Entre les murs (Laurent Cantet, 2008)

C’est tout euphorique que la presse généraliste et spécialisée a accueilli et désigné à main levée le nouveau film de Laurent Cantet, tout auréolé de sa palme d’or “surprise”, comme l’événement cinématographique de la rentrée. Cette unanimité de bon aloi tombe bien puisque la sortie du film bénéficie d’un dispositif digne d’un blockbuster hollywoodien (plus de cinq cents salles) et s’inscrit dans un contexte politico-éducatif surmédiatisé. Cette conjonction a tout pour faire d’Entre les murs un beau succès public d’autant plus que le film s’avère d’une telle neutralité qu’il ne risque pas de froisser qui que ce soit, ni la classe bourgeoise (soulagée que l’école de ses enfants ne soit pas comme celle du film), ni la classe populaire (enchantée par cette vision idéalisée de l’école de ses enfants). Ledit public, séduit par le comique du métrage, et trompé par l’obtention de la palme d’or et l’engouement critique, acquiescera donc sur l’importance d’un débat sur l’éducation que le film ne suscite pourtant à aucun moment. S’il est donc difficile de se réjouir de ces retrouvailles forcées entre le public et les critiques, on ne peut que féliciter le joli coup commercial que représente Entre les murs, ce qui montre qu’après le succès provoqué de Bienvenue chez les chtis [1], le peuple français est capable de mettre en branle des manoeuvres marketing à l’américaine efficaces.
Dommage que ce soit, là encore, au service d’un non-film.

Avant de s’interroger plus avant sur les bienfaits ou méfaits d’Entre les murs, il convient d’en dresser le portrait.
Les deux heures de ce métrage incroyablement long suivent l’intégralité d’une année scolaire d’une classe de 4e (ou de 3e je ne sais plus tellement tout cela m’a poliment ennuyé) au travers de fausses tranches de vie du professeur François Bégaudeau. Sous sa houlette, ses collègues et élèves se plient au jeu de l’autoportrait qu’on qualifiera au mieux d’appuyé et au pire de grotesque. La narration, décousue dans un premier temps, repose principalement sur les joutes orales que se disputent l’enseignant et ses disciples (principalement reubeus et blacks) – échanges qui servent surtout et systématiquement de prétexte à des pointes d’humour qui font d’Entre les murs une honnête comédie populaire, même si cet humour précalculé risque d’en hérisser certains (peu certes mais tout de même)(dont moi d’ailleurs tant qu’à faire). La narration se recentre au fil du métrage, sur la base de cette structure évasive, et une mésaventure scolaire imbuvable prend forme autour de l’incommunicabilité entre un adolescent noir, Souleyman, et un système éducatif prétendument inadapté. Cette incommunicabilité conduira à un drame mineur (en sortant violemment de la classe, son sac heurte et blesse involontairement une autre élève) qui entrainera le renvoi de Souleyman – une décision peu crédible et alourdie d’un pathos insupportable (la mère de l’élève venant plaider sa cause au conseil de discipline). Notons toutefois que ce climax a le mérite de souligner l’incapacité à jouer de François Bégaudeau – dont je n’ai pas réussi à me défaire de sa ressemblance avec Olivier Besancenot – à jouer : quand il s’agit de faire autre chose que de vanner un élève, il est insignifiant et totalement en dehors de son personnage.

Malgré les défauts, ou maladresses, soulignés dans le résumé, Entre les murs pourrait bénéficier de certains attraits, du moins à en croire les critiques officiels. Puisque je suis un garçon très scolaire, et que c’est beaucoup moins compliqué à écrire comme ça, listons et étudions ces attraits :

