F.A.P.S. mars 2008

Films de l’Ailleurs et du Pas-tout-de-Suite, ep.2
(lire l’épisode précédent)

La revue du mois de mars est un peu maigre et ne fait pas forcément dans l’intellectuel, mais que voulez vous… Même pas de films japonais, quelle déception ! J’ai pourtant revu (entre autres) Suicide Club et Noriko’s Dinner Table de Sono Sion qui sont enfin sortis en DVD, mais je vous en parle(rai) en longueur.
Et pis faut vous dire que pour toi lecteur je ne sélectionne que les morceaux les plus tendres !

L’OFNI du mois !

Quand je suis d’humeur masochiste et en attendant la nuit excentrique je me fait un ch’tit nanar, et ce jour là l’heureux élu fut Despiser de Philip Cook (respect : ce gars a été chef-op de Godfrey Ho !!!), petit film hallucinant plein d’effets spéciaux flashouilles dans tous les sens. Imaginez un peu si Starwars ep.1 n’avait bénéficié que d’un budget de 35 000 dollars au lieu de 115 millions. Bah Despiser c’est comme ça, le film a effectivement été tourné avec 35 000 dollars et contient à peu de chose près autant d’effets spéciaux numériques que La Menace fantôme ! Même les feux de camp sont réalisés en CGI, ce type est un gros malade ! Forcément c’est über moche et on dirait une cinématique d’un jeu vidéo Playstation (la première). Et pis l’histoire est une brin conne, les dialogues débiles, les acteurs parait-il pas mal mais les doubleurs relèvent le niveau (on se comprend) et les gros monstres sont tous moches. Du tout bon. Pendant que vous y êtes, lisez l’interview que Cook a accordé à Nanarland pour vous rendre compte combien ce type est un gros geek – cad dans le genre passionné naïf qui fait plaisir à voir, en même temps qu’il fait des mauvais films qui font passer la SF pour un genre d’adolescents attardés.

Terrain miné (Steven Seagal, 1994)

Cassage de genou intensif avec Steven !

