Festival du cinéma asiatique de Deauville 2010

Films de l’Ailleurs et du Pas-tout-de-Suite, ep.8
(lire l’épisode précédent)

Le festival est terminé, nous sommes de retour à Paris et après quatre jours de glande dans les salles et sur la plage il est temps de se sortir les doigts du cul pour écrire un joli compte rendu. Comme pour l’année dernière ça sera un peu à l’arrache, ayant cessé de prendre de notes à partir du deuxième jour. Je m’excuse à l’avance pour le coté bâclé de l’affaire.
Soulagement, cette édition 2010 est bien au dessus de la 2009 (il est vrai très moyenne). Pas que des chefs-d’oeuvre évidemment, loin de là même, mais assez de bonnes surprises et de petits films sympas pour qu’on ait pas l’impression de perdre son temps. Et si nous ne sommes définitivement pas stalker-proof, cette escapade deauvilloise a surtout été l’occasion de revoir des gens bien et de mettre un visage sur quelques pseudos – j’en profite pour saluer mes camarades de projection et de pizza. Seule déception majeure : les trois films japonais présentés étaient mauvais, ce qui fait toujours mal. Pour le reste le Morny était de retour (petite salle malheureusement => souvent complet), la fréquentation fort honorable et la météo agréable quoique fraîche. Pour le reste des banalités, la composition des jury est toujours aussi tarte, le palmarès coussi-coussa et les communiqués de presse LOL :

« Le cinéma asiatique, à l’instar des grands vins, et quel que soit le millésime reste au sommet des cimes.
Ces auteurs, aux points de vue affirmés, élèvent nos regards de discrets frissons, fleurissant le plérôme de nos imaginales pâmoisons.
Ce plaisir d’un cinéma hors limite, dont la langueur n’est jamais monotone, nous laisse atone et joyeux d’une promesse à venir. »

Castaway in the Moon (Lee Hey-Jun, 2009)

Jour 1.

Ça commence mal : Purple Butterfly (de Lou Ye) est déprogrammé, probablement pour retard de copie. Quand on est sensé rendre hommage au réalisateur avec une rétrospective, ça la fout plutôt mal. C’est con car j’avais pas vu ce film et qu’il me tentait.

On se rabat alors sur Tactical Unit: Comrades in Arms de Law Wing-Cheong (2009), N-ème (cinquième ?) déclinaison du PTU de Johnnie To (2003). Cette fois nos flics de choc se retrouvent à traquer des méchants en pleine forêt. Un cadre sous-exploité – les passages dans les tunnels pimentent un peu l’affaire, mais ça reste très paresseux (dans le genre, même Tunnel Rats d’Uwe Boll était plus intéressant !). D’une manière générale, c’est vraiment du sous-Johnnie To (ici simple producteur). La scène finale est un bonne exemple : elle semble s’inscrire dans la tradition du gun-fight « ballet » à la John Woo, où le réalisme est mis au placard pour se concentrer sur les mouvements de personnages, mais ça sonne ici tellement toc qu’on a plutôt l’impression d’avoir affaire à des braques incapables de viser.
D’autant plus que le film est mis en scène avec les pieds, les scènes étant soit surdécoupées hors cadre, donc illisibles, soit pleines de ralentis et de musique, donc ridicules.
Le film, pas forcément désagréable, est du coup sauver par son humour. Volontaire ou non, l’humour.

Beaucoup plus intriguant est le film suivant, Castaway in the Moon de Lee Hey-Jun (2009). Ça commence avec une bonne idée – un homme tente de se suicider en se jetant d’un pont, mais s’échoue sur une île au milieu du fleuve Han et devient ainsi naufragé au beau milieu d’une grande ville – mais de manière assez pataude. J’ai pensé (sans l’avoir vu en fait), au film avec Tom Hanks. Il y a quand même quelques trucs chouettes, comme ces champs-contrechamps où le premier montre l’homme dans un environnement sauvage, le second la ville au loin.
Si le film s’était contenté de cette situation j’aurais sans doute pas tenu le coup, d’autant plus que la photo est dégueulasse. Enfin non, comme celle de tous les films coréens elle est techniquement très clean, mais fait ici preuve d’un sérieux mauvais goût : c’est tout jaune poussin (on se croirait dans un film de Jean-Pierre Jeunet) et le réal ne résiste jamais à filmer à contre jour pour faire des petits halos sur l’image. Lourd.
Heureusement alors que le film rajoute un personnage, une sorte d’hikikomori qui, à part inventer sa vie sur son blog ne fait que photographier la lune. Et, deux fois par an lors des exercices d’alerte qui laissent les rues vides, photographier la ville désertée. C’est ainsi qu’elle tombe sur l’homme sur son île. Elle le prend pour un extraterrestre et décide de rentrer en contact avec lui.
Le film vire alors à la comédie romantique, et vous savez que j’aime ça. D’ailleurs, si tout le film avait été du niveau de sa partie centrale, il aurait peut-être été mon préféré de la compétition. Cette comédie romantique n’a pourtant pas d’implication particulière (si ce n’est l’éternelle rencontre de marginaux) mais son dispositif, comme souvent avec les comédies romantiques coréennes, est plutôt malin et bizarre, avec tout un tas d’idées sympas. Bref, bon moment, même quand le final tombe dans les clichés habituels du genre.

