F.I.M. janvier 2008

Films de l’Ici et du Maintenant, ep.1

Je promets surtout pas que ceci devienne une chronique régulière. Je ne la promets encore moins exhaustive, car y a des films que j’oublie, parfois ne serait-ce que momentanément. Je promets pas non plus de tout détailler au dela du « c’est pourri » ou « c’est sublimissime ». Mais ça permettre de faire le point sur des trucs que j’ai pas pris le temps de chroniquer pour de vrai et avec un peu de bol ça vous donnera quelques idées… certains films étant encore en salles à l’heure qu’il est.

A tout seigneur tout honneur, le film qui a eu le privilège de commencer mon année en salle fut The Return, film parfait pour introduire la première catégorie de ce rékapépète.

Les films bien mais pas top ou au contraire pas top mais bien, ce que les gens instruits appellent « en demi-teinte »

The Return donc, de Asif Kapadia que je connais pas et avec Sarah Michelle Gellar que je über-kiffe (fan de Buffy inside), film très recommandable sans être ni original ni transcendé par son traitement, mais à la réalisation plus que correcte, bien photographié et avec une bonne et jolie (et brune) actrice.
Continuons dans le désordre par un autre film ayant pour décors l’Amérique rurale de péquenot mal dégrossis, avec Shotgun Stories de Jeff Nichols, histoire de fusil sans fusil (j’allais écrire sans histoire) qui emballera probablement les amateurs de cinéma du réel et du non tombage dans la facilité (quoique… je remarque d’ailleurs que dès qu’on donne un peu dans le social la critique est d’autant plus d’accord), mais de mon coté il m’est tombé des mains.
Avant-dernier film ricain de la sélection, lui aussi un peu redneck sur les bords, Death Sentence de James Wan avec le très cool Kevin Bacon. Film redneck uniquement sur les bords parfois plutôt croustillant, mais avec un coeur tout fondant à coup de ballades pop pour bien montrer que le monsieur il aime sa famille… disons que pour le début ça pouvait le faire, mais ensuite il me faut du cassage de bras. Je vais me refaire un Steven Seagal.
Un petit mot rapide du dernier film du pourtant très chouette Gregg Araki (regardez-moi Nowhere) avec la non moins chouette Anna Farris, le malheureusement assez décevant Smiley Face. Disons que ça se laisse voir, qu’il y a des idées un peu parfois, mais bon que voilà… 1h30 de caméra sur une fille complètement stone, le principe atteint rapidement ses limites.
Partons à présent de l’autre coté du globe, avec Filatures du hongkongais Yau Nai Hoi, ancien scénariste de Johnnie To qui passe pour la première fois devant la caméra. Scène d’ouverture bluffante, puis enfermement dans un film-récit classique.
Hong Kong, c’est de là que vient notre dernier « coussi coussa movie » du mois, et pour le coup c’est une déception puisqu’il s’agit du très attendu Triangle, projet croisé de Tsui Hark, Ringo Lam et Johnnie To. Projet qui aurait justement mérité d’être croisé, plutôt que bêtement mettre les segments les uns à la suite des autres. Ils ont bien du s’amuser en tout cas, dommage qu’on s’amuse moins qu’eux.
Puis comme bac tout France avec Eden Log, film pas top mais avec des choses dedans, voir ma chronique pour plus de détails.

Le lauréat du prix du « film bien mais pas top ou au contraire pas top mais bien » (oui, je viens d’inventer qu’il y aurait un prix pour récompenser un film dans chaque sélection, choisit au pif, avec mauvaise foi ou avec un peu de coeur) est donc :

The Return
(prix décerné pour d’évidentes raisons sentimentales)

The Return (Asif Kapadia, 2007)

