Avatar (James Cameron, 2009)

Pffff, me voilà qui succombe à la tentation. Comme si on avait pas assez écrit sur Avatar ces derniers mois. Faut dire aussi que c’est un phénomène du genre mastodontesque ; je l’ai vu un mois après sa sortie et la salle était toujours comble ! Tu m’étonnes qu’il explose tout au box-office. Tu m’étonnes que tout le monde veuille ouvrir sa gueule à son sujet. Pas mal de conneries en plus, qu’on le conspue ou qu’on le sacralise d’ailleurs, souvent avec une légèreté dans l’approche de la chose et/ou un manque de nuance qui laisse pantois. En espérant donc ne pas à mon tour écrire une grosse connerie (ça risque par contre d’être indigeste, désolé d’avance).
Puisque j’avance sur des oeufs (cela dit, c’est pas comme si j’étais beaucoup lu), autant planter le décor. Pas forcément de mon approche du cinéma et de tout ce qui peut conditionner ma vision d’un film – ça vous commencez à vous en faire une idée (ou pas) et de toute façon prendrait sans doute le volume d’un article entier – mais au moins de ma petite histoire avec le père Cameron. Pour autant que je sache, j’ai vu tous ses longs métrages de fiction mais ses films ne m’ont jamais vraiment marqués. Sauf Terminator 2, mais pour une raison plus mécanique qu’autre chose : j’avais la VHS à la maison, au coeur d’une filmothèque somme toute peu fournie, et j’ai du le regarder un million de fois étant môme. Du coup Terminator 2 doit être le film que j’ai regardé le plus grand nombre de fois et il m’en reste forcément quelques images salement gravées dans mon esprit – s’il fallait en trouver un, ce serait définitivement le film de mon enfance.
Ça c’était bien avant que je commence à m’intéresser au cinéma et à y comprendre un peu quelque chose. Mais même (pourquoi « mais même » d’ailleurs ?) depuis j’ai toujours revu ses films avec plaisir ; je ne pense pas qu’il y en ait un que je n’aime pas. Mais comme je disais, c’est pas vraiment le genre de cinoche qui me touche et m’interpelle. Et c’est pas Avatar qui va inverser la tendance. En effet – tant qu’à faire spoilons pour les feignasses qui ont pris peur devant la longueur du texte – si ma foi je me suis bien amusé et en ai eu, je pense, pour mon argent, Avatar n’a pas chamboulé mon petit coeur, jamais il n’a titillé ma corde sensible. Plus grave, sur un plan plus objectif cette fois, il me semble que c’est un des plus faibles de Cameron (en tout cas de ceux que j’ai revu dernièrement). Car si je vois très bien que sur un pan technique, technologique plutôt, il y a du matos, niveau cinématographique c’est il me semble pas vraiment transcendant.
Bon, voilà, comme ça c’est dit : ainsi ceux qui me reprocheront d’en dire du mal pourront se raccrocher au fait qu’étant donné que je pipe que dalle à ce genre de belles mécaniques et de grandes histoires j’étais perdu d’avance et que mon avis vaut pas un clou, et inversement les extrémistes qui s’offusqueront que j’y trouve malgré tout trop à y sauver se rassureront grâce à un imparable « de toute façon il aime Titanic ».

Je le confesse sans trop de honte, Avatar est le premier film que je vois en 3D – en tout cas depuis le clip de Michael Jackson, celui avec la météorite qui explose juste devant vous au début, vu à Disneyland il y a une bonne quinzaine d’années. Ça tombe bien, puisqu’il semble qu’Avatar soit LE film qui fait rentrer le cinéma dans la 3D (je crois qu’à moitié à ce que je dis, mais faut bien me trouver des excuses). Du coup on va dévier un peu de la critique d’Avatar à celle du procédé. Hé ! ne faites pas comme si c’était la première fois qu’on vous faisait le coup – moi au moins j’ai la décence de prévenir.
(ceux qui veulent entendre parler du film sautent deux parties)

Nous voilà donc avec nos lunettes sur le nez. Et foutrebleu comme ça filtre la lumière ces conneries ! (ce qui entre nous est normal si on réfléchit deux secondes à la manière dont elles fonctionnent) En gros, quand vous chaussez vos lunettes vous passez d’un écran tout lumineux et tout flou à un écran net (si tout se passe bien) mais sacrément plus sombre. On s’y fait, mais n’empêche j’ai trouvé l’image un peu, j’allais écrire « palote » mais c’est justement le contraire, timide – pourtant je l’ai vu au Max Linder, une salle qui ne se fait pas prier pour montrer qu’elle en a une grosse. Pas pratique d’ailleurs ces lunettes, pas encore au point. Honnêtement, après un petit temps d’adaptation où elles créent une sorte d’écran juste devant vos yeux (élargissant donc le champ du spectacle et, paradoxalement pour un système sensé être immersif, vous extrayant du film), elles se laissent oublier la plupart du temps, sauf si comme moi vous aimez vous tapoter la tempe en regardant les films (on a tous nos tics), mais j’ai remarqué que lors des scènes sombres l’éclairage ambiant (par l’arrière) devenait suffisant pour qu’on voit les montures. Ou que si vous avez le malheur de vous asseoir en dessous du projo, la fenêtre de la cabine peut se refléter dans les verres ! Pas glop. De toute manière la 3D ne sera vraiment intéressante et intuitive que lorsqu’elle se débarrassera de ces encombrantes lunettes – ce qui ne devrait pas tarder.

Une fois dans le film, force est de constater que le bidule en a sous le pied – non seulement ça rend déjà plutôt bien, mais surtout on sent qu’il y a une intéressante marge de progression. Après, je dis que ça rend bien : Avatar rend bien (les bandes-annonces au début du film confirment que c’est loin d’être le cas de tous : il y en a qui sont très laids). On distingue toujours plusieurs couches, en particulier lorsque les éléments sont loin les uns des autres (un type au premier plan, un autre cent mètres derrière, tout ça dans un désert), d’autant plus que dans ce cas les éléments mis en avant ont l’air plats (un peu comme dans Tashiguichi Retsuden, mais sans en utiliser les possibilité graphiques), mais le travail sur ce film est très fin et dans les plans avec un environnement dense les transitions sont progressives et le rendu de la profondeur vraiment crédible. C’est entre autres à ce niveau que je dis qu’il y a une marge de progression : avec les progrès de la techno la finesse du relief devrait sans aucun doute aller croissant pour finir par ne plus être décelable. Il serait alors complètement débile de cracher sur la 3D au nom de ces failles techniques déjà minimes et bientôt totalement comblées.

