Compte-rendu bordélique d’une Nuit Excentrique (quatrième du nom)

La nuit excentrique, grand moment de poésie filmique, c’est un peu ze plèïce tou bi zere pour tous les cinéphiles un peu pointus et/ou un peu déviants, la soirée où il est de bon ton d’être aperçu au bras d’une charmante demoiselle (ou damoiseau) et de parader dans sa plus belle robe, le WTF event de l’année, l’endroit où se nouent les cinéphilies extrêmes et où quatre cents malades mentaux se rassemblent pour admirer la lie du cinéma avec la caution intellectuelle de la Cinémathèque de France (dont on ne soulignera jamais assez les efforts en matière de promotion du cinéma pas normal). Mais vous savez déjà ça, car vous avez lu mon compte rendu de l’année dernière. Cette année, j’avoue j’ai triché, je me suis permis une petite sieste avant de rédiger mon article, car j’avais un méga coup de barre en rentrant (à plus de dix heures du mat’ tout de même) et je voulais surtout pas me réveiller avec les marques du clavier imprimée sur la figure. Vous pouvez me balancer des tomates pourries, car l’expérience en est d’autant moins gonzo.
Cette quatrième édition, tout en restant peut-être moins spectaculaire que la précédente, s’est en tout cas révélée un cru plus que sympathique, avec des films intéressants (même si pas forcément inédits pour certains, c’est dommage), des séries de cuts excentriques de beau niveau et une ambiance qui, malgré comme chaque fois quelques assoupissements, fut toujours aussi bon enfant.

Rien de tel alors pour se mettre en jambe que quelques bandes annonces gratinées et autres extraits de nanars fameux. Au menu donc de cette première session, des classiques fédérateurs (Rien n’arrête la musique, comédie musicale des Village People) aussi bien que des raretés exotiques (Mon corps a soif de désir, film érotico-baston-mollesco-érotique pseudo tzigane).

Ah les belles mères ! Ah les belles mères !
(bizarre, je croyais pourtant que le film de loup-garou c’était dans 4 ou 5 heures)

Au niveau des films à proprement parlé, comme à l’accoutumée cela commence par du franchouillard beauf d’après guerre, une de ces bobines sorties des caves de la cinémathèque et qu’on se demande pourquoi il prend l’idée farfelue à certains de les restaurer : Le Congrès des belles mères de Emile Couzinet, parait-il un habitué du genre. En deux mots, une bande de belles mères plus qu’acariâtres décide de faire un putch pour s’emparer du conseil municipal d’une petite bourgade du sud de la France, dans le but de mettre les hommes aux fourneaux. Heureusement, la vigilance virile (pas très virile d’ailleurs) a la réaction très prompte et voilà donc les belles mères et les gendres se mettant sur la gueule dans la joie et la bonne humeur avec un sens aiguisé du coup bas, entre tracts de propagande pas subtile, réductions sur les bas nylon et le pinard, kidnappings en série et bataille de fruits pourris. Dialogues d’anthologie truffés de jeu de mots foireux (mais vraiment foireux, du style « patati se faisant patata – Quel faisan ? » ou encore tous les nom de familles du niveau de « Gronichon »), beaufitude élevée au rang de philosophie de vie et par dessus tout passages musicaux totalement cultes. Car oui, Le Congrès des belles mères est un film musical ! Avec des paroles bien craignos, du genre « Comme les puces, les rats et puis le choléra, des belles-mères toujours y’en aura ! ». Merci donc à la nuit excentrique de remettre un peu sur le devant de la seine le nanar franchouillard, genre trop souvent injustement boudé par les nanarophiles, même s’il a finalement tendance à traîner un peu en longueur.