1/ Sa vision de l’école (que Laurent Cantet nomme assez orgueilleusement “L’École de la République”) ?
Il semble que ce soit ce premier point qui séduit public et critique qui, dixit, s’y retrouvent. Entre les murs devient ainsi une illustration pertinente et opportune du milieu éducatif au coeur du débat politique français. Cet argument prend cependant l’eau dès qu’on s’amuse à comparer les critiques. Une première moitié de celles-ci met en avant cette justesse dans la vision de l’école ; la seconde, tout aussi enthousiaste, souligne l’aspect fantasmé de cette vision et que c’est ce fantasme qui est justement intéressant (Ah ?).
Votre journaliste d’investigation est malheureusement contraint de reconnaître que l’École de la République de Cantet et Bégaudeau ne ressemble de près ou de loin à aucune école passée ou présente de sa connaissance (mais peut-être Entre les murs se situe-t-il dans le futur ?). Nous sommes en effet très loin des écoles de banlieues – pour le coup, véritablement violentes – et des écoles du XVIe arrondissement – pour le coup elles aussi plus violentes qu’on le croit. Entre les murs n’aborde jamais de front le problème de la violence [2] ; il ne parle pas non plus de la mixité raciale (il l’évoque mais ne la questionne jamais) et encore moins de principes d’éducation ; il se contente de mentionner le sexe via des blagues échangées, alors que c’est un élément prépondérant à cet âge – Entre les murs évite ainsi complètement les sujets “gênants” comme la pédophilie ou les tournantes. Le public aura à la place le spectacle de déléguées de classe se comportant en “pétasses” en plein conseil sans que personne ne s’en formalise.

2/ L’autoportrait fantasmé ?
Puisque certains critiques mettent cette facette en avant, il convient de reconnaitre qu’Entre les murs pourrait passer pour une mise en abime du milieu éducatif. Mais ce procédé déborde tellement d’autosatisfaction, est tellement pétri de clichés, d’une conscience de soi et de la caméra que Entre les murs finit par ressembler à un faux documentaire aussi invraisemblable qu’improbable. N’abordant jamais toute notion d’éducation, le film se contente de dérouler la conscience d’eux-mêmes de personnages archétypaux. Si cette accumulation de clichés était l’enjeu d’un début de réflexion, pourquoi pas, mais ce n’est jamais le cas.
Notons à l’occasion que l’inénarrable François Bégaudeau fait réaliser un autoportrait à ses élèves [waouh un autoportrait dans l'autoportrait, j'imagine que ses confrères des Cahiers du cinéma ont dû mouiller leurs caleçons].

3/ La réflexion ?
Bah non. Laurent Cantet parvient à atteindre la neutralité de ton dont il se prévaut. Comme dit mon arrière-grand-père chinois : à viser la neutralité, on touche le néant.
Assez maladroitement, Entre les murs joue la carte du sensibilisme via quelques saynètes absurdes : une première black semble mal à l’aise et autiste en début d’année (on ne saura jamais pourquoi, ni pourquoi ce malaise est souligné) et une seconde, à la fin du film, ânonne comme une chèvre jouant la tristesse qu’elle n’a rien appris cette année (et alors ?).

4/ Le film de cinéma ?
Et si Entre les murs ne devait s’envisager après tout que comme un film de cinéma comme les autres ?
Là encore, Begaudeau et Cantet – dont, pour ce dernier, on avait pourtant apprécié le pertinent Ressources Humaines – échouent à maintenir le navire à flot. Le scénario de comédie bon enfant peut tenir la route, mais la tragédie forcée est pénible pour les raisons de non-crédibilité évoquées plus haut. Quant à la réalisation, elle est tout aussi insignifiante que son acteur principal. La caméra serre au plus près celui qui parle. Elle ne s’éloigne jamais des orateurs, ne vagabonde pas, ne filme finalement pas l’école et les humains qui s’y côtoient – elle ne filme que leur jeu de scène sans les replacer dans un contexte géographique de classe ou d’école. Les murs du titre n’ont aucune réalité scénique.

