F.A.P.S. février 2008

Films de l’Ailleurs et du Pas-tout-de-Suite, ep.1

Au sommaire de ce mois de février, du 100% asiatique, très porté sur le japonais en plus, pas que je n’ai regardé que ça, mais ça faisait déjà assez de texte comme ça (ça c’est une phrase très lourde avec tout plein de « ça » dedans).

Un peu de Nakahara Shun

Ces derniers temps j’ai entrepris (de manière décousue) une petite rétrospective de la filmographie de Nakahara Shun, réalisateur japonais malheureusement peu considéré et peu diffusé hors de son archipel. C’est bien dommage, le bonhomme ayant à son actif un certain nombre de films plutôt intéressants, que je me fis un plaisir de redécouvrir (découvrir tout court pour certains) dernièrement. Comme beaucoup de monde probablement je l’ai découvert avec le très joli et étrange (bien que partiellement raté) Tomie: Forbidden Fruit, à l’origine vu pour la présence au casting de la très précieuse Miyazaki Aoi. Je vous parlerai prochainement de ce film et de la série Tomie plus en détail, j’en resterai donc là pour l’instant.
Vinrent par la suite un certain nombre de films, vus cette fois par curiosité pour le réalisateur. The Cherry Orchard – qui retrace la journée d’une classe de lycéennes préparant la représentation de la pièce La Cerisaie de Chekhov, leurs appréhensions, leurs aventures sentimentales et tout ça – est un film à priori innocent mais d’une sensibilité et d’une délicatesse rares, bien écrit et tout en nuances, et par dessus le marché servit par des jeunes actrices talentueuses et une mise en scène toute en douceur. Un des meilleurs films de Nakahara que j’ai pu voir.
Quinze ans après (en 2005 donc) Nakahara retrouve deux de ses actrices (Miyazawa Miho et Kajiwara Aki), à qui il confie par ailleurs le scénario, pour Ichigo Chips qu’il coréalise avec le mangaka Takahashi Tsutomu, plus connu pour avoir inspiré plusieurs films de Kitamura Ryuhei (Alive, Sky High et Love Death) et dont c’est le premier film. Cette alchimie bizarre explique probablement la relative déception qui accompagne le film, pas forcément mauvais mais en demi-teinte, l’intrigue parfois prometteuse et parfois nian-nian, la mise en scène parfois bien plate et parfois inspirée.
Miyazawa Miho et Kajiwara Aki sont encore au casting d’un autre film de Nakahara, le très séduisant Déraciné. Cette histoire de peintre tirée de la rue par une galliériste qui l’héberge et devient son modèle rappelle par certains cotés Ivre de femmes et de peinture de Im Kwon-Taek, mais en moins « grande fresque historique » (ce qui n’est pas si mal) et en plus brutal (ce qui est d’autant mieux). Je soupçonne même le film d’adopter une narration assez complexe, mais le film ne bénéficiant d’aucune édition sous-titrée (ni, pour autant que je sache, de fansub) vous me pardonnerez d’être passé à coté de certaines subtilités.
Dernier film de Nakahara Shun vu dernièrement, Coquille (autre titre directement en langue française), intéressant mais, comme Ichigo Chips, ne se montrant finalement pas à la hauteur de toutes nos attentes.

The Cherry Orchard (Nakahara Shun, 1990)

Films en vrac

Tout d’abord une coïncidence troublante, j’ai appris la mort du réalisateur Ichikawa Kon le lendemain même après avoir regardé Ichikawa Kon Monogatari, le film que Iwai Shunji (un de mes cinéastes préférés) a consacré au réalisateur des Feux dans la plaine. C’est triste. Le film en lui-même n’est pas extraordinaire, trop écrit, trop discursif, pas assez approfondi. En fait, si on ressent véritablement que c’est un film que Iwai avait envie (besoin) de faire, à la fois comme une reconnaissance de dette et une déclaration d’amour, il ne s’agit pas forcément d’un film qu’on a envie de voir. Trop intime probablement, il aurait probablement du rester entre les deux cinéastes.
Rien à voir, mais j’ai rarement vu un film aussi maniaquement cadré que Maboroshi No Hikari de Hirokazu Koreeda. Sérieusement, le moindre plan est sciemment composé de manière sophistiquée, limite mathématique (tu le vois ton système de six équations à six inconnues pour déterminer l’unique endroit où placer ta caméra et comment l’orienter selon l’effet recherché ?). Et contrairement à ce que je pourrais laisser entendre, le film n’est jamais fermé ni froid, même si un peu austère quand même, il est même stupéfiant de beauté. Certes il faut aimer les films japonais contemplatifs où les personnages pansent/pensent leurs plaies en silence, mais en général ça me botte si c’est pas trop mal foutu (ce qui est le cas au delà de mes espérances). Alors pourquoi je ne suis malgré tout pas vraiment rentré dans le film ? Aucune idée, et c’est vexant car j’ai vraiment l’impression de passer à coter que quelque chose de beau.
Le hasard du calendrier m’a amener à également regarder Tony Takitani de Ichikawa Jun (le réalisateur du plutôt sympa How to become myself), adaptation de la nouvelle de Murakami Haruki qui tend aussi vers ce genre de mise en scène esthétisante et très strictement composée. Avec moins de réussite toutefois, malgré une vraie fluidité dans son montage (le film est pour une grande partie composé de travellings latéraux qui glissent de l’un à l’autre, donnant au film un rythme particulier), principalement à cause d’une voix off beaucoup trop présente et dirigiste, ôtant peu à peu leur signification aux images qui ne finissent par n’être qu’illustration.

