Aria (Tsubokawa Takushi, 2006)

Il en fallait bien dans le lot – même si j’ai l’impression que les programmateurs de Kinotayo ont tenté d’en réduire la proportion, où du moins de proposer une affiche éclectique – voilà donc (roulements de tambours) le film d’auteur à la con du festival. Les bruits de couloirs disaient pourtant qu’il était bien, et par honnêteté intellectuelle j’ai voulu aller juger sur pièce malgré le fait que ce film n’était pas sur mon planning.
Toujours se méfier des bruits de couloirs.
Alors on a Ota, accordeur de piano de son métier et veuf de son état, et qui justement a bien du mal à se faire à la mort de sa femme. Il fera donc la gueule tout le long du film, pas cool le gars. Il est pote avec une sorte d’antiquaire réparateur, et l’aide parfois à tenir sa boutique. C’est là qu’il va rencontrer un vieux marionnettiste, venu faire réparer Aria, sa poupée. Intrigué par le métier de Ota, ce dernier lui confie avant de mourir la mission de retrouver le piano sur lequel jouait son ancienne collaboratrice – accessoirement mère de sa fille, fille qui malgré la tête d’enterrement et le caractère de cochon de Ota se joint à l’aventure, ainsi que le disciple du marionnettiste.
Et à ma grande surprise ce film finit par prendre la forme d’un road-movie ! Ça commençait pourtant tout doux et très sédentaire. Et ça commençait à se structurer et à m’intéresser un peu avec l’entrée en scène du marionnettiste, qui a malheureusement la bonne idée de mourir au bout d’un quart d’heure. On en profite pour complètement laisser tomber l’idée de la poupée (qui donne pourtant son nom au film, j’aurais cru qu’elle eut une place plus importante), c’est dommage, j’aime bien les poupées. Le début de la scène du spectacle est d’ailleurs plutôt bien foutue, cadrée de manière à ce que l’on n’aperçoive pas le marionnettiste et donnant par conséquent une vrai présence vivante à la marionnette. On trouvera aussi quelques scènes chouettes lors de cette première partie : la première séance d’accord de piano (ironiquement le piano qu’ils seront sensés retrouver par la suite) joue par exemple bien sur le mixage audio et l’ambiance sonore.

Mais pour le reste, dieu que c’est mou et sans grand intérêt !
Nos trois compères vont de lieu en lieu en suivant la trace du piano, le réalisateur en profitant pour filmer les (beaux) paysages de Hokkaido puisqu’il semble aimer ça. Et si je ne lui reprocherais pas de faire ce qu’il veut, j’espère qu’il ne me reprochera pas de ne pas aimer son film. Pour faire vite contemplatif mais sans véritable objet, ni (pire) de regard particulier sur ce qu’il filme, rarement d’approche esthétique… faiblard quoi. Avec des passages plus tordus et leur minimum syndical de rêverie décalée (rencontre avec une grand-mère excentrique qui disparaît en fumée, une fanfare traditionnelle qu’on se demande d’où elle vient,…). C’est le genre de choses que je peux apprécier dans un film où la bizarrerie a sa place dans la mise en scène et dans lesquels cela ne sonne pas comme un gimmick de cinéaste asiat’ auteurisant (comme par exemple dans Faces of a fig Tree, la différence est flagrante). En fait on dirait un film chinois ! Aaargh ! Insulte suprême !
Plus sérieusement, ça n’a pas un intérêt énorme. C’est juste lent, pas hyper original, encore moins personnel et loin d’être passionnant.

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