Dilemme pour la séance suivante : revoir le très joli Suzhou River de Lou Ye (2000), parce qu’en salle ça doit le faire (même au Morny), ou bien se faire Lola, le nouveau Brilliante Mendoza. Ce sera finalement le second, par pure dévotion pour ce blog et son inextinguible soif de nouveauté et d’exclu.
De Mendoza je n’avais vu que Serbis, très chiant (à part deux trois plans) mais avec des scènes de cul non simulées avec des transsexuels. Ici, point de transsexuels. Par contre c’est chiant. Tiens, vous vous souvenez de Jay, le truc philippin imbitable de l’année dernière ? Bah c’est un peu pareil, avec une meilleure caméra. J’ai souvenir de deux bons plans : le premier rappelle les bons moments de Serbis, puisqu’on y suit un personnage de dos dans les couloir, et à la fin il y a un bon petit jeu avec le son et un mouvement de caméra rigolo ; le deuxième est peut-être totalement involontaire, car ce qui m’a accroché l’oeil n’est que l’apparition furtive d’une personne dans l’ouverture d’une porte, au troisième plan. Pour le reste, Dieu que ce dispositif de mise en scène pseudo-docu est mou, chiant et sans grand intérêt !
Mais plus que tout, c’est le misérabilisme de la chose qui est dégoûtante – chez Mendoza « misérabiliste » est plus qu’un adjectif, c’est le genre du film ! Bref, ça filme les quartiers pauvres de Manille, ça charge la barque sur les malheurs qui accablent les personnages, ça insiste avec une belle lourdeur sur les dispositifs insistant les gens à s’endetter et sur la fracture sociale,… n’en jetez plus !

On achève la journée avec Symbol de Matsumoto Hitoshi (2009), première vraie déception puisqu’il s’annonçait à priori comme le « film japonais bizarre » du festival. Jugez par vous même, c’est l’histoire d’un type qui se réveille dans une chambre toute blanche avec des petits pénis d’angelots sortant des murs. En appuyant sur les pénis, il y a quelque chose qui se passe dans la pièce ! En parallèle à cela, il y a une histoire au Mexique avec des catcheurs masqués et une nonne badasse en pick-up Chevrolet.
Malheureusement le film ne ressemble à rien, ne mène à rien – sauf à un final prétentieux qui se prend pour le 2001 du film avec des bites de chérubins –, pratique le comique de répétition avec un matériau qui remplirait honorablement un sketch de dix minutes mais sûrement pas un film d’une heure trente, est réalisé sans grande folie (sauf quelques passages BD à la Ishii Katsuhito),… résultat des courses : on attend à chaque fois le retour à la séquence mexicaine, pas forcément mieux foutue mais pas désagréable (parce que le catch et les bonnes soeurs c’est cool).

Paju (Park Chan-Ok, 2009)

Jour 2.

Un peu de masochisme n’ayant jamais fait de mal, je me rend à neuf heures à la projo d’un film Tadjik : True Noon, de Nosir Saidov (2010). C’est dans un paisible village au fin fond du bout du monde là haut dans la montagne, un mariage doit se dérouler le lendemain mais tout d’un coup des soldats débarquent avec des barbelés et des mines antipersonnelles pour tracer une frontière séparant les village en deux, et bien entendu les deux futurs mariés. Un pitch que dans un film coréen on aurait trouvé ça un joli symbole un peu lourd quand même, et que même en l’état on trouve pas hyper finaud.
Sinon, pas grand chose à en dire (l’amnésie me guète), si ce n’est que la mise en scène est très naïve, comme souvent dans ces films venant de pays où le cinéma n’est peu ou pas développé, mais au moins ne tombe pas ni dans l’auteurisme ni dans l’ushuaiaisme.

