Du coréen indie et arty

Double programme #6 : Inner Circle Line de Cho Eun-Hee, suivi de Written de Kim Byung-Woo.
(assister au double programme #5)

On pourra toujours trouver le catalogue de Indiestory plutôt intéressant, il n’en reste pas moins qu’y pourrissent bon nombre de films en attente d’une distribution en DVD. Au menu donc aujourd’hui, deux films que j’attendais depuis leur tournée des festivals et qui viennent seulement de se voir accorder une sortie DVD [*].

Inner Circle Line (Cho Eun-Hee, 2006)

Dans le genre, Inner Circle Line est plus « indie » que « arty ». Ou du moins il est irrégulier, inégal. Attention, pas de cette inégalité libre et audacieuse qu’on a souvent loué en ces pages, cette inégalité qui sort des sentiers battus et dont les errements (ça se dit ?) sont les fruits de leur esprit frondeur, non, là c’est plutôt de l’inégalité par défaut. Par défaut de quoi, difficile de mettre le doigt dessus ; probablement d’un investissement esthétique constant dans le film.
Dans certains films inégaux les scènes sont disparates parce qu’elles appartiennent à des registres différents, complémentaires ou antagonistes ; on aura du mal à les mettre sur un même niveau afin de juger si par rapport à l’autre l’une est plus, ou moins. Devant d’autres films inégaux, et j’ai peur que Inner Circle Line soit de ceux-là, on a la désagréable impression que telle scène n’a pas bénéficié de la même attention que telle autre ; ou que de temps à autre le cinéaste a recherché un effet qu’il ne pouvait pas assurer sur toute la longueur du film. J’arrive pas trop à savoir si ce qui me gène en tant que spectateur sont ces pointes esthétisantes ou au contraire l’insignifiance du reste. La dernière gêne forcément ; s’il n’y avait que cela on n’aurait même jamais eu l’idée de parler d’ambition esthétique à propos du film. Quand aux premières, elles ont un arrière goût de prétention vaine, comme si elles n’étaient là que pour afficher leur petite touche classouille. C’est tout le problème de la fulgurance au cinéma : excellente au coeur du bon, elle est admirable ; ne faisant que se distinguer au milieu du quelconque, elle est douteuse (‘tain, si ça c’est pas quotable).
Inner Circle Line est donc un film arty au mauvais sens du terme : c’est un film pas arty qui ponctuellement essaye de jouer dans la division du dessus, fanfaronnant deux ou trois fois l’heure que lui aussi, il est capable de faire des choses jolies.
[ou pas d'ailleurs, car (on n'a pas pris le temps d'en parler et c'est peut-être accessoire) si certaines scènes fonctionnent pas mal d'autres sont de bien mauvais goût]

Written (Kim Byung-Woo, 2007)

Ecrit par un type qui a sniffé du David Lynch et mis en scène par un gus qui a fumé du Tony Scott, Written a, contrairement à son petit camarade, bien compris que l’esbroufe n’est pas une vertu ponctuelle et qu’il convient d’en mettre plein la vue sur toute la durée du film avec une application constante.
C’est ainsi que la photo saute à la gueule, pleine de vert, de bleu et de froufrous numériques, avec un contraste de ouf guedin tellement les noirs sont noirs et lavent plus blanc que blanc. C’est même pas dépourvu de bonnes intentions, puisque les différents niveaux de récit sont distingués par des différences dans le traitement de l’image : ça mange pas de pain et on aime. La caméra, elle, ne tient pas en place : caméra portée, ça décadre à qui mieux mieux, ça zoome, jumpcutise et change d’axe toutes les secondes. Et quand bien même elle voudrait se calmer que le montage, plus épileptique tu meurs, ne lui laisserait pas le temps de se poser. Le son aussi en prend pour son grade de temps à autre. A coté de ce déchaînement bling-bling les quelques travellings park-chan-wookesques, va-et-vient d’un type cadré sur ses pieds et autres gourmandises poseuses, sont paradoxalement bien sobres ! C’en est presque trop, j’apprécierais de voir tous ces effets utilisés de manière moins aléatoire.
Heureusement pour l’équilibre de l’ensemble, le scénario est également tarabiscoté et plus cohérent qu’on ne le craignait. [En deux mots : un type se réveille dans une baignoire avec un rein en moins et réalise qu’il est personnage de fiction ; la scénariste cherche à émanciper le personnage et se suicide avant d’avoir finit le script ; l’acteur essaye d’extorquer la fin du film à l’acteur ; …] Fin ouverte oblige, il ne mène pas bien loin, mais est astucieux et ludique. Un scénar de petit malin en quelque sorte, qu’on aime bien questionner pour le challenge mais devant lequel il faut accepter d’avoir toujours un coup de retard.

…fin de transmission…

(assister au double programme #7)

[*] enfin, à l’époque où j’ai eu l’excellente idée de cet article, c’est-à-dire il y a trois ou quatre mois. On va faire en sorte que la prochaine mise à jour mette moins de temps à arriver.

§ 2 commentaires sur “Du coréen indie et arty”

  • Sans Congo says:

    “C’est ainsi que la photo saute à la gueule, pleine de vert, de bleu et de froufrous numériques, avec un contraste de ouf guedin tellement les noirs sont noirs et lavent plus blanc que blanc.”

    “Le son aussi en prend pour son grade de temps à autre. A coté de ce déchaînement bling-bling les quelques travellings park-chan-wookesques, va-et-vient d’un type cadré sur ses pieds et autres gourmandises poseuses, sont paradoxalement bien sobres”

    –> putain, je mouille. Comment je fais pour voir ce film, Ô Insecte nuisible ?

  • Epikt says:

    Le film est sorti en DVD en Corée.

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