Hera Purple: Devil Goddess (Chung Gil-Chae, 2001)

Hop ! Un nouveau film coréen pas connu, et aujourd’hui messieurs dames c’est du lourd ! Un film dans le genre que les coréens – tout occupés à promouvoir une bonne image de leur industrie cinématographique en exportant des gros films et des grands réalisateurs – ils disent pas qu’ils en font aussi des comme ça ! Mince, trois phrases exclamatives de suite… Hera Purple donc (vous m’épargnerez le « devil goddess » qui semble n’être qu’un sous-titre rajouté à la version américaine, enfin, j’en sais rien) n’est pas le genre de film à rendre les coréens fiers de leur cinéma national : mais il va leur falloir se rendre à l’évidence, eux aussi font des films d’horreur érotiques. Ça n’a jamais fait de mal à personne d’ailleurs, et si je ne fondais pas un petit espoir que ce film puisse être digne d’intérêt je serais pas allé le chercher. On a tous nos petits défauts.

Ce genre de film a donc un avantage certain, celui de ne pas s’embarrasser d’un scénario fouillé. Ça se passe donc sur le divan d’un psychanalyste, où une femme plongée dans un état d’hypnose se rappelle et lui raconte ce qui se cache au plus profond de son être pervers. Ahah ! La donzelle (pourtant une femme d’âge mur et mariée) est habitée par une sorte de démon qui prend possession de son corps, la transforme en une vamp qu’on dirait la méchante dans Xena la guerrière et tue des hommes – après avoir baisé bien entendu. C’est donc parti pour une succession de flash-back – le premier, en faisant intervenir le psy au coeur du récit de sa patiente, contient ce qui doit être une des rares vraies bonnes idées du film –, où on va suivre les parties de jambes en l’air et les meurtres de la madame en folie, et alternativement l’enquête de la police sur ces assassinats bizarres. Ils ne tarderont d’ailleurs pas à se douter que la coupable n’est autre que Hera, et oui, la déesse grecque vengeresse des femmes bafouées ! On a le droit de trouver que c’est du n’importe quoi.
J’en viens à pourquoi j’aime ce genre de films : justement parce que c’est du n’importe quoi ! Mais le n’importe quoi sur le papier ne garantit malheureusement rien, encore faut-il trouver la délicate alchimie à base de tétons, des tripes et de démons qui fera de ces quatre-vingt-dix minutes un souvenir cinématographique inoubliable (dites-moi quand je commence à en faire trop) ! Et c’est justement là que Hera Purple se met le doigt dans l’oeil, l’équilibre ! Car c’est une loi dans ce genre de film, si les passages de nénés sont parfois rigolos, ils sont souvent chiants à la longue et il est indispensable de les rehausser d’un peu de bidoche ou d’effets spéciaux. Or, Hera Purple n’est quasiment qu’érotique ! Alors c’est clair c’est varié, on aura de la baise sur lit (normal), sur neige (froid), dans l’eau (mouillé), la tête en bas (acrobatique), sur un cheval (sportif), avec un curé (blasphématoire) ou encore homosexuel (sulfureux) (notons tout de même qu’il s’agit de sexe homosexuel masculin, et pas lesbien, ce qui surprend agréablement dans ce genre de productions calibrées pour les mâles)… bref, dans une débauche d’acrobaties il s’en donne à grande joie le petit cochonnou !

Ce qui ne l’empêche pas de nous mentir sans complexe sur la marchandise ! Car je sais pas ce que vous en pensez, mais avec un pitch pareil (et une jaquette de DVD super kitch avec des pentacles laser dessus) on est en droit d’espérer des effets spéciaux numériques vraiment fauchés griffouillés par dessus le film, ce genre de cochonneries ! Et un peu de tripaille aussi ! Les démons, c’est plus ce que c’était… Tout au plus des yeux qui rougeoient quand la fille se transforme en déesse folle de sexe et un mauvais coup de ventilateur en guise de super pouvoirs. C’est un équilibre je vous disais, car sans délire gore (ou associé), l’exploitation érotique tourne vite à la beaufitude, n’est-ce pas ? Regardez pourtant un petit Takao Nakano (j’y pense parce qu’hier j’ai justement regardé le très sympathique Sexual Parasite: Killer Pussy), en voilà un réalisateur qui, s’il ne saura sûrement jamais cadrer avec un minimum d’inspiration ni diriger des acteurs, sait foutrement bien marier les plans de petites culottes et de nibards à des scènes de bébête de l’espace !

Donc voilà, un ch’tit film dont je ne conseillerais pas la vision. Quoique le doublage américain particulièrement mauvais (réalisé par des immigrés chinois sans papiers et à la maîtrise plus qu’approximative de la langue de George Bush) puisse bonnifier un peu la chose. Associé à des dialogues parfois surréalistes (le scénariste a visiblement tout appris sur la police criminelle dans les séries télé) et des faux raccords rigolos (indispensables dans un film érotique si on ne veut pas s’embarrasser de scène d’effeuillage), il est possible que cela procure à ce gentil navet comme un petit parfum de nanar.

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