Compte-rendu bordélique d’une Nuit Excentrique (troisième du nom)

« Tu vas regretter d’être à l’existence. »
Wang Yu dans Wang Yu contre la guillotine volante

Alors pour ma soirée d’hier j’avais deux options. Je pouvais aller faire un tour à Bercy pour le concert de Polnareff, mais faut avouer que c’est pas trop mon genre. Et pis c’était complet, enfin, je crois. Et je pouvais glander à la troisième nuit excentrique. Double avantage, c’est juste à coté de Bercy, donc du concert de Polnareff et puis il restait environ 80 places en vente sur place. Donc me voilà qui me pointe à la Cinémathèque un peu en avance (genre cinq heures et demi en avance) histoire d’être sûr de pouvoir rentrer. J’en profite pour discuter avec des gars du forum de Nanarland, boire de la bière à la saucisse et manger du saucisson au roquefort (ou est-ce au fromage de chèvre ?), oui, en gros je me suis tapé la grosse incruste – mais bon, j’ai quand même payé mon tribut, mon pack de binouzes j’ai qu’à peine tapé dedans, c’est bien qu’il y en a qui ont éclusé. Quoi qu’il en soit, on était au tout début de la file et hourra ! on a pu rentrer (ce qui vue la longueur de la queue n’a pas du être le cas de tout le monde).
Bah tout d’abord pour ma very first nuit excentrique (malheureusement incompatibilité de calendrier pour les deux premières), c’est hachement plus grand et plus pro que mes premières projections Nanarland sur le campus grenoblois il y a quelques années ! Le petit scarabée est devenu grand comme dirait l’autre. Et puis merde, trêve de blabla, c’est parti pour une nuit de folie, de 20h30 à 9h30 concentré 100% nanar !

< Attention, article rédigé à l’arrache, garanti au fil du clavier, sans relecture ni réécriture, sans sommeil non plus, avec fautes de syntaxes et d’orthographe, avec sûrement des répétitions et des confusions à gogo, avec pour seule nourriture pour l’artiste des pains au lait, des mini-croissants, des skittles, des dragibus, des nounours en guimauve et un certain nombre de cafés. >

L’Ile aux femmes nues (Henri Lepage, 1953)

Donc voilà, ça commence dans une ambiance de folie par le fameux extrait de Braddock (Portés disparus 3) et la cultissime réplique de Chuck Norris « Je mets les pieds où je veux Little John, et c’est souvent dans la gueule. », réplique reprise en coeur par la salle qui connaît ses classiques (toi aussi, révise tes classiques).
Suivent en suite quelques extraits de nanars, dont un extraordinaire Dracula, vampire sexuel, hallucinant film de vampires (comme quoi on s’en serait pas douté, même s’il faut toujours être prudent) avec des combats psychiques tordants, autant pour les acteurs qui se contorsionnent et s’étranglent sous les couleur chatoyantes de filtres vert et rouge, et comme si cela ne suffisait pas boosté avec des scènes érotiques rapportées de manière hyper racoleuse, décrivant maintes orgies entres jeunes gens dévergondés. Puis encore d’autres extraits et bandes annonces, en particulier celle de l’immense Ninja Terminator du non moins immense Gonfrey Ho avec le encore plus énorme Richard Harrison dont on reparlera par la suite.
Puis vient la premier vrai plat de la soirée, L’île aux femmes nues d’Henri Lepage, un truc, sortie des caves de la Cinémathèque, une projection culturelle et patrimoniale en sorte. En fait, dans L’île aux femmes nues les filles ne sont malheureusement pas nues (c’est la lose, à mort le bikini !), mais le film reste un monument de franchouillardise beauf, parsemé de jeux de mots merdiques et de traits d’esprits tombant à plat. Un peu longuet quand même (la vie au grand air ça n’a jamais valu des bons vieux ninja) mais l’ambiance bonne enfant et quelque peu potache (toi aussi, révise tes classiques) de la salle laissait augurer de bonnes choses pour la suite. Parce que voué, le projection nanar c’est le seul type de cinoche durant lesquelles le public peut se manifester, et je dirais même doit se manifester, en applaudissant, en récitant le répliques en même temps que l’acteur (ou mieux, le doubleur), en insultant le personnage ou en l’encourageant. En gros, c’est un peu le cirque, mais c’est bon pour la suite.