Alors ? Coup marketing, coup politique, coup de poing, coup de gueule ? À bien regarder, Entre les murs n’est rien de tout cela – mais il ne cherche jamais à l’être – il est juste un coup dans l’eau, aussi complaisant que pénible tellement les enjeux actuels de l’Éducation Nationale ne méritent pas d’être traités de façon aussi négligée. Contrairement aux propos de Sean Penn lors de la remise de la palme [3] (propos et choix qui enfoncent encore plus une carrière cinématographique définitivement plombée), Entre les murs (qui aurait mieux fait de s’intituler “les yeux dans le mur”) ne révèle aucune conscience du monde si ce n’est celle d’un nombrilisme affirmé. Ce trop long métrage n’amène rien, aucune réflexion, aucune émotion, tout juste fait-il rire ponctuellement (la France la patrie du vaudeville, depuis le temps que je vous le dis). Certains diront qu’il a le mérite d’exister. Ah. Cette remarque est valable pour n’importe quelle bouse. N’apportant rien au débat, à l’extrême limite Entre les murs peut-il illustrer une soirée thématique sur l’éducation, se replaçant ainsi dans le carcan télévisuel duquel il n’aurait jamais dû sortir.

Dans cette incompréhension, l’Insecte Nuisible conseillera de se replonger dans la filmographie de, par exemple, Todd Solondz (Storytelling notamment) et Spike Lee (Clockers notamment) pour une approche plus subtile et surtout plus réelle de l’école et/ou de la république des races.

PS à la conclusion : De manière assez inopportune et en rédigeant cette critique honteuse (puisqu’elle apporte sa contribution au phénomène de la rentrée), j’ai appris que François Bégaudeau était critique aux Cahiers du Cinéma. Du coup mon incompréhension devant le succès critique d’Entre les murs se lève un peu ; et son côté non-cinéma onaniste se comprend d’autant mieux.

Ouverture à la conclusion : Ira-t-on un jour au-delà des murs et au-delà des archétypes ?
Plutôt que d’ouvrir le débat sur l’école ou l’embourbrement du cinéma pseudo-intello français dans un cinéma discursif et nombriliste, je trouve intéressant de l’ouvrir sur la notion même d’archétype.
Pourquoi François Bégaudeau et ses élèves se complaisent-ils autant à se dépeindre en archétypes ?  La reubeu de base, le black de base, le comique de base, le goth de base, le proviseur de base, le prof bienveillant de base, la pouf de base, et (le pire) le noich accro aux jeux vidéos qui font mal aux yeux de base, etc., rien n’est épargné aux spectateurs.
Sous ces dehors de faux documentaire inoffensif, Entre les murs est une émanation manifeste et involontaire de ce phénomène d’uniformisation effrayant et constitue à ce titre une base de réflexion intéressante sur le devenir de jeunes s’identifiant à des icônes dans un milieu éducatif dont les éléments sont eux-mêmes archétypaux.
Du coup :
Question 1 : Les interprètes sont-ils peu ou prou ces archétypes ou se comportent-ils dans la vie comme l’idée qu’ils se font de ce qu’ils devraient être d’après des modèles sociaux universels (modèles communément appelés “mèmes”) ?
Question 2 : Le public se retrouvant dans une certaine mesure dans le film (à entendre ses réactions, notamment de la grande gueule assise derrière moi), s’identifie-t-il aussi à ces archétypes, ce à l’écran et dans son comportement réel ?
D’où la question 3 : Qui était là en premier, les archétypes ou les gens ? Les gens créent-ils des archétypes auxquels ils finissent par ressembler (phénomène d’uniformisation variante 1) ou les archétypes découlent-ils des gens qui se comportent comme tels par essence (phénomène d’uniformisation variante 2) ?
Ce qui sous-tend une question 4 : Pouvons-nous échapper à ce phénomène ? Pouvons-nous encore être réellement libres ? L’Insecte Nuisible est-il libre ou est-il devenu un archétype de la presse parallèle virtuelle indépendante qui râle sur le premier succès français consensuel venu et va encenser la première daube gore et perverse d’inspiration asiatique venue ?
Copie à rendre et à faire signer par les parents pour lundi prochain.

A.K.

[1] Notons en effet la remarquable sortie en avant-première et en masse dans le Nord, histoire d’engranger au compteur plus de deux millions de spectateurs avant la sortie officielle et de l’imposer dès lors comme le film à voir.
[2] Certes, pas de chance pour Entre les murs, j’ai passé le week-end précédant ma vision du film à aborder ce problème avec une amie enseignante ; le grand écart entre la réalité et le fantasme gentillet du métrage m’est donc apparu tel un gros plan embarrassant.
[3] On notera que le mystère de la sélection “au dernier moment” d’entre les murs n’est toujours pas levé.

