
Ami critique, journaliste, spectateur, le dossier de presse est ton ennemi. Souviens t’en z’en.
C’est un cas flagrant de pompage de dossier de presse (pas de lien, par compassion envers la brebis égarée qui s’y est laissée tenter) qui m’a fait réaliser que je ne savais rien du fait divers ayant inspiré Cold Fish, le dernier film de Sono Sion. Pas que ça m’intéresse particulièrement, ça me ferait même plus marrer s’il s’agissait d’un canular, mais ma curiosité était titillée.
Voilà ce que me dit le dossier de presse de Wild Side qui nous a été distribué à Deauville (comme quoi j’ai bien fait de le garder) :
Le génial réalisateur de Love Exposure et Suicide Club porte à l’écran le crime le plus terrible et le plus sanglant de l’histoire criminelle du Japon.
Racontant l’histoire vraie du plus grand serial-killer qu’ait connu le pays [1], Cold Fish nous plonge au cœur même du Mal et dépeint comment un implacable et terrifiant tueur en série peut fasciner et manipuler…En se penchant sur cette série de meurtres brutaux sans précédent (dont le nombre exact n’est même pas connu avec certitude – on parle de 50 à 100 victimes…), une sujet devenu instantanément tabou pour la société japonaise et dont tous les témoins et protagonistes sont restés jusqu’ici silencieux, Sono Sion confirme son statut de cinéaste rebelle et iconoclaste, à contre-courant de ses pairs.
C’est le même qui a du rédiger l’argu de The Sky Crawlers, un authentique artisan de la phrase choc.
Une ou deux requêtes Google plus tard, je tombe sur une poignée d’articles évoquant l’affaire (Japan Today ; The Japan Times ; The Independant). Dans l’un d’eux je lis :
According to lower court rulings, Sekine and Kazama conspired and killed the first murder victim, 39-year-old Akio Kawasaki, by poisoning in 1993 over a money trouble over a pet sale.
They also murdered the second and third victims, a gangster, 51, and his chauffeur, 21, also by poisoning the same year.
Sekine and Kazama dismembered the three bodies, burned them, and abandoned the remains in forests and rivers, according to the rulings.
In addition, Sekine killed the fourth victim, a 54-year-old housewife, also by poisoning later in the same year, the rulings said.
Quatre victimes. Hum hum.
Je me souviens de mon prof de résistance des matériaux qui un jour m’a sorti « quand tu dimensionnes un pont, tu fais tes calculs et après tu multiplies par dix par mesure de sûreté ». Prodigue-t-on le même genre de conseil dans les formations d’attaché de presse ?
Reste quand même les six suspicions de meurtres évoquées dans l’article de The Independant (pas repris dans les autres, plus anciens) qui me turlupinent.
J’ai bien du mal à décoder la page wiki consacrée à l’affaire [2], donc je me tourne vers le livre Tokyo Vice (mentionné par Sancho [3] comme évoquant l’affaire), écrit par un journaliste américain expatrié ayant enquêté sur l’affaire. Sauf à repousser la question aux calendes grecques, pas question d’acheter le livre ou de l’emprunter en bibliothèque, je me rabats donc sur les pages disponibles sur Amazon [4] (Internet c’est vraiment génial). Malheureusement le livre est loin d’être une description détaillée du cas et témoigne davantage des intrications des meurtres et de l’enquête avec les yakuza (affaire bien véreuse quoi), ainsi que des sauteries de l’auteur avec son informatrice (le titre nous y avait préparé, mais ça sent le livre pas du tout putassier).
Je trouve quand même quelques extraits qui donnent des chiffres :
According to Cobra’s cop source, a dog breeder near Kumagaya by the name of Gen Sekine was under suspicion of being a serial killer. Sekine was ayakuza, an ex-yakuza, or a yakuza affiliate. In the previous ten years, severa people associated with him had seemed just to disappear. There had been a saitama police investigation when the first three people vanished, but all the leads had dried up and nothing came of it.
Bon : « plusieurs » disparitions suspectes, au moins trois.
From the investigation so far, I would say that Sekine has killed eight people. [retranscription d'une déclaration de policier, NdE]
Huit meurtres, dont ceux de Endo Yasunobu (un yakuza) et son chauffeur. D’après le texte, difficile d’être catégorique sur le fait que le meurtre de Kamasaki Akio en fait parti, mais sa disparition ayant (re)lancé l’affaire, on peut supposer que oui.
Donc cinq autres disparitions, six en prenant la fourchette large.
[...] but not before Arai’s wife went missing. Probably Arai killed her, and Sekine helped him get rid of the body. [Arai est l'ex-associé du tueur, NdE]
Impossible de dire si cette femme est déjà dans le décompte d’au dessus. Chargeons la barque : une septième suspicion en fourchette haute.
Arrivé à la fin des chapitres qui nous intéressent, conclusion qui tue :
In the end Sekine and his wife were convicted for the murders of only four people. How many they really murdered is still a mystery.
Ça c’est du journalisme d’investigation !