Cela dit, il y a quelques petits trucs qui me semblent problématiques. L’un d’entre eux est la gestion du bord du cadre. Ce qui en philo-de-comptoirisant n’est pas étonnant : en cherchant à s’affranchir de son « bord plat » avec la 3D, le cinéma devait s’attendre à des conséquences sur ses bords latéraux. Soit la 3D explose le cadre, soit elle le dévoile comme jamais, j’en sais foutre rien. Quoiqu’il en soit, d’un point de vue pratique, en 3D la gestion des bords est délicate, en particulier l’entrée et sortie de cadre, ou tout simplement un élément à cheval sur le cadre. Un petit schéma valant un long discours : prenons un élément au milieu du cadre, il est mis en évidence en relief mais cela ne choque pas, car il est dans le cadre ; plaçons le même élément à moitié hors-cadre, il nous pète à la gueule, car sur un ou deux cotés il est décontextualisé, limite flottant dans le vide ! Et figurez-vous que c’est relativement courant, par exemple quand lors d’un travelling un élément apparaît au premier plan ; hop, il semble sortir de nul part. Ainsi, si la 3D ne sera pleinement convaincante qu’une fois bazardées ces encombrantes lunettes, je me demande s’il ne lui faut pas bazarder la notion de cadre avec. Un cinéma sphérique par exemple, ou avec des lunettes plus larges que le champ de vision, d’une manière générale un cinéma englobant.
Attends attends, tu s’rais pas là en train de nous parler de limitation des possibilités cinématographiques ? Ben si. En tout cas dans le cas d’un cinéma avec un cadre délimité, il me semble que la 3D a du mal à gérer les bordures. Plus de décadrage ? Désuétude de la notion même de composition ? Mazette !

Autre aspect limitant, il me semble : la gestion du flou, et par là même l’impossibilité (???) de tout jeu sur la mise au point. Assez cohérent avec le principe même de la 3D : on cherche à recréer l’apparence de la vision réelle, exit donc l’interface de la prise de vue, et avec elle la notion de profondeur de champ, celle-ci devenant celle de l’oeil. Je parle donc du flou capturé par la caméra hors focus. Soyons précis, le flou à l’arrière plan n’est dans les grandes longueurs pas un problème, pour la simple raison qu’il n’est qu’un flou environnant qu’on ne regarde pas, simplement plus naturel (habituel en fait) qu’un fond monochrome qui toutefois fonctionnerait de la même manière. Par contre, dès que l’élément flou passe par devant, quelle catastrophe ! Lorsqu’un personnage est placé en amorce du plan par exemple, relativement fréquent quand on filme un dialogue. Ou encore cette scène autour de l’arbre blanc (me souviens plus le nom exact), avec ses « fils » fluo qui pendent en avant-plan et tout flous, pouah ! Le flou en 3D est simplement moche, brrr, cette grosse masse floue qui s’impose à vous au premier plan. Encore plus que la laideur du résultat, ces artefact de la prise de vue entre en contradiction flagrante avec l’idée même de 3D : en 3D, en tout cas tant qu’on la considère comme « c’est plus proche du réel » (ce qui est constamment le cas), il ne devrait pas avoir de flou, en tout cas pas celui conséquence technique des limites de la caméra.
Espérons toutefois que ces deux constats (qui d’ailleurs se cumulent souvent !), qui peuvent sembler implacables sous ma plume, sauront être démentis et les règles qu’on en aura tirées transgressées – on peut espérer qu’elles le seront dans un cinéma où 2D et 3D seront habilement fusionnées.

Bon, j’ai joué ma « Elisabeth Tessier parle de la 3D », mais de quoi que ça cause Avatar ?
D’un marine, Jake, en fauteuil roulant depuis un accident comme il en arrive dans son métier, qui prend la place de son frère jumeau fraîchement décédé au sein d’un programme de recherche top-moumoute. Le taf du frangin : s’incarner dans un corps extraterrestre modifié, un avatar, afin d’étudier une planète aux conditions (légèrement) hostiles à l’homme. Le truc pratique : partageant le génome de son frère, notre marine peut utiliser son avatar (qui est personnel et coûte un paquet de thune). Le truc balot : le type est un complet neuneu, alors que son frère avait un PhD. Quoi qu’il en soit il intègre l’équipe, partagé entre deux missions : la première auprès des scientifiques, des gens plutôt cools soucieux de la population indigène ; la seconde, officieuse, auprès des militaires qui se servent de lui pour obtenir des renseignements. Ah oui, parce que ce que je vous ai pas dit, c’est que la planète regorge d’un minerai super glop genre uranium puissance dix – donc cher, genre un petit gravier te permet de te payer des putes non stop jusqu’à un âge où même le viagra te fait plus bander (amis de la poésie) – et que le plus gros gisement se situe juste en dessous de la principal habitation des indigènes, qui ne semblent vouloir quitter les lieux pour rien au monde.
C’est ainsi que dès sa première sortie, Jake se retrouve séparé du groupe, puis surpris par la nuit et encerclé par des bébêtes qui lui veulent pas du bien. Avant d’être transformé en pâté pour chien il est sauvé par une extraterrestre – au fait, ils s’appellent les na’vis (note pour toi qui vas écrire un roman de fantasy pour lequel il va te falloir inventer des noms : pas d’apostrophe, par pitié, c’est affreusement tarte) – qui le suivait depuis quelque temps (faut dire qu’il se déplace en faisant plus de bruit qu’un diplodocus). Il parait qu’il a un coeur brave, ou un truc du genre, comme c’est pratique. Et alors que la fille, Neytiri de son petit nom, allait le laisser tomber (mais pourquoi l’avoir sauvé ?) le voilà qui attire, comme une ampoule les moustiques, les spores de l’arbre sacré : c’est un signe ! C’est l’élu ! No comment. Comme par hasard Neytiri est la fille du chef des na’vis et de leur chaman, et comme par hasard elle est fiancée à un guerrier, le futur chef, qui déteste copieusement notre pataud marine. Décidément il se fait pas chier le père Cameron. Ainsi le gars va apprendre les us et coutumes des na’vis sous la direction de la fille, ils vont finir par tomber amoureux et, après avoir pendant un temps renseigné les militaires sur leur adversaires, il va prendre le parti des indigènes.
Donc oué, pour l’instant ça casse pas des briques, loin de là (même si c’est long à résumer). Par contre la situation gagne en intérêt avec la notion d’avatar : en effet, le type retourne à son enveloppe humaine lorsque son avatar dort et il doit se reconnecter pour le réveiller. Sa rébellion est donc très fragile, puisque ses actions sous son avatar dépendent de son corps humain, à la merci de l’ennemi. Pas que cela soit particulièrement nouveau non plus (grosso-modo, c’est Matrix), mais cela donne un peu de relief à une trame principale plate et la fait sortir des ornières.