Maboroshi no hikari (Koreeda Hirokazu, 1995)

Le cinéma ça peut faire très mal à qui se sent un minimum concerné

Parmi les films asiat vus récemment, il y en a deux particulièrement mauvais dont j’aimerais vous entretenir, bien que vu fin janvier (c’est le premier numéro, je triche).
Le premier, c’est May 18 de Kim Ji-Hun, blockbuster coréen très attendu puisque se déroulant lors du soulèvement de Kwangju en mai 1980 (l’armée tire sur la foule durant une manifestation, provoquant une insurrection sévèrement réprimée). De mon coté je n’en attendais pas des masses mais rien n’aurait pu me préparer à un tel film, un des rares qui m’ait littéralement donné mal au ventre. Pour plus de détails, lisez ce que j’en ai dit sur Cinemasie (où il est le deuxième, après I don’t want to sleep alone, à recevoir l’honneur d’un 0/5, note que considérant réservée aux pellicules les plus indignes je n’attribue pas à la légère) qu’on pourrait résumé par cette petite citation : « May 18 est de ces films heureusement rares mais gerbants qui, non contents d’être une insulte au septième art (ce dont on a l’habitude), sont surtout une insulte à l’Histoire, Histoire dont ils se proclament pourtant les hérauts. »
Le second, c’est Virgin Snow, film nippo-coréen de Han Sang-Hee dont j’attendais à vrai dire encore moins : que voulez-vous attendre d’un film dont le titre (Hatsuyuki no koi) peut être traduit par « amour à la première (chute de) neige », sérieusement ? Mais voilà, dedans il y a la très précieuse Miyazaki Aoi (encore), et accessoirement une bande originale interprétée par Lee Sang-Eun (pas extraordinaire cela dit). Mais que voulez-vous, ce film est une merde, une belle, carte-postalesque au possible (comment peut-on filmer le Japon contemporain sans un seul poteau électrique présent dans le cadre ? c’est stupéfiant)(par contre des kimonos et des temples, ça y en a !) et avec cette tête à claque de Lee Jun-Ki (à ne surtout pas confondre avec Lee Yoon-Ki) à l’écran. Je fais une parenthèse sur ce gars, idol pour adolescente qui a le chic pour ne choisir que des films pourris (devinez quoi ? il joue aussi dans May 18 !)(son moins pire ça doit être Le Roi et le clown, c’est dire) dont le (non) jeu se résume à sourire d’un air niais soi-disant mignon comme s’il posait pour un photobook hors-commerce réservé à son fan-club de prépubères. Alors pensez bien que face à Aoi 1, il fait vraiment pale figure et 2, la chimie entre les deux acteurs est quasi nulle. La pauvre Aoi quand à elle, elle se démerde comme elle peut pour faire exister un rôle qui ne tient qu’au cliché. Une vraie torture pour un fan comme moi. Heureusement les prochains films que je verrai avec elle (entre autre Sad Vacation de Aoyama Shinji qui devrait sortir en DVD sous peu) s’annoncent d’un tout autre niveau.

Virgin Snow (Han Sang-Hee, 2007)

Du gros Bis qui tache !!!