§ 11 commentaires sur “Entre les murs (Laurent Cantet, 2008)”

  • Giuglio says:

    Du copier coller des critiques les plus réacs lues dans la presse sur ce film. C’est plein de contradictions ce que tu as écrit. On sent que tu as piqué des avis différents pour en faire un pseudo article. Ce film ouvre le débat sur l’école à contrario de ce que tu dis. Il dérange : la preuve ta réaction

  • l'étron cosmique says:

    Giuglio :
    1. Parole vaine celle qui ne cherche qu’à se conforter ( à se conformer ?). Malgré ce que tu pourrais dire pour te défendre, le contenu de ton message répond avec plus de vérité sur le fond de ta pensée. Sur les 5 pauvres phrases que tu as pu rédigées, aucune n’est étayée de preuves. Aucune argumentation ne pointe le bout de son nez. Simplement des accusations vulgaires. Si tu désirais réellement engager une conversation, tu aurais pris le temps de soulever les contradictions que tu sembles avoir repérées.
    2.Cesse de répéter deux fois la même idée dans un texte aussi court.
    3. Ta dernière phrase est une blague. En quoi le film dérange ? Le consensus mou dont fait preuve la quasi-totalité des critiques est-il une preuve ? Où vois-tu que le film à bousculer le rédacteur de cet article ? Ce long-métrage ne l’a pas troublé, au contraire il l’a ennuyé et accablé par sa bêtise.

    A.K.:
    Se rattacher aux archétypes est un moyen de simplifier la réalité, de ne pas voir la fluidité de l’identité et de se rassurer sur l’existence solide de l’individu. Ce problème n’est pas nouveau. Regarde la notion de personnage au 19ème siècle ( Balzac, Zola) et la critique que les modernes ont pu en faire ( Nouveau Roman, Oulipo,…).

  • je ne ferai aucun commentaire sur ta vision du film, ni sur le film lui-même (je ne l’ai pas vu) mais je m’interroge sur une chose, pourquoi évoques-tu le fait que le film ne parle pas des tournantes?? premièrement ça donne l’impression que ce genre de choses arrive tous les jours et que tous les jeunes la pratiquent, et qu’un film qui n’en parlerait pas serait forcément consensuel – à la limite, dire que le film ne parle pas assez de la place de la femme, mais les tournantes ?? ôO, et deuxièmement ça n’est pas le propos de ce genre de film (je pense). enfin, en te lisant, j’ai l’impression que tu t’attendais à un film sur la dureté de l’éducation dans les banlieues chaudes, mais ce film décrit la vie dans un établissement du 20ème arrondissement, rien à voir avec le neuf-trois ;) pour apporter une précision à tes différentes questions, pour le tournage, certains ados se sont inspirés de leur propre personnalité pour jouer, mais d’autres jouent des rôles de composition (notamment le garçon qui joue Souleyman, qui n’est pas du tout une petite racaille énervée dans la vraie vie) – ou du moins c’est ce que je les ai vus raconter dans un reportage sur le film. pour l’histoire des stéréotypes, je pense qu’on est tous plus ou moins des stéréotypes sans le vouloir, donc ça ne me choque pas d’en voir certains dans un film (s’ils dépeignent la réalité, bien-sûr, pas s’ils sont juste là pour conforter le spectateur) on a tous été lycéens, on sait bien qu’à ces âges-là, il existe des clans, et des élèves qui en se croyant rebelles, font la même chose que des milliers d’autres (comme devenir goths, un bel exemple de gros conformistes qui se croient rebelles ^^ voir l’épisode de South Park sur le sujet hihi) et puis, je ne vois pas en quoi décrire une utopie, c’est si mal, en quoi ce serait inutile, si on suit cet argument, on pourrait mettre des tas de films très intéressants à la poubelle. Exposer une pensée utopique, c’est censé pousser le spectateur à se questionner, même si dans le cas présent tu n’as pas ressenti ça en voyant le film, je trouve juste qu’en soit, ça n’est pas un argument valable (mais ce n’est que mon avis). encore une fois, je n’ai pas vu “entre les murs”, je parle dans l’absolu ;)

