un éternuement de grand singe) à leur rencontre et trouver le « vaisseau », un humain qui pourra porter leur message (c’est pour ça qu’elle est là, vous suivez ?). Mais la route est dangereuse, car les humains ne les écoutent pas toujours, et surtout il y a des méchante bébêtes (les « scrunts ») sont là pour les en empêcher ! Mais coup de bol monstrueux, la donzelle n’est pas seule, pour la protéger il y a des humains qui ignorent leur vrais pouvoirs. Dans le désordre et de mémoire : le gardien (celui qui peut botter le cul des méchants scrunts), la guilde (une bande types soudés entre eux), l’interprète (celui qui lit les signes de la légende) et la guérisseuse (bah… qui guéri). Et je ne vous parle même pas des mystérieux « tarturics ». On dirait un scénar d’une partie de Warhammer entre des gosses de 12 ans, mais je ne le dirais pas on va croire que je médis, ce que je ne me permettrais en aucun cas. Quoi qu’il en soit, j’attends d’une minute à l’autre l’annonce par les éditions Bragelonne de la traduction française de la novellisation sous la plume de RE Feist.

Voué mais bon, on est au cinoche bordel, pas dans notre pieu à écouter Mémé nous raconter une histoire ! C’est vrai quoi !
Comment ça, si ? Vraiment ? Ah bon.
En lieu et place de cinéma, on a quand même droit à – comme dans les précédents film de Shyamalan – à une mise en scène soignée à défaut d’être surprenante, épicé par-ci par-là de petites fantaisies (hop ! petit ralenti ! hop ! petit secouage de caméra !) dont on se serait passé nous autres cinéphiles de bon goût. Certes, certes, en bon disciple d’Hitchcock dont il pompe le meilleur comme le pire, Shyamalan fait preuve d’une aptitude à utiliser le son de façon parfaitement désastreuse, mais rien de nouveau finalement. Et pis vous avez rien compris vous autres, Shyamalan c’est pas un réalisateur, c’est un raconteur d’histoires, alors maintenant on se calme et on écoute Mémé avant que son Alzheimer ne lui fasse définitivement perdre la boule.

Donc faute de mieux, on repasse par la case scénar, encore une fois pleine de twist jusqu’à l’indigestion. L’histoire étant écrite dès le début (bawé, la légende se réalise et tout et tout), je me demande bien l’intérêt de tout ce battage, si ce n’est faire en sorte que le film tienne ses deux heures réglementaires. Mais il s’agit quand même de savoir qui-est-qui (Marie-Ange Nardi, ou êtes vous ?) du vaisseau, de la guérisseuse ou du gardien, donc le brave concierge qui à trouvé la nymphe fait le tour de l’immeuble pour dénicher la fameuse dream team. Et comme de bien entendu personne ne sera qui il croit et on a le droit à devinez quoi ? des twists. La plupart téléphonés à des kilomètres, le reste montés comme des deus ex-machina, tous inutiles.
Et là on me dit que j’ai rien pigé, parce qu’en fait Lady in the Water est un film à message (ah bon ?). Donc je fais un paragraphe supplémentaire histoire d’aérer tout ça parce que ça commence à devenir le bordel.

Parce que finalement on se rend bien compte que Shyamalan se contrefout de ses petits retournements scénaristiques à deux centimes, tout comme il est bien conscient du caractère stéréotypé de ses personnages et situations. Et que finalement tout ça n’est que prétexte pour parler, petit un, du cinéma et, petit deux, de la mission cosmique de Night Shyamalan (tatatin !)
Petit un, le cinéma. Pour parler de cinéma, l’ami Night nous pose au milieu de cette basse-cour un critique de cinéma (caricatural encore une fois, mais on a dit qu’on en faisait abstraction), pendant stupide et prétentieux du personnage d’Incassable incarné par Samuel L Jackson, voyant lui aussi les films comme une succession de clichés et de ficelles scénaristiques. Et comme on l’a vu plus haut, ses fameuses prévisions se révèlent fausses. A l’artiste donc de se défaire de ces clichés et de les détourner joyeusement (ce qui entre nous ne change rien), en gros de slalomer. Pour finir, le gonze se fait salement boulotter par une bébête alors qu’il essayait de faire son malin. Que les critiques paranos et/ou égocentriques le prennent pour eux.
Petit deux, M. Night Shyamalan. Pour la première fois dans son oeuvre (enfin, j’ai pas vu Signes, mais je ne pense pas que dedans ce soit le cas), Shyamalan acteur se réserve un rôle signifiant (sur-signifiant même). A savoir l’écrivain lié à la nymphe (par ailleurs nommée Story, pas innocent) et dont les écrits serviront de guide à l’humanité (qu’on pourrait là aussi relier au héros d’Incassable). Faut-il y voir une réminiscence (voir carrément une sévère deuxième couche) de la volonté de créer autour de sa personne un climat surnaturel et une atmosphère de mystère déjà au centre de The buried Secret ? Shyamalan messager des dieux, on aura tout vu.