Mais ne nous abusons pas, si l’histoire d’Avatar est narrée avec un vrai savoir-faire (comme pour Titanic, les trois heures du film passent avec une facilité presque insolente) et qu’elle se trouve dans les faits moins rabâchée qu’on voudrait nous le faire croire, elle n’en est pas moins parfaitement téléguidée et prévisible. Que cela soit la conséquence d’une machinerie normative hollywoodienne (le grand Satan quoi) ou bien de l’emprunt d’une structure monomythique campbellienne (ce qui deviendrait presque une qualité, si on écoutait certains), on s’en fout un peu si vous voulez mon avis. A mon petit niveau bien concret, ce que je voit c’est non seulement l’utilisation d’une trame classique (rencontre avec l’autre, initiation, adoption des moeurs indigènes et rébellion contre son ancien clan) mais surtout une conception très utilitariste et mécanique de la narration et de l’écriture. En gros, on avance ses pièces comme quand on joue aux échecs. On te parle d’une ancienne légende, crois-tu que ça serait « pour rien », ou plutôt pour accorder de la profondeur et du vécu à la civilisation na’vi ? Et non, c’est parce que ça va servir à la fin ! Cette manière de faire est atrocement désagréable. Pas que je préfère les twists et autres deus ex machina, soyons clair, ça aussi c’est agaçant. Tiens (et promis j’arrête de te tutoyer), toujours à la fin, la planète allie ses efforts à ceux des na’vis : je suis pas contre cette idée, elle est même tout à fait normale (c’est au contraire la demi excuse avancée par Neytiri pour faire gober au spectateur le délai d’intervention, à savoir une Nature non interventionniste, qui aurait été parfaitement incohérent), mais pourquoi l’utiliser comme un pseudo suspense au moment où tout semblait perdu ? A-t-on vraiment besoin de ce genre de procédé d’autant plus artificiel que personne n’en est dupe ? Le jour où un grand film mythique saura s’affranchir de ce genre de mécaniques pas finaudes ça devrait avoir beaucoup plus de gueule.

En attendant nous faisons contre mauvaise fortune bon coeur et reconnaissons que le père Cameron a du métier. Comme dans ses précédents films la narration est impeccable (malgré des gros raccourcis qui tachent comme ceux que j’ai relevés ; mais ça c’est pas de la narration, c’est du scénario), on nous entraîne d’un plan à un autre, d’une scène à une autre et d’une séquence à une autre sans heurt, c’est très précis. Par exemple la scène où Jake contrôle pour la première fois son avatar : Cameron profite judicieusement de l’occasion pour nous faire enfin sortir pour découvrir Pandora (qu’on n’avait vu que de loin ou sur un tarmac d’aéroport), ou du moins cette interface entre les deux civilisations que constitue l’école. En passant, cet exemple m’emmerde. En effet, s’il me semble représentatif de la manière de raconter et d’introduire les faits (ne tirant pas artificiellement le récit, mais au contraire prenant appui sur des éléments déjà mis en place) il constitue l’exception confirmant la règle de ce que je dirai plus loin au sujet des personnages : cela doit être la seule scène où un personnage est caractérisé par une personnalité dépassant l’archétype et la fonction narrative (il se réveille, prend possession de son nouveau corps, et là il envoie balader tests de routine et mesures de sécurité, car tout ce dont il a envie c’est… courir ! Riche idée !).
Pour en revenir à cette efficacité et cette fluidité narrative, peut-être justement, comme toujours, aurait-on souhaité davantage d’âpreté dans cette narration. C’est peut-être une des raisons pour lesquels les films de Cameron ne me touchent pas davantage : j’aimerais que de temps à autre il mette un peu de sable dans sa machine bien huilée et navigue à contre courant de l’intuitivité de sa narration.

C’est bien beau tout ça, mais il ressemble à quoi le film ? (take one)
Avant la séance, la faute aux affiches (méga über laides !), j’avais peur au sujet des bestioles. A vue de nez, ça ressemblait trop à des elfes de mauvais MMORPG, bref de l’imaginaire fantasy au rabais. Il y a certes un peu de ça, on pourra pas totalement éviter la comparaison, mais j’ai bien été soulagé quand j’ai vu les choses en action : leur design est bien plus fin que ce à quoi je me préparais. Les jolies loupiottes sur leur visage compensent le mauvais goût de leurs oreilles pointues (de toute façon, quoi qu’on fasse, les oreilles c’est moche) et leur coté tribal d’inspiration africano-amérindienne fonctionne plutôt bien, malgré le fait qu’on les fasse parler par images. Soulagement quoi, rien de bien nouveau dans le bestiaire SF, c’est peut-être (sûrement) même un brin kitch, mais ça tient largement la route.
Pour autant, on se serait bien foutu de savoir qu’ils sont superbement designés de manière hyper originale s’ils avaient été animés avec les moufles. Y a pas à dire, la technique a fait des progrès depuis, disons, Le Pôle Express où les persos ressemblaient à du plastique. Là il commence à avoir la possibilité d’un jeu d’acteur, avec des expressions du visage crédibles et précises, même sous cinquante couches de trucage numérique.

