Freesia (Kumakiri Kazuyoshi, 2007)

Oh ! Je viens de m’en rendre compte là maintenant, juste au moment d’écrire cette chronique, je connais ce réalisateur ! Ça sera bien une première lors de ce festival Kinokayo qui pour l’instant ne m’aura donné à voir que des films d’inconnus. Kumakiri Kazuyoshi est donc le réalisateur de Kichiku dai enkai, vrai exutoire politique et monument gore et glauque. Un film bien vénère (et pas dans le genre des faux films gore pour ados qui sortent au cinoche ces derniers temps) à voir si vous n’avez pas l’âme sensible, et qui là tout de suite me fait d’autant plus regretter la déception qu’est Freesia.
Pourtant le pitch sentait bon, jugez plutôt. Ça se passe plus ou moins dans le futur et une loi vachement cool a été votée, légalisant la vengeance et lui offrant un cadre juridique. En gros, si un type à tué votre mari, vous pouvez saisir la justice qui enverra des tueurs le dézinguer – c’est comme la peine de mort, sauf que le gars à le droit de se défendre en faisant appel lui aussi à un tueur (fourni d’office si besoin est !). On voit donc les cabinets juridiques entretenir des équipes de tueurs en lieu et place des avocats. Dans ce gros méli-mélo il faut l’avouer bien absurde l’intrigue se concentre autour de miss Higuchi, qui occupe un poste de procureur ou un truc du genre : en gros, elle engage des équipes de liquidateurs. La bonne surprise (en un seul film vous avez les inconvénients comme les avantages de ne pas regarder le casting avant de voir un film) c’est de la voir incarnée par Tsugumi, actrice pas particulièrement extraordinaire mais que j’aime beaucoup quand même, connue des cinéphiles fréquentables pour ses rôles dans les films de Sono Sion (Noriko’s Dinner Table et Exte) ou de Shiota Akihiko (Moonlight Whispers et Canari). Et parmi ses tueurs, il y a un type dont j’ai oublié le nom mais qui est super fort – rescapé d’une expérience menée il y a 15 ans sur une bombe pétrifiante qui lui a retiré toutes ses sensations. Cette histoire de bombe n’est par ailleurs pas anecdotique dans le récit, puisque voyez-vous il est grand temps de punir les coupables.
Donc ça commence bien, l’absurdité de la situation fait penser à Battle Royale. C’est très bis dans son genre, les liquidateurs sont des gros cowboys (enfin, surtout un) et le héros est un absolut killer invincible – il gagne même contre le petit grand-père ninja qui applique la redoutable technique du « maintenant que je t’ai coupé la veine tu va mourir dans vingt minutes, tu ferai mieux d’aller à l’hôpital » – et se prend un peu pour Sakaguchi Tak. J’aime bien, c’est totalement kitch, gros comme un camion et y a du sang qui gicle. D’autant plus que c’est pas mal réalisé, même si c’est sans grand éclat et manque de punch dans les scènes d’action (par contre la photo m’a semblé fadasse, au point où il semble que la mise au point est bancale, mais je soupçonne le projecteur un peu faiblard d’en être responsable).

Le film est malheureusement très déséquilibré, et si on peut parfois passer outre ce genre de défaut (ce qui était d’ailleurs le cas dans Kichiku, dont le début était très lent avant la seconde partie complètement déchaînée) là ça fout un peu tout par terre. En effet, d’un film décalé et bisseux, on glisse dans un film faussement grandiloquent et même nian-nian ! Bel exemple sur la fin du film avec la scène dans le resto qui, prise indépendamment reste assez chouette sur le début, mais fini par être ridicule par excès de zèle. L’erreur de Kumakiri est de vouloir ajouter à son film une consistance et une épaisseur psychologique dont il n’avait pas besoin ! Donc basta le héros torturé, on s’en passerait bien ! La scène où il va voir son ancien collègue qu’il va être amené à affronter est limite pathétique, en plus d’être un beau cliché – idem du duel final qui fait très « nous on est des guerriers et on a de l’honneur ». J’en passe, mais le problème reste que ce recours bien lourd aux sentiments (ils ont sacrifié des nenfants, les monstres !) prive Freesia de la radicalité, du point de vue original et de l’engagement parfois suicidaire qui demeure le caractère essentiel des séries B sorties de nulle part comme je les aime. D’autant plus que les deux trames de l’histoire (les brigades de liquidateurs et les rescapés de la bombe) peinent à se lier de manière satisfaisante. On voit bien évidement le lien (évident), mais comme de l’huile mélangée à la flotte, l’émulsion à du mal à prendre.
Lot de consolation : restez quand même jusqu’au bout, le générique de fin est chanté par Chara, et à ce genre de cadeau les gens de bon goût ne disent jamais non.

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