C’est la deuxième série de cuts nanar qui si je me souviens bien proposait une sélection des « recalés au casting de Jurassic Park », films de dinosaures et autres sauriens géants totalement nazes. Il faut le voir pour le croire, mais y en a pour oser faire des films avec des figurines en plastique de dix centimètres de haut – espèrent-ils sincèrement que ça fasse illusion, nul ne le saura jamais.
Autre encas de qualité, un petit reportage exclusif de l’équipe de Nanarland sur le pape du cinéma indépendant ricain Lloyd Kaufman – tête pensante de la célèbre firme Troma coupable de grands moments de cinéma tels que Toxic Avenger, Sergent Kabukiman NYPD ou Surf Nazis must die – interviewé lors de la tournée en festival de son nouveau film (Poultrygeist: Night of the Chicken Dead, film de poulets zombies dans un fast-food, sorte de Supersize me trash). Difficile de faire mieux que l’exceptionnel docu sur Richard Harrison présenté l’année dernière (mais à part une master-class croisée Chuck Norris + Steven Seagal + Dolph Lundgren je doute qu’on puisse faire plus culte), mais très sympathique.

Le grand méchant bad guy de Karaté Olympia, grâce à qui on réalise qu’un croisement improbable et parano entre Adolf Hitler et Fidel Castro a de bonnes chances de ressembler à Sean Connery

Deuxième long métrage de la soirée, Karaté Olympia remplit à lui seul le quota de coups de tatane de la soirée. Rare exemple de coproduction hollywoodo-sud-africaine, Karaté Olympia part du principe qu’un bon synopsis est un synopsis à la simplicité extrême alliée à la sophistication la plus absolue. Soit donc un ancien officier nazi qui entraîne une équipe de karaté pour défier un japonais qui l’a battu par le passé (donc oui, on apprend que Hitler organisait des tournois de karaté). Le nazi s’appelle Von Rudloff, et suite à l’affaire il a été dépossédé de son grade de capitaine (c’est pour ça qu’il est vénère) et est maintenant général (ne cherchez pas à comprendre). Dans l’équipe il y a Steve, un type qu’il est trop fort, et sa nana dont j’ai oublié le nom, une cruche qu’elle est trop bonne ; mais voilà Steve il sent le coup fourré et les tourtereaux s’enfuient à travers le désert sur une VW customisée en char à voile. Steve s’engage dans l’équipe adverse, sa nana se fait kidnapper par un gros sbire qui n’aime pas la musique (il casse une guitare sur son crâne et met un grand coup de latte dans un piano, le sagouin) et les minutes qui suivent sont un bis du Jeu de la mort entrecoupé de séance de Fort Boyard avec un nain (le bras droit du méchant) qui essaye de faire évader la fiancée du héros. Finissons sur une séquence d’anthologie, où après avoir fait un tour de 4×4 dans le désert en prenant exprès les creux et les bosses, faisant un ou deux tonneaux pour l’occasion, là où les autres vont tout droit, notre héros interpelle Von Rudloff qui est alors pris dans la spirale infernale d’un flash-back dantesque, avec vraies apparition d’un sosie de Hitler sous mescaline. Un grand moment que ce film. Les rétissants seront convaincus par des stock-shots parmi les plus pourris du monde, car il ne s’agit ni plus ni moins que de photos et autres cartes postales filmées.

C’est reparti pour des BA et des extraits, avec notamment une spéciale effets spéciaux numériques foireux : incrustations au pied de biche, détourages approximatifs et autres filtres Adobe Premiere version familiale. A noter aussi la bande annonce de l’inénarrable Bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante, projeté l’année dernière.
[Edit du 31/03/08 : le blog de Nanarland me rappelle qu'on y a admiré un extrait fa-bu-leux d'un certain Jaguar Force, défiant littéralement l'imagination, et je me demande vraiment pourquoi je vous en ai pas parlé. Peut-être parce qu'il s'agit d'une de ces erreurs de la nature tellement improbables qu'il faut le voir pour le croire.]

Christopher Lee et ses lunettes disco dans Hurlements 2
(il jura mais un peu tard que l’on n’y prendrait plus)

