F.I.M. juin 2008

Films de l’Ici et du Maintenant, ep.6
(lire l’épisode précédent)

On continue sur notre lancée, des semaines, puis des mois, de morosité cinématographique.
Vivement les vacances et la sortie de La momie fait du kung-fu car franchement rien ne va plus ma petite dame.

Les films s’aventurant en zone interdite

Les Ruines, petite série B signée Carter Smith, se traînait une réputation flatteuse et une rumeur plutôt positive, mais on peut pas vraiment dire que je fus convaincu. Je suppose que les gens ont aimé l’invisibilité, voir même la passivité, de la menace, manoeuvre scénaristique d’une certaine cruauté amenant les personnage à finalement se faire mal eux-mêmes (quelques scènes plutôt chouette donc). Que le scénariste n’hésite pas à y flinguer un gosse de manière assez gratuite a du aussi en séduire certains (moi le premier, je déteste les mômes). Il n’empêche, ce film peine à faire preuve d’originalité. Rien que le scénario, confondant de jeunisme MTVesque, nous en convainc : une bande de jeunes en vacances aux Mexique se voient proposés d’aller faire un tour sur des ruines mayas garanties 0% touristes car pas sur la carte. Et de l’aventure il vont en avoir, car à peine débarqués sur les lieux des types avec des flingues et des arcs les empêchent de quitter le site, près à les tuer s’il le faut. Et oui, car y a un truc pas net dans cette pyramide et nos jeunes gens vont crever dans d’atroces souffrances. Un peu comme [REC] (la similitude des situations est même frappante) Les Ruines fonctionne donc sur un système de double menace : une menace « intérieure » que l’on ne comprend pas et qu’on aimerait bien fuir et une menace « extérieure » aux motivations semblant arbitraires et qui oblige les personnages à rester en quarantaine à portée de la première menace. Malheureusement Les Ruines n’a pas l’efficacité de [REC]. Ni l’intelligence et les qualités de mise en scène qui avaient par exemple tiré vers le haut un film comme The Mist.

Autre série B, bien moins recommandable et recommandée, Rise de Sebastian Gutierrez. Avant que vous ne vous posiez la question : je suis allé voir ce film car il y avait Lucy Liu et des vampires dedans. Je plaiderais volontiers coupable en avançant qu’on a tous nos petites faiblesses, mais vous allez penser que j’en ai décidément beaucoup des petites faiblesses !
Donc Lucy est journaliste et se fait gnaquer par des vampires alors qu’elle enquêtait sur des bandes de goths. Elle devient elle même vampire et va se venger. Un gros bis de Blade quoi. Quelques passages rigolos (la première fois qu’elle mange de la viande est assez bien foutu) mais dans l’ensemble le scénar est palpitant comme un match de curling amateur et la réalisation des plus paresseuses, pas grand chose à se mettre sous la dent si j’ose dire.
J’ai vu Lucy Liu et des vampires, c’est déjà ça.

Tant qu’on est dans le cinéma pas sortable, parlons de Soap de Pernille Fischer Christensen. S’y croisent une femme du genre libérée et sûre d’elle qui emménage dans un nouvel appart suite à une rupture avec son mec et sa nouvelle voisine de palier Veronica, alias Ulrik, travesti et wannabe transsexuelle, qui entre deux clients sadomaso promène son petit chien et regarde sa série préférée à la télé. L’originalité du film, c’est de présenter son intrigue, assez inhabituelle, à la manière d’un soap opera télé, à grand renfort de « Samantha réalisera-t-elle enfin qu’en fait elle aime Peter et quittera-t-elle Robert pour lui tout en sachant que son amour est à sens unique parce que Peter aime Jenny, la chienne de Robert ? ». A part ça ? Pas grand chose, c’est juste laid, d’autant plus quand le réalisateur s’essaye à esthétiser son film.