  • Epikt says:

    En effet, j’ai moi aussi tiqué dessus en lisant l’article avant de le publier (oui oui, je les relis ^^), tournante et pédophilie me semblant des phénomènes la plupart du temps extrascolaires – il y est surement plus question de brimades d’ordre sexuel et autre “harcellement”. Quoiqu’il en soit, j’ai pas demandé à AK de retoucher cette partie, c’est peut-être une erreur et/ou de la précipitation.
    En fait (ce qui a penché dans la balace pour ne pas modifier)(et donc ne pas différer la mise en ligne, car ça joue ça aussi ^^) je l’ai surtout vu, comme le laisse entendre la ligne juste au dessus, dans le reproche qu’il fait au film d’éluder toute la question sexuelle, à un âge de la vie où c’est sans doute le principal sujet de préocupation.

  • Carcharoth says:

    Tu peux pas savoir ce que cet article me fait plaisir, j’en ai marre de voir des panégyriques sur les blogs allociné, et je ressens la même chose que toi. Je savais pas que Bégaudeau était aux Cahiers, je le croyais à France culture. Autant le dire tout de suite, mes parents sont instituteurs. Je suis passé d’une école de banlieue (pas à Paris, certes), à une école rurale, peinarde, puis à un collège chaud pour enfin arriver dans un lycée assez bourgeois dans son esprit, mais relativement populaire en fait. Je fais maintenant mes études dans une ville archi conservatrice, de droite, mais peuplée à certains endroits de bobo ou de coco. Bref dons tous els cas, je n’ai rien vu qui ressemblais à ce Cantet décris dans ce que tu appelles très bien un non film, puisque cette chose se situerais plutot entre le docu et le “vrai” film, entre l’art et la réalité. Ce film batard soulève des problèmes du même ordre, mou, sans véritables engagement quant aux solutions proposés. Certes le spectateur peut lui même se questionner, m’enfin les infos du JT de TF1 font aussi bien le travail. Je ne vois pas ce que Penn, que j’aime bien pourtant en tant que réal et acteur, a pu trouver d’engager dans ce film. Bref bref, ton article fait du bien dans la pensée politiquement correcte du moment. Quand le cinéma et la distribution française oseront-ils passer les vrai films engagés que de petits réal se tuent à faire avec presque rien ? Pour finir, et parce que je ne veux pas retaper tout ce que j’avais déjà dit la bas, je me permet de renvoyer ceux qui voudrait en savoir plus sur ce que je pense de la pseudo idéologie pédagogique de ce film ici-> http://snifff.blogs.allocine.f.....tm#comment

  • A.K. says:

    étron comisque >> Juste remarque sur l’ancienneté de la notion d’archétypes. Je complète mon interrogation sur le rôle des médias et des arts (notamment télévision et cinéma) dans la propagation de ces archétypes à une plus vaste audience et à une vitesse démesurée. L’influence mutuelle entre public et écran me semble suivre une croissance exponentielle, incontrôlable et dangereuse. chibi >> Sur l’histoire des tournantes, Epikt a répondu. Le point essentiel de mon propos est l’absence de la question sexuelle. En annexe, je trouve notable que le film n’aborde aucun sujet tabou (de quelqu’ordre qu’il soit) – et pour avoir vécu de près ou de loin, les deux sujets évoqués, ça me dérange, voilou. Pour l’utopie, Entre les murs n’est pas utopique. Je me suis peut-être mal exprimé, mais ce que je voulais dire c’est que son constat est allégé, négatif mais allégé (un “ça va mal mais on se demande pas pourquoi et on ne regarde surtout pas les vrais problèmes en face”). Et je ne m’attendais à rien de précis (si ce n’est un point de vue pertinent sur un sujet social comme Ressources Humaines l’avait été) et je n’ai honnêtement pas l’impression qu’une école du XXe ressemble à ça.

