à Deauville au moins y a la mer

Il est de bon ton de taper sur le festival de Deauville, et je m’en priverai pas aussitôt la programmation dévoilée (et que dire de quand j’aurais vu les films !). Et souvent quand on nous dit « Deauville c’est tout pourri » on l’accompagne souvent d’un « Vesoul c’est trop cool ». Et en effet, si c’est le coté clinquant pour que dalle de Deauville qui gène, Vesoul semble en être le parfait opposé.

J’avoue ne jamais avoir mis les pieds à Vesoul de ma vie. Mais à regarder les programmations et palmarès, ça ne m’a pas l’air mieux que Deauville, au contraire.
Rendez-vous compte, jamais eu le moindre film japonais en compétition depuis que la catégorie « films en compétition » existe (2005). Cette année, il n’y a même pas le moindre film jap contemporain au programme (à part deux films d’animation, par ailleurs déjà sortis en salles). Scrogneugneuh. Pour un truc sensé présenter les « Visages des Cinémas d’Asie Comtemporains », c’est fort de café.

Le palmarès, qui vient de tomber, est un grand moment de lol.
On y récompense Machin et Truc « pour leur engagement courageux et talentueux au service de la liberté », et un film est primé « pour sa critique touchante des défauts de la bureaucratie et des exclus de la société, de manière ni sentimentale, ni agressive », « pour l’originalité de l’imagination du réalisateur dans sa description des petites gens et des animaux pour souligner l’inhumanité de la guerre » ou encore « pour sa capacité à traiter des conséquences de la paupérisation des fermiers du Maharashtra ».
Pas la peine d’être extralucide pour voir venir à 500 kilomètres le cinoche festivalier tiers-mondiste.

Soyons honnête, un film primé intrigue, Animal Town de Jeon Kyu-hwan, primé « pour sa représentation franche des horreurs de la vie citadine moderne [ce qui reste lol], soutenue par une mise en scène expérimentale et sincère et un jeu audacieux des acteurs [ce qui commence à donner envie] ». On va essayer de voir ça et on en reparle.
(malheureusement, il ne fait pas parti des films qui seront repris en avril à l’auditorium du Musée Guimet)

photo : un marché au poisson au Bengladesh

(promis, le prochain post ne sera pas un truc bileux, car ça commence à bien faire d’être de mauvaise humeur)

§ 16 commentaires sur “à Deauville au moins y a la mer”

  • Gilles says:

    Je savais que j’aurais pas du mettre les raisons des choix de jury. Moi aussi des fois, j’avais du mal. Sinon, pour le coté tiers mondiste, c’est un peu voulu aussi. Le festival s’affiche exactement comme un festival absolument pas commercial qui cherche à montrer ce qu’on ne verra probablement pas ailleurs (même si l’un des films était en pré-sélection pour l’oscar du meilleur films étranger). Cela dit Vesoul n’est pas vraiment l’anti-Deauville (qui est juste une grosse blague, et d’ailleurs Vesoul existait avant Deauville), mais plutôt le contraire de Udine (totalement commercial). Cependant, les créateurs du festival, s’il n’aiment pas Deauville (on les comprend), aiment aussi le cinéma commercial et vont régulièrement à Udine (et ailleurs).

    Ensuite, la programmation n’est pas forcément géniale, mais au moins il y a une vraie curiosité dans leurs choix, et on sent qu’il le font pas par pur esprit lucratif (de toute façon, c’est un festival bénévole). D’ailleurs, si jamais il repasse quelque part, il est intéressant de jeter un oeil sur le documentaire de Frédéric Ambroisine, qui en parle très bien.

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  • Xavier says:

    J’étais absolument, mais alors ABSOLUMENT certain que tu allais réagir sur les raisons du jury d’avoir récompensé tel ou tel film! Il y a quelques gros moments, il faut bien le dire…

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  • Epikt says:

    > “Je savais que j’aurais pas du mettre les raisons des choix de jury.”