Je retrouve les faignasses ne se levant que pour la projo de onze heures et on va voir Paju, de Park Chan-Ok (2009). Une histoire de famille, principalement entre deux soeurs et le mari de l’aînée, sur fond de gentils habitants expulsés de leurs immeubles par des promoteurs mafieux protégés par un pouvoir public démissionnaire. Le coté gauchiste de l’affaire est poussif, comme souvent, mais donne au moins lieu à un plan séquence avec ralenti et cocktail molotov sous la pluie, plutôt joli. Ce qui n’est pas le cas de tous les ralentis du film d’ailleurs (quoiqu’il n’y en ait pas tant que cela). Quand aux embrouilles de famille, c’est nettement plus intéressant.
Particularité du film : sa structure totalement de traviole – flashback de 7 ans, flashforward de 8 ans, re-flashback de 3 ans,… parfois explicites parfois pas – qui semble-t-il n’existe que pour préserver, inutilement, un mini-twist final qui ne mérite pas de faire tant de bruit. C’est con, le film se tient et a ses petits moments, mais y avait moyen de faire mieux.

Prochain sur la liste, The Missing Gun (2001), présenté dans le cadre de l’hommage à Lu Chuan. Le pitch rappelle PTU (réalisé deux ans après !) puisqu’il s’agit d’un flic ayant perdu son arme de service.
J’avoue avoir dormi pendant cette séance (en fait j’ai dormi à toutes les séances de 14h~15h, à l’heure de la sieste digestive), sans que le film en soit vraiment responsable d’ailleurs car quand je me réveillais j’y trouvais de bonnes choses. C’est un peu cheap quand même, mais ça ne nous dérange pas puisque c’est pas mal mis en scène et non dépourvu d’ironie.

All to the Sea de Yamada Akane (2010) est un film qui aurait pu être sympa. Après tout c’est une petite romance japonaise, ce qu’on apprécie dans le coin. Pas désagréable un premier temps, il se traîne laborieusement sur la fin, jusqu’à ne plus me laisser grand souvenir. Dur dur, je vais devoir broder. En gros : c’est télévisuel.
Mon coté fanboy apprécie quand même des seconds rôles féminins très Sono-sion-esques : Ando Sakura (qui aime la bite), Yoshitaka Yuriko (qui n’apparait que 30 secondes mais est toute kawaii quand même), Ando Tamae (dix secondes à moitié hors cadre, de qui se fout-on ?) et Watanabe Makiko (en schizophrène soumise et kléptomane). Hop, c’est tout.

La séance suivante nous donne l’occasion d’admettre qu’on n’est même pas arrivé à la moitié du compte-rendu et qu’on est déjà à court de formule de transition, mais surtout de pester un peu (car sinon c’est pas drôle) contre certaines détestables habitudes des festivals.
Bref, on se rend à la séance de City of Life and Death dans la grande salle du CID, où devait accessoirement être remis à je ne sais quel officiel un prix à remettre au réalisateur, et on est cordialement accueillis par une demoiselle qui nous invite à nous placer sur le coté, ce sont des bonnes places nous assure-t-elle, avant d’ajouter que comme ça fera une belle salle pour les caméras, ce dont on a rien à battre, ce qu’on lui dit en ajoutant qu’on est là pour les films et pas pour faire plaisir au service communication de l’ambassade de Chine et que donc on se placera au centre, c’est vrai quoi à la fin (et j’arrête mes phrases quand je veux). Têtue, la nana nous conseille alors de nous placer dans la partie haute, parce que parait-il les professionnels les considèrent comme les meilleures, mais lâchez-nous la grappe mademoiselle on est des pros et on va se poser au quatrième rang !
Et laissez-moi vous dire qu’on ne regrette absolument pas, la salle étant bien faite et avec du recul c’était sans doute les meilleures places pour un film aussi physique. Enfin non, pas tout à fait, les meilleures devaient être quelques rangées au dessus : celles qui étaient réservés à tout le gratin. Deuxième objet de scrogneugneuh donc : ces officiels et autres partenaires commerciaux à qui on garde les meilleures places, quand bien même ils ne sont là que pour serrer quelques mains au nom de la diplomatie franco-chinoise, n’en ont pour un certain nombre rien à battre du film (la preuve : ils téléphonent) et n’entendent rien au cinoche, mais on s’en fout (enfin, c’est pas pire que Kinotayo qui réserve parfois des films en projections uniques pour ce genre de petits spectacles, là au moins il y a de la place et les gens concernés peuvent rentrer). En plus on doit se taper un discours chiant du directeur du festival sur la grandeur de l’« empire du milieu » (sic) et le bullshit de je-ne-sais-quel diplomate chinois. Qu’ils crèvent tous dans d’atroces souffrances.

