How to become myself (Ichikawa Jun, 2007)

Comme son titre l’indique presque How to become myself est un teen-movie – genre cinématographique béni entre tous avec lequel je suis parait-il beaucoup trop indulgent, mais qu’importe – et va donc s’intéresser à cet âge où la vie est pas glop quand Machine décide de ne pas s’asseoir à coté de vous en cours de biologie et est trop glop quand la même Machine vous dit que votre nouveau téléphone est kro kro choubi et que vous êtes décidément la meuf la plus top tendance du lycée. Et où par dessus le marché on commence à se poser des questions sur ça veut dire quoi le monde et qu’est-ce que je peux bien y faire. Avec bien entendu ces touches purement japonaises que sont les jupes d’uniforme plissées et les cérémonies de sotsugyou (fin d’année, remise de diplôme, changement d’école et tout le tralala). Ce dernier point pourra d’ailleurs en agacer certains.
En attendant c’est l’histoire de Juri, lycéenne lambda qui sait pas trop ce qu’elle veut et qui a du mal avec le divorce de ses parents (on aurait pu s’en passer de celle-là), qui un jour apprend que son ancienne camarade Kanako (ancienne fille la plus populaire de la classe, promue au grade de souffre-douleur aussi soudainement qu’elle avait été adulée) va changer d’école en cour d’année et décide de reprendre contact avec elle. Mais Kanako ne se souvient pas d’elle. Qu’à cela ne tienne, Juri s’incruste et lui raconte la prétendue histoire de deux de ses amies (Kotori et Hina, des jeux de mots sur leur deux prénoms, trop subtil) dans le but d’aider Kanako à s’intégrer à sa nouvelle classe. Accessoirement elle trouve là le sujet de la nouvelle qu’elle doit écrire pour son club de littérature (y a de la mise en abyme dans l’air).

Lors de ma première vision je me souviens avoir trouvé l’image bien moche, c’est beaucoup mieux passé la deuxième fois. Enfin bon c’est pas du grand art non plus, c’est de la photo standard un tantinet télévisuelle : très (trop) claire et très (trop) lisse. Du genre à effectivement beaucoup mieux passer sur une télé que dans une salle.
Par contre c’est il me semble assez bien mis en scène, de manière très fluide en tout cas. Notamment beaucoup de fondus enchaînés, comme si Ichikawa voulait fusionner les images entre elles. Autre élément allant dans ce sens, les nombreux split-screens et effets de vignettage. Le résultat est plus ou moins heureux suivant les cas. Parfois ça le fait, comme dans cette scène où Juri interpelle un groupe : sur un écran elle apparaît avec le groupe, mais à l’écart, sur l’autre elle est seule de face (contrechamp, ou presque), on ressent particulièrement bien son exclusion, ainsi que le caractère intrusif de son intervention que le groupe ressent comme une gène. Ou encore lorsqu’à la fin cela permet de faire s’asseoir cote à cote les deux filles qui se parle au téléphone. Mais la plupart du temps le procédé reste trop systématique.
Systématique ou pas, ce vignettage des images est très cohérent avec le sujet, du moins avec l’utilisation intensive que les personnages peuvent faire du téléphone portable. Ici Ichikawa ne se situe pas dans une lignée qui, grosso modo, irait d’Abel Gance à Brian de Palma mais au contraire d’une tendance (très asiatique pour le coup, même si ça se propage) a intégrer à l’image toutes sortes de flux d’images ou de texte (SMS, mail, titres d’informations,…) jusqu’à parfois faire ressembler l’écran à une fenêtre MSN.

Cela n’aura échappé à personne, le film pose dans son titre LA question présente dans à peu près 97,81% des teen-movies du monde : la définition de la personnalité à l’adolescence. Et d’une étrange manière, je ne sais même pas si c’est volontaire, How to become myself la pose en creux. En effet, alors qu’elle donne des conseils à son amie pour qu’elle s’intègre à sa classe Juri ne fais rien de moins que de reproduire des stéréotypes télévisuels, d’autant plus conformistes qu’ils se figurent originaux. En gros, non pas « comment devenir moi-même ? » mais « comment devenir la parfaite pouf populaire admirée de toutes ? ». Il s’agirait donc d’arriver à s’en détacher (c’est pas gagné).
Tiens, puisque je parlais de stéréotypes télévisuels, une scène joue dessus avec un certain brio. On y voit Hina qui a un rancard avec son petit ami dans un café qui est l’archétype de ce qu’on trouve dans les scènes de blind-date dans les dramas (grande baie vitrée donnant sur un petit lac et tout le tralala) et en parallèle Juri qui lui envoie des mails pour lui dire comment faire ; elle aussi est dans un café, plus banal cette fois (bien que loin d’être cradingue), observant un couple et faisant des recherches sur internet pour se figurer mais à quoi que ça peut bien ressembler un rendez-vous galant dans les règles.
Il y a donc dans la trame du film suivant Hina (du moins au début, avant qu’elle arrive à se dépêtrer un peu du stéréotype) beaucoup de fantasme et ressemble davantage à l’idéal virtuel de Juri qu’à une vraie personne. How to become myself peut être vu comme la création d’un avatar virtuel (parallèle avec Noriko’s Dinner Table, un film qui n’a par ailleurs pas grand chose à voir) : Juri se rêve comme Hina, construit le personnage et le vit par procuration à travers Kanako. La chose intéressante du point de vue de la représentation, c’est qu’ici l’avatar ne reste pas un simple pseudo et une succession de posts sur le web, mais se trouve incarné par un personnage en chair et en os, sur lequel il y a transfert. Plutôt malin.

Un bon petit film quoi. On apprécie surtout que, loin d’être paresseux, il ose – parfois c’est même gagnant. Dommage juste qu’il s’empêtre un peu trop dans le conformisme – dont il emprunte certains oripeaux et vis-à-vis duquel on n’arrive jamais vraiment à saisir s’il prend ou non ses distances.

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