C’est bien beau tout ça, mais il ressemble à quoi le film ? (take two)
C’est là qu’on se fâche (pour de mauvaises raisons ?) avec le sieur Cameron : elle est passée où la 3D Jimmy ? Plus haut j’écris que la 3D me semble une technique prometteuse (et déjà bien fichue), et c’est vrai d’un point de vue technique. Mais quid du cinéma ? Elle ne me semble ici pas du tout utilisée ! Pas dans le cadre d’un « langage » cinématographique en tout cas. Les cadres, les effets de mise en scène, etc, sont les mêmes, mais vraiment les mêmes, que ceux utilisés en 2D. Ça valait vraiment la peine de se monter le bourricot pour si peu. Au mieux le procédé ajoute un peu d’emphase sur certaines scènes : ah oui, le vol des hélicos c’est très zouli (exemple parmi mille), mais rien qui n’utiliserait spécifiquement la technique !
Du coup on pourra se demander pourquoi on entend et lit sans arrêt que la 3D est une révolution. Car j’avoue, mais j’ai peut-être pas beaucoup d’imagination, après coup je ne vois pas vraiment quoi faire de plus de la 3D. En tout cas pas tant qu’on aura pas démocratisé le cinéma « englobant » (qui, lui, sera une révolution ; et sans doute un « spectacle total », au sens de « grand spectacle »). Le passage du cinéma muet au parlant fut une révolution au sens où le changement de donne technologique changea irrémédiablement (même les films muets d’aujourd’hui ne ressemblent pas aux films muets originaux, sauf volonté d’hommage) la manière avec laquelle les films sont faits, changea la « grammaire » cinématographique même, la manière avec laquelle les éléments du film sont assemblés (c’est d’ailleurs parce que le son ajoute une « couche » de montage que son apport fut si important). La 3D, comme la couleur, ne changera sans doute pas grand chose au cinéma – sauf pour les vendeurs d’électroménager, cela va sans dire. Le procédé se généralisera probablement et je ne vois pas grand chose à y redire (en particulier si, après quelques années d’utilisation bling-bling, on se dirige vers une utilisation fine du procédé) ; il y aura sûrement quelques bonshommes pour vraiment utiliser la 3D, comme il y en a eu pour le faire avec la couleur ; mais je doute que cela change fondamentalement la manière de faire les films.
Cameron est sauvé par le fait qu’il n’utilise jamais la 3D comme un gadget – le film ne ressemble pas à un livre en pop-up et/ou à un spectacle d’hologrammes –, même pas de manière m’as-tu-vu. Il me semble qu’une des raisons de cette réussite vient du fait qu’au lieu de concentrer – comme semblent le faire d’autres films, en particulier les DA style Pixar (c’est en tout cas ce que je tire des BA vues en début de séance) – les effets 3D sur les personnages, ce qui donne au film l’allure d’un jubilé de bonshommes Michelin, Cameron l’utilise principalement sur les décors. Son principal souci semble alors de densifier l’environnement et de lui donner de la profondeur. Ce qui ma foi est un but noble, même s’il manque un tantinet d’ambition formelle, et une approche qui devrait être amenée à se généraliser. Oui oui, vous lisez bien, j’ai l’air de reprocher à Cameron son utilisation limitée de la 3D, alors que je reconnais qu’on peut pas faire grand chose de plus et que du coup son approche humble du procédé est sans doute la meilleure qu’il puisse prendre.

C’est bien beau tout ça, mais il ressemble à quoi le film ? (take three)
C’est là qu’on se fâche encore (pour de bonnes raisons cette fois) avec le sieur Cameron : alors ça oui t’es pas une branque, mais c’est quoi cette  mise en scène utilitaire ? Je veux dire par là, ok, James Cameron sait y faire, et c’est pas nouveau. Mais on peut faire à sa mise en scène le même reproche à sa narration : on te montre quelque chose, c’est que ça va servir. On dirait du Hong Sang-Soo ! (qui a dit qu’il y avait une différence entre cinoche d’auteur et grand spectacle ?) Tiens, cette scène où Neytiri apprend à Jake à sauter des arbres : quand elle atterrit, derrière elle y a un gros champignon ; et je vous donne dans le mille, quand lui se pète la gueule il se vautre sur un champignon ! Ce champignon n’est absolument pas un élément d’univers, quelque chose qui va asseoir sa profondeur et sa crédibilité, non, c’est un élément narratif (vous trouvez que je me répète ? c’est pas fini, car on retrouvera ce même travers quand on parlera de « création du monde »).
Dans le même ordre d’idée, je trouve la mise en scène parfois beaucoup trop appuyée – d’une façon assez typique de la production hollywoodienne en fait. Exemple dans une scène qui partait d’une bonne idée et aurait pu être chouette, qui nous montrera sans doute la limite à ne pas franchir. Dans cette scène Neytiri présente à Jake les montures de son peuple. Elle lui parle de leur coeur, de leur souffle,… de manière mi-illustrative mi-détachée la caméra suit ses paroles, montrant le flan, les naseaux,… ça fonctionne très bien, la mise en scène est en parfait accord avec la tranquillité et la sérénité se dégageant de la scène ; c’est même, contre toute attente, un peu abstrait ; mais pourquoi alors, en en arrivant aux pattes de la bestiole, s’acharner à la faire piaffer pour absolument montrer ses pattes en action ? Quel manque de finesse ! Ça fonctionnait parfaitement sans ce genre de balourdise. Dans le même genre d’idée – outre le fait qu’il faudrait interdire les ralentis démonstratifs –, j’allais vous faire une réflexion outrée sur le fait qu’à chaque fois qu’un bonhomme vole sur son oiseau géant, il faut qu’il hurle « yiiiaaah ! » comme un cowboy sur un taureau ou un gamin sur un grand huit, et comme quoi c’est du cinéma d’assisté, mais avec un peu de recul ça me semble exagéré. Un peu. Par contre, quand vous croisez un vol d’oiseaux, soyez sûrs qu’il en aura un pour se tourner légèrement vers la caméra pour pousser son cri. Là, y a vraiment quelque chose que je comprends pas : je les imagine tous autour de leur table en train de discuter du film, et quand c’est le tour de la scène en question y en a forcément un pour « plan large sur le vol majestueux des oiseaux, faut que ça en jette, et ensuite – idée de fou ! – on n’a qu’à dire qu’on fait un plan rapproché avec l’oiseau qui pousse son cri ! ». Non mais désolé, je fais un blocage, qui peut bien avoir ce genre d’idée à la schtroumf ? Le pire, c’est qu’il y en a un pour TOUS les films du genre !
Plus de finesse la prochaine fois, merci. Davantage d’audace aussi ! Car si le souffle épique de la chose n’est pas à remettre en question, on a clairement affaire à un cinoche classique parmi les classiques : la mise en scène se fait l’illustration de l’action et s’efface (sauf lors des deux trois scènes au ralentit, dont on se serait bien passé). Pour en revenir à ce que je disais de la 3D et de sa manière de mieux fonctionner avec ce qu’il se trouve dans le cadre plutôt qu’à la marge, mais également à sa nature immersive qui favorise le plan long (un aspect que j’aurais du développer), se prêtant donc davantage à la narration, à la peinture d’événement, qu’à une oeuvre de montage pure, bref l’usage de la 3D ne fait rien pour réprimer ce classicisme illustratif.
Quelle absurdité alors que ce genre de film passe pour du cinéma visuel !
Quelle injustice également, quand on pense que par exemple un film comme Speed Racer ne recueille pas le quart de la moitié du commencement des lauriers reçus par Avatar. En voilà pourtant un film purement visuel, innovant, avec des idées de guedin dans tous les sens, dont les expérimentations véritablement cinématographiques repoussent les limites du cinéma à grand spectacle !

