F.I.M. avril 2008

Films de l’Ici et du Maintenant, ep.4
(lire l’épisode précédent)

On pourra pas dire que ce mois d’avril 2008 m’ait particulièrement marqué. D’ailleurs je suis pas trop allé au cinéma, ce qui restera toujours plus que certaines personnes en un an, mais bon. Pas de quoi faire cinquante catégories, ou alors des catégories avec deux films dedans, pas glop quoi, alors je mets tout dans une seule, la bien nommée :

Les films avec des types qui voulaient être des gangsters, avec le type que Mark David Chapman a assassiné le jour de la naissance de Lily Chou-Chou, avec Nathalie Portman, avec une fille qui dans le noir ressemble à Nathalie Portman, avec des histoires de soeurs, avec parfois des couettes ou peut-être  même avec rien de tout ça

On attaque par la facilité, je vous inviterai donc à lire mon article consacré à [REC] de Jaume Balaguero et Paco Plaza. Un film que j’attendais avec impatience et dont j’attendais beaucoup (réalisateur talentueux + parti pris riche de potentiel) mais qui comme vous le savez m’a quand même bien déçu – si vous ne le savez pas, vous avez de la lecture à rattraper.
Cela dit, [REC] n’est pas, loin de là, le film le plus pourri vu ce mois, puisque je suis allé m’infliger le nazissime The Eye de David Moreau et Xavier Palud. Oui oui, vous savez bien, le remake ricain d’un film hong-kongaïo-thai que j’ai pas vu mais qui devait déjà pas voler bien haut par les deux frenchies coupables du désespérément nul Ils (le film tourné avec cent balles dans un pays de l’est où Olivia Bonamy court dans la forêt vêtue d’un débardeur blanc, c’est pourtant marquant), on pouvait pas non plus en attendre grand chose. Cela dit, l’idée de base est assez démente : une aveugle se fait greffer la cornée, retrouve la vue mais est prise de doute quand à la réalité de ce qu’elle voit, incapable de faire la part de l’ordinaire et de l’extraordinaire, confrontée à des visions étranges ne sachant pas si les autres y sont confrontés où non,… bref, voilà quelques pistes intéressantes, pas du tout explorées forcément. En deux mots, outre la réalisation d’une banalité à la limité du médiocre, le traitement est d’une débilité sans nom : la fille se fait greffer les yeux et entend des fantômes ! Ri-di-cu-le !
Il y a tout de même une explication au fait que je suis allé voir cette bouse immonde, il se trouve que Asylum me tentait bien, il se trouve aussi que le film n’était projeté que dans une seule salle à Paris (plus trois autres en province) avec une seul séance par jour, à 22h (en première semaine, la joie, si ça c’est pas du film mort né) et que j’avais deux heures à perdre sur les Champs Elysées et il se trouve que The Eye était le seul à correspondre au créneau horaire.
Asylum donc, de Olivier Château, un film visiblement fauché (on a même eu droit à une projo en béta numérique, la grande classe), limite amateur même, mais avec un pitch plutôt intrigant : un bonhomme est attaché à un arbre en pleine forêt et abandonné pour qu’il y meure de faim. Cool. Dommage, on met beaucoup de temps à en arriver là, le début de film se perdant dans un pseudo polar où on présente le personnage (petit escroc plutôt futé à défaut d’être vraiment intelligent) et ce qui l’a amené dans cette situation (on l’accuse d’avoir flingué le neveu de son boss, forcément). Et bref ça part plutôt mal, engoncé dans des défauts classiques des courts métrages amateurs s’essayant au film de gangster (image sépia en toc, recyclage de figures classiques qui sonnent faux, acteurs qui se la jouent Al Pacino du pauvre,…) et n’évitant pas le coté poseur. Ça s’améliore franchement lorsqu’on en arrive à notre type accroché à son arbre, le film trouvant là une forme de minimalisme qui endigue sa maladresse de débutant. Et faut dire que ça se laisse regarder sans déplaisir, sachant être inventif à partir d’une situation très balisée. Même si finalement c’est loin de casser des briques – c’est con, j’aurais bien aimé l’aimer ce film.
Par contre j’ai plutôt bien aimé Chapitre 27, premier film de J.P. Schaefer, lui aussi chichement distribué dans une seule salle dès la première semaine. Jared Leto y abandonne ses rôles de minets qui se font défoncer la gueule et a du s’enfiler un bon paquet de rillettes pour endosser le rôle de Mark David Chapman, le type qui a dézingué John Lennon. Passée la performance très actor studio (donc pas trop ma tasse de thé) de son acteur principal qui cabotine quand même pas mal le film est plutôt chouette, un brin abstrait même. On aurait tord de chipoter sur un cadre trop serré, donc peu vivant, puisque justement la mise en scène se verrouille sciemment sur son personnage principal monomaniaque vampirisant la narration, plongeant sans distanciation le spectateur dans sa psyché malade. Plus mise en scène de la folie que film à thèse d’une profondeur renversante, Chapitre 27 joue alors sur toute sorte de détails assez fins pour mettre en évidence la personnalité troublée de son narrateur, dédouble les scènes, lance ci et là des allusions à la réalité perturbée de Chapman, tueur aux motivations ambiguës qui tente tant bien que mal de se raccrocher à la première branche à sa portée afin de retarder son passage à l’acte. Je regrette juste de ne pas m’être replongé avant la projection dans le très bel Attrape-Coeur de Salinger, livre fétiche de Chapman et auquel la structure du film semble vouloir faire écho.
Arrivé à ce moment de l’article il est temps de donner dans la caution culturelle, je m’en vais donc expédier un Mizoguchi en quelques lignes. Quelle audace ! Quelle outrecuidance ! Quel pied de nez à la culture cinématographique officielle !
Faut dire que si Mizoguchi est un cinéaste que je connais très mal c’est aussi un réalisateur qui ne me tente pas plus que ça. C’est donc plus par curiosité, profitant de l’opportunité, que je suis allé voir Les Soeurs de Gion, vieille péloche de 1936 ressortie ces derniers jours. Une histoire de deux geisha à la recherche d’un protecteur, l’aînée étant amoureuse d’un homme ruiné qu’elle refuse d’abandonner pour un autre plus richement doté, malgré l’insistance de la cadette, beaucoup plus vénale et calculatrice. Bref, y a de l’intrigue et des retournements de situation et c’est bien rythmé dans l’ensemble, un tantinet théâtral même (dans le bon sens de terme). Par contre la mise en scène, si certains y voient de la l’inspiration et tout et tout et même si je  ne peux lui retirer une certaine élégance malgré son caractère trop statique, se prend quand même soixante-dix ans dans les dents et on les sent passer. Un bon coup de vieux quoi.
Alors quitte à remonter le temps on s’en va dans l’Angleterre d’il y a pas mal longtemps avec Deux soeurs pour un roi de Justin Chadwick – j’aime pas les films historiques, mais j’aime Nathalie Portman (et aussi Scarlett Johansson). Deux soeurs pour un roi donc, titre francisé à grand renfort de foutage de gueule de The Other Boleyn Girl – mince, beau titre pourtant, encore plus quand on a vu le film, forçant continuellement le va-et-vient entre les deux soeurs en ne pouvant décréter qui est « l’autre soeur », plutôt que de les mettre toutes les deux dans le même sac comme le titre français le fait – mais passons. Le film en lui même est assez soigné, bénéficie du soutien de ses acteurs ainsi que d’une base historique intéressante (la scission de Henry VIII avec l’église catholique) mais sans grande personnalité, comme 99% des films historiques. « Pour amateurs du genre », suivant la formule consacrée (que j’ai honte d’utiliser, vous pouver me taper).
Finissons-en avec Ploy de Pen-Ek Ratanaruang, film vu il y a à peu près un an mais qui vient de se voir distribué en salle. Pas grand chose à en dire, c’est moins convaincant que le plutôt joli Last Life in the Universe, moins bancal que le parfois intéressant (mais pas toujours) Vagues invisibles ; un film pas forcément déplaisant ni rien, mais qui jamais ne fait mine de décoller un tout petit peu. Le gros défaut du père Pen-Ek pour autant que j’ai pu m’en rendre compte. En gros, c’est plein de « mais ». Une ambiance douce très bien exploitée dans la trame principale, mais parasitée par des narrations parallèles guère convaincantes et surtout très inutiles ; j’eu pourtant une bonne idée qui aurait pu expliquer la présence des suscitées scènes parallèles – juxtaposition de deux schémas totalement inversés (personnages définis dans une situation ouverte et flou d’un coté, personnages énigmatiques dans une situation stéréotypée et clairement définie de l’autre), reste à savoir comment relier les deux –, mais qui rapidement ne tient plus la route (on me reprochera pas de ne pas faire d’efforts). Des belles images et un film dans l’ensemble soigné, mais sans réelle personnalité. Une situation intéressante et des personnages intrigants, mais une conclusion qui tient du je-m’en-foutisme total. Hop.