Sans répit on embraye sur Hurlements 2, suite opportuniste du film de Joe Dante au sujet duquel j’ai jamais trop compris l’engouement, mais très correct dans son genre, ne méritant de toute façon pas un tel affront.
C’est donc l’histoire d’un bonhomme qui, le jour de l’enterrement de sa soeur, apprend que sa soeur est un loup-garou ! Forcément, il n’y croit pas, et s’en va faire la peau à l’énergumène (Christopher Lee qui a décidément joué dans des grosses bousasses) qui a pour projet de planter un stylet en titane dans le coeur de sa défunte soeur. Pendant ce temps là à Véra Cruz, un pauvre groupe de new-wave vraiment naze joue dans une boite de nuit et Christopher se pare de lunettes qu’à elles seules on regrette pas d’avoir vu le film. Mais le frère est bien obligé de reconnaître que les loups-garous existe quand en train de s’engueuler dessus le cercueil la fille se réveille avec des grandes dents et plein de poils sur la gueule, et qu’un bataillon de lycanthropes les assaille. Rassurons nous, ils vont tous les buter avec des balles en argent, avant de partir pour la Transylvanie où se trouve la grande prêtresse de la secte loup garou qui a 10000 ans et qui prépare un coup de pute. Là, y doit bien y avoir un ou deux plans avec le groupe de new-wave tout pourri. La grande prêtresse endosse une tenue SM-cuir, s’accouple dans des partouses bien glauques entre loups garous à moitié transformés et enlève la copine du héros pour la couvrir de sang et s’en servir d’appeau (désolé, jeu de mot authentique du Congrès des belles mères). Re-partouze, re-groupe de new-wave et le héros trucide la méchante (qui on l’apprend est la soeur de Christopher Lee, ou l’inverse, ce qui veut dire que lui aussi a 10000 ans ! niark niark ! tu la vois ta profondeur oedipienne dans ta face !) et sauve sa nana. Le générique de fin, sous forme de best-of, est l’occasion de nous remettre une couche avec le groupe de new-wave et d’enfiler rien de mois que dix-sept (17 !!!) fois le même plan nichon de la méchante et de son bonnet E.

Bonne transition, car il faut avouer que cette année plus que jamais les extraits et autres bandes annonces furent très portés sur la fesse plus ou moins suggérée – Désirs inassouvis, Canterburry interdit, Les trottoirs de Bangkok ou encore la très étrange BA à la caution pseudo-documentaire Par exemple : adultère qui nous explique que l’adultère c’est hachement bien même si ça résout pas tout et qu’il n’y pas de raison que l’église ne soit pas d’accord avec ça). Tant mieux, car le nanar de cul est encore trop peu exploré mais regorge (hum hum…) de moments savoureux ! Les classiques bandes annonces pornos, traditionnellement réservées à la conclusion de la nuit, ont même débordé sur la quatrième partie, avec notamment Le Bijou d’amour, film fantastico-érotique invitant le spectateur à « succuber » au charme des créatures suceuses, et Les contes de Grimmy, dessin animé de pervers qui ferait passer La Honte de la jungle pour un programme 7-77 ans.

Prend ça dans ta gueule Ultr… Inframan !

Afin de finir en apothéose, les organisateurs ont eu la bonne idée de sélectionner le très bon Super Inframan, bis HK du Ultraman japonais par les studios Shaw Brothers, petit bijou de kitch et de bzoing-bzoing dans ta face. L’histoire est connue, des grands méchants extraterrestres venus du fond des âges (j’ai pas tout compris) commandés par une ptérodactyle garou psychédélique veulent détruire la Terre, et il n’y a qu’Inframan pour les arrêter ! Même diminué par la fourberie de ses adversaires qui cache le soleil (sa source d’énergie) avec de la fumée Inframan les marave sévère avec ses rayons laser, ses points thermodynamiques (authentique) et ses talonnettes-fusées de la mort qui tue, et les écrase littéralement comme des morpions. Mais les fourbes kidnappent (décidément quelle belle série !) la fille de l’inventeur d’Inframan (et probablement fiancée d’Inframan) pour le forcer à créer un nouvel Inframan qui serait à leurs ordres. Mais heureusement Inframan est là pour combattre les félons et sauver la donzelle, le tout dans un déluge totalement psyché de coups de lattes, de laser gribouillés direct sur la péloche et de costumes tous plus grotesques les uns que les autres.

Et pour se finir (hum hum…) en beauté rien ne vaut les désormais indispensables bandes annonces de films X – mention spéciale pour celle, très gratinée, de Elle suce à genoux – au milieu desquelles s’est glissée celle des Bisounours.
Ne cherchons pas à comprendre.

Extrait vidéo tiré du cultissime Braddock, portés disparus 3
Iconographie volée à Nanarland

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