Pas de transsexuel dans Wonderful Town de Aditya Assarat, pourtant ça se passe en Thaïlande. Un architecte travaillant à la reconstruction d’un hôtel sur la cote loge dans un petit hôtel d’un patelin retiré (il aime pas la ville) et tombe petit à petit amoureux de la patronne. Bon, en toute franchise je suis presque surpris que le film soit bien, faut dire que je ne m’attendais pas à ça. Bref, c’est plutôt bien filmé (un peu de pose autiste auteurisante parfois, mais si peu) et pas bête.
Dommage, le final se prend les pieds dans le tapis, le film semblant pouvoir s’arrêter à trois endroits (ce qui n’est pas une mauvaise idée en soi, c’est même assez excitant). La « première fin » est assez chouette et intelligente dans sa mise en oeuvre : bouclant sur la scène d’ouverture elle fait écho au caractère cyclique des catastrophes et des remises en question, avec une impression d’immuabilité, c’est joliment fait. La deuxième amorce une sorte de twist du plus mauvais effet (le type qui téléphone et s’apprête à partir, voilà qui se rajoute à l’histoire sans raison, sans logique, comme une maladroite tentative de rajouter de la profondeur, ce qui ne fonctionne jamais) et le plus étrange c’est que la catastrophe est « évitée » par l’intervention d’un élément qu’on sentait venir et que l’on redoutait (les voyous du village) : en même pas un quart d’heure le film tombe grossièrement dans l’artificialité qu’il avait pourtant évité pendant plus d’une heure. Quand à la « troisième fin » c’est juste de la pose, inutile, qui aurait pu être belle sans le travers artificiel de la « deuxième fin » mais là ne semble n’exister que pour fournir le visuel de l’affiche.
Reste que pour un film post-tsunami (« Thaïlande 3 ans après le tsunami » nous dit l’affiche) c’est admirablement sobre, ce qui mérite d’être souligné. Il y a bien des allusions – quoi de plus naturel d’ailleurs ? après tout le bonhomme est là pour reconstruire un hôtel détruit et qu’un tel événement ait laissé des traces est normal – mais on est pas la pour un exposé misérabiliste ni pour se voir asséné toutes les dix minutes combien le tsunami ça fut trop dur ma petite dame. Au contraire on a droit à une histoire d’amour assez classique (mais pas mal), et les thèmes liés à la catastrophe sont traités en sous-main avec une certaine intelligence.

« Intelligence » n’est d’ailleurs pas un mauvais mot pour qualifier le surprenant Valse avec Bachir de Ari Folman. Si on s’arrête sur le fait qu’il s’agit d’un film plus ou moins autobiographique sur la guerre au Liban en 1982, ça peut faire peur, mais il s’agit probablement d’un meilleur film vu en salles ces derniers mois (nous traversons un véritable désert, certes).
On suit donc un homme (le réal visiblement) dans ses recherches sur la guerre du Liban, guerre dont il ne se souvient plus grand chose si ce n’est quelques images et hallucinations tenaces. Au fur et à mesure des interview de ses anciens camarades ses souvenirs lui reviennent, jusqu’à ceux du fameux massacre de Sabra et Chatila.
Le procédé mis en oeuvre est assez singulier, puisque le réalisateur a un premier temps réalisé un reportage classique avec interviews d’anciens soldats, avant de le refaire en animation, reconstituant à la fois les scènes de discussion, mais créant également les scènes de souvenirs. Et mine de rien cet artifice que certain pourraient trouver gratuit ou artificiel (ou pire, esthétisant) est une trouvaille magnifique : il permet d’harmoniser le contenu du film, de balayer la rupture entre témoignages face caméra et reconstitution de scènes d’époque dans les documentaire live (sans même parler du rendu atrocement kitch de la plupart de ces reconstitutions, pas crédibles pour un sous). Puisqu’il n’y a à ma connaissance pas d’équivalent au cinéma, cela m’a fait penser en bande dessinée au travail d’Emmanuel Guibert, en particulier sur La Guerre d’Alan, déjà récit de guerre biographique où la démarche de collecte de témoignages et leur reconstitution est au coeur de l’oeuvre.
Et puis bon, graphiquement c’est juste splendide. Je ne sais pas trop si les vidéos préalablement prises ont servi physiquement de support à l’animation, mais la cohabitation 3D/2D (+ flash !) fonctionne à merveille (allez, soyons franc, un ou deux couac parfois, comme partout ailleurs) : avec peut-être moins de présence physique que l’animation 2D traditionnelle, mais beaucoup plus graphique que tout ce qui se fait en 3D, en particulier grâce à une mise en couleur par aplat (en particulier les grands aplats noirs qui 2D-isent les personnages). Ajoutons à ça un excellent travail sur la couleur et la lumière, c’est tout bon. Après Peur(s) du noir, ce début d’année prouve une nouvelle fois qu’en « Europe » on a des animateurs qui valent le coup, et quelques producteurs assez courageux pour les mettre sur ce genre de projets un peu dingues.
Et puisqu’il y fait penser malgré lui (vous savez, un film d’animation autobiographique sur la guerre au Moyen-Orient), Valse avec Bachir enfonce le très surestimé Persepolis, sur tous les plans et très profondément.
De bien rares réserves viendront modérer l’enthousiasme, à commencer par une bande son parfois trop fédératrice pour être honnête, d’un style qui passe parfaitement dans les « vieux » films (Full Metal Jacket) mais de nos jours trop connoté pour ne pas qu’elle se donne un air de coolitude référentielle un brin agaçante (oui, j’aime pas ça). Et finalement, ne pas avoir résisté à la tentation de conclure le film avec des « vraies » images d’archives, travers déjà présent à la conclusion de Redacted. Valse avec Bachir se trouve d’ailleurs être un excellent pendant au film de De Palma, non seulement par sa portée politique et historique, mais surtout par sa recherche formelle sur la représentation de la guerre et de sa mémoire.