Admirez la transition, la seule chose que je reproche à Speed Racer est son scénar assez mauvais (malheureusement c’est vrai) et sans surprise, après tout c’est le lot de tous les gros films du genre, on fait le même reproche à Avatar. Certains vous diront même que « Avatar c’est débile lololol ». Ne les écoutez pas car c’est en réalité tout le contraire ! Le film se focalise sur sa signifiance et y investit toute la puissance de son scénar ! Quitte à oublier au passage ce que d’aucuns jugeront essentiel.
Ainsi Avatar est principalement une histoire et fonctionne avant tout au niveau symbolique. Son histoire est classique au sens noble du terme, avec une certaine prétention universelle. Il y a même fort à parier que leur aventure soit destinée, à terme, à devenir une légende (le film prend ainsi, soit dit en passant, le contre-pied total de Titanic)(ce qui vous donne une idée de pourquoi je préfère le second au premier). Grossièrement, il s’agit d’un parcours initiatique. Voire d’une renaissance, Jake ayant à l’origine tout d’un enfant (j’invente pas, Neytiri le traite d’enfant à plusieurs reprises). Ainsi il va apprendre à se mouvoir, à chevaucher, à chasser, va découvrir l’amour,… jusqu’à devenir un chef. A cette première initiation, d’enfant à homme, s’ajoute une seconde initiation, d’humain à na’vi. Par là je ne veux pas dire qu’il prend parti pour les na’vis mais qu’il devient na’vi – la déclaration selon laquelle les na’vi naissent une seconde fois lors de la cérémonie d’intronisation et autres allusions (le champ lexical de la mort/renaissance est fréquemment utilisé) laissent bien entendre que ce à quoi on a affaire est bien la renaissance d’un humain en na’vi. Là aussi, sa virginité originelle (il a rien dans le cerveau) lui permet de partir de zéro, sans handicap.

Ça c’est sur le plan de la structure du récit, de son déroulé. D’un point de vue thématique, on pourra facilement voir Avatar comme une réécriture de la conquête de l’ouest et de la destruction de la civilisation amérindienne par des colons avides de ressources (or en tête). L’allure des na’vis, ainsi que leur lien très profond avec leur environnement vont il me semble dans ce sens. Aparté un : dans le genre « homme blanc tout casser », on préférera cette interprétation à la métaphore écolo, car bon les métaphores écolos ça va bien trois minutes. C’est pas tant la nature que l’homme détruit dans Avatar qu’un modèle de civilisation. Aparté deux : OK pour Pocahontas (je le sens venir gros comme une maison), mais rafraîchissez-vous la mémoire : John Smith n’a jamais épousé la cause indienne, au contraire c’est Pocahontas qui est allée marier un anglais – soit tout le contraire d’Avatar. Alors, de la même manière qu’en faisant gagner les na’vis et en chassant les colons le film réécrit l’histoire de l’Amérique, voyons cette trame « pocahontas-esque » comme retournement de l’histoire plutôt qu’un simple remake du film de Disney.
Ou, si vous tenez vraiment à donner au film des préoccupations « actuelles », vous pouvez penser à la guerre en Irak pour le pétrole. Ou encore aux expropriations en Chine (LOL). Ou d’une manière générale tous les exemples que vous voudrez, en gros à chaque fois que le capitalisme s’assoit sur tous les principes pour satisfaire les actionnaires (du coup, on pourra même trouver que, dans toute leur connerie butée, les chefs militaires et autres gérants de multinationale ne sont pas si irréalistes que ça). Mais à bien y regarder, si elles flattent la conscience politique (LOL again) de spectateurs ayant besoin de trouver ce genre de correspondances pour sauver un film, ces analogies sont de suite plus boiteuses. Et suis-je le seul à penser que le film s’intéresse plus aux mythes (naissance de l’Amérique, naissance du Héros) qu’à autre chose ? Et que si décidément chacun greffe si facilement (et parfois très artificiellement) ses préoccupations personnelles sur le film, c’est en raison de leur caractère universel ?

