Deathfix: die and let live (Miki Satoshi, 2007)

Premier film du festival Kinotayo à me tomber devant les mirettes, Deathfix: die and let live est le troisième long métrage de Miki Satoshi, réalisateur que les habitués du festival connaissent déjà puisque son Turtles swim faster than expected était déjà programmé lors de la première édition (ça c’était juste pour la beauté de la phrase, très Cahiers du Cinéma touch, puisque bien entendu je n’ai pas vu le film en question). Miki est donc spécialiste des beaux titres, mais des beaux films ? Rien n’est moins sûr, car si Deathfix montre tout de même certaines qualités, on va dire (dans une formule pleine d’originalité) qu’il peine à véritablement convaincre.

C’est donc l’histoire d’un journaliste qu’on devine un brin raté sur les bords, qui se voit chargé par sa rédactrice en chef d’écrire un reportage sur une drogue qui serait capable de faire mourir quelqu’un puis de le ressusciter quelques instants après. Le but étant de décrire ce à quoi l’au-delà ressemble. Pour cela il va demander de l’aide à un pote à lui, plus ou moins son équipier, une sorte de hippie qui n’a visiblement pas besoin de drogues pour être stone, mais qui ne se prive pour autant pas d’en faire une consommation aussi frénétique qu’éclectique. Les voilà donc qui remontent la piste d’un photographe qui a disparu à la recherche de la fameuse drogue (le deathfix, traduit en français par « simulmort » ou semblable nom harry-potterien) et que l’affaire commence à se complexifier avec l’arrivée d’une bande de yakuza. Les deux compères profitent d’un détour pour recruter une ancienne hôtesse de club sadomasochiste à fortes pulsions suicidaires qui ressuscite les morts avec une patte de singe momifiée, et roule jeunesse !
Bon point, le mécanisme de film d’enquête (structure lourdingue devant l’éternel et entretenant artificiellement le suspense) auquel on pouvait s’attendre est totalement sabordé par le scénariste, qui semble lui préférer (et c’est tant mieux !) une progression à la « oh ! j’ai trouvé ça par terre, c’est un flyer pour une boite de strip-tease, on y va ? ». La narration se fait donc clopin-clopant, au cours d’une enquête somme tout peu rigoureuse. Alors c’est sûr, les maniaques qui ne supportent pas quand une piste est inexplorée vont avoir du mal (mais où diable sont passés les boss yakuza passée une heure de film ? quid de ce foutu tunnel entre le Japon et la Corée ? je crains qu’on s’en foute un peu). Pour ma part, c’est surtout l’usage inutile de la voix-off qui a tendance à m’exaspérer.
Dit comme ça, ça a l’air d’un film crétin, et c’est le cas. On est clairement dans la comédie un peu barrée, dans la veine de films japonais comme Stereo Future ou Survive Style 5+, voir même les films de Ishii Katsuhito (en toutefois moins explosif et inventif que ce dernier).

Et si le film tient toutes ses promesses question crétineries (j’y reviens), malheureusement sur le plan de la mise en scène c’est un peu le désert. Pas ignoble pour autant, mais très impersonnel et purement illustratif, comme trop souvent (c’est l’horreur, j’écris cette phrase ou un de ses variantes dans une chronique sur deux). Pourtant l’humour et la parodie seyent bien aux expérimentations en tous genres, aux jeux de mise en scène et autres petits délires. Bref, dans Deathfix c’est pas vraiment le cas.
A deux exceptions près. La première est un décalque carrément outrancier et décalé de Apocalypse Now (l’arrivée dans le camp du colonel Kurtz), appuyé par un bruit de pales d’hélico en off, alors que le trio découvre l’île des clochards. C’est pas folichon, mais c’est complètement à coté de la plaque. Donc bien. La seconde, que ma foi j’ai trouvé assez astucieuse, est la rencontre entre le hippie et un vagabond qui se balade les couilles à l’air. Et justement dans les films japonais on ne montre pas ce genre de choses, son entrejambe est donc balafré d’un intrusif disque noir, qu’il s’acharne à exhiber le plus possible, prenant des poses aguicheuses rendues tout à fait innocentes par la félicité de la censure. Jusqu’à ce qu’il se fasse percuter par une voiture, et qu’au lieu de suivre son intimité la mosaïque, prenant tout d’un coup une contenance physique, se mette à valdinguer comme l’aurait fait un vulgaire couvre-chef.
Mais mis à part cela, on doit se contenter de certains délires de films crétins. Donc portés par le sur-jeu des acteurs habituel dans ce genre de films vous assisterez béas à l’apparition de la tête de Nicolas Cage au beau milieu d’un plat de tripes ou apprendrez médusés qu’on peu faire flamber du vomi d’alcoolique (et autres idioties à base de wasabi que je ne vous raconterai pas plus en détail). Et pis Kikuchi Rinko est mignonne, surtout quand elle se brosse les dents en bougeant la tête plutôt que la brosse. On passe donc un bon moment, même si je parierais pas bien cher sur mon souvenir de ce film dans trois mois.

Comments are closed.

À propos de ce texte