Le film quand à lui – City of Life and Death de Lu Chuan (2009) – vaut vraiment le détour, il enterre tout ce qui était projeté d’autre durant ces quatre ou cinq jours. C’est même dommage d’en parler comme ça à l’arrache, avec dix films vus entre temps, sans pouvoir faire quelque chose de joli et construit.
Enfin bref, le film relate le fameux massacre de Nankin, durant lequel l’armée japonaise à tué, violé et tout ce que vous voulez quelques centaines de milliers de chinois. Je n’accorde en général peu d’intérêt à ce genre de films (non, je n’irai pas voir La Rafle), que certains trouveront « nécessaires » mais qui n’ont rien à voir avec le cinoche. Mais heureusement pour lui, il y en a du cinoche dans City of Life and Death ! Bon, il n’en détrône pour autant pas le splendimissime Requiem pour un massacre de Elem Klimov (sur des faits similaires d’ailleurs) au sommet de mon panthéon des films avec des femmes et des enfants brûlés vifs dans les églises, mais même pour un type qui comme moi n’aime pas les films de guerre, ébé ça a de la gueule.
D’ailleurs pour un type qui aime pas les films de guerre, j’aime beaucoup la première partie, pourtant entièrement guerrière. Notamment une scène d’embuscade particulièrement terrifiante. Bref, ça colle au siège. D’autant que, en plus de faire exploser de l’obus, Lu Chuan fait des beaux plans. C’est limite esthétisant ; iconicisant plutôt, puisqu’il cherche l’image forte. Ajouté à un son puissant et bien travaillé, ces scènes sont particulièrement physiques. Quand à la photo, en noir et blanc, elle est vraiment très chouette, un peu vieillie crado, pas au point d’en faire une parodie de film d’époque mais évitant une image lisse qui n’aurait pas été appropriée.
Ensuite le film se calme un peu (forcément il n’y a plus de soldats chinois vivants). Enfin, façon de parler car le massacre à proprement dit commence : exécution des prisonniers, rafles, viols collectifs,… tout y passe, âmes sensibles s’abstenir.
De la part d’un film chinois on aurait pu craindre la surcharge patriotique. Deux-trois « gloire à la Chine éternelle » superflus, mais on y échappe la plupart du temps. La bonne idée de Lu Chuan, c’est de mener son film des deux cotés, chez les chinois mais également chez les japonais : sans pour autant enlever à la monstruosité de leurs actes, ce dispositif permet de conserver assez de leur humanité pour faire un film crédible. Du coup, ça sonne juste, même dans les séquences chargées en émotion (et il y en a).
Bon aller j’arrête ici les frais parce que j’écris de la merde. Voyez-le.

Fin de soirée en se heurtant à la petitesse de la salle du Morny, complète bien avant qu’on se présente à la projo de The Sword with no Name. Mais c’est pas grave, c’est un film de sabre coréen.

City of Life and Death (Lu Chuan, 2009)

Jour 3.

On se pensait masochiste en se faisant le Tadjik le jour d’avant, mais on découvre la vraie souffrance devant Judge (Liu Jie, 2009), également programmé à 9h. Un truc sur la peine de mort, qui montre qu’en Chine quand même on applique la loi avec rigueur pour le plus grand bien du peuple et qu’on est pas des barbares (la preuve, les voleurs de voitures ne sont plus condamnés à la peine de mort), avec moultes plans fixes où les gens font la gueule. Au secours !
Pour info, le film a reçu le prix du meilleur film, ce qu’on explique par l’amour des jurys pour les caricatures de films d’auteur et/ou par la volonté systématique de récompenser un film du pays mis à l’honneur.

C’est alors avec un enthousiasme non dissimulé qu’on accueil Clash de Le Thanh Son (2009), film de tatane viet plutôt cool, avec une joli nana qui cogne bien et des boxeurs français Le Banner staïle.
Bon, OK, c’est un peu pourri quand même. Je veux dire, le scénar, les inévitables flash-back pourris en sépia, les acteurs qui cabotinent,… ce genre de choses qui font un film respectable. Mais le coté poseur, tronche de badguy vénère et clopage badasse, s’il aurait pu être un défaut dans un film moins nawak donne ici au film une petite et pas déplaisante tonalité yakayo. Et surtout – n’est-ce pas le plus important ? – les scènes de combats sont souvent cool. Et lisibles avec ça, le film n’étant pas surdécoupé dans tous les sens.