    C’est pas ta faute, si tu ne les avais pas mis sur cinémasie je serais allé les chercher sur le site officiel ^^

    Xavier > je suis très prévisible ^^

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  • Gilles says:

    Moi qui ai voulu faire ça bien. Enfin bon, je ferai un bilan un peu plus exhaustif du festival. Perso, je ne suis pas forcément d’accord avec tout le palmarès, notamment par le fait qu’un de mes films préférés du festival n’a rien eu.

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  • Gilles says:

    Remarque, j’ai pas tout mis. Si j’avais mis les raisons des prix langues O’, t’aurais sauté au plafond.

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  • Epikt says:

    D’où l’utilité d’aller sur le site !
    Les “conséquences de la paupérisation des fermiers du Maharashtra” c’est le prix Langues.

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  • Guillaume says:

    Au moins Deauville on sait pourquoi un film est primé : parce que le real (ou à défaut un acteur) a fait le déplacement et placé deux banalités sur scene devant un public faussement enjoué (“jaime la France et Deauville c’est super beau” suivi d’une ola générale d’un quart d’heure)

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  • Pierre says:

    Sans oublier le magnifique “pour la maturité et la retenue de ce premier film traitant d’un sujet potentiellement chargé d’émotion”.

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  • Martin says:

    >le contraire de Udine (totalement commercial).
    tss tss, tu oublies un peu vite les putain de retro qu’il y a en //: Patrick Tam, les séries TV Nouvelle Vague HK, les Nikkatsu Action, les pink-eiga (et j’en oublie surement d’autres)… les programmateurs d’Udine savent bien allier le commercial et les retro de fond .. ce qui arrive pour la prochaine édition le montrera encore (retro Shin-Toho et un réal/acteur clé du cinoche HK 70s)

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  • Martin says:

    en fait Udine c’est ce que Deauville aura pu être/devenir si le Public Système ne s’y était pas mélé .. dommage ..

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  • Epikt says:

    De toute façon, c’est pas au niveau “commercial” que je situait la comparaison, mais au niveau bling bling. Deauville, c’est un festival “huppé” (façon de parler, parce que c’est bien mort) dans une station balnéaire pour riches, qui se prend pour le centre du monde.

    edit : et à vrai dire, je trouve la prog d’Udine vraiment intéressante. Coté commercial, sans doute, mais quand je vois ce genre de programmation je sais qu’il y a 1/ des films qui vont être bons, y a pas photo, et 2/ d’autres qui peuvent être bons. Quand je vois une programmation anti-commerciale style Vesoul, je vois 1/ des films qui vont être mauvais et 2/ d’autres qui peuvent être mauvais.

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  • Gilles says:

    >> en fait Udine c’est ce que Deauville aura pu être/devenir si le Public Système ne s’y était pas mélé .. dommage ..

    Oui c’est exactement ça. Udine est certainement très bien, d’ailleurs je réfléchi à peut-être y aller cette année.

    >> Quand je vois une programmation anti-commerciale style Vesoul, je vois 1/ des films qui vont être mauvais et 2/ d’autres qui peuvent être mauvais.
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    C’est sûr que pour les amateurs de jupettes japonaises, la programmation de Vesoul est pas très excitante huhu

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  • Epikt says:

    Mouep. Ça manque de jupettes, de zombies, de bluettes et de travellings.

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  • Bamboo says:

    Ah ! J’ai directement cliqué sur le lien mis par Xavier dans son email qui répondait à mon email qui-faisait-un-topo-sur-combien-le-topic-sur-Deauville-déchaîne-les-langues. En fait je n’ai RIEN à dire sur Vesoul [Xavier : ne pense même pas à rapporter ce que j'ai dit dans mon message ;-)...]. Et puis, vous avez déjà tout dit. Ah si : “conséquences de la paupérisation des fermiers du Maharashtra”, les étudiants de l’INALCO ont souvent besoin de s’autoflageller. Il aurait été plus intéressant de mettre le film en rapport avec… je ne sais pas moi…le string marathe ? Si ça existe, mon ami a écrit un truc très sérieux dessus, paru je crois dans le Decan College (Poona).