Le prix de gros du « film avec des types qui voulaient être des gangsters, avec le type que Mark David Chapman a assassiné le jour de la naissance de Lily Chou-Chou, avec Nathalie Portman, avec une fille qui dans le noir ressemble à Nathalie Portman, avec des histoires de soeurs, avec parfois des couettes ou peut-être  même avec rien de tout ça » est donc décerné à :

Chapitre 27
(qui ne le mérite qu’à moitié mais que voulez-vous ce fut un mois de merde)

Chapitre 27 (J.P. Schaefer, 2008)

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§ 2 commentaires sur “F.I.M. avril 2008”

  • Gilles says:

    J’ai bien aimé Chapitre 27 aussi ; j’aimais bien le coté introspectif du bazar.
    En effet, c’était un mois de merde, avril. Vivement mai. Moi en gros, je me suis fait Chasseur de Dragons (voulais voir ce que valait l’animation française, c’était plutôt sympathique), Shine a Light (c’est un concert quoi (deux en fait)) et hier Ca$h (seul qui correspondait au créneau, assez marrant mais rien d’original). Bref, vivement Indiana Jones.

  • tyler_durden says:

    Vu également Asylum au ciné, puis à la tv.
    Contrairement à toi, j’ai passé un bon moment. Le film mérite d’être reconnu, ne serait-ce que pour la façon dont il a été fait, on essaye toujours de se comparer au travail des ricains, et bien là on a un réal français qui a fait son blair withc ou mariachi made in french !
    Et sérieux, j’en connais pas beaucoup qui aurait su faire le quart de ce qui a été fait dans ce film avec les mêmes moyens… Asylum, à voir et revoir.

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