Troisième et ultime déception nippone : The King of Jailbreakers (Itao Itsuji, 2009).
C’est l’histoire d’un type qui passe son temps à s’évader de prison, pour se faire reprendre juste après. La question étant : mais pourquoi ? Pitch rigolo. Mais le film souffre de ce qu’on pourrait appeler le « Symbol syndrome » : bonne idée, mais film répétitif au possible – la première partie n’est effectivement qu’une succession d’évasions – et surtout ne menant absolument nulle part – ici la fin n’est pas psychée prétentieuse comme celle de Symbol, mais au contraire du genre qu’on se demande « tout ça pour ça ? », tellement c’est en mousse.
Séance post-déjeuner oblige, j’ai dormi. Ce qui m’a joué un mauvais tour, puisqu’au beau milieu, pile poil quand je me réveille, le film reprend sa scènes d’ouverture, ainsi que son panneau de titre. Moment de flippe sous la forme « mince, auraient-ils rembobiné le film rien que pour moi, que j’en loupe pas la moitié ??? ». La seconde partie est moins poussive que la première il me semble, moins répétitive et plus linéaire en tout cas. Et avec quelques freaks et un nain, malheureusement sous-exploités.

Mais preuve que le Ying accompagne toujours le Yang (ça va, j’ai rempli mon quota d’exotisme) et qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre, le film suivant se révèle une vraie bonne surprise. Au revoir Taipei (Arvin Chen, 2010) est une comédie, un peu romantique et un brin déjantée, juste légèrement. L’histoire d’un type qui, la veille de partir à Paris pour retrouver la meuf qui vient de le larguer, se retrouve embringué dans un mic-mac mafieux avec son meilleur ami et une fille secrètement amoureuse de lui.
Mise à part la photo, très zoulie mais qui en fait des tonnes (pour notre plus grand plaisir en fait), le film est d’une modestie vraiment rafraîchissante. Je devrais alors ajouter « un peu » ou « un brin » devant chaque adjectif que je lui accolerai, si seulement je n’avais pas peur de la répétition : Au revoir Taipei est de ces films qui picorent, effleurant un genre puis un autre, changeant légèrement de ton ici et là, sans vraiment s’en formaliser ni en faire tout un plat. Et paradoxalement ça n’en est même pas superficiel, mais c’est gourmand et mignon comme tout.
Un peu mutin aussi parfois, puisqu’il aborde ses situations avec une légère dérision, en particulier quand il manipule les clichés, sans pour autant donner dans la parodie. La dernière scène (classique scène de comédie romantique) est très représentative de ce genre de léger détournement qui n’en est pas. C’est joli et taquin, quoi.
(et une telle finesse dans un premier long métrage laisse augurer de bonnes choses pour la suite)

Pour le film suivant, y a un truc que j’ai pas compris : on m’avait dit que Chengdu I love you était un omnibus en trois parties, mais on n’en a vu que deux (celle de Hur Jin-Oh étant passé à la trappe, pas que je m’en plaigne mais ça fait toujours bizarre). Mais passons.
Le premier film (réalisé par Ciu Jian) est une sorte de romance kung-fu SF qui ne ressemble à rien. Au mauvais sens du terme. C’est méga kitch (en particulier les gadgets futuristes pourris et les incrustations de tigres par dessus les types qui font des katas !), pas rythmé, et en plus y a tout un patacaisse inutile reliant le film au séisme du Sichuan en 2008 (il y a un tremblement de terre dans le deuxième segment : est-ce un thème imposé ?), genre t’as vu mon film comme il est concerné. En deux mots, c’est risible de bout en bout. Et il a de la chance que je m’en souvienne pas.
Le deuxième ne pouvait pas être pire, il est donc un peu mieux (Captain Obvious in da place). C’est réalisé par Fruit Chan, ça se passe cette fois dans le passé (si j’ai bien compris le troisième et manquant segment se passe à notre époque), avec un fou qui apprend à un gars et une fille à servir le thé manière kung-fu. Ça ne mène pas à grand chose pour autant que je m’en souvienne, c’est même un peu long dans la deuxième partie, mais la première moitié contient quelques effets de montage plutôt pas mal, et ludiques. Ça a suffit à mon bonheur après la désolation du film de Ciu.