Le pompon du « film s’aventurant en zone interdite » est décroché par :

Valse avec Bachir
(parce qu’Ariel Sharon lave plus noir que Le Shah machine)

Valse avec Bachir (Ari Folman, 2008)

Les films avec des chiffres et des lettres

C’était un film que j’attendais avec beaucoup d’impatience – faut me comprendre, j’ai grandi en regardant Double Impact – mais faut admettre, et ça fait mal au coeur, que le résultat est très décevant : JCVD de Mabrouk el Mechri.
Vous connaissez l’histoire, Van Damme est dans la mouise, il tourne dans des films pourris en Europe de l’est, sa fille a honte de lui, le fisc en veut à ses fesses, tout le monde se fout de sa gueule,… et en plus il a pas de bol, puisque la poste où il va retirer son argent est la proie d’un hold-up et que les malfaiteurs auront vite fait de lui faire porter le chapeau.
Donc c’était tentant, un premier temps à cause du personnage Van Damme, très folklorique, un deuxième temps pour l’homme Van Damme, plus lucide qu’il en a l’air et faisant preuve de recul et d’humilité. D’autant plus qu’avec son air fatigué il a la gueule de l’emploi. Et si la mise en abîme ludique fonctionne parfois (la première scène par exemple, un tournage de film en plan séquence qui peu à peu laisse entrevoir des failles avant de littéralement s’écrouler, est très chouette), il lui arrive de tourner à vide (la longue impro face caméra, qui ne rime à rien). Reste alors le fan service, par nature limité. Et puis bon, entre ses enfilades de gros plans sans relief et sa lumière blanchâtre à la Marc Dorcel, le film est quand même bien moche. C’est con, j’ai pas envie d’être méchant avec Van Damme.

Par contre j’ai bien envie d’être méchant avec Deux jours à tuer de Jean Becker dont l’affiche était pourtant jolie. Mais hélas on déchante sévère dès les tous premiers plans, laids comme c’est pas permis. Et s’il n’y avait que ces premiers plans !
En gros, l’histoire d’un type (incarné par un Dupontel en roues libres, d’ordinaire plutôt bon acteur mais ici sans la moindre crédibilité) qui décide d’envoyer bouler sa vie de gros bourge qui le fait chier, de plaquer son boulot dans la pub, de dénoncer l’hypocrisie puante de ses soi-disant amis et ce genre de choses très saines. Ce qui peut être rigolo d’ailleurs. Quand c’est bien fait. A ce petit jeu la deuxième scène (Dupontel qui envoie chier son client qui refuse sa proposition de pub pour des yaourts en se prenant pour Cyrano de Bergerac) fait très penser à ce qu’on avait pu voir dans le très bon 99 francs, mais si on s’amuse à comparer les deux laissez moi vous dire que ça fait très (très) mal pour le film de Becker. Car quand le cinéma petit bourgeois s’essaye à être transgressif c’en est tout simplement ridicule. Peut-être justement car il ne l’est pas, que tout ça n’était qu’une entourloupe, qu’à la fin au prix d’une révélation pas originale pour un sou on apprend qu’il n’en pensait pas le moins du monde et qu’il aime sa femme. Car voyez-vous en fait il va mourir et il arrive pas à le dire à sa famille donc il veut partir en se faisant détester (bonjour la psychologie à deux balles). Je ne sais que penser du fondement idéologique moisi d’un tel film.
Et comme je le faisais remarquer en préambule, le film est atrocement moche. Photographie sur-éclairée calibrée pour la télévision, cadres le plus souvent anonymes et à coté de la plaque lorsque (rarement) ils essayent d’être moins classiques, absence totale de montage (tu mets le type qui parle à l’écran et basta !), ne parlons même pas du son. Ce n’est même pas « du bon cinéma d’acteurs » comme le dit Grégory Valens dans Positif (Gregory, si tu lis ce blog, merci pour ce petit bonheur)(monsieur le rédac-chef de Gregory, si tu lis ce blog, si un jour tu décides de t’en débarrasser je suis libre, mais je suis cher) puisqu’au gré d’une direction d’acteur calamiteuse même ceux qui d’habitude s’en sortent avec les honneurs, voir même avec talent, cabotinent hystériquement sur des dialogues débiles. Détestable en tous points, vraiment.