  • Urine sidérale says:

    Les nouvelles technologies permettent une industrialisation qui n’était pas possible avant, c’est certain. Sur ce point, il me semble que tu devrais te pencher sur le travail de Bernard Stiegler.Il développe les idées suivantes: l’industrialisation contemporaine ne doit plus répondre à la question de la production des biens de consommation mais de la production des consommateurs eux-même. En ce sens, il faut créer une industrie du consommateur qui passe par le marketing. Cette industrie cherche à capter la libido des individus. On consomme en principe parce qu’on en a envie. La consommation fonctionne s’il y a désir. Le problème c’est que le désir est affaire de singularité. Ce que l’un va désirer ne sera pas la même chose que l’autre en raison de sa particularité d’individu qui se sera construite toute le long de sa vie à partir des rencontres humaines et esthétiques qu’il aura faites. En somme, le désir est une économie du long terme. Tout le contraire de la consommation qui se fonde principalement sur le court terme. Vendre le plus en un laps de temps très court. Conception qui aboutit à la normalisation des désirs et donc des êtres. Stratégie qui en voulant capter le désir le détruit du même coup. J’ai bien conscience de ne pas m’être exprimé correctement et j’en suis un peu triste mais j’espère du moins vous avoir donné envie de découvrir ce philosophe. Pour vous permettre d’approfondir le sujet, je vous conseille un court livre d’entretiens paru récemment – Économie de l’hypermatériel et psychopouvoir- ainsi que de vous reporter à cette page web qui collecte un grand nombre d’interviews et de colloques : http://www.christian-faure.net/bernard-stiegler/ .

  • Transhumain says:

    Au fait, ça fait un moment que je voulais répondre à cette “non-critique onaniste” pour paraphraser son auteur… Pour l’essentiel, je renvoie à mon propre article ( http://findepartie.hautetfort......antet.html ) , où l’on trouvera plus de détails, mais tout de même :
    1) la vision de l’école Bien sûr que l’école du film ne ressemble ni aux écoles de Grigny, ni à celles du 16e arr. : le collège est situé dans le 20e. Reprocher au film de ne pas parler des tournantes ? Grotesque. Je répète ce que j’ai déjà répété cent fois : « Entre les murs » est une fiction qui ne prétend pas montrer la réalité de l’école, mais seulement certains aspects, et encore, dans une classe fictive, où chacun joue un rôle.
    2) l’autoportrait fantasmé Autosatisfaction ? Clichés ? Mais où vis-tu, AK ?… J’ai habité et travaillé à Evry, quelqu’un de ma connaissance y a été à l’école puis au collège, et ni elle ni moi n’avons vu le moindre « cliché » dans Entre les murs. Quant à l’autosatisfaction, je ne vois pas de quoi tu parles. De la tienne, peut-être ? Le film n’aborde pas la notion d’éducation ? Et ? Tu paies neuf ou dix euros pour aller voir un film destiné aux enseignants, toi ? Le film est une commande de l’éducation nationale ? Voyons. Je crois surtout que, comme pas mal de contempteurs du film, tu n’en as pas du tout compris les enjeux. Et, au fait : les articles des Cahiers sont généralement bien meilleurs, et bien plus rigoureux que ton machin. Peut-être devrais-tu les lire plus souvent…
    3) la réflexion Tu le fais exprès ? Si le cinéma « pense », ou « réfléchit », c’est surtout qu’il fait penser, ou réfléchir : à toi de te remuer les méninges, mon cher. Entre les murs est un film beaucoup plus intelligent que tu ne le crois. Mais il a choisi de l’être de façon spécifiquement cinématographique, or ton quatrième point montre que tu n’y as vu que du feu. Ce n’est pas le problème du film, c’est le tien.
    4) Le film de cinéma L’acteur principal, Bégaudeau, est excellent, et ce que tu critiques (filmage au plus près ; contexte évacué) est un parti-pris esthétique dont le sens t’échappe hélas totalement. Les murs du titre n’ont aucune réalité scénique ? Tu te fous de qui, là ? La fin du film justifie largement son titre. Sur tous ces points, je renvoie à mon texte. « Entre les murs » n’est certes pas un chef d’œuvre, mais il fait mieux que soutenir la comparaison avec les films de Spike Lee ou Solondz.
    Il est pourri ton papier, mec !

