Battle Royale (Takami Koushun, 1999)

« Hein ? Battle royale ? Tu me demandes ce qu’est une battle royale ? Tu ne connais pas ? Oh lala, à quoi ça sert que tu viennes voir des matchs de catch ? Quoi ? Le nom d’une prise ? D’un championnat ? Non, pas du tout, une battle royale c’est un type de combat. Hein ? Aujourd’hui ? Ici ? Non, il n’y en a pas de prévue au programme. D’ailleurs, ce genre de truc, on l’organise le plus souvent dans un grand stade destiné aux événements exceptionnels. Hé, regarde ! Là, c’est Takaho Inoué, ma catcheuse préférée, elle est bonne, hein ? Ah… euh… oui, pardon. Mouais… Donc on parlait de  battle royale. »

Quand Clamann-Lévy annonce la création d’une nouvelle collection qui serait dédiée à des ouvrages un peu borderline, littérature contemporaine et cie, moi je dis “glop” mais que je demande quand même à voir et j’ose espérer qu’on lui laisse le temps de se mettre en place. Surtout que les gens de chez Calmann ayant une désagréable réputation d’être de gros connards – voui, l’édition est un milieu de (langues de) putes – bazardant sans état d’âme les collec’ qui se plantent – risque à quand même relativiser (ou pas) dans le cas présent compte tenu du potentiel branchouille de la collection en question.
Mais avant de commencer l’éloge funèbre, voyons un peu la gueule que ça a. Comme trop souvent le format (15*23 cm) est un peu grand pour être vraiment agréable et le bouquin est un peu mou (raah, les considérations de bibliomane maniaque !), mais quelqu’un a eu le bon goût de faire appel à quelques graphistes doués comme Benjamin Carré et par conséquent les objets ont un minimum de gueule, tout en restant sobre, ce qui est toujours le bienvenu. On a même droit à du verni sélectif sur les couv’, ce qui est horriblement branché mais bien quand même.
Donc au programme de cette première fournée nous avons droit à L’Oiseau moqueur de John Stewart, La Cité des saints et des fous de Jeff Vandermeer et pour finir Battle royale de Takami Koushun qui m’est tombé par hasard sur le coin de la tronche et que je me suis dis « pourquoi pas ? ».

Tout le monde connaît l’histoire : une classe de troisième est emmenée sur une île déserte et ses membres doivent s’entretuer jusqu’au dernier. C’est clair, simple et radical. Battle Royale est mondialement connu à travers le film de Fukazaku Kinji ainsi que par le manga qui a suivi mais pas grand monde ne savait que – éwé – à l’origine de tout cela il y a un roman. Maintenant c’est chose faite, il est publié dans notre beau pays, reste donc à savoir si ça vaut le coup et malheureusement c’est pas vraiment gagné.

Pourquoi pas gagné ? Tout d’abord parce que c’est écrit et/ou traduit avec les pieds. Les répétitions abondent, les métaphores sont lourdes et, mis à part sur certains passages bourrins, le style est plat et on ne peut plus convenu (mais revers de la médaille, ça a l’avantage de coulez comme du Yop trop secoué). Ensuite parce que Takami nous emmerde profondément lorsqu’il essaye tant bien que mal de nous faire croire à sa république dictature machin-truc de grande Asie, de nous expliquer combien la dictature c’est mal et combien le rock c’est bien, que si y a des gens qui peuvent être tenter de faire du mal c’est parce qu’ils ont été traumatisés tout gosses et qu’il faut se faire confiance sinon les méchants despotes bureaucrates gagnent à la fin.
Autre aspect fleurant bon le ridicule – mais pour le coup pouvant être pris au second degré et bien faire marrer (si seulement cela n’était pas toujours la même rengaine) – la ribambelle de bons sentiments adolescents des protagonistes qui au beau milieu de la baston cherchent toujours à savoir qui est amoureuse d’Untel (le rockeur sentimental) et qui en pince pour Bidule (la star du basket-ball) ou se reproche douloureusement de ne pas s’être déclaré à Machine (la meuf la plus bonne de la classe) avant que tout cela ne commence. En quelque sorte, Battle Royale c’est « Plus belle la vie s’est acheté un pistolet mitrailleur UZI ». Et au fond tout cela est tellement vrai : un ado c’est con et sentimental. Dommage seulement que le roman ne le montre pas avec moins de balourdise et plus de talent.

Une fois passés ces petits désagréments – pas si petits que ça d’ailleurs – avouons quand même qu’on prend un minimum de plaisir à cette lecture. Tout d’abord parce que le bouquin est quand même plus trash que le film. Ça charcle donc hachement beaucoup. Et que des collégiennes en uniforme et couettes qui se trucident moi ça m’excite terriblement (oui, pervers). Et aussi que des scènes du genre « t’es amoureuse de moi mais j’en ai rien à battre et je vais t’exploser la tronche » c’est toujours drôle. Et pis faut avouer que les élucubrations de la geekette de service se prenant pour une guerrière amazone et communiquant avec sa divinité extraterrestre grâce à un jouet Matel sont particulièrement hilarantes.
Malheureusement, ces réjouissances sont diluées dans le brouet susmentionné et on se dit que le pavé qui accuse quasiment 600 pages aurait gagné à n’en faire que 200 sous forme 100% concentrée/nihiliste/bourrine et que ça aurait sûrement eu vachement plus de gueule.

Et d’ailleurs même dans ce cas, il aurait toujours été préférable de voir le film plutôt que de lire le livre. Car c’est bien connu, dans un gun-fight entre écolières en jupe plissée, il est toujours plus agréable de pouvoir mâter.

  • Titre : Battle Royale
  • Titre original : バトル・ロワイアル
  • Auteur : Takami Koushun
  • Pays : Japon
  • Année : 1999 (2006 pour la traduction française)
  • Autres tags : littérature, violence

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