Donc ensuite même si on n’en tirera pas grand chose non plus on n’est pas mécontent de se retrouver face à La Nouvelle vie de Monsieur Horten, film norvégien de Bent Hamer (que j’ai un temps appelé « la deuxième vie… » ce qui lui doit son classement dans cette superbe catégorie des chiffres et des lettres). En bref, c’est l’histoire de monsieur Horten, chauffeur de train et jeune retraité. Pas super joyeux non plus, il a pas l’air d’avoir eu une vie bien remplie à part ses locomotives, sa mère croupit dans une maison de retraite et quelque part il doit se dire qu’il va bientôt la rejoindre. Vous voyez le genre, c’est ce que j’appellerais volontiers un film de vieux si la brigade du chatoiement langagier n’allait pas me sauter dessus. Un film de « seniors » quoi. Avec l’absence totale de mise en scène qui va avec, absence qui sait certes se faire transparente mais que la timide tentative d’introduire le fantastique (ou l’onirique) sur la fin ne fait que souligner. Enfin… je suppose que si j’avais quarante ans de plus je me serais peut-être senti concerné, mais là… je suis un sale jeune décidément.

Les mêmes critiques qui ont aimé Deux jours à Tuer et La Nouvelle vie de Monsieur Horten ont par contré détesté La troisième partie du monde de Eric Forestier. Alors est-ce par esprit de contradiction que j’en suis venu à l’aimer ? Le film n’est pas sans défauts, loin de là, mais pourquoi une telle haine ? (Calimero mode)
C’est donc l’histoire d’un gars et d’une fille qui se rencontrent dans un aéroport, le bonhomme la drague en lui parlant de physique (car ça marche, et oui !) et les voilà qui partent en vacances dans la maison de famille du bonhomme. Quand un jour il part faire une balade à vélo et ne revient pas, sa fiancée est convaincue qu’il a été aspiré par un trou noir (mais où va-t-elle chercher tout ça ?). Oui, j’avoue, le pitch est débile. Et quand il essaye de donner un peu de consistance à l’argument scientifique (qui ne sert à pas grand chose) c’est souvent ridicule. Rajoutons une légère teinte bobo rive droite, agaçante comme il se doit, voilà qui part mal.
N’empêche, le film fonctionne pas mal du tout, surtout dans sa première partie – la fin part un brin en live, mais on aime ça aussi. La première demi-heure en narration alternée est très jolie (j’aime les narrations alternées, et alors ?) et le reste suit, avec quelques belles idées (une histoire de porte, de chien et autres). La mise en scène quand à elle est malheureusement à deux vitesses : engluée dans les alternances de gros plans lors que certains dialogues poussifs, alors qu’en même temps elle fait preuve de jolies choses, faisant décoller le film le temps d’un insert, d’une petite rupture dans l’échelle de plan.
Ça ne changera pas le monde, mais c’est déjà bien.

Le bouquet du « film avec des chiffres et des lettres » est lancé à :

La troisième partie du monde
(parce que ce genre de films en France, on sait pas vraiment si c’est bon ou pas,
mais au moins c’est rare)

La troisième partie du monde (Eric Forestier, 2008)

Les films où les champions posent pas de questions

Rapidement puisque je vous en ai déjà parlé plus ou moins en longueur : Je ne suis pas retourné voir Eldorado de Bouli Lanners, après tout je ne vais pas changer d’avis en si peu de temps. Pour ceux qui avaient loupé ça, j’avais trouvé ça sympa mais sans plus, et j’en avais rapidement parlé dans ma revue cannoise.
Quand à Diary of the Dead de George Romero je lui consacre carrément un article rien que pour lui. Reste à savoir si ça lui fait plaisir.