  • NK says:

    Ce qui est triste dans ce débat, c’est que ce film n’est malheureusement qu’une vision de la réalité, celle ci étant beaucoup plus dure. Ayant suivie les premiers pas d’un enfant dyslexique dans un collège de province soi disant sans problème, je peux vous faire quelques citations comme :
    “C’est normal de se faire jeter dans le fossé le matin à l’arrivée au collège durant des semaines”, “C’est normal d’accumuler 10 h de retenue par semaine quand on te demande d’être concentré sur des exercices qui ne sont pas à ta portée”, “C’est normal que les profs ne participent pas à des réunions sur la dyslexie, prétextant connaitre le problème …” Le tout dans une classe composé à 90% d’enfant issus de l’immigration, la majorité ne sachant pas lire ou écrire”. Certains d’entre eux étant hyper actif pour arranger les choses …
    Là je passe sur les problèmes de toxicomanie, d’alcoolisme latent, de violences sur les affaires d’autrui ou sur les élèves eux-même. Même le chauffeur du bus de ramassage scolaire préfère s’arrêter et appeler la police pour régler les problèmes dans le bus. Moi je dis merci à ce film au moins pour avoir le mérite d’exister. Car on est doué en France pour masquer les problèmes avec des débats stériles d’où rien ne viens. Et pour moi ce n’est pas l’éducation qu’on protège en interdisant l’accès à la réalité des établissements scolaires mais bien le laisser aller général de notre société décadente.

    A bon entendeur.

  • MK says:

    Ok. Déjà, Transhumain, get a brain.

    Now.
    Je suis un pur produit de l’école de la rép. D’ailleurs AK aussi. Epikt aussi. Tiens, Daylon aussi. Mais la plupart des lecteurs de ce blog, aussi, non ?
    Du coup, quand je lis les réponses, je me dis, wtf.
    Sérieusement, vous vous retrouvez vraiment dans ce film ?
    Ils sont où ces gosses qui parlent de cul toute la journée ?
    Et les blagues racistes ?
    Et les clans ?
    Sont où ces profs insupportables qui se croient plus intelligents que moi ?
    Et ces autres profs qui sont tellement des merdes-nées qui demandent presque pardon de faire cours si tôt le matin ?
    Sont où les parents qui ne comprennent pas à quel point je me faisais chier sur les bancs de la classe ?
    Y’a un noich dans la classe, et le mec est immigré clandé parle avec un accent de merde, est insta-intello et préfère son joystick à sa bite. W T F ? Vous savez quoi ? On dirait le même noich dans l’épisode de famille d’accueil (où le rôle principal était tenu par un grand nom du cinéma avec tout le talent qu’on lui doit).
    Non, vraiment. Dites moi car perso, je ne me retrouve pas un instant dedans.
    Tiens, je vais en parler à ma soeur.

    ah bah non, elle ne se retrouve pas dedans non plus.

    Et, une fois de plus, les gens sont incapables de regarder un putain de film sans devoir y décrypter une quelconque critique de la société inside.
    EN QUOI CE FILM NOUS FAIT RÉFLÉCHIR ?
    Il n’y a aucune piste, rien.
    C’est vide.

    Du coup, c’est marrant, ça rejoint ce que je pense des films français : il ne se passe rien, y’a rien, c’est vide.

    Oui, ce film est bien un film de merde. Et j’ai bien fait de l’avoir vu dans l’avion, ça m’aurait troué le cul de dépenser des euros pour ça.

    PS : tiens, ça me fait penser que “la journée de la jupe” est vachement plus marrant. Y’a des tournantes, des black dicks, des injures racistes et même des flingues.
    En plus on me dit que c’est un film de droite.
    /o/ trop bien :DDDD

  • MK says:

    PS : par contre LOL le cliché du prof de maths. roxroxroxorox.

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