Oué parce que parfois j’ai comme une envie de films bien basiques, et dans ce genre de moment Steven est mon ami. J’ai donc commencé avec le flamboyant Terrain miné, de et avec Steven Seagal qui se paye tout de même un film de luxe avec des hélicoptères et un tournage en Alaska, tout ça pour faire exploser des raffineries de pétrole. Et oui, Steven y est spécialiste en explosifs et se frite contre des méchantes multinationales qui polluent le pays des esquimaux. Et donc après avoir tout fait péter, avoir séduit la fille du chef de la tribut du coin, avoir fait du cheval et s’être battu à mains nues contre un ours, Steven se paye quinze minutes de tribune pour expliquer que les méchants sont méchants et que nos vies et celle du plancton valent plus que leurs profits. Car pour ceux qui ne le savent pas encore, Steven Seagal est un artiste engagé.
On continu avec Vol d’enfer de Michael Keusch un opus récent (2007) de la filmo du grand Steven, avec de méchants terroristes qui volent un avion furtif top-secret. Forcément « il n’y a qu’un homme pour les arrêter » et cet homme c’est Steven. Ça commence pas hyper passionnant avec des scènes d’avion à rallonge, mais le film va constamment en s’améliorant. Steven commence par pratiquer la légitime attaque contre des voyous qui ont eu la mauvaise idée de braquer la supérette où il faisait ses courses, avant de partir en Afghanistan pour empêcher les vilains de balancer des bombes bactériologiques sur le monde civilisé. Des bombes que même que si elles explosent au dessus de l’Europe elles contaminent le monde entier en 48h chrono plus vite que La Redoute, ce qui n’empêche pas les généraux responsables de la mission d’envoyer un escadron de bombardiers pour détruire la base terroriste en cas d’échec de la mission. Alors là deux solutions : soit si une bombe bactériologique explose dans se genre de pays sous-développé la contamination s’arrête aux frontières du monde musulman, soit les généraux en question sont hyper intelligents et savent parfaitement que Steven n’échoue jamais ! Le film est comme ça, farci d’incohérences pire qu’une dinde de Thanksgiving avec des types qui disent le contraire de ce qu’ils disaient 20 minutes plus tôt, alignant les dialogues plus débiles tu meurs (« nous détectons une activité militaire intense ! » alors que trois pelots, vraiment trois pas un de plus, jouent à la guéguerre) et surtout enquille les stock-shots de l’US Air Force comme feu Bruno Mattei les extraits de doc animaliers dans Virus Cannibal. De toute façon vous vous doutez bien qu’un film avec Steven n’a pas la thune pour se payer un tournage avec des vrais avions militaires, déjà qu’ils en sont réduits à filmer ça en Roumanie – le spectateur observateur réalise alors que dans un film de Steven il y a des forêts avec des sapins au beau milieu de l’Afghanistan. Mais la magie du cinéma opère, car un mercenaire arabe y a pas plus simple à jouer : tu castes un roumain, tu lui mets un turban sur la tête et une kalachnikov dans les mains, tu le fais crier « yallah yallah » en tirant n’importe comment en faisant de grands gestes et le tour est joué ! Le spectateur observateur remarque aussi que la base qu’ils font exploser ne ressemble pas du tout à celle dans laquelle ils s’étaient battus jusqu’à présent, et que même qu’elle se trouve dans le désert, probablement filmée dans un pays du moyen orient – stock-shot militaire encore. Et si je rajoute que dedans y a une (malheureusement courte) scène de cul lesbienne, vous vous dites qu’il est difficile de résister à la tentation.
Et forcément, après un tel morceau, le pourtant prometteur Today you die (« aujourd’hui tu meurs », tout un programme) de Don E. FauntLeRoy fait pale figure. Pourtant Steven y fait encore des siennes, trucidant du trafiquant de drogue à tour de bras. Il y joue un gentil malfrat tentant de raccrocher et livrer une vie honnête, qui se fait embarquer malgré lui dans une embrouille qui foire, avec plein de millions à l’appui, et Steven se retrouve en taule avec les flics, les dealers et les ripoux qui veulent tous savoir où il a planqué le magot. Mais comme Steven est pas du genre à se faire enculer dans les douches, il pète la gueule à tout le monde et s’évade. Une fois dehors il pète la gueule à tout le monde et récupère le magot pour le donner à un foyer pour enfants handicapés. Quel grand coeur ce Steven !

The Blade (Tsui Hark, 1996)

Pas de bras, pas de chocolat !