Dernière projo de la journée avec Bad Blood (Denis Law, 2009), le nanar du festival, forcément agréable. D’autant plus LOL qu’il nous fut projeté en mandarin, ce qui pour un film d’action HK est une sorte d’aberration mais rendait l’ensemble encore plus surréaliste.
Le début est prout prout, tellement prout prout que le scénariste nous rajoute deux bastons sans aucune justification (la première : Machin entre dans un appart’ et se fait attaquer par celle qui y habite, mais en fait ils sont copains c’est juste pour le lulz qu’ils se sautent dessus avec des couteaux ; la deuxième : les mêmes décident d’aller chambrer des racailles histoire de s’entraîner un peu) afin de soutenir un peu le rythme. Ensuite ça se bastonne un peu plus – les scènes auraient même été pas dégueues si la moitié des acteurs n’avaient pas rien d’artistes martiaux (mention spécial à Simon Yam et son manteau jaune qui se bat contre une méchante très Resident Evil).
Rajoutez des flashback vraiment moisis (en comparaison ceux de Clash retrouvent toute leur dignité), et en général des scènes atrocement écrites, vous avez là un petit film un peu nul mais rigolo dans son genre, avec des pizza et des bières.
(fait remarquable dans ce film : Lam Suet ne mange pas)

Au revoir Taipei (Arvin Chen, 2010)

Jour 4.

On pensait avoir connu le pire avec Judge, mais My Daughter (Charlotte Lim Lay Kuen, 2009) dépasse tout ce qu’on pouvait imaginer. A neuf heures du mat ça cueille à froid : j’en connais pas mal qui en ont profité pour finir leur nuit mais de mon coté j’ai pas réussi à m’endormir tellement j’étais pétrifié par ce que je voyais.
Ça raconte que dalle ; c’est atrocement filmé ; y a des inserts noirs avec du son qu’on se demande ce que c’est et en fait c’est l’annonce de l’accident que va avoir la mère et que quand on en arrive là on se tire une balle tellement l’artifice est foireux ; les gens ne parlent pas mais par contre ils vomissent ; de toute façon, comme dans tout bon film d’auteur pudique et sobre avec des dépressifs, les personnages agissent en dépit du bon sens, car voyez vous c’est le reflet de leur psyché perturbée ; …
Ce film a reçu un prix, c’est juste pas croyable.

La flemme, l’embourgeoisement qui nous guète et nous pousse à aimer la grande salle du CID, l’appréhension d’encore une fois se retrouver à la porte du Morny pour cause de salle comble et le fait qu’après tout si on a envie de voir Bodyguards and Assasins on ira le chopper en divx, tout ça nous amène à aller voir The Eternal (Rituparno Ghosh, 2010). Ah bah ça c’est certain, un film indien sur les états d’âme d’un réalisateur de cinéma avec histoire mise en abyme, même en divx on en veut pas. Quoique je pousse un peu, ça aurait pu être cool, même si on sait que ce genre d’exercice est délicat.
Ça commence avec une discussion où on apprend, perplexes, que la latitude est plus grande en pellicule qu’en vidéo. Puis suit une sorte de chronique familiale sur un cinéaste qui visiblement fait des films doteurdarédécai, puisque ses films sont peu vus mais sont influents, parce que ceux qui les voient sont des cinéastes. Il a aussi une histoire de fesse avec l’actrice qu’il a lancé, mais c’est tout en finesse vous pensez bien, genre quand elle téléphone il quitte la table pour prendre le coup de fil dans les toilettes.
Sinon c’est pas trop moche, mais ça se regarde un peu trop pisser. C’est un film qui parle de cinéma quoi, c’est de l’art.