On n’y échappera pas non plus, rien que son titre le laisse présager, Avatar, avec ses êtres établissant un réseau et ses hommes s’y plongeant « par procuration », fait par certains aspects penser à une métaphore d’Internet. Y a même un passage où on dit qu’on peut charger des données dans les arbres ! De là à voir l’incarnation des avatars comme un jeu vidéo en vrai, il n’y a qu’un pas. Mais soyons sérieux trente secondes : je doute pas qu’en bon geek l’idée ait fait tripper Cameron et je mets ma main au feu que c’est conscient de cet aspect qu’il a réalisé le film, mais un peu poussée la métaphore ne tient pas plus que ça. Sauf comme représentation d’une « planète Internet » parfaite, ce qui est un joli fantasme. Mais c’est trop déconnecté des autres enjeux développés pour qu’on y fasse attention au delà de l’anecdote, trop inexploité dans le récit pour qu’on y trouve écho à une préoccupation réelle.
[du coup, propagande : ceux que l’idée d’un récit initiatique intégrant la notion d’avatar intéresse (re)verront avec attention le très très très beau Noriko’s Dinner Table de Sono Sion]

Toujours au sujet de l’aspect symbolique du film, il y a des idées plutôt pas mal. J’ai par exemple beaucoup aimé les mécas utilisés par l’infanterie humaine. Je veux dire, au delà du fait qu’ils m’évoquent fatalement la scène finale de Aliens et ceux de tout plein de manga, et bien entendu du fait que j’aime toujours les mécas. Mais, franchement, qui n’aime pas les mécas ? Hein, quand le général saute du vaisseau en flammes qui se crashe derrière lui, il est pas putain de trop classe ce plan ?!!!!
Hum hum… je disais donc, comme les avatars, ces mécas permettent à l’humain de s’acclimater à l’environnement indigène – ils font ainsi figure d’avatars pervertis, déshumanisés et dédiés à la destruction. Se dessinent alors deux visions différentes, du choc des civilisations bien sur mais aussi simplement de la vie elle-même. Du coup, on court-circuiterait même la lecture « coloniale » que certains ont pu faire du film (l’homme blanc qui sauve les sauvages) puisqu’à travers cette grille de lecture les na’vis n’existent pas tant comme authentique civilisation (on verra au paragraphe suivant que de toute façon ils n’existent effectivement pas) que comme modèle de civilisation alternatif proposé à l’humanité.
La métaphore est filée jusque dans le cheminement du héros qui, en quelque sorte, doit choisir entre deux modes d’incarnation dans le monde et qui en guise de prothèses (de la même manière qu’être neuneu, « vierge », permet son apprentissage de la culture na’vi, le fait de ne pas avoir de jambes le situe à la croisée, symbolique, des chemins) préfère les jambes extraterrestres de son avatar aux jambes humaines que lui promettent les militaires.

Ça fera d’Avatar pas une date dans l’histoire de l’art, mais ces enjeux soutiennent suffisamment l’attention pour en faire davantage qu’une narration purement mécanique.
Mais comme je le laissais entendre au début du paragraphe précédent toute l’énergie déployée dans l’écriture l’est dans l’établissement de ces enjeux et paraboles, dans la quête du sens, à l’échelle globale.
Les conséquences sont multiples. La première est l’inconsistance totale des personnages, privés aussi bien de personnalité que de motivations. Et pour cause ! Dans une écriture pour laquelle le sens global, structurel même, est le but premier, ils ne sont justement pas des personnages mais se voient résumés à leurs fonctions respectives – ce n’est pas leur personnalité qui est mise en avant, mais leurs actions, celles qui les feront entrer, forcément désincarnés, dans l’Histoire. Ainsi, si on peine à s’identifier à ces bestioles bleues, c’est sûrement pas parce qu’elles ressemblent à rien sauf à des images de synthèse (on a vu que c’était pas le cas) mais bien parce qu’elles n’ont aucune consistance, « humainement » parlant. Aucune contradiction (quand la pilote d’hélico déserte, c’est pas une contradiction, c’est un archétype), aucune nuance, on est dans le schématisme absolu. C’est particulièrement sensible chez les persos secondaires, qui sont autant de faire-valoir du cheminement du héros. Ça me gène d’autant plus que d’habitude Cameron sait y faire pour les personnages. Sa filmographie compte même quelques putain de persos comme on en fait peu. Sarah Connor, hein, ne serait-ce que Sarah Connor ! J’aime aussi beaucoup ce qu’il fait de Ripley dans Aliens. Quand à Titanic, vous pouvez y greffer toutes les analyses crypto-symboliques du monde, cela ne se fait jamais au détriment de ses personnages.
(il parait que – comme d’habitude, mais je ne vous referai pas ma tirade comme quoi je hais ces pratiques – le montage montré en salle est coupé de x minutes pour rentrer dans les limites d’une projection i-max et que – mais c’est ce qu’ils disent tous – la version longue director’s machin truc cut accorde plus d’attention aux personnages)

Bien moins grave à mon avis (peut-être même intéressant en fait, tant qu’on ne défend pas le film pour ce qu’il n’est pas), cela entre également en contradiction totale avec un élément qu’on a, j’ai l’impression, beaucoup mis en avant en parlant du film : la « création du monde ». La belle affaire ! Avec Avatar, Cameron ne crée aucun monde, ou plutôt il ne représente aucun monde, mais un support pour son allégorie. Pour qu’un monde – qui ne peut être simples oppositions schématiques – existe à travers une oeuvre de fiction il est nécessaire que s’y ressente sa profondeur, sa densité (ces mots, que j’ai pu utiliser à propos de l’image, ne s’appliquent malheureusement pas au scénar). Il faut donc de la « gratuité », du fortuit, de l’implicite.  Mais (cf mon histoire de légende qui est forcément utilisée à la fin) quoi de plus contraire à cette idée qu’un film où tout doit servir et explicitement faire sens ?

A vrai dire, il me semble tout ce que je peux reprocher au film ne vous empêchera pas d’éventuellement l’aimer – et là je ne parle même pas de ces geeks pour qui le cinéma se résume, comme Avatar, à son efficacité narrative et à sa puissance métaphorique. Je me rends d’ailleurs compte que j’ai bien plus apprécié Avatar que ce que mon papier laisse entendre – du moins c’est ce que je pensais en l’écrivant, car à la relecture j’en sais plus trop rien. Faut dire aussi que je suis pas là pour vous dire si j’aime ou j’aime pas.

Hop. Ça c’est fait.

Le but avoué de l’insecte n’étant pas d’être deux mois à la bourre sur les sujets du moment, ni d’être le premier d’ailleurs, mais d’être la poubelle des autres et de causer justement de ce dont on parle pas à coté (plus facile à dire qu’à faire, je sais, et après un papier sur Avatar je vais devoir en faire dix sur du cinoche salvadorien en mini-DV afin d’équilibrer la balance), ébé je me disais que ça serait classe si demain je vous entretenais d’un autre film où l’Homme a tué sa Mère, mais carrément inconnu celui-là. Mais comme je suis une grosse feignasse, j’ai encore rien écrit ! Du coup il y aura rien demain !
Mais promis, dans moins de six mois j’aurais écrit ça et j’aurais mis un lien ici même, et tu cliqueras dessus – car après tout tu as beau te ruer comme un veau sur le moindre texte au sujet du blockbuster de la décennie, l’underground psychédélique coréen ça t’intrigue.