L’Homme puma (Alberto De Martino, 1980)

La suite justement, mesdames et messieurs c’est du lourd, du gros, de l’énorme, du transcendantal, avec un reportage exclusif de l’équipe Nanarland sur je vous donne dans le mille, le grand Richard Harrison, « l’homme qui aurait pu être Clint Eastwood » pour reprendre un bon mot qui a fusé ci et là, mais qui a choisit d’être l’idole des bisseux, et tout particulièrement des amateurs de films de Ninja, dont je fais partie. Pour les incultes qui ne se rendent pas compte de la stature du bonhomme, American Warrior, c’est lui, Black Ninja, c’est aussi lui, Flic ou ninja, c’est à nouveau lui, Ninja Terminator, c’est encore lui, Ninja Fury, c’est toujours lui et j’en passe et des meilleures. Qu’il ait été honteusement exploité durant cette période par le génialissime duo Godfrey Ho / Joseph Lai et que ces films joyeusement nanars occultent souvent d’autres titres plus prestigieux de son impressionnante filmographie (films de guerre, westerns, péplums, films de jungle, pseudo James Bond,… Harrison a touché à tout ou presque) ne retire en rien au charisme naturel et moustachu qui a su l’imposer comme une figure emblématique du film de ninja, et un acteur incontournable du cinéma bis (voir carrément Z parfois). Donc voilà, respect éternel Mr Harrison.
Les bandes annonces n’ont pas été avares non plus, proposant entre autres Gappa, le descendant de Godzilla (seul représentant du Kaiju-eiga dans une programmation malheureusement ingrate en monstres géants – dommage, je suis fan aussi), Zoltan le chien sanglant de Dracula (vous ne regarderez plus jamais un zoli chiot de la même façon) ainsi que Une vierge pour Saint Tropez, film qui à en croire la bande annonce contient tout, mais tout (de mémoire « romantique comme les films suédois, passionnant comme les thrillers américains, avec de l’action comme les meilleures production asiatiques, etc… »). En fait ce film, c’est Breaking Point (toi aussi, révise tes classiques).
Puis voici le second film complet de la soirée, le cent fois culte Homme puma, qui est au film de super-héros ce que Chantal Goya est à la chanson française. Un grand classique que la moitié de la salle devait avoir vu, mais quel plaisir de le voir sur grand écran, en public, en 35mm et dans une copie incroyablement bonne pour un film de ce genre ! Un film que tout nanardeur se doit d’avoir vu, malgré un léger relâchement vers le milieu. Mais voilà, ce film c’est un monument, le summum du film de félin volant, un must-see de toute culture cinématographique qui se respecte, à l’instar de Turkish Starwars (curieusement absent de la programmation) et du Théorème de Pasolini.

Les Rats de Manhattan (Bruno Mattei, 1984)

Après une nouvelle pause et un jeu concours où votre serviteur n’a rien gagné (et pourtant je suis fort d’habitude, j’ai gagné plein de cochonneries à ce genre de petites gâteries – mon sabre ninja en plastoc rouge trône d’ailleurs fièrement sur mon armoire) mais avec un karaoké rigolo basé sur les répliques de Hitman the Cobra (toi aussi, révise tes classiques)(et tant qu’à faire, double dose !), on a de nouveau eu droit à des extraits en tous genres, qu’il s’agisse de cuts made in Nanarland – dont j’ai oublié de vous parler pour l’instant, il ont pourtant été riches, entre des sélections de valeurs sûres comme Le Clandestin, Captain Barbel et White Fire ou encore dans le rayon découvertes un stupéfiant film de moto (genre mélange improbable de La Coccinelle à Monte Carlo et de Megaforce) dont j’ai malheureusement oublié le titre, à chaque fois lancées par la cultissime, encore une fois, et obscure réplique du Lac des morts vivants : « Promisoulin ! » – ou de nouvelles bandes annonces ou extraits (un petit Super Inframan, ça peut pas faire de mal).
Puis venait Les Rats de Manhatan du grand Bruno Mattei (même si j’aurais préféré un petit Robowar, mais c’est histoire de goûts persos, je préfère les jungle/predator movies aux films de bébètes), que j’avais vu étant môme et dont je ne me souvenait vraiment pas des masses. Ce fut donc un autre grand bonheur que de redécouvrir ses dialogues surréalistes, ses acteurs étonnants de véracité et de retenue (mention spéciale à la débile hystérique) et ce scénar crétin au possible. Par contre je me souvenais de ces rats balancés dans le champ de la caméra à grand coups de brouettes, l’image a du me marquer, mais faut avouer que ce procédé n’a pas vieilli d’un cheveu et se révèle toujours aussi efficace et stupéfiant de naturel (lol comme disent les jeunes).