Rien de tel pour oublier nos déconvenues que de se faire une petite soirée de cinoche bis. Et outre les chaînes câblées le must du must c’est la cinémathèque française (qui croyait encore que c’était que des gros coincés là bas ?) qui un vendredi sur deux nous propose des double-programmes parfois réjouissants, une bonne manière de patienter avant la Nuit Excentrique (j’ai mes places pour l’édition 2008 !!!! JOIE IMMENSE !!!). C’était donc le 15 février, spéciale série B philippines, une bonne occasion pour moi de voir de ce cinéma à la flatteuse réputation mais que je connais très peu (quoi que j’ai du voir un certain nombre de films sans même savoir qu’ils étaient philippins).
Au menu donc, le très célèbre Beast of Blood de Eddie Romero (tape ton pseudo opportuniste). Le fait qu’il s’agisse du troisième film d’une série ne pose finalement pas tant de problème que ça étant donnés 1, l’incohérence du truc qui fait qu’on est pas à ça près et 2, l’archétypisme total des situations qui fait qu’on est jamais perdu. Ça part comme King Kong (un savant sur une île sauvage accompagné d’une potiche), continue comme James Bond (héros vs. méchant et autres machinations diaboliques + héros qui se tape la vahinée de service) pour finir à la Reanimator (le méchant qui ressuscite des cadavres), le tout dans la bonne humeur et l’abondance de faux raccords. Même si honnêtement le film est très chiant et long. Bref, ça usurpe un peu beaucoup sa réputation et tient malheureusement plus du navet que du nanar.
Un mot de la projection qui fut épique. Dès la première bobine je me fais la réflexion « mon dieu l’image est dégueulasse ». En effet, copie trouvée dans la cave de papy oblige, les couleurs sont totalement passées pour ne laisser que le rouge, le son crachote et l’écran est zébré de rayures. Mais je ne savais pas encore que c’était la bobine la mieux conservée du lot ! Une en particulier donna énormément de mal au projectionniste, sautant au moins trois ou quatre fois (plus ?) avant qu’il se résigne et passe à la suivante. Moralité de l’histoire : je suis pas mécontent de l’avoir vu, il y a des chances que la copie soit morte et que pareille occasion ne se représente plus de si tôt.
Le deuxième film (dans une copie autrement plus propre) fut Stryker de Cirio Santiago, hallucinant décalque de Mad Max (le deuxième volet principalement). En effet, si on passe sur le fait que la ressource recherchée est l’eau et plus l’essence, les emprunts (entre le look des amazones, les bagnoles custom, l’attaque de la citerne, la femme du héros tuée par le méchant,…) sont flagrants et frisent parfois l’indécence. Mais le plus drôle (et c’est là que le film devient nanar) ce sont les dialogues d’un ridicule consommé et d’une vraie naïveté volontiers philosophe. Dommage, j’ai plus d’exemples sous là main…

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§ 7 commentaires sur “F.A.P.S. février 2008”

  • Gilles says:

    Mais t’as pas du voir Hanbando. Comparé à ça, May 18 est presque une réussite (toute proportion gardée).

  • Epikt says:

    Tu te rends compte que t’es en train de me donner envie de le voir ?

  • pikul says:

    Mais il n’y a même pas de sous-titres prévus sur le dvd de Sad Vacation ! C’est trop la loose! (enfin, pour moi).

  • Epikt says:

    Oué, c’est vrai ça…
    Mais à la vue du réalisateur et surtout du casting (Aoi Miyazaki donc, mais aussi Tadanobu Asano, Meiko Kaji et autres) il est plutôt probable que le film sorte dans un pays plus habitué à sortir des DVD sous-titrés en anglais (USA, HK, Corée), sans compter pourquoi pas une fansub au cas où.

  • pikul says:

    Je croise les doigts mais je suis un peu pessimiste. Regarde, pour “Eli, Eli, Lema Sabachtani?”, malgré Miyazaki et Asano et la présentation à Cannes, il n’y a pas eu d’autres éditions dvd que la japonaise (au moins il y avait des subs pour celui-là). Mais avec Sad Vacation, le fait que ça soit la suite d’Helpless et d’Eureka jouera peut-être en sa faveur. On verra. Avec un peu de chance on aura une sortie salle. Euh, par contre, Meiko Kaji ne joue pas dedans. C’était prévu au départ du projet mais à l’arrivée, non.

  • Epikt says:

    Un point pour toi…

    (Meiko Kaji ne joue finalement pas dans Sad Vacation ??? c’est ze fin du monde !!!)

  • Gilles says:

    Mince, j’ai donné envie à quelqu’un de voir Hanbando >_< J’espère que tu témoigneras que ce n’était pas du tout le but.

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