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  • Machin et Truc ne sont autres que Jafar Panahi, cinéaste iranien Lion d’Or à Venise pour “le Cercle” mais aussi primé à Cannes (caméra d’or, prix un Certin regard), à Berlin (ours d’argent), actuellement détenu dans la terrible prison d’Evin (au nord de Téhéran) et Fatemeh Motamed-Arya, la plus grande actrice iranienne de toute l’histoire du cinéma primée plus de 30 fois nationalement et internationalement, elle a été privée pendant un certain temps de ses droits fondamentaux en raison de son engagement pour le mouvement vert iranien.
    Il y a une compétition depuis l’origne du FICA de Vesoul, c’est à dire 1995.
    Nous avons rendu hommage à de grands réalisateurs japonais dont Kiju Yoshida, en sa présence, ou à de grandes actrices japonaises, dont Mariko Okada, en sa présence également. Masahiro Kobayashi (Léopard d’Or à Locarno) a été président du jury international à Vesoul en 2008, c’est d’ailleurs à Vesoul qu’il a eu l’idée du scénario de son avant dernier film. En 2008 le réalisateur japonais Takahashi Shinji est venu a Vesoul en compétition avec son film “Le cri du coeur” est a reçu le prix du public du film documentaire.
    Nous présentons aussi des films de genre dont certains de la vaine fantastique mais évidemment pas en compétition. Les films de la compétition long métrage sont tous au minimum présentés en première française et sont issus du cinéma indépendant.
    L’Asie étant le plus vaste des cinq continents nous explorons toutes les cinématographies asiatiques sans exclusives du Proche à l’Extrême-Orient.
    J’espère avoir répondu à vos interrogations.
    Un proverbe coréen dit “En entendre parler mille fois ne vaut pas voir une fois”, le FICA de Vesoul ça se vit et moi je le vis tous les jours puisque j’en suis le Délégué Général. Un festival c’est une création artistique en perpétuelle gestation.
    A vous voir à Vesoul pour la 17ème édition qui aura lieu du mardi 8 au mardi 15 février 2011.
    Cordialement
    Jean-Marc Thérouanne

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  • Epikt says:

    (désolé pour la réponse en retard, j’étais à Deauville ^^)

    - Pour Jafar Panahi et Fatemeh Motamed-Arya, n’ayant pas tendance à mélanger cinéma et combat pour les droits de l’homme, en particulier quand il s’agit de le recevoir (le cinéma), je ne vois pas trop ce que a à faire dans un palmarès de festival. Cela dit je sais que ce genre de chose est courante et j’en fais pas tout un plat, mais cela me donne une idée de la tonalité du palmarès et du festival.

    - Autant pour moi au sujet de la compétition, c’est pas clair sur le site.

    - Sur le cinéma japonais on est vraiment pas d’accord.
    J’ai parcouru les archives dispo sur le site (depuis 2002). J’y ai trouvé un petit paquet de “vieux” cinéastes : Oshima, Kurozawa (Akira), Masumura, Mizoguchi, Imamura, Ozu, Kobayashi (Masaki) et Shindo. Je range Yoshida et Yamada dedans également, même s’ils étaient venus présenter Femmes en Miroir et La servante et le samourai. Nettement moins de contemporains, et quasiment que des auteurs installés et/ou dans les canons de ce qu’on attend en occident : Kobayashi (Masahiro), Koreeda, Kawaze, Takahashi, Kurosawa (Kiyoshi) et Ninagawa. Mis à part Takahashi et Ninagawa, pas vraiment de folies, encore moins d’écart avec ce qui est distribué dans les salles classiques. J’ai aussi trouvé beaucoup de cinéma d’animation.
    C’est justement cette vision, très répandue, du cinéma japonais – vieux cinoche classique, “auteurs contemporains” et animation, en expédiant totalement le cinéma (live) contemporain mainstream – qui m’énerve au plus haut point.

    - Quand aux films de genre “évidemment pas en compétition”, no comment.

    Il y a donc fort à parier que nous n’avons la même idée du cinéma. Ce qui explique cela.

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