Bon, sur ce on se calme et on réfléchi.
Qu’est ce qui nous reste de ce Lady in the Water noyant l’ondine dans son bouillon, incompréhensible pour du vent et fier de l’être ? Peut-être rien d’autre qu’une stupide fable pour enfants à la stupéfiante naïveté et dans laquelle la féerie comme la magie sont aux abonnés absents. Reste alors pour les exégètes en tout genre de s’acharner sur ce que ce film peut bien vouloir dire, s’escrimer à trouver un sens où il y en a pas, se planter joyeusement là où il y en a un et s’embrouiller dans ses tournicotons tournicota crétinoïdo-mystico-scénaristiques, le tout sous le regard d’un Night Shyamalan qui doit bien se marrer.
En tout cas c’est ce que je ferais à sa place. D’ailleurs, en pondant cet article puis en vous disant finalement que tout ce que j’ai pu y écrire c’est de la merde, je marche en quelque sorte dans ses traces. Et croyez-moi sur parole, je me marre.

Euh…

Juste une dernière chose.
Après la scène d’introduction sur fond de légende crétine, le film s’ouvre sur un joli petit cul. Et quand le spectateur apprend que le popotin en question appartient à une certaine miss Choi Yung-Soon, ses hormones de korean-lover s’agitent terriblement. Enfin, jusqu’à ce qu’il voit la face de la miss, dont on peut dire qu’elle est nettement moins engageante que la fesse. Et un moment j’ai failli croire aux pouvoirs magiques de Nigth Shyamalan, ou le seul gars au monde fichu de nous trouver une coréenne moche, jusqu’à ce que – après plus amples investigations – il s’avère que pour le rôle il nous a casté une chinoise à peine coréenne née à LA (c’est ça qu’est si bien dans le cinéma, finalement tout s’explique).
Et si ça c’est pas la preuve que Night Shyamalan n’a rien compris, ni à la vie ni au cinoche, je ne sais plus à quel saint me vouer…

§ 2 commentaires sur “La jeune fille de l’eau (M. Night Shyamalan, 2005)”

  • A.K. says:

    Pov bout de chou, on aime plus les histoires à dormir debout ?

    Lady in the Water est le meilleur Shyamalan AHMA ; le plus cohérent, le plus abouti, le plus personnel, celui où il prend le plus de risques ; c’est donc forcément le plus “grotesque”.
    J’ai vu tout ces films et n’en ai aimé aucun (et c’est peu dire) mais je trouve néanmoins que c’est un des rares cinéastes actuels à avoir des couilles. Ces films sont le reflet de sa foi, de ses croyances, et aussi naïves, niaises, crétines, terrifiantes soient-elles il les assume de bout en bout. Et ça c’est toujours appréciable non ?

    Et tu n’as même pas parlé de la prophétie décrytpée sur le paquet de cornflakes (alors que sur des special K red berries ça aurait été plus classe), du veuf qui parvient à vaincre son chagrin (sa meuf et ses gosses assassinés) grace à une bedtime story, et surtout de l’actrice principale qui ne ressemble à rien (et certainement pas à une nymphe mais c’est ça la magie des histoires…) (enfin si elle ressemble à Ron Howard forcément, c’est pas très sex du coup).

    A.K.

  • Epikt says:

    Le meilleur (moins pire ?) Shamalamala c’est Incassable, même si la fin pue du cul.

    Ensuite, Lady in the water le plus personnel certainement, le plus assumé sans aucun doute, le plus couillu je n’en doute pas une seconde, mais aussi le plus merdique bancal niais stupide et j’en passe. Ce qui peut fort bien passer pour des qualités…

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