Bong-Ja (Park Chul-Soo, 2000)

Et là vous vous demandez : mais y a que des films de merde dans sa sélection de films coréens pas connus ? Rassurez-vous, y a du bon qui arrive. Entre temps, c’est vrai qu’on traverse une mauvaise passe – rappelez-vous, j’ai regardé ces films dans l’ordre dans lequel je vous les présente, j’ai moi aussi eu des doutes – mais on n’en mourra pas.
Park Chul-Soo semble en tout cas être un réalisateur indépendant important (il a aussi une société de production et d’édition de DVD et VHS), ne serait-ce que par sa production, assez importante depuis 1979. Son film le plus connu a l’air d’être 301 302, qui me titille depuis quelque temps déjà [1]. Tout ça pour dire que Bong-Ja, réalisé en 2000, est loin d’être sa première réalisation.

La Bong-Ja du titre (incarnée par So Gak-Suk, visiblement une habituée du réalisateur) vit seule chez elle au sous-sol d’un immeuble qui n’a pas l’air de super standing, travaille comme chef dans une sorte de sushi-bar, est alcoolique et est adepte de la secte de UFO 21 (visiblement ils attendent les OVNI et le gourou en profite pour forniquer avec ses disciples pas trop moches). Un jour en rentrant chez elle, elle surprend une fille (je me souviens plus si elle a un nom, appelons-la donc « la fille ») (jouée par la toute mignonne Kim Jin-Ah, que les gens de bon goût ont aperçue dans Real Fiction de Kim Ki-Duk) qui dort dans son lit, ce qui n’a pas l’air de la déranger plus que ça. Bong-Ja accueille donc l’adolescente (au passé un peu trouble, comme il se doit, et qui fait aussi un peu le tapin) et malgré leur différence d’âge les deux s’entendent vite à merveille. Mais deux événements vont bousculer la routine de la vie de Bong-Ja : elle est licenciée de son boulot et le maître UFO 21 est sauvagement assassiné.

Rien de bien original, mais bon. J’avoue que je m’attendais à quelque chose de plus sulfureux (bah woué, prostituée adolescente + amorce de lesbianisme, ça me titille), mais en fait non. Malgré un certain contenu sexuel, qu’il soit montré ou simplement suggéré (pas folichon mais suffisant pour faire interdire le film au mois de dix-huit ans par l’instance coréenne de classification), c’est vraiment pas le sujet du film, qui rentrerait davantage parmi ces films qui tout en suivant une histoire s’intéressent en fait à quelque chose d’autre. Ainsi le faible semblant d’intrigue (mais qui a tué UFO 21 ?) qui soutend le film est finalement très anecdotique en plus d’être cousu de fil blanc et Park Chul-Soo en bon « auteur/réalisateur indépendant » (ahah !) s’attachera davantage à brosser un portrait de ses deux héroïnes et de leur relation. Alors l’intérêt de Bong-Ja tient plus dans sa capacité à saisir quelques instants de vie – une grande idée du cinoche d’auteur ça, « saisir des instants », pas mauvaise soit dit en passant mais confinant souvent au plus superficiel. Des scènes ma foi parfois chouettes, comme celle où les filles cassent tout dans l’appartement – ça ressemble à rien, mais c’est rigolo. Dommage que d’autres soient gâchées par des actrices qui n’en sont pas vraiment, et par conséquent peinent dès qu’il s’agit de « jouer » (la scène finale est flagrante, pas mauvaise dans l’idée, mais qui aurait nécessité une vraie actrice sachant pleurer sans être ridicule). En un mot, adaptées et même parfois chouettes quand il s’agit d’être elles-mêmes, à coté de la plaque dans les autres cas : pas des actrices quoi.

Mais le gros – énorme – point faible du film, on le devine arriver dès le générique (devinez quoi ?) : la mise en scène ! Park Chul-Soo a beau avoir une vingtaine de films à son actif, il n’a visiblement pas encore réfléchi à sa mise en scène (ou, je-m’en-foutiste, a rapidement éludé la question), et celle ci ne fait visiblement l’objet d’aucune attention. Il se contente de poser sa caméra en de longs plans d’ensemble, intercalés de quelques champ/contre-champ plus serrés (le B-A-BA, quoi), sans astuces de montage ni particularités. Je hais ce genre de cinéastes qui semblent considérer que porter un peu d’attention à la mise en scène et au montage pour en faire quelque chose sophistiqué est forcément se livrer corps et âme à la branchouillitude commerciale et qui semblent penser que leur sujet et ce qu’ils en montrent suffisent à faire un film, n’accordant par la même occasion aucune attention à comment ils le montrent. Passons. Cette réalisation (et direction d’acteurs) de série télé n’est il est vrai pas aidée par un format 1.37 très mal utilisé (faut pas croire, j’adore ce format, même s’il est moins flatteur, mais faut savoir s’en servir, d’autant plus qu’il ne pardonne pas les fautes de goûts) et une photographie absolument pas travaillée (apparemment ça a été filmé en Beta numérique) qui donnent vraiment l’impression d’être devant un drama culinaire.

Par contre une autre chose que j’ai remarqué dès le générique, la musique, plutôt cool. Rien d’étonnant en fait, puisque j’ai par la suite découvert que la BO était interprétée par Lee Tzsche (traduction : à ma connaissance la seule chanteuse de pop coréenne qui vaille le coup), chose que j’en étais même pas au courrant ! [parenthèse « je raconte ma life » : j’ai pourtant pensé à Lee Tzsche en entendant cette musique, il n’y a pas trente-six voix comme ça en Corée, mais l’album n’apparaît pas dans la discographie de la chanteuse. Enfin, je le croyais, car l’album s’appelle en fait She wanted, film dont sur lequel j’ai rien trouvé et pour cause, étant alors convaincu qu’il s’agissait d’un film japonais (elle vivait au Japon à l’époque). Voilà qui apporte un peu d’eau à mon moulin. Soit dit en passant, pour fermer cette parenthèse, que sans être honteuse 2000 n’est pas sa meilleure période qui serait plus 93-97, même si son dernier album laisse présager du plutôt bon pour la suite]. Chose qui laisse à penser que, s’il laisse à désirer coté réalisation, Park Chul-Soo a au moins bon goût musicalement.

Autre élément de la scène d’ouverture (décidément, ma propension à bâtir mes chroniques uniquement à partir des scènes d’introduction des films me surprendra toujours) qui mérite attention, ce sont les quelques flashs violents et rougeâtres qui viennent troubler la tranquillité de la mise en place (Bong-Ja fait des sushis, la fille se balade et erre sur les routes), laissant présager d’un traumatisme se cachant derrière les apparences. Procédé classique, certes. Et malheureusement non exploité, car le réalisateur l’oublie durant la plus grande partie du film. C’est vraiment dommage, car cette entrée en matière semble donc très artificielle et incongrue, de même que les trois quatre inserts qui continuent à traîner ici et là – je ne suis personnellement pas partisan de la structure « éléments sombres du passé qui refont surface après un temps de bonheur ».
Nous voilà donc face à un film très maladroit et sans grande personnalité. Rien qui retienne l’attention, pour dire les choses comme elles sont. Bong-Ja est alors un film ennuyeux – malgré un petit partage en couille très appréciable, les filles décidant pour une raison obscure de séquestrer un flic, par ailleurs amoureux de Bong-Ja – en plus d’être platement réalisé. Pas la joie tout ça…

[1] vu entre temps, et bien au dessus de Bong-Ja (pas difficile vous me direz), voir même recommandé à ceux qui s’intéressent à la production coréenne indépendante.

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