On arrive donc à quatre meurtres certains (Kamasaki, Endo, son chauffeur et Sekiguchi, voir les coupures de presse pour le détail), plus entre cinq et sept suspicions (c’est raccord avec les six de The Independant).
Onze max.
Mon petit doigt me dit que si il y avait eu d’autres suspicions solides et/ou des grosses rumeurs de dizaines de meurtres supplémentaires, l’auteur du livre en aurait parlé (ne serait-ce parce que ça aurait accentué le coté crapuleux de l’affaire, très «Tokyo vice »).
Par précaution, j’envoie un petit mail à un ami japonisant pour lui demander de me décrypter la page wiki de l’affaire. Voilà ce qu’il me répond : « je t’avoue que c’est chaud, mais bon, en parcourant ça, j’ai cru comprendre qu’en plus des 4 cas incriminés, il reste 3 cas non résolus, mais je n’ai pas repéré plus de meurtres soupçonnés (en tout cas, on reste loin de 50). » Bon.
Une autre sonde me renvoie un son de cloche similaire, avec un parfum de « finalement c’est ça qu’on aime chez le père Sono ».
Donc pour l’instant ma petite enquête se conclue sur un bodycount violemment minoré et une belle leçon de marketing.
Toutefois, si quelqu’un dispose d’éléments supplémentaires, il va sans dire que je prends.
PS : promis, j’arrête les titres racoleurs.
[1] même en admettant les 50 à 100 meurtres, il ne dépasse pas Ishikawa Miyuki qui compte à son tableau de chasse de 85 à 169 nouveau nés (bonus included).
[2] malheureusement on n’en trouve aucune mention sur les pages anglophones, que ce soit celles des serial killers japonais, des principaux crimes au Japon ou la liste des condamnés exécutés.
[3] dans cette interview on remarque que le nombre de cinquante victimes est celui donné par Sono Sion lui-même. Quand on connait sa réputation de gros roublard mythomane, on a du mal le considérer comme une source solide.
(je pense forcément à cette histoire de pinku, réellement porno ou pas, gay ou pas, dont la description change d’un entretien à l’autre)
[4] toutes les pages ne sont pas consultables. Mais en combinant les deux éditions disponibles (les pages masquées ne sont pas les mêmes) j’ai du pouvoir lire approximativement 90% du texte.

Joli article tout de même, vive les enquêtes sur le net!
Mais tu ne parles pas du tout de ce qui est le plus intriguant dans tout ça:
C’est quoi ce nouveau Sono Sion? Tu l’as vu? c’est bien? c’est gore? c’est Full of suspense?
On veux l’avis de l’insecte nuisibeul!
Je pense pas que je publierai une critique de ce film ; avant d’y penser, je dois m’atteler à Noriko’s Dinner Table et Love Exposure, deux films bien plus intéressants.
Rapidement : j’en attendais peut-être trop, car j’ai été un peu déçu. Ça reste bon quand même, hein (sans commune mesure avec celui d’avant, Be sure to share, qui est très mauvais).
Sinon, c’est pas tellement full of suspense, par contre le final est particulièrement gore (une première chez Sono).
La sortie française (DVD sans aucun doute) est prévu pour l’automne.
la métaphore du point m’a bien fait rigoler :)
L’enqueteur aurait pu néanmoins aller voir le dossier de presse US, voir si la baratin est fourni clé en main :p
Dans un autre genre de cacadetaureau, il y a aussi le “BANNED IN JAPAN!” sur la jacquette DVD UK de Confession of a Dog, où une interview réal nous apprend qu’en fait le film n’a jamais été interdit, et que sa sortie en salle tardive est due à la faillite de la boite de prod (avec un tel slogan choc, fallait s’attendre à ce que le journaliste pose la question)
p’tite interview, apparement il y aurait deux autres faits divers imbriqués dans l’histoire
http://jasongray.blogspot.com/.....ation.html
(le distributeur UK de Confession of a Dog sort aussi Cold fish en ce moment, mais ne ressort pas de tels chiffres)
et ça aussi
http://www.japansubculture.com.....ng-things/
“Cold Fish”, le plus grand film d’aventure depuis “Le Silences des agneaux!”.
la question bonus: il y a un peu de cul dans Cold Fish ? (par rapport aux quota US à la Sushi Typhoon). Guillaume mentionne:
Prix Naomi Tani des seins les plus lourds et hypnotisants : Kagurazaka Megumi dans Cold Fish
Pas tant que ça.
Mais comme c’est du cinéma de bon goût il y a quelques plans décolletés trop plongeants pour être honnêtes et une scène de de douche absolument gratuite.
Les scènes de douche c’est le bien!
Tiens, tout frais et par la même équipe com’:
“Kore-eda un des réalisateurs les plus prometteurs de sa génération” (il a 50 ans quand même)
Sion au sujet de Cold Fish l’année derniere lors de sa visite en France : “On pourrait même comparer mon film à Fargo des frères Coen ….. + Non, Cold Fish sera un film très réaliste”