Ultime projection, celle de l’omnibus thaïlandais Sawasdee Bangkok (2009).
Le premier segment est signé Wisit Sasanatieng (un réal avec qui j’ai un peu de mal, sauf peut-être avec son eastern Les Larmes du tigre noir), qui fait une nouvelle fois dans l’étrangeté : une SDF aveugle ayant échappé de justesse à un viol rencontre un ange qui lui explique que, contrairement à tout ce qu’elle peut entendre, Bangkok est une ville merveilleuse et luxuriante ; et il décide de lui faire visiter Bangkok. Rigolo, mais sans plus, avec un final un peu lourdaud.
Le deuxième est signé Aditya Assarat, réal de Wonderful Town. J’ai un peu dormi pendant celui là (projo de digestion, rappelez-vous) mais ce que j’en ai vu était assez mignon. Les amourettes, j’aime. Un peu statique quand même, paresseux plutôt. Enfin c’est ce qu’il me semble car je m’en souviens qu’à moitié.
Le troisième, d’un réal dont j’ai jamais entendu parler (Kongdej Jaturanrasamee), est pas trop mal non plus, sans casser des barres : un jeune homme débarque à Bangkok, flashe sur une fille dans un quartier chaud, couche avec elle pour de l’argent, puis lui propose d’aller se balader avec lui. On ne sait pas trop où ça mène, et malheureusement ça mène vers un twist sans grand intérêt sensé justifier tout ça.
Dernier segment, et largement le meilleur, celui de Pen-Ek Ratanaruang. Tout d’abord parce que le film change de ton, de rythme et de forme comme de chemise (enfin, pas tant que ça, mais il y a bien trois ou quatre « parties » en vingt cinq minutes). Ensuite parce qu’il y a des plans cools, genre un plan séquence en vue subjective d’une nana bourrée. Puis parce que les filles sont chouettes. Enfin parce que le final, s’il est un peu moraliste, est beau quand même.
Mais le meilleur reste à venir : après le générique toute l’équipe du film se tape un délire genre lip-dub d’ivrognes, avec un escabeau et une bagnole sur une remorque.

(parce que ce compte rendu manque cruellement de choupiness et de joues)

Ze Palmarès

Afin de rendre l’Insecte Nuisible encore plus pédophile glamour, cette année Ze Palmarès sera présenté par Niigaki Risa, élue miss « plus belles joues du Hello!Project » à l’unanimité de moi-même.

  • Grand Prix « Ah ouais quand même ça calme » : City of Life and Death ;
  • Joli Prix du film qu’il est mimi comme tout : Au revoir Taipei ;
  • Prix spécial « trois jolies filles pour le prix d’une » : Seo Woo (♥♥♥), Sim I-Yeong et Kim Ye-Ri dans Paju, que rien que pour elles le film il vaut le coup ;
  • Prix « fumer tue donc je bouffe des champis » de la scène filmée sous psychotropes : la séquence post-générique de Sawasdee Bangkok (avec notamment Pen-Ek Ratanaruang qui donne un coup de cul en chantant yamayi yamayo) ;
  • Prix « oh mais le con ! » du type qu’en fait il est gay sinon c’est pas possible : l’autre idiot dans All too the Sea qui a Sato Eriko à poil juste devant lui qui lui dit « tu peux coucher avec moi si tu veux » mais qui profite même pas de l’occasion ;
  • « Caméra pute » du film tiers-mondiste : Brilliante Mendoza pour Lola ;
  • Prix « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » de la scène surréaliste : la méchante de Bad Blood pour son incroyable backstab grand écart entre deux murs à deux mètres du sol ;
  • Prix « marché au poisson » de l’inutilité filmique : Charlotte Lim Lay Kuen pour My Daugther ;
  • Prix « Asian Boobs » : la prostituée de Clash qui sort de sa léthargie en plein gun-fight et s’enfuit au ralenti avec un gros plan sur ses nénés bondissants, et au bonhomme distrait par le spectacle qui se prend une balle dans la tête pour la peine.

Ayé, c’est fini.
Pendant que vous y êtes, si vous êtes motivés vous pouvez aller lire les comptes-rendus de mes camarades de festival (mais je vous préviens : on a vu les mêmes films, où presque, et on en pense des choses assez similaires)(non, nous ne sommes pas formatés). Les autres traînent (j’éditerai pour mettre les liens), mais Pierre a commencé le sien.

(edit : abah enfin les voilà : triple compte-rendu sur Cinémasie, celui d’Alban et Slimdods qui nous parle de Clash)

§ 9 commentaires sur “Festival du cinéma asiatique de Deauville 2010”

  • Oli says:

    SYMBOL n’est vraiment pas prétentieux à mon sens, le final c’est une grosse farce…et Matsumoto Hitoshi prend des risques avec ses films. Même s’ils sont très mal équilibrés je pense qu’il faut garder ça à l’esprit. J’ai discuté avec quelques japonais qui me disaient que les films de Matsumoto n’étaient pas du “cinéma”. Ca me fait doucement rigoler et c’est peut être justement ce que Hitoshi recherche, prendre son public dévoué à rebrousse-poils (l’intéressé est quand même la star comique numéro 1 au Japon – Kitano étant hors concours). Moi j’aime bien, il tente des choses et ne se contente pas de servir ce qu’on est en droit d’attendre de lui (on le connait par coeur depuis des décennies !).

