Films coréens en vrac #1

Première série de films vus lors de la rétrospective cinéma coréen à la filmothèque du quartier latin. Cinq films, aucune révélation, un ou deux plutôt pourris et par un malheureux incident de disponibilité d’images indépendant de notre volonté le premier qui n’a pas droit à sa petite iconographie.

La Saison des pluies de Yoo Yun-Mok commence plutôt bien. Trois cent cinquante millième film avec comme toile de fond l’affrontement nord-sud, il l’aborde (au début) avec un point de vue original : le regard naïf d’un garçon d’une dizaine d’années qui malgré le fait que sa famille n’a pas été épargnée n’y comprend pas grand chose et continue à jouer au docteur avec la fille du voisin. Autre regard, qui fait un contrepoint lui aussi décalé : celui de sa grand-mère, une vieille femme un peu médium (le film s’ouvre alors qu’elle apprend la mort de son fils dans un rêve) et peut-être un peu sénile aussi, du moins qui commence à perdre pied. Là je me dis chouette on va avoir droit à un film sur la guerre de Corée avec un point de vue périphérique, elliptique et allusif, d’autant plus que le film n’est pas mochement réalisé.
Malheureusement un sale flash-back se tape l’incruste, revenant sur le départ de l’oncle/fils futur mort au champ d’honneur et les occupations successives du village par les deux armées. Et cette fois vu d’un point de vue beaucoup plus traditionnel qui sera celui du reste du film, à hauteur d’adultes. On voit donc la famille du gamin partagée entre les deux camps, son oncle maternel ayant rejoint celui des « réactionnaires » et son oncle paternel celui des « rouges », avec notamment les deux (grand-)mères qui finissent par ne plus s’encadrer, leurs fils respectifs ayant fait le choix de camps différents. Cette famille comme métaphore de la Corée déchirée par une guerre fratricide tout ça tout ça.
Le film commence donc à se perdre dans une direction puis l’autre (il s’appesantit en particulier trop longuement sur le retour espéré de l’oncle paternel). Heureusement le final se trouve être assez déroutant et beau, renouant en quelque sorte avec l’ambiance du début puisque la grand-mère « sénile » revient sur le devant de la scène, accueillant puis renvoyant au royaume des morts le fils de sa rivale revenu sous la forme d’un serpent, dans une scène évoquant un rite chamanique. C’est lent, limite hypnotique, et clôt (en oubliant la petite digression joyeuse qui suit, et qui strictement constitue la fin) le film d’une bien jolie manière, hors des sentiers battus. Dommage que tout le film ne soit pas de cette trempe.

I wish I had a Wife (Park Heung-Sik, 2001)

Bien avant ça, on avait commencé tout en douceur avec I wish I had a Wife de Park Heung-Sik, une comédie romantique tout ce qu’il y a de plus classique : un employé de banque en a ras la casquette d’être célibataire et veut désespérément se marier. Il tente désespérément de se raccrocher à une ancienne camarade, en ne voyant pas qu’une instit de l’école juste en face de sa banque lui tourne autour. Classique quoi !
Dommage aussi que l’idée de l’utilisation des caméras de surveillance (vous savez que c’est mon dada), pourtant mise en avant dans le pitch officiel, soit développée de façon anecdotique au lieu d’en faire (pourquoi pas) le moteur de l’action. La comédie romantique est une genre bien rodé et défriché, et justement une solution pour se distinguer est d’adopter un point de vue particulier dans la romance et la communication entre les deux personnages (ce que faisait par exemple le très chouette Il Mare, par ailleurs projeté au cours de cette rétrospective, mais que je ne suis pas allé revoir).
C’est quand même l’occasion de retrouver une Jeon Do-Yeon toute jeunette (qui devait en fait déjà avoir vingt-sept ou vingt-huit ans, mais qui passerait facile pour dix de moins) et absolument charmante. Et aussi, sans doute parce que le film a été réalisé avant le grand boom de la comédie romantique en Corée (qui a entraîné force formatage), il faut avouer que le film s’il n’évite pas les clichés du genre (loin de là, mais qui demanderait ça à une comédie romantique ?) fait preuve de fraîcheur.