§ 13 commentaires sur “Avatar (James Cameron, 2009)”

  • yooy says:

    Certes, ce n’est pas la trame narrative de Pocahontas (version Disney), mais c’est carrément celle de “Danse avec les loups” (déjà un thème resucé)! Lui est militaire, meurtri dans son âme ou son corps; il trouve quelque part hors de lui (sa culture pour l’un, plus grossièrement son corps dans l’autre), une sorte de guérison…
    Pour le reste j’ai à peu près dit tout ce que j’en pensais dans un autre commentaire sur le blog, reste quelque chose qui me chicotte : dans tous les films de Cameron, Titanic compris (son meilleur, que moi aussi j’ai aimé), les personnages qui sont effectivement bien plus développés (Sarah Connor dans le II, quelle paires de couilles) font face à quelque chose qui les dépasse et les agresse (le Terminator, l’Alien, ceux des Abyss aussi pendant qu’on y est, le nauffrage de la civilisation industrielle rien que ça dans Titanic – si si, ce fameux plan en contre plongée gigantestque sur la bateau qui vient de heurter l’Iceberb mais qui ne coule pas encore : jusque là tout va encore bien); et là rien. Il est où le thème cameronien récurent (un peu tiré par les cheveux), perdu dans la 3e dimension?

  • Epikt says:

    Pas vu Danse avec les loups, allergie à Kevin Costner.

    Au sujet du thème cameronien, comme chose qu’ils comprennent pas (pas d’agression, c’est vrai) Pandora te suffit pas ?

  • AK says:

    Beuh. C’est bien la peine d’en faire si long et de ne même pas parler de Michelle Rodriguez. T’es viré.
    Pour tes réflexions sur la 3D tout ça, oublie pas qu’un film en images de synthèse en 3D c’est pas pareil qu’un film avec des vrais gens et des vrais décors en 3D. Une image de synthèse en 3D ça reste une image de synthèse. Et c’est moche.

  • Guillaume says:

    Je ne suis pas, comme toi, convaincu par le potentiel durable de la 3D. Et je salue cependant l’intelligence de Cameron de ne pas l’avoir employé en gadget. Je ne dirai pas que l’effet apporte quelque chose au film (la profondeur de champ reste immense meme en “2D”), mais il a osé ne pas l’utiliser de façon grandiloquente du genre “regardez les gars je vous balance une charge de bestioles sur la gueule pour que ayez peur”. En gros il n’a pas été grossier comme la pub haribo avant le film, qui est l’antithese totale de ce que j’attend(rai) de la 3D : ludique à défaut d’immersif. On n’est pas à Disneyland dans cheri j’ai retréci le public !
    DOnc Avatar sans la 3D c’est surement tout aussi pareil qu’avec, et puis de toutes façons c’est comme ça qu’on risque majoritairement de le revoir at home. Ce qui ramene au film directement et non à sa technique. Là où Cameron fait fort c’est dans le fait que la technique on l’oublie, ou tout du moins on ne la voit pas. Là il y a une réelle révolution, qui ouvre des portes narratives (scenaristiques) gigantesques. Tout autant que le mec qui tient la caméra (peut on d’ailleurs employer cette expression ?) ne soit pas un tacheron, pour ne pas justement succomber à l’attrait du technique. En gros ne pas raconter une histoire pour montrer la beauté de la technique. Ce qu’arrive tres bien à faire Cameron en l’état. Ouais, Cameron raconte une histoire. On peut la critiquer, mais la fabe qu’il narre a le mérite d’etre universelle et sans accroc. Alors certes ça ne revolutionnera pas l’histoire des scenarios, mais la prévisibilité du déroulement n’est pas un obstacle. D’ailleurs Cameron lui meme s’amuse de cette prévisibilité lorsque Jake saute sur la gros machin pour le dompter. N’importe quel yesman aurait placé une séquence à vocation anthologique. Cameron, lui, il cut sec car tout le monde sait que Jake va réussir, pas besoin de s’apesentir.
    Bon au final, car là je ne sais plus quoi dire (je suis meme paumé dans mon raisonnement), Avatar j’ai bien aimé. Mais je suis un faible, on me met une citation renvoyant au magicien d’Oz et je craque.

  • Boebis says:

    Bravo pour cet article. J’ai aussi vu le film après tout le monde, donc c’est assez frais, et je me retrouve pas mal dans cet article. Je suis 100% d’accord sur le côté campbellien et la narration un peu mécanique, et sur les personnages moyennement intéressants, etc… mais pas sur le fait qu’il n’a pas créé un monde.. Car si certes la plupart des plans sont “utiles”, et que les détails mis en avant servent, il y a quand même un monde! Ce n’est pas le sujet du film, mais représenter un monde n’a jamais été un sujet de films, à part un documentaire peut être. Cameron, c’est du classique, c’est pas du cinéma d’auteur ou expérimental, mais c’est un putain de conteur, et chose assez rare pour les films avec ses budgets, il a un univers visuel. On peut les compter sur les doigts d’une main les blockbusters dans un monde imaginaire qui ne sont pas l’adaptation d’un comic ou d’un roman!