Petit film vite regardé vite oublié tout en n’étant pas désagréable pour autant, Sparrow de Johnnie To, une comédie légère autour d’une bande de pickpockets qui aident une jeune femme à se défaire de l’influence d’un vieux gangster. Assez ludique dans son genre, en particulier dans sa première partie, ça vole quand même pas très haut – en particulier un scénario prétexte qui a du être écrit en deux heures. Et même si c’est parfois chouette les amateurs (comme moi) du Johnnie To ultra esthétique de The Mission et autres PTU risque de déchanter (comme moi), le tout étant bien paresseux. Pire, il arrive que ça soit moche, comme la scène finale, du genre dix minutes de full-slow-motion sous la pluie – on se serait cru dans un film coréen.

Préférons alors le full-speed-motion avec Speed Racer des frères Wachowski. Une histoire assez bête, très classique du moins, avec un jeune pilote idéaliste au milieu des requins magnats industriels qui truquent les courses pour leur intérêt et ce genre de messieurs tout pas beaux. C’est donc pas là qu’on va chercher l’intérêt de ce film, par ailleurs fort surprenant. Pour cela il faudra tout de même passer outre un certain nombre de concessions faites au blockbuster familial, parfois très très agaçantes.
Mais voilà, y a des idées au kilomètre. Séquence parfaitement réjouissante, la course en début de film : montant de manière alternée la course de Speed (oui, « Speed Racer » c’est le nom du héros, pauvre garçon) et celle de son frère quelques années avant, elle finit par intégrer un élément directement issus du jeu vidéo, le ghost d’une course (pour ceux qui n’ont jamais joué à un jeu de course : une voiture fantôme qui reproduit le record du tour et que le joueur poursuit pour améliorer son record). Speed poursuit alors son frère non seulement métaphoriquement (on comprend alors qu’il a eu une grande influence sur lui et que son petit frère le considère comme un modèle) mais aussi physiquement, à plusieurs années d’écart. D’autres petites réjouissances visuelles, la manière qu’on les réalisateurs d’intégrer à l’image non seulement ce que voient les personnages, mais également comment ils l’interprètent et le considèrent : la visite de l’usine est par exemple une petite merveille d’ironie un brin absurde.
Plus globalement, la grande qualité de Speed Racer est son excellent travail de production design (malheureusement entachée, même s’il est toujours délicat de faire la part des choses, par une photographie et une lumière manquant de consistance)(je dis ça car le directeur de la photographie fut celui de la prélogie Starwars qui souffrait du même genre de défaut, c’est probablement lui le fautif). Il suffit de remarquer par exemple comment le film joue avec les époques : à en juger par les technologies nous sommes dans le futur (un peu exotique, certes), mais le design des voitures, tout futuriste soit-il, est fortement influencé par les années 60 (il reprend dans les grandes lignes celui de la série originale) et la société « hors courses » est de type 50s fantasmées pleines de couleurs. Il arrivent aussi que le temps d’une scène le film revête l’apparence d’un western, comme pour souligner la pseudo « attaque du train » qui s’y déroule.
Et puis bon, si les scènes normales sont parfois chiantes les courses sont totalement démentes, limite si les voitures ne font pas du kung-fu. Quelque part entre Wipe-Out et Mario Kart. Un film réjouissant donc, même s’il faut passer outre quelques défauts bien lourds, qu’il serait vraiment dommage de bouder car parait-il que c’est un film con pour ados attardés.

Night Shyamalan a incontestablement quelque chose, en plus de son nom à coucher dehors : il fait des films qui ne ressemblent pas à ceux des autres. Ou du moins quand il fait ses films il est dans son trip. Et dans le genre trip, Phénomènes c’est pas mal dans son genre : on ne sait pas trop pourquoi, tout d’un coup les gens se suicident en masse. Et forcément, craignant une arme bactériologique de ces salaud de terroristes on évacue tout le monde de New York. C’est sans compter que l’épidémie de phénomènes s’étend.
On peut pas dire que le père Shyamalan se soit foulé sur le scénario. Et en effet à quoi cela sert ? Un petit coup de baguette magique « tu sais mon petit il y a des phénomènes naturels qu’on ne peut pas comprendre et qu’il ne faut pas chercher à comprendre » et tout est réglé. Il n’y aura donc pas de méga révélation de la mort : dès le début on parle des arbres qui tueraient les humains, et pas de twist à l’horizon… on ne sait même pas si le réal se fout de notre gueule ou si c’est vraiment ce qu’il se passe. Peu importe, le procédé est de toute façon trop facile.
Par contre, il faut dire ce qui est, Phénomènes est très drôle. Bon, oui, d’accord, « consternant » serait plus juste, mais je vous assure, avec un brin de dérision on se marre beaucoup. Et Shyamalan étant totalement dans son monde je doute qu’il fasse grand cas de mes sarcasmes (à moins qu’il ne me trucide dans son prochain film, à l’image du critique dans La jeune fille de l’eau).
Autre chose, plus gênante. Je n’ai plus de souvenir bien précis de ses films précédents, mais je n’ai pas le souvenir que cela soit mal filmé (peut-être l’était-ce). Alors que Phénomènes l’est. Un bête assemblage de plans hyper basiques, mono-informationnels si ce mot existait, privés de poésie même lorsque le réal essaye d’en insuffler, bref un ensemble très plat, sans ambition et même pas beau. Par contre il est loin d’être puant comme le précédent film du réalisateur, c’est déjà ça.