    par contre THE KING OF JAILBREAKERS, dommage que tu n’accroches pas. Pour moi c’est un des meilleurs films vus depuis…quoi ? peut être un an ? J’aimais déjà bien Itao Itsuji et là il prouve qu’il a effectivement un potentiel énorme (visiblement sur Sancho ils ont aussi aimé – ouf, je me sens moins seul…je commençais à me demander si j’étais malade ou si j’étais atteint d’un dérèglement psychique suite à l’abus de films estampillés Zen Pictures !)

    j’espère que vous avez passé un bon moment malgré tout durant ce festival, bande de blasés ah ah ah !

    PS : d’ailleurs, je pense qu’un festival n’est pas le cadre idéal pour voir un film…voir plusieurs films de suite, moi c’est un concept auquel je ne peux pas adhérer

  • Pierre says:

    Question conne mais pourquoi t’écris “Tapei” partout et pas “Taipei” ?
    Et sinon, tout mon respect de feignasse pour être allé voir True Noon :D

  • Epikt says:

    Parce que je suis dyslexique. Mais je corrige ça.

    Oli > je suis assez d’accord avec toi que le fait qu’un festival n’est pas le meilleur lieu pour voir les films. Le seul intérêt, ce sont les bonnes condition de projo (enfin, la plupart du temps). Sinon, déjà que enchainer film sur film c’est pas top, mais en plus je suis un partisan de la projo solitaire.
    Après, un festival c’est surtout (en plus de parfois choper des truc qu’on verra pas ailleurs), l’occasion de (re)voir des gens.

  • Oli says:

    ok sur le dernier point

    par contre je le répète, je suis un peu déçu que tu n’aies pas accroché à THE KING OF JAILBREAKERS. Et une fin en mousse ça désarçonne le spectateur de temps en temps ça fait pas de mal :-)

    moi j’avais décidé de ne pas en parler de cette fin justement, car quand on ne l’attend pas elle produit son petit effet (ou non-effet, c’est selon)

  • Pierre says:

    La fin, c’est justement l’un des seuls moments que j’ai bien aimé. Mais c’était bien trop tard après une première heure archi-répétitive… Enfin ça dépend pour qui, puisque ce film est l’un des seuls où en sortant, certains avaient adoré et d’autres détesté (pour le reste on était en général assez d’accord).

  • Xavier says:

    Quelle horreur le Japon, cette année.
    Etonnant de lire chez Sancho pour Jail Breakers: “Ingéniosité assez fréquente de la mise en scène”, “Quel moment de cinéma!”. On a vraiment pas vu le même film…

  • Epikt says:

    Une “fin en mousse” c’est justement une fin devant laquelle on se dit “tout ça pour ça ???”. C’est vraiment l’effet que m’a fait King of Jailbreakers, elle tombe à plat (autant la révélation de ses motivations que la petite embrouille finale). En fait j’aurais peut-être supporté, ça m’aurait même plu, si le film ne tournait pas autant en rond, s’il avait plus de consistance.
    C’est con car l’arrivée sur l’île avait réveillé mon intérêt.

    (le problème de Sancho c’est qu’ils refilent constamment la chronique à celui qui a aimé le film. Ça part d’un bon sentiment, mais du coup c’est assez difficile à utiliser pour se situer)

  • Xavier says:

    Sinon, je n’ai pas dit ce que je pensais de ce compte rendu. Excellent, et si tu n’as pas toute ta mémoire pour les reviews de films, les anecdotes, ça tu t’en rappelles : l’avant-projection de City of Life and Death, vraiment bien résumé par exemple!

    Sinon pour ton info, je ne sais pas s’il a été le seul à faire ce genre de pitch avant The Missing Gun, mais le coup du flingue paumé qu’on recherche même dans les bas-quartiers avec des gens bizarres, Akira Kurosawa l’a déjà fait avec Chien Enragé (1949). Sinon, pas un seul mot sur Eriko Sato dans la review de All to the Sea. Bon, tu te ratrappes à la fin, mais tout de même! ;)

    En tout cas, ce compte rendu est un petit plaisir.

  • Epikt says:

    Abah c’est sur que la mémoire et moi… parfois ça flanche. Mais je suis spectateur avant tout, je regarde les film et après si j’ai pas de quoi en parler c’est pas grave !

    Merci pour Chien enragé, je l’ai pas vu.

    (j’en profite pour éditer l’article avec les lien vers d’autres comptes-rendus)

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