La Vallée de Pia (Lee Kang-Cheon, 1955)

On poursuit avec La Vallée de Pia de Lee Kang-Cheon, film sur la guerre de Corée réalisé directement après le cessez-le-feu (en 1953) et qui prend comme personnages une unité de combattants du Nord. Le film étant réalisé au Sud directement après les événements, ne soyons pas étonnés d’y apprendre que les communistes sont des méchants pas beaux qui vont piller les villages et forcer les honnêtes gens à tuer d’autres honnêtes gens et que par dessus le marché ce sont des fourbes puisqu’ils se tuent entre eux aussi. Le film n’oublie toutefois pas la parabole de la guerre fratricide (un soldat qui pille son village natal, avec sa mère qui lui meurt dans les bras et tout), ce qui laisse penser que malgré pourtant le caractère récent de la guerre les auteurs avaient un peu de recul. D’une manière générale, si le film reste idéologiquement très marqué on est loin de la propagande tractopelle.
Pour faire vite, le film n’est pas extraordinaire, un peu le cul entre deux chaises. Pas assez profond comme point de vue et réflexion sur la guerre, ce qui visiblement n’est pas le but puisqu’il va se concentrer davantage sur les tourments humains (doutes sur la légitimité du combat et tout), toutefois sans que le jeu d’acteur (loin d’être top) et la mise en scène (distante et peu impliquée) n’arrive à faire surgir un peu d’émotion.
Toutefois j’y ai apprécié l’atmosphère parfois aveuglément déambulatoire (comment ça ça veut rien dire ?), l’action se concentrant sur une petite unité n’ayant pas ou peu d’information de l’extérieur et dont l’action, au delà de l’engagement idéologique aveugle, consiste le plus souvent à vivre au jour le jour sans trop savoir où aller. On a ainsi quelques scènes plutôt chouettes, notamment la scène de pillage qui élude totalement la mise à sac (sauf sur la toute fin) pour se focaliser sur l’errance du chef de patrouille dans un village fantôme, jusqu’à ce qu’il échoue dans un temple à contempler des statues de divinités.

The Contact (Jang Yoon-Hyun, 1997)

Comédie romantique encore, ou à peu près, avec The Contact de Jang Yoon-Hyun. L’occasion de retrouver une nouvelle fois Jeon Do-Yeon, quatre ans avant I wish I had a Wife mais qui cette fois fait son âge (et donc fait plus âgée alors qu’elle est plus jeune)(passons sur le vieillissement non linéaire de miss Jeon).
C’est l’histoire d’une jeune femme plus ou moins amoureuse du copain de sa colocataire – copain qui flirte volontiers mais n’en projette pas moins d’épouser l’autre – qui parce qu’elle écoutait ce morceau alors qu’elle échappe à un accident de voiture est fascinée par ‘Pale Blue Eyes’ du Velvet Underground. Incapable de mettre la main sur le disque elle prend contact avec le programmateur de la radio. De son coté le programmateur est obsédé par son ex qu’il n’a pas vue depuis six ans et qui vient le lui envoyer par la poste l’album éponyme du suscité groupe new-yorkais (c’est pour ça qu’il l’a passé à l’antenne). Les deux commencent donc une correspondance par e-mail.
Je disais « à peu près » une comédie romantique car on peut pas dire que le coté comédie soit bien développé. Il brille même par son absence. Pas plus mal en fait. Ça va donc tournicoter beaucoup, les deux mettant trois plombes à se rencontrer à force de se passer à coté et de se fourvoyer dans des histoires sans espoir. Mon coté fleur bleue apprécie. Mon coté (relativement) impartial est forcé de reconnaître que c’est loin de casser des briques.