Je ne refuse jamais un peu de culture, me voilà donc m’attaquant au classique de wu-xia-pian que constitue parait-il la trilogie du sabreur manchot (One-armed Swordsman) de Chang Cheh. Ça commence par Un seul bras les tua tous (titre français très pulp, j’adore), histoire d’un orphelin élevé comme son fils par un maître en art martiaux, qui à la suite d’une embrouille avec d’autres élèves et la fille du maître se fait couper un bras. Laissé pour mort il est recueilli par une femme solitaire aux cotés de qui il refera sa vie, loin des arts martiaux. C’est sans compter sur le destin patata et la fidélité au maître qui le pousseront à reprendre les armes pour mettre une raclée au bad guy de service. Classique éternel parait-il, mais pas grand chose à se mettre sous la dent pour autant, tellement c’est mou dans sa mise en scène et ses chorégraphies ; ça fait plus penser à de la danse moderne qu’à du kung-fu.
Bien plus rigolo est le deuxième volet, intitulé Le Bras de la vengeance et qui en est la suite directe. Le manchot, qui ne demande pas mieux que de cultiver ses patates tranquillement, se retrouve embarqué malgré lui dans une guerre contre sept seigneurs de la guerre. Là où le premier volet adoptait une trame classique autour d’une figure légendaire et dramatique, Le Bras de la vengeance est un pur produit pop : méchants charismatiques avec des armes custom et des techniques de combat de tarés, du sang par tonneaux et démasticage massif des suscités gros méchant pas beaux et de leurs armées. Pas crédible pour un sou, un brin ridicule parfois (aaahh !!! ses ennemis se déplaçant comme des kangourou shootés à l’hélium !)(en tout cas à présent je sais d’où sont pompées les techniques de combat des « elemet ninja » de l’indispensable Ninja: the final Duel de Robert Tai), voir même un brin naif-cul-cul sur certaines scènes (du genre on est des amis on se bat tous ensemble oué !), mais inconditionnellement divertissant.
Le troisième et dernier volet, La Rage du tigre, est considéré par beaucoup comme un sommet du genre, mais encore une fois je vois pas trop pourquoi – enfin si, encore une fois je vois pourquoi, mais ça ne m’émeut pas plus que ça. Il s’agit en fait d’un pseudo remake du premier, avec un nouvel épéiste incarné par un nouvel acteur qui à la suite d’un duel perdu est contrait de se couper le bras et de se retirer des arts martiaux. Et comme d’hab il reprendra son sabre pour venger son pote dézingué par le même méchant très méchant. Le problème, c’est que après une première scène vraiment cool (un bonhomme qui trucide tout plein de gens, avant de devoir se couper lui même un bras) il se passe vraiment que dalle dans le film avant la scène finale qui voit enfin le body count grimper en flèche (mais de façon pas hyper exubérante non plus). Entre les deux, des scènes d’un intérêt variable tentant probablement d’approfondir le personnage et les intrigues, mais l’angle adopté dans le premier épisode (la loyauté vis-à-vis du maître qui entre en conflit avec son nouveau serment) me semble plus intéressant comme moteur dramatique que cette nouvelle approche (mettant en scène une amitié un brin cul-cul entre frères d’armes). Reste que La Rage du tigre est bien mieux réalisé qu’Un seul bras les tua tous.
Mais je crains que de toute manière je n’adhère pas au cinéma chinois. Et la mythologie mise en scène dans le wu-xia-pian me laisse le plus souvent de marbre – ça vaudra jamais un bon Baby Cart.

Mais cette rétrospective de la trilogie du sabreur manchot fut aussi l’occasion de regarder (ce que je n’avais toujours pas fait, la grosse honte pour moi) The Blade de Tsui Hark (réalisateur que j’affectionne tout particulièrement), remake de Un seul bras les tua tous, mâtiné ici et là d’éléments tirés de La Rage du tigre. Mais il va sans dire que c’est d’un tout autre niveau, c’est même un des plus grands pieds que j’ai pu prendre devant un écran depuis quelques lustres. En quelques mots : non seulement c’est hyper brutal, très noir et très beau, avec des bad guys trop classes, mais c’est surtout une leçon de mise en scène comme on en voit rarement, constamment expérimentale – un travail de la photo et des lumières totalement out of this world, des cadres et angles de prise de vue hallucinants, un montage de fou furieux,… bref quand tu regardes ça tu pleures tellement c’est beau et t’en viens presque à trouver Time & Tide trop plat (ce qui serait quand même un blasphème passible d’interdiction à vie de lecture de ce blog). Me voilà donc réconcilié, pour un temps, avec le cinéma chinois.

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§ 2 commentaires sur “F.A.P.S. mars 2008”

  • Nébal says:

    Mmmh… Un article ne tarissant pas d’éloges à la fois sur Steven Seagal, et notamment le fabuleux “Terrain miné” (mon préféré du ^Maître, je crois bien), et sur Tsui Hark, ici pour “The Blade” : si je t’ai déçu (rhoooo) récemment en prenant la défense de “The Descent”, je reconnais ici que tu es quelqu’un de goût. :)

  • Epikt says:

    C’est vrai que Terrain Miné est très bon – probablement parce que c’est du 100% Steven (réalisateur + acteur + co-producteur) et que le chou-fleur gonflé par la mégalo il s’est vraiment laché. De mon coté j’avoue un léger penchant pour Justice Sauvage, mais c’est peut-être parce que Steven y adopte un petit chiot abandonné.

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