Les films tout pourrites que parfois c’en est même honteux

Entame avec un outsider modeste, Aliens vs Predator : Requiem de Colin et Greg Strause. Il fallait bien être deux pour réaliser ce monument d’absurdité. Bon, j’avoue qu’il y a des passages bourrins mais constamment en plan serré et avec trois plans par seconde que s’en est illisible. Reste à admirer la chouette galerie de portraits et l’admirable habileté des scénaristes qui non content de nous balancer des dialogues vraiment inédits réalisent un vrai tour de force sur le final « merde y nous reste 10 minutes pour boucler le film et les héros sont dans la grosse merde qu’on sait pas comment on va les en sortir sans employer une bombe atomique !!! »
Expédions rapidement un autre chalenger sans grande prétention, les deux films tirés du manga Death Note dont je vous parlais y a pas si longtemps et maintenant on peut attaquer les films vraiment bourrins, carrément prétentieux par moment, et avec de vrais chance de succès au palmarès.
Cocorico la France est représenté (c’eut été étrange), entre autre par le désolant Frontière(s), film qui aurait du être sous-titré « je suis un ado en révolte contre l’injustice, le racisme et le F-Haine, j’aime Massacre à la tronçonneuse et je veux faire un film ».
Viennent bien entendu les habituelles boursouflures historico-sentimentales, la première venant d’outre-Manche avec la délicieuse Keira Knightley à l’écran, j’ai nommé Reviens-moi de Joe Wright. Film qui contrairement à Orgueil et préjugés du même réal semble contenir quelques idées, notamment dans la narration, mais à chaque fois ça foire, ce qui n’est pas étonnant lorsque la moindre sophistication supposée consiste en fait à bien montrer au spectateur ce qu’il doit avoir vu. Signalons au passage un long plan séquence qui a du coûter une bagatelle de l’ordre du PIB du Burkina Faso, avec au moins 5000 figurants, des chevaux qui font les morts, une grande roue et une chorale patriotique.
Ce film trouve néanmoins opposant à sa mesure en présence du nouveau film de Ang Lee : Lust Caution. Vous êtes déjà tombé dans une faille spatio-temporelle ? Non ? C’est l’occasion ou jamais, ce film de 2h30 est garanti le triple en temps subjectif ! En plus y a plein de scènes de cul, si ça c’est pas cool.
Autre pâtisserie asiatique indigeste, Le Roi et le clown de Lee Joon-Ik, bête de festival et de box-office (en Corée hein, parce qu’en France sorti sur huit écrans il va pas faire long feu) ce qui n’étonnera personne puisqu’on a affaire au parfait avatar de la fresque vaguement grandiose qu’affectionne les jurys, pile poil entre rigueur auteurisante propre à satisfaire la critique et bouffonnerie sentimentale pour nourrir le public. C’est beau, c’est léché, c’est lisse, tout le monde est content et c’est la grande joie chez les vendeurs de pop-corn. Dire qu’ici on vend ça comme un « film d’auteur ».
Continuons dans la rupture en attaquant les films réalisto-sociaux avec propos social lourdingue, avec le futur lauréat du césar 2008 du meilleur film, j’ai nommé La Graine et le mulet de Abdellatif Kechiche, film unanimement salué par la critique qui prouve une fois de plus qu’elle n’est qu’un ramassis de branquignoles ! Car non, créer deux trois personnages attachants et des dialogues confondants de naturel ne suffira jamais à faire un bon film ! Et ça n’excusera jamais de filmer 2h30 de repas de famille en cadrant constamment entre le menton et les sourcils ! Quand je pense qu’il y en a pour qualifier ce type de « filmeur hors pair », ça laisse sur le cul. Alain Spira, puisque c’est ainsi que se nomme notre oiseau, critique cinéma à Paris Match de son état (vous pourriez sourire devant ce très bel oxymore si ce gars n’était pas payé à écrire de telles conneries), se fend d’ailleurs d’un papier qui est un modèle du genre. C’est tellement gros qu’on en vient à espérer que ce soit une parodie ! Passons sur le fabuleux « peu de cinéastes savent aussi bien que lui filmer un repas de famille », compliment que je reprendrai avec bonheur quand je chroniquerai la vidéo de la première communion de ma petite soeur par Tata Henriette, pour admettre que pour le meilleur et pour le pire « nous avons enfin trouvé notre Ken Loach ».
Ken Loach justement – qui depuis longtemps nous a prouvé que pour recevoir des prix il fallait mieux faire pleurer sur les pauvres et casser du sucre sur le dos des méchants exploiteurs que de faire de la mise en scène – nous revient avec son nouveau film, ironiquement intitulé It’s a free world. Bien moins indigeste que le film de Kechiche, It’s a free world est même intéressant sur certains points (montrer une femme d’origine modeste, et l’étant d’ailleurs toujours, n’ayant pas le moindre scrupule à exploiter les plus faible qu’elle). Bon, on repassera sur la chose purement cinématographique et sur un certain nombre de lourdeurs, mais on trouve bien pire dans la filmo du réalisateur anglais – de toute façon, un Loach contemporain sera toujours moins mauvais que ses films historiques.

Le très convoité prix du « film tout pourrite que parfois c’en est même honteux » est accordé à l’unanimité à :

La Graine et le mulet
(pour sa fuck you attitude et pour donner envie de manger du couscous poisson)

La Graine et le mulet (Abdellatif Kechiche, 2007)

Les films qu’ils sont plutôt cool et qu’on les voyait pas venir

Parce que oui, en bon rebelle à l’essetablichemante cinématographico-critico-médiatico-hype je ne me suis pas allé voir les grosses pointures. C’est donc plus tard que je vous parlerai (peut-être) des nouveaux Coen bros (qu’il n’y a pas de raison que ça soit mauvais) ou Burton (qu’il n’y a pas de raison que ça soit bon).
On commence donc par Dancing Queens de Darren Ashton, un pseudo documentaire sur des écoles de danse en Australie. C’est comme Little Miss Sunshine mais en bien, avec des vraies idées de mise en scène dedans et un vrai intérêt pour la transgression. Malheureusement justement cette transgression (qui reste le sujet porteur du film) se prend les pieds dans le tapis lors du final, très convenu et qu’on croirait sorti de MTV. Dommage.
L’autre film improbable du mois tâte aussi des frontières entre cinéma et documentaire/télé, j’ai nommé le très surprenant et plutôt cynique Live! de Bill Guttentag qui narre les péripéties d’une productrice montant une émission de téléréalité où six candidats jouent à la roulette russe. N’évite pas un certain nombre d’enfonçage de portes ouvertes et évite certains dilemmes pourtant cruciaux (le protocole de la dernière balle ? mince, ça devrait être abordé ça !), mais a le mérite de replacer le couch potatoe dans son rôle d’animal politique.
(et mon dieu l’assistante de la productrice est trooooop hooooot !!! *bave* )

Et donc le prix du « film qu’il est plutôt cool et qu’on le voyait pas venir » est décerné à :

Dancing Queens et Live!, ex-aequo
(palmarès établi par flemme, refus d’engagement et désir de saluer la thématique commune de ces films qu’ils font du bien)

Dancing Queens (Darren Ashton, 2007)

Rékapépète du palmarès du rékapépète :

- The Return si vous voulez un petit film qui vole pas bien haut mais loin d’être déshonorant.
- La Graine et le mulet si vous voulez vous convaincre qu’il ne faut surtout pas écouter la critique pour choisir ses films.
- Live! et Dancing Queens si vous voulez des films surprenants que même moi j’aurais pas parié un centime dessus.

Live! (Bull Guttentag, 2007)

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