Last Present (Oh Ki-Hwan, 2001)

Sixième (oui, car je raconte pas dans l’ordre) film découvert dans cette rétrospective, et on commence à se dire qu’on a pas de bol, Last Present de Oh Ki-Hwan est un petit mélo comme on en produit par caisse de 12 au pays du matin calme. Un bonhomme apprend donc que sa femme va mourir, mais cette dernière ne lui a rien dit pour ne pas qu’il perde le moral et qu’il soit toujours dans l’esprit de faire rire les gens (il est comique). Le bonhomme va un premier temps faire semblant de ne pas savoir, tout en s’efforçant de retrouver des anciens camarades qu’elle a visiblement envie de revoir. On assiste alors à un spectacle à la mécanique artificiellement mélodramatique et malhonnête, par ailleurs assez détestable, qui consiste à faire agir les personnages comme il ne le veulent pas et ne le devrait pas, juste histoire de les faire souffrir un peu plus (comme si ça ne suffisait pas). Parfois (dans d’autres films je veux dire) ça fonctionne, mais dans ce cas la minceur de la psychologie des personnages est incapable de justifier l’absence de naturel de leur comportement. Rajoutons que par dessus le marché le film n’est absolument pas mis en scène (à l’exception de quelques violons dans les passages tristes, ce qui est quand même la moindre des choses dans un mélo) ce qui n’est pas sans faire enrager le père Epikt. Ni sans le faire bailler, mais il trouvera quand même un truc à sauver dans le film : la quête des anciens camarades de sa femme est l’occasion de flash-back sur son passé (un sur l’école primaire, un deuxième du collège, un autre au lycée), ce qui est une manière assez sympa de les introduire. Malheureusement d’autres flash-back feront par la suite leur apparition de manière moins intéressante, disons même plus balourde, un premier temps pour revenir sur leur rencontre (d’un « romantisme » de roman pour princesse Prisunic à vomir), ensuite pou nous expliquer ce que nous avons déjà deviné.
(tiens, en passant et histoire de faire de la pub pour un vieil article, la fin fait penser à celle de Rehearsal – enfin, je crois, j’arrive pas à en être tout à fait sûr sans revoir le film –, film qui n’était d’ailleurs pas trop mal)

§ 3 commentaires sur “Films coréens en vrac #1”

  • Pierre says:

    Aah, “Contact” et ses scènes de 10 minutes à fixer un clavier, puis un écran, puis son utilisateur, puis l’autre clavier, etc… d’une inventivité folle… Je te trouve assez indulgent sur le coup (et puis c’est quoi cette coiffure d’ajuma qu’ils ont mis à Jeon Do-Yeon) ;) Sinon, tout à fait d’accord sur le reste des films, en attendant ton article sur Im Kwon-Taek (et oui, j’ai réussi à aimer Chunhyang, même si je lui reconnais quelques défauts :P).

  • Epikt says:

    C’est mon coté fleur bleue, j’aime les films où les couples se tournicotent autour sans se voir et tout ces trucs nunuches.

    Pour Im Kwon-Taek je n’aurai malheureusement (façon de parler) pas la possibilité de voir La Fille du feu. Mais aujourd’hui j’ai vu The Ticket, et ça ne me réconcilie pas avec son oeuvre.
    (pour Chungyang, je laisse Hyewon t’engueuler pour avoir aimer un sale film à morale confusianiste)

  • Gilles says:

    J’avais vu la saison des pluies au centre culturel, l’image était du 16/9 étiré en 4/3 c’était horrible. Du coup, je me rappelle pas vraiment du film tellement c’était irregardable (mais étonnamment je suis resté jusqu’au bout, ça devait pas être si mal). Pour Chunyang, par contre, j’ai jamais tenu après le premier quart d’heure. Qu’il y est du pansori dans un film ok (d’ailleurs j’aime la chanteuse de pansori), mais que ce soit la narration, là c’est trop pour mes oreilles >_

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