Et pour finir vous allez pouvoir me traiter de fumiste.
Car au moment où j’écris cet article ça va faire deux semaines que j’ai vu My Father, my Lord de David Volach et honnêtement je m’en souviens plus trop et j’aurais du mal à en dire quelque chose de pas trop con. La preuve probablement que ce film ne m’a pas marqué. Une histoire de fils de rabbin ultra-orthodoxe quoi qu’il en soit, éduqué par son père dans le respect de la foi la plus stricte. « La nouvelle vague du cinéma israélien » nous dit l’affiche, moué, pas très « nouvelle vague » j’ai trouvé. C’est vrai quoi, y a même pas un jump-cut !
Si vous voulez à tout prix voir un film israélien, juste au dessus y en a un dont j’ai dit le plus grand bien.

La coupe du « film où les champions posent pas de questions » récompense :

Speed Racer
(parce que ça fait  des dizaines d’années qu’on a parait-il inventé le cinéma en couleur et qu’on vient de s’en servir pour la première fois)

Speed Racer (Andy et Larry Wachowski, 2008)

Ze palmarès

Prix du « film s’aventurant en zone interdite » : Valse avec Bachir
Prix du « film avec des chiffres et des lettres » : La troisième partie du monde
Prix du « film où les champions posent pas de questions » : Speed Racer

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§ 4 commentaires sur “F.I.M. juin 2008”

  • A.K. says:

    Maintenant je sais à quoi tu as passé tes journées de juin…
    Dommage pour Rise car le Judas Kiss du même Guttierez était ma foi fort glop. Et c’est amusant, j’ai failli aller voir Deux jours à tuer en voyant la bande annonce mais après réflexion je me suis dit que si ça se trouve le mec fait juste le méchant parce qu’il a appris qu’il avait une maladie mortelle…

    A.K.

  • Slimdods says:

    On a des goûts que se ressemblent di donc, c’est cool! puis je suis compatissant, tu as du souffrir pendant Phénomènes… ahaha

  • pikul says:

    Moi, j’en garde une bonne impression des Ruines (plus que de REC avec le recul). La mise en place à partir de l’arrivée à la pyramide est superbe, toute cette mécanique qui étrangle progressivement la situation, c’est très bien fichu… Et j’aime beaucoup ce côté “huit clos en plein air”.
    Bizarrement, outre Redacted, Valse avec Bachir m’a rappelé A Scanner Darkly, de Linklater, avec ce principe d’uniformiser/déformer la réalité grâce à l’animation. Dans Scanner, ça brouillait la frontière réalité/trip hallucinatoire, pour Bachir ça brouille la frontière réalité/rêve/trip mémoriel. La guerre du Liban et Philip K. Dick : même combat ? Beau film en tout cas, ouais.
    Content de trouver enfin quelqu’un d’autre qui a apprécié Speed Racer. Pourtant j’y suis allé en pensant détester. Il y a certes des trucs lourds (tout un humour “les Flinstones visitent la chocolaterie de Charlie” à vomir de la barbe à papa) mais rien que les courses déjà : WAOUH !! J’étais comme un gosse qui fait son premier tour de manège. J’ai failli lever mon poing en l’air de joie quand Speed gagne la course finale. Ca faisait bien longtemps que je n’avais pris autant de plaisir primaire au cinéma. Et formellement, le film est grandiose quand même.

  • Epikt says:

    Je me demande pourquoi je n’ai pas pensé à A Scanner darkly, car en effet c’est évident !
    Speed Racer, je pense que c’est un film qu’il est facile de détester à priori. Dommage car à mon avis ce film est de ceux qui font avancer le cinéma à grand spectacle.

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