Le Bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante (Jimmy Wang Yu, 1976)

Alors là il est déjà dans les 5 ou 6h du mat’ et la soirée a deux bonnes heures de retard, mais qu’importe. Surtout qu’on nous propose une bande annonce démente d’un film avec un titre dément, Jeux de mains, jeux de chinois (je comprend toujours pas quel jeu de mot foireux est passé par la tête des exploitants qui on renommé le film comme ça) ou encore d’un film visiblement incroyable, Get mean, western spaghetti pour le moins éclectique puisqu’on y trouve aussi des guerriers berbères et des sortes de vikings bien vénères (et non, je n’hallucinais même pas).
Puis voilà enfin le clou de la soirée, incontestablement mon préféré, mon petit chouchou, celui pour lequel je ne regrette pour rien au monde d’être resté réveillé jusqu’à 7h du matin, parce que ce film est une merveille. Le Bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante, son titre est déjà tout un poème à lui tout seul, et le film tient toutes ses promesses. Enfin, pas forcément le film en lui même (faudra d’ailleurs que j’essaye de mettre la main sur une version originale chinoise), même si dans son concentré de combats il pose déjà la base d’un certain rythme (extrêmement répétitif et donc très ludique pour le public qui accompagne les roulement de tambours et les victoires de ses applaudissements comme dans un vrai stade), mais surtout en raison d’un doublage français et d’un mixage audio complètement démentiels. Le Bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante (quel plaisir !) est en effet le premier film chinois que je vois à être doublé avec un mélange d’accent british d’une part et franchouillard cote d’azuresque de l’autre, le tout saupoudré d’intonations précieuses quasiment versaillaises. Et si les doubleurs (visiblement une équipe très limitée) s’en sont donné à coeur joie, les traducteurs aussi se sont visiblement fait plaisir en jouant sur les registres de langage de manière totalement anarchique, ce qui nous vaut des répliques extraordinaire du style (le jeune loup un peu poseur au maître d’art martiaux) « hé ! c’est toi le vénérable maître machin chose ? » (désolé pour ma mémoire défaillante, faudrait que je retrouve le passage) et autres plaisirs linguistiques absolument délicieux. Rajoutons quelques effets gores bien venus, une panoplie de personnages haut en couleur (une pensée émue pour l’indien avec ses bras à rallonge – et oui, Dhalsim dans Street Fighter !), un méchant très méchant avec des sourcils géants qui doivent lui servir de radar comme chez les écrevisses et un héros en fin de compte désespérément lâche et faux derche (du genre à s’enfuir devant ses adversaires pour les attirer dans des pièges à la con) en plus d’être manchot et de mal cacher son bras dans son bide, bref, tous ses ingrédients font du Bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante (raaah ! ce titre !) un putain de chef d’oeuvre improbable. Une effroyable démonstration par l’exemple que la réappropriation d’un film par un traducteur complètement à la ramasse et une équipe de doubleurs mongoliens peut accoucher d’une oeuvre totalement neuve, un monstre de cinéma, preuve s’il en est encore besoin que le nanar est un domaine du cinéma totalement imprévisible et fondamentalement contradictoire, déployant à la face du monde sa propre logique, à sa manière imparable (toi aussi, révise tes classiques)(et tant qu’à faire, double dose !)(et pis merde je suis généreux, et de trois !).

Merci à Nanarland pour les extraits audio (empruntés sans autorisation, faut pas pousser non plus, vous croyez que dans Turkish Starwars ils ont demandé à Spielberg pour utiliser la musique ?)

Liens : Nanarland & la Cinémathèque française

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