  • yooy says:

    Un univers visuel propre dans Avatar? Moi j’ai vu une succession de lieux communs visuels. Tout est repris à même le fond de la bd sci-fi et des jeux vidéo (y compris certains plans, ce qui est désormais communs dans les blockbusters). Et comme tout cela est filmé de façon très hollywoodienne, 3D effect mis à part…. En gros j’y ai vu les mêmes faiblesses au niveau visuel qu’au niveau narratif. Le tout ne fonctionne pas si bien qu’on le dit. En tout cas pas plus qu’un blockbuster filmé avec les mains et pas avec les pieds (qui a dit Mickael Bay?).
    La scène de danse avec les dragons volants m’a expulsé du film (trop vu), et je suis assez vieux pour avoir un souvenir du clip de Mickael Jackson (Billie Jean) ce qui a un peu tué la romantique ballade sylvestre (comme le cours de tir à l’arc). Ha oui et l’attaque du meccas au couteau. Heu dans Evangelion ça va mais sinon…
    On peut aller plus loin : la peau bleu, les petites oreilles elfiques, et le museau félins. Ok, la petite queue….bon allez, mais ce qui m’a choqué c’est le jeu d’acteur. Les Na’vis bougent comme nous (occidentaux), ont les mêmes attitudes corporelles dans l’expression des émotions (vous remarquerez d’ailleurs que les acteurs jouant des Na’vis sont tous noirs, c’est dire la puissance de l’imagination de Cameron). Or nous savons nous qui lisons l’insecte que les expressions corporelles varient d’une culture à l’autre voire d’une région à l’autre (moins vrai aujourd’hui). Quand George Lukas fait parler Yoda, il reprend grosso merdo la grammaire japonnaise (et lui colle un nom japonnais, tout le monde sait pourquoi) et une partie de ce qu’il a capté des films de samouraï. Pas de quoi crier au génie, c’est un effort minimal, mais c’est un effort.
    Les Na’Vis, most boring aliens of the decade? Pour moi oui.

  • Boebis says:

    Les navis c’est un melting pot de plein de cultures et alors? Un film de science fiction parle du présent et de la terre, on s’en fout en tant que telle de Pandora. L’important n’est pas qu’il ait piqué tel truc aux maoris, tel autres à un peuple africain, les oreilles aux elfes, la queue à dragon ball Z, la peau aux schtroumphs, les montagnes à myiazaki et la végétation aux Océans. L’important est qu’il ait créé un univers original, ce qui ne veut pas dire sans influence. Et oui, il aurait pu faire des aliens de 2cm de haut qui ressemble à des glaçons, ou à une boule de poussière et qui communiqueraient en infra-son (car si des aliens devaient exister ils ressembleraient pas à des humains), mais ce n’est pas le sujet du film… le monde créé sert toujours l’histoire, même s’il ne s’y arrête pas forcément.

  • yooy says:

    @Boebis:
    Au contraire, ce n’est pas un melting pot de plein de culture, c’est un melting pot d’images de National Geographic. C’est ce qui permet de créer l’illusion de l’altérité. On est d’accord pour dire que le but de Cameron c’est pas de créer une rencontre avec l’alérité dans son film, d’autres le font très bien et rarement dans le genre science-fiction dont ce n’est effectivement pas le propos.
    Mais mes critiques portent sur tout autre chose…

  • Epikt says:

    @Guillaume: quand je parle de généralisation de la 3D, c’est pas en l’état. Mais une fois que les techniques de projection seront au point pour projeter de la 3D sans lunettes, je ne vois pas ce qui empêchera le procédé de se généraliser (dans les prod à gros budget tout d’abord). Ce que je vois, ce sont des films hybrides 2D/3D, sans qu’ils s’en vantent et de manière semi-transparente pour le spectateur, où la 3D devient quasiment un travail de chef-opérateur (pas techniquement, mais dans l’esprit : on utilisera la 3D dans tel plan un peu comme à présent on utilise tel type de lentille).

    @Boebis: je suis allé vite sur la “création du monde”. D’ailleurs tu remarqueras que c’est pas de cela dont je parle (car, c’est un fait, Cameron a créé un monde)(je vous laisse vous étriper quand à savoir s’il est original/intéressant/whatever), mais de la “représentation du monde”. En effet, tu as beau créer ton monde, ce qui en ressort dans ton film c’est la manière dont tu le représentes.
    Du coup, il n’y a pas que l’utilitarisme de la mise en scène qui fait obstacle à une vrai représentation du monde, mais aussi (et surtout) son schématisme. D’où je parle du fait que son “monde” est davantage un support d’allégorie qu’un monde.
    Un exemple, je pense que tu verras où je veux en venir : revois Princesse Mononoke (certains l’ont évoqué en parlant d’Avatar, alors qu’il n’y a pas plus différent) et observe la manière avec laquelle Miyazaki représente son monde (qui n’est d’ailleurs pas du tout original), comment tout schématisme, tout manichéisme, en est exclu.

  • yooy says:

    Bha, il s’agit pas de s’étriper, il s’agit de confronter des arguments. Parce que ça fait du bien des arguments, des idées, dans cette dithyrambe. J’y ai le droit en français, en anglais (Montréal oblige), en Espagnol (Montréal oblige). Bref.
    Un support d’allégorie très cher maître? Qu’est-ce à dire?

  • mk says:

    Ce film est nul. Enfin, non, pas totalement car la fin avec le mec qui fuck le monde entier pour choisir sa femme, ça rox.
    Mais voilà :
    La 3D n’est pas aussi bien utilisée que ce à quoi je m’attendais. Marrant car je pense pareil que toi lorsque j’imagine le cinéma en 3D à savoir une sorte de bulle avec une nouvelle manière d’appréhender le cadrage.
    Les ET sont moches. Les images de synthèses sont affreuses et tbh, à part le truc avec Brad Pitt où j’ai vu que du vent, je les trouve toutes super moches à chaque fois.
    Les personnages sont creux. Aucun charisme, aucune classe et y’a même pas de blonde à gros boobs ou de petite sailor barely legal.
    Enfin, le film est looooong. Je me suis fait chier à mort en attendant la grosse guerre ultra epic… qui a durée 10 min.

    PS : je ne vais pas parler du jeu vidéo (en 3D aussi LOLOLOL) qui était, à l’E3, l’une des grosses annonces ultra explosives et qui est en réalité un FPS gadget tout à fait mauvais.
    Du coup, si je veux des trucs avec des avatars, je retourne regarder Noriko ou Lain.

  • Mr Magie says:

    J’entend lire que ce film est nul. Le voisin au dessus semble le dire. C’est bien que le cinéma ose avancer. A l’heure actuel ou la technologie bouge, on arrive à la même chose chez soi avec son home, alors que diable le cinéma doit nous séduire, ca a commencé avec le numérique qui permet une qualité inégalable, place maintenant au 3d.

  • Acouphene says:

    Avatar n’est pas à proprement parler “nul” (à mon humble avis). Il faut le prendre comme une sorte de “Arthur et les Minimoys” pour adulte (ahum)… et tout de suite, on